AbonnementRSS

A la une

Encore plus fort que la ferme des mille vaches…un appel de José Bové

« L’entreprise JBS aux États-Unis engraisse 980 000 bovins sur 13 sites par an. Le plus petit permet d’engraisser 50 000 têtes et le plus gros 120 000. Une entreprise de ce type aurait besoin juste de 80 sites d’engraissement pour couvrir la totalité de la production actuelle en France et remplacer 75000 élevages spécialisés dans l’élevage bovins viandes.
Au Vietnam, une femme d’affaires a créé une entreprise laitière qui regroupe 32 000 vaches sur un même site. Les technologies font littéralement exploser toutes les limites. Le gigantisme devient la règle.
Le travail réalisé par la Confédération paysanne souligne l’urgence de se mobiliser en France et en Europe contre des élevages den cette taille qui ne peuvent être rentable qu’en exploitants les ouvriers agricoles, maltraitants les animaux, méprisant l’environnement.
L’Union européenne doit fixer une taille limite des ateliers hors sols pour éviter que les multinationales de la viande installent des unités de production clés en mains dans les pays les moins contraignants. Seule une mobilisation massive des citoyens, des paysans et des consommateurs obligera le Ministre et la Commission européenne à prendre des décisions. Mobilisez-vous contre les fermes usines qui s’installent dans vos départements, et sensibilisez vos familles, vos voisins, vos amis en signant la pétition pour Avaaz. »

José Bové
Vice Président de la Commission agriculture et développement rural auParlement européen

Le Projet

 

 

Au sud de Tours, à Monts, un collectif de citoyens s’oppose au projet d’extension d’une exploitation laitière où pourraient être concentrés 2 200 animaux.

La ferme des 1 000 vaches, en Picardie, paraîtrait presque ridicule face au projet d’extension de l’exploitation laitière de La Tardivière, sur la commune de Monts, à moins d’une vingtaine de kilomètres au sud de Tours. En sortant de l’autoroute, sur la départementale qui mène à l’entrée du bourg, on ne peut pas rater les hangars en plein champ du groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) des trois frères Beauchesne, André, Bernard et Thierry : 1 500 animaux y sont confinés. « Si leur projet est validé par la préfecture, les Beauchesne pourront doubler la surface des installations », s’inquiète Hervé Bedouet, agriculteur laitier, membre de la Confédération paysanne d’Indre-et-Loire. Ce fermier, qui dirige dans le sud du département une exploitation de 60 vaches laitières, est très remonté contre la « future concentration sur la commune de près de 2 200 animaux, dans la même usine à lait, c’est-à-dire 420 vaches laitières, 210 taurillons, 260 génisses, 1 300 chèvres ! », à une centaine de mètres des pavillons les plus proches, en lisière du bourg de 7 200 habitants.

Hervé Bedouet gare sa voiture sur le bord de la départementale, à quelques mètres des principaux bâtiments de La Tardivière. Il prévient que la ferme est difficile à approcher : « On prend garde de ne pas provoquer les Beauchesne. Ils sont agressifs. » Il reprend : « C’est un adjoint au maire de Monts, chargé de l’environnement, qui a contacté la Confédération paysanne et nous a prévenus qu’une enquête publique était en cours autour de ce projet de grande exploitation, comme il en existe en Allemagne. L’arrêt des quotas laitiers et les contraintes en matière de mise aux normes industrielles favorisent leur développement. » La coopérative laitière La Lochoise, à Verneuil-sur-Indre, « a donné son accord à nos demandes, explique Bernard Beauchesne, joint par téléphone. La coopérative va chercher du lait dans toute la France, et même à l’étranger. Puisqu’elle achete du lait en Allemagne ou aux Pays-Bas, pourquoi ne pas le produire en France ? Pourquoi l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et l’Espagne ont-elles des fermes de grande taille ? Nous, on veut doubler le nombre de chèvres, car on n’aura pas de problème pour vendre notre lait. Ce que les gens ne savent pas, c’est que nous fournissons les petits fromagers, des gens qui font les marchés. Que nous disent-ils ? Chez nous, ils trouvent du lait toute l’année, ce qui n’est pas le cas dans une petite ferme. C’est un avantage. »

Pour l’instant, les services de la préfecture veillent à ce que le projet de ferme-usine de Monts ne fasse pas autant de bruit que celui des 1 000 vaches. « Les fonctionnaires de police ne veulent pas que l’on réponde aux questions tant que le préfet n’a pas donné son accord à notre projet », prévient Bernard Beauchesne. « Les RG sont venus me voir deux fois », précise de son côté Hervé Bedouet. L’opposant au projet Luc Coubes, membre fondateur d’une Amap et militant de Nouvelle Donne, dont le pavillon est à quelques centaines de mètres de la ferme, soupçonne « la préfecture d’avoir très peur d’une ZAD [zone à défendre] à Monts ». Et Bernard Beauchesne de se plaindre des « agriculteurs de la Confédération paysanne qui nous mettent des bâtons dans les roues ». Il lance, en guise d’argument imparable : « Le monde agricole, l’administration de la chambre d’agriculture sont favorables à notre projet. » Pourtant, en novembre, le conseil municipal de Monts a voté contre le projet.« C’était pour calmer le jeu. La maire nous a dit qu’elle était favorable », réplique Bernard Beauchesne. Contactée, la maire divers gauche de Monts, Valérie Guillermic, a refusé de répondre à nos questions.

Depuis l’enquête publique menée en octobre 2014, le projet des Beauchesne mobilise contre lui un groupe d’habitants réunis dans un collectif, Des fermes, pas des usines, avec la Confédération paysanne, plusieurs associations locales, dont l’Association pour la santé, la protection et l’information sur l’environnement (Aspie) et des partis de gauche (EELV, Nouvelle Donne et PG). Le collectif a essuyé le 8 janvier le refus de la maire de mettre une salle à leur disposition, et a dû se rassembler devant la mairie pour évoquer l’avis favorable du commissaire enquêteur pour l’extension du Gaec. Il a cependant émis des réserves, en raison des « remarques et observations de l’autorité environnementale », ainsi que des « caractéristiques du nouveau captage d’eau » prévu dans le cadre de l’extension de l’élevage. Les réserves du commissaire enquêteur ont renforcé l’opposition au projet. « Ferme-usine à Monts, c’est non » est le slogan qui devait dominer le dernier rassemblement organisé par le collectif, le 21 janvier devant la préfecture à Tours. « Le préfet de la région Centre, en tant qu’autorité environnementale, est particulièrement critique sur la protection de la ressource en eau, la pollution par les nitrates et le phosphore, en particulier à proximité de zones de protection spéciale et de sites d’intérêt communautaire », relève les opposants. De son côté, la Confédération paysanne s’inquiète du « taux d’autonomie alimentaire de La Tardivière ». Il n’est que de 58 %, a fait savoir le syndicat agricole. « L’alimentation de l’élevage dépend donc d’achats extérieurs à l’exploitation. Mais il n’y a aucune information sur la qualité des compléments alimentaires achetés. S’agit-il de tourteaux de colza français ? Non-OGM ou OGM ? Ou de tourteaux de soja OGM importés du Brésil et des États-Unis ? Quel est l’impact sur la santé des animaux et sur la qualité des produits comme le lait et la viande ? »

Jean-Marie Bigot, retraité montois dont le pavillon est situé a moins d’un kilomètre de La Tardivière, engagé depuis quelques mois dans la bataille contre la « ferme-usine », observe que « les habitants sont sensibles à nos arguments et plutôt informés. Surtout dans les nouveaux lotissements près des zones d’épandage. On sait aussi qu’il y a des problèmes de captage d’eau au niveau des nappes phréatiques. Inévitablement, la vallée de l’Indre s’en ressentira. » Mais l’épandage est pour les habitants le moteur principal de la contestation. Dans un courrier adressé au préfet d’Indre-et-Loire, le comité local de Nouvelle Donne craint que « les 10 000 mètres cubes de lisier produit chaque année ne soient épandus dans de bonnes conditions et que nous retrouvions pour l’Indre et ses affluents une pollution semblable à celle de la Claise ». Des habitants de Monts se souviennent de l’exploitation laitière de « 380 vaches qui, dans sa pratique de l’épandage, a occasionné une pollution de la Claise et a entraîné deux dépôts de plainte. On a peur qu’il se passe la même chose ici », explique Hervé Bedouet.

L’épandage du lisier est prévu sur pas moins de 7 communes d’Indre-et-Loire. « Il faut 883 hectares pour épandre le fumier, le lisier et les effluents liquides. On peut craindre que l’administration n’ait ensuite aucun moyen de le faire respecter »,souligne la Confédération paysanne. « Les communes les plus impactées sont Monts et Artannes-sur-Indre parce qu’il y a déjà de l’épandage de lisier », précise Hervé Bedouet, qui insiste « sur les dérives de ce système ». Autre sujet de discorde, Luc Coubes « ne comprend pas le choix de mettre de l’argent public dans un tel projet »,et pointe le montant des aides touchées par le Gaec La Tardivière entre 2012 et 2013 : 107 174 euros, bien plus que les petites exploitations alentour. « Les aides ne sont pas plafonnées et sont proportionnelles à la taille des exploitations. Les laiteries risquent de se concentrer sur les grosses qui font du volume et de ne plus vouloir collecter les fermes de taille plus “humaine” », explique la Confédération paysanne. Dans une lettre ouverte adressée récemment au préfet du département, le syndicat agricole craint « la disparition des petites et moyennes exploitations, beaucoup moins subventionnées » et estime que, « d’une façon générale, avec ce type d’élevage, c’est bien les territoires ruraux dans leur globalité agricole et para-agricole qui risquent de s’appauvrir ». Au siège de l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural d’Indre-et-Loire (Adear 37), à Chambray-lès-Tours, Marie-Pierre Auvray, animatrice et formatrice, explique que « les jeunes sont mobilisés contre cette ferme-usine. Ce n’est pas le modèle de développement qu’ils veulent. Les paysans qu’on accompagne souhaitent pérenniser de petites fermes. 80 % des installations et des reprises se font sur des surfaces de moins de 10 hectares, essentiellement du maraîchage, un peu d’élevage et de cultures céréalières ». Sa jeune collègue Raphaëlle Cormerais-Thomin, animatrice en charge des circuits courts et du réseau de fermes en agriculture durable, constate qu’avec « le combat médiatique contre la ferme des 1 000 vaches, la ferme-usine de Monts est devenue un sujet très sensible. Cela permet de dénoncer les effets pervers et les coûts sociaux de ces usines, et surtout de les comparer avec le modèle que nous défendons sans opposer citoyens et agriculteurs ». Surtout, la plupart répondent qu’agriculture industrielle et agriculture paysanne ne peuvent pas coexister.

Thierry Brun – politis.fr

Benoît Hamon: «Nous avons fait l’erreur de croire que Manuel Valls modifierait le cap»

En clamant fort son opposition à la loi Macron, l’ancien ministre de l’éducation et député PS des Yvelines Benoît Hamon a été un des éléments déclencheurs du recours à l’article 49-3. Il a accordé un entretien à Mediapart pour expliquer l’échec du compromis sur le travail dominical puis a accepté de répondre à nos questions sur l’avenir d’un parti socialiste divisé.

L’entretien s’est logiquement déroulé en trois parties. La première concerne la loi Macron et l’opposition farouche du député des Yvelines au travail du dimanche ; la deuxième revient sur le contexte politique particulier d’union nationale après les attentats du 7 janvier. Dans la troisième partie, nous abordons les questions concernant les élections départementales et le congrès du PS prévu pour juin 2015. Benoît Hamon revient également sur ses deux ans au gouvernement, son impossibilité de modifier le cap fixé par François Hollande et son erreur d’avoir pensé que le remaniement ministériel permettrait une inflexion de la politique économique.

Mediapart.- Sur la loi Macron, n’y avait-il vraiment pas moyen de trouver un compromis sur le travail du dimanche ? Cette histoire de compensation salariale est-elle une raison valable pour ne pas voter ce texte alors qu’on parle de plus de 3 000 amendements étudiés et de plus de 300 articles ?

Benoît Hamon.- Pour les salariés, c’est important. Ce n’est pas une question de dogme, nous nous sommes posé la question de savoir chapitre par chapitre ce qui nous semblait favorable aux salariés et ce qui constituait une mesure inefficace pour l’emploi et le pouvoir d’achat.

Je reprends à mon compte l’idée de Martine Aubry : ouvrir de nouveaux temples de la consommation n’est pas une priorité. Il y a déjà la possibilité d’acheter sur internet 7 jours sur 7, 24 h / 24. On s’adresse à nos électeurs comme à des consommateurs et plus assez comme à des bénévoles, des citoyens, des salariés, des syndicalistes, des femmes et des hommes préoccupés de l’intérêt général et pas seulement de leur consommation au jour le jour. Cependant, une fois la décision du gouvernement prise d’étendre le travail le dimanche, il me semblait essentiel de muscler les contreparties salariales pour ceux qui le choisissent ou s’y résolvent par nécessité.

Pour la gauche, l’extension du travail du dimanche est une vraie métamorphose sémantique : c’est considérer aujourd’hui que la liberté individuelle de travailler le dimanche prime sur le droit collectif au repos dominical.

Benoît Hamon : « C'est vrai, je pense que je me suis trompé »Benoît Hamon : « C’est vrai, je pense que je me suis trompé » © Yannick Sanchez

Ne proposiez-vous pas à Emmanuel Macron un accord politique plutôt qu’un rejet total des articles concernant le travail du dimanche ?

J’ai été très vite convaincu que le gouvernement voulait passer coûte que coûte sur ce dossier, la position la plus responsable consistait donc à négocier le niveau des compensations salariales. Je leur ai proposé d’instaurer un seuil pour ne pas négocier en deçà de 1,2 fois le salaire. On m’a répondu : « Si vous mettez un seuil à 1,2, tout le monde négociera pour rester à 1,2 ; faisons confiance au dialogue social. » Mais si nous ne mettons pas de seuils, le risque est que les négociations aboutissent au salaire + un euro.

Cette proposition n’est en rien une manière de fausser le dialogue social. En matière d’heures supplémentaires, les partenaires sociaux peuvent négocier le montant de leur majoration dans la limite d’un plancher équivalent à 10 % du salaire. Ma proposition consistait tout simplement à aligner le régime des compensations pour les heures travaillées le dimanche sur celui déjà existant des heures supplémentaires. Cela eût été une protection précieuse dans toute une série de secteurs du commerce où nous savons pertinemment que le rapport de force n’est pas favorable aux salariés.

Si l’accord que vous proposiez avait été obtenu, auriez-vous voté ce texte ?

Comme d’autres, je me serais abstenu et le texte serait peut-être passé. Les sondages d’opinion disent que les Français sont favorables à ce texte. Mais sans faire injure à qui que ce soit, qui sait que dans ce texte un plan social pourra être homologué non plus en tenant compte des moyens du groupe mais seulement en fonction des moyens de l’entreprise ? S’ils pensent en effet que la loi Macron est formidable, alors les Français voteront pour nous aux cantonales.


Sur quels autres articles êtes-vous opposé à la loi Macron ?

Les privatisations, la facilité plus grande désormais de mettre en œuvre les plans sociaux, la création d’une niche fiscale en faveur de la distribution d’actions gratuites, la possibilité de légiférer par ordonnance en matière environnementale, tout cela me pose différents problèmes. Des personnalités comme Pierre Joxe ont dit ne plus reconnaître leur famille politique dans ce texte (lire ici son entretien sur Mediapart). À bien des égards, nous y décousons ce que les lois Auroux avaient obtenu en 1982 en faveur des salariés. Quand un texte est encensé par le premier quotidien libéral français et qu’il manque d’être voté par plusieurs parlementaires de l’UMP et l’UDI, c’est que, quelque part, la question de sa carte d’identité politique est posée.

On peut appeler ça du pragmatisme. C’est un peu l’air du temps, il n’y aurait plus de solutions de gauche ou de droite mais des réponses efficaces ou inefficaces. Si c’est le cas, j’invite les partisans du pragmatisme à créer le parti pragmatique. Ce parti devrait selon leur raisonnement gagner toutes les élections.

 

Lorsque vous faisiez partie du gouvernement, vous étiez pour une réorientation de la politique économique. En misant sur le remaniement ministériel pour aboutir à une telle inflexion, pensez-vous avoir fait une erreur ?

Nous avons fait une erreur de croire que le changement de premier ministre permettrait une modification du cap. C’est vrai, je pense que je me suis trompé. À politique économique constante, je redoutais que la situation sociale ne s’aggrave et que nous n’aboutissions à un affaissement de la république dont le FN sortirait vainqueur. Avec la déflation qui approchait, les inégalités qui se creusaient, l’échec des municipales, le FN premier parti de France, je pensais que tout cela était de nature à provoquer une prise de conscience dans le gouvernement et un changement de cap.

Je pensais que Manuel Valls regarderait ces réalités en face, qu’il aurait la force de dire à Bruxelles qu’en période de crise nous avons besoin de protéger les Français, donc de réclamer une pause dans la réduction trop brutale des dépenses publiques. En ce qui concerne la dépense éducative, la politique de la ville, les politiques de santé et de solidarité, les politiques de justice et de soutien au monde associatif et de prise en charge des jeunes, notre devoir est de dire stop. Et Bruxelles s’en accommodera comme elle s’en est toujours accommodée.

Regrettez-vous d’être parti en août 2014 alors que l’on vous proposait de rester au gouvernement ?

Quel aurait été mon poids politique à rester dans un gouvernement qui affirme une ligne politique et économique que je venais de dénoncer. J’aurais perdu toute forme de crédibilité, et de fait l’autorité pour diriger un grand ministère comme celui de l’éducation nationale. Pour être honnête, je pense que j’y aurais aussi perdu le respect des agents de ce ministère, respect nécessaire pour avancer et poursuivre la refondation de l’école. Assumer ses convictions, quitte à partir, les malveillants y verront une désertion, les bienveillants une manière de redorer le blason de la politique.

C’est sûr que j’aurais préféré être un ministre de l’éducation pendant trois ans avec un bilan formidable et un gouvernement de gauche qui aurait réduit le chômage, les inégalités et amélioré la vie des Français pauvres ou modestes, mais ce n’est pas le chemin qui est pris.

© Yannick Sanchez

Est-ce que les différentes nuances de socialistes de l’aile gauche tels les “socialistes affligés” ou les “frondeurs” sont évincées de la majorité ?

Manuel Valls s’est publiquement prononcé il y a quelques mois en faveur d’une alliance des socialistes et du centre. Le 49-3 lui permet de ne pas condamner à l’échec le rassemblement auquel il a travaillé sur ce texte, c’est-à-dire une alliance PS-UDI. Le soin qu’aura mis son cabinet à rechercher les voix de l’UDI plutôt que les votes du PC, des écologistes, ou des socialistes inquiets de ce texte, est assez significatif. Les “frondeurs” ont été évincés de la commission spéciale et donc exclus du travail de préparation législatif.

Il y a quand même eu quelques rapporteurs thématiques…

Oui et c’était tactiquement et politiquement bien vu de la part d’Emmanuel Macron. Car les rapporteurs sont tous d’excellents députés. Son but était de neutraliser le vote de quelques dizaines de députés mais ce n’est pas comme ça qu’on fait de la politique. Ce n’est pas en allant chercher les voix de l’UDI par des compromis politiques et en neutralisant par des rappels à la discipline les voix des socialistes les plus mécontents que l’on peut aboutir à une grande loi.

Le premier ministre et le ministre de l’économie ont trop parié sur la tactique, là où il fallait construire des majorités sur des projets politiques. Pourquoi n’y a-t-il pas eu une volonté politique de construire ce compromis ? C’est la question qui est posée et c’est au premier ministre d’y répondre.

Emmanuel Macron et Manuel Valls pendant les débats juste avant l'annonce du recours au 49-3Emmanuel Macron et Manuel Valls pendant les débats juste avant l’annonce du recours au 49-3 © REUTERS – Charles Platiau

Est-ce un tournant ? Que ce soit dans la suite du parcours législatif de cette loi ou sur les prochains textes, peut-on continuer ainsi à l’Assemblée nationale ?

C’est au président de la République de dire ce qu’il veut. Il y a eu beaucoup de provocations qui ont conduit à la division, notamment quand Emmanuel Macron a parlé de remettre en cause les 35 heures. Le premier ministre aussi a évoqué les renversements d’alliance, dit un amour de l’entreprise qui ressemblait plus à une déclaration aux chefs d’entreprise qu’à leurs salariés. Ce sont des prises de position qui heurtent des députés et des électeurs socialistes.

On ne peut pas provoquer délibérément la division comme un enfant qui saute dans une grosse flaque d’eau et éclabousse tout le monde autour. Ceux qui sont éclaboussés se plaignent, mais c’est celui qui est au milieu de la flaque qui pique une grosse colère. Le premier ministre divise, ces divisions font réagir et à la fin il peste contre les irresponsables et appelle à l’unité. Moi quand on m’éclabousse délibérément, je réagis.

On prônerait donc d’un côté “l’esprit du 11 janvier” et de l’autre on briserait cette unité nationale en faisant de la basse politique ou de la division à gauche face au péril fasciste voire islamiste ou “islamo-fasciste” pour reprendre les termes de Manuel Valls ?

On en est arrivé à convoquer les attentats contre Charlie, l’Hyper Cacher et la jeune policière de Montrouge, pour justifier le passage de cette loi. On a quatre millions de personnes qui défilent dans la rue pour défendre la liberté d’expression et une démocratie vivante et puis derrière, on en conclut que pas une voix ne doit manquer au vote de la loi Macron. C’est significatif de la faiblesse des arguments.

Comment faire de la politique dans ce contexte ?

Je crois que le premier ministre a des convictions, donc je ne parlerais pas de postures. Pareil pour le ministre de l’économie, je n’ai pas supporté qu’on le caricature en banquier. Lui comme le premier ministre assument une orientation sociale-libérale qui n’a nul besoin d’être caricaturée pour qu’on souligne l’échec en France et dans toute l’Europe. Cela dit, il y a une grande violence dans le débat politique avec des oukases posés par les uns ou les autres comme des fins de non-recevoir, d’impossibilité de travailler ensemble, une logique d’émiettement où tout le monde est replié sur soi.

Christian Paul, député PS de la Nièvre, ou Laurent Baumel, député PS d’Indre-et-Loire, évoquent à voix haute l’objectif de démettre Manuel Valls. Entre lui et vous, il y a deux approches de la politique et deux lignes quasiment opposées, c’est également votre objectif ?

Ça n’est pas mon sujet. Cette décision ne nous appartient pas et focalise inutilement le débat sur une personne. On a eu raison de souligner l’échec de sa méthode à l’occasion de son usage du 49-3 et de rappeler sa responsabilité dans la fracture de la majorité. Mais la décision de changer de premier ministre appartient au président de la République.

« Il y a aussi des gens qui ont une approche anxiogène de la laïcité »

L’ancien et éphémère ministre de l’éducation que vous êtes aurait-il pu défendre les mêmes positions que le pouvoir dans la foulée des attentats de Paris en matière de “réponse scolaire” ?

Le temps de l’éducation n’est pas celui de la sécurité, on agit forcément sur du long terme. Quand on regarde le parcours d’Amedy Coulibaly ou des frères Kouachi, il faut se poser la question de ce que l’on a raté pour pouvoir prévenir demain des trajectoires qui pourraient être semblables.

En matière de prise en charge de la petite enfance, de protection judiciaire de la jeunesse, de suivi post-incarcération, qu’a-t-on raté ? Y répondre permet de tirer des leçons, donc des politiques pour empêcher demain que ce ressentiment à l’égard de l’État ne se transforme en dérive violente et terroriste.

Il s’agit bien d’un ressentiment à l’égard de la République. Personne ne dit : je n’aime pas l’égalité ou la fraternité. En revanche, on vous dira : l’État me discrimine, l’État relègue mes parents, la réussite est réservée à certains. Cela veut dire que l’autorité de l’État, qui est pourtant en France l’instrument principal de la promesse républicaine d’égalité et de juste sociale, n’est plus respectée.

Qu’aurait-il fallu faire selon vous ?

Quand le premier ministre Jean-Marc Ayrault, à la demande de Manuel Valls à l’époque ministre de l’intérieur, a décidé d’enterrer l’expérimentation sur les récépissés de contrôle d’identité, nous avons, nous les socialistes, abandonné une opportunité de montrer nos différences avec la politique sécuritaire à la Sarkozy. Car un contrôle au faciès mène à davantage d’exclusion et de stigmatisation qu’il ne permet de maintenir l’ordre public.

Je pense aux associations qui défendaient cette mesure et qui avaient cru en la gauche. Je ne vois pas comment elles peuvent nous faire confiance aujourd’hui. Nous avons fait un choix qui conduit à dire comme Coluche « on est tous égaux mais y en a qui sont plus égaux que d’autres ».

Vous faites partie de la commission des affaires étrangères, où se tiennent des propos assez durs, venant de députés UMP comme PS, à l’encontre des musulmans (« ils sont unis contre nous », « ressortissants de l’islam »)… Y a-t-il un moment néoconservateur en France ?

Déjà, il convient de bien distinguer la complexité de l’islam radical, en s’appuyant sur les travaux universitaires. Cela permet de comprendre ce qu’est cette nébuleuse, et quels sont les conflits internes qui la traversent : la différence entre chiisme et sunnisme, la différence à l’intérieur de l’islam radical sunnite entre les Frères musulmans, Al-Qaïda et l’État islamique… C’est certes surtout de la compréhension théorique, mais c’est fort utile. Je pense indispensable, surtout pour un politique, de s’arrêter, de s’instruire avant de parler à tort et à travers de questions qui heurtent la sensibilité de nos compatriotes.

Par exemple, lire Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf permet de comprendre qu’au XIIe siècle, les croisés chrétiens étaient considérés par les guerriers arabes comme des barbares fanatiques, ce qui effrayait leurs contemporains. Le fanatisme moderne n’est qu’une continuité du fanatisme ancien, seuls les moyens, les technologies ont évolué. Tout ça pour dire qu’il faut bien prendre soin de préciser que l’on combat le fanatisme religieux, et pas une religion.

Ensuite, justement parce que nous sommes une république proclamant l’universalité des droits aux citoyens qui la composent, nous n’avons pas le droit de demander à certains de nos concitoyens, ceux de religion musulmane, de montrer une patte plus blanche que d’autres, de manifester un peu plus, ou d’écrire des communiqués, là où ils se sentent tout aussi heurtés que nous par ces attentats.

Il y a chez certains dirigeants politiques le sentiment qu’il y aurait une petite puce électronique, un logiciel enfoui derrière l’oreille de chaque musulman, prêts à s’activer et à les transformer en sympathisants des causes les plus extrêmes, voire en extrémistes. C’est la énième version de l’islam incompatible avec la démocratie, ou de certaines populations qui n’auraient pas vocation à s’intégrer.

Quand je discute avec certains jeunes ou adultes de ma circonscription qui oscillent entre le « ils l’ont cherché, ils ont caricaturé le prophète » et les thèses complotistes, je commence par leur dire qu’il faut déjà choisir entre l’une et l’autre thèse et arrêter de chercher tous les prétextes pour ne pas regarder la réalité en face. J’argumente surtout avec les plus jeunes dont il faut accepter les questions même quand elles vous font peur ou déroutent. Il faut affronter ceux qui disent ça sur le terrain, par la discussion, sans faiblesse.

Le rôle des politiques est de bien distinguer la lutte contre le fanatisme et le djihadisme du malaise profond exprimé par une partie de nos compatriotes à l’égard des institutions de la République et qui peut se manifester pour les uns, par une sympathie teintée de provocation à l’égard des auteurs des attentats, pour d’autres par le vote en faveur du Front national.

Pourquoi les débats sur la laïcité sont-ils si tabous à gauche ? On a le sentiment que les responsables des partis préfèrent les mettre sous le tapis pour ne pas avoir à se diviser…

Comme ministre de l’éducation, j’avais rappelé qu’un professeur d’arts plastiques ne serait pas dans son rôle s’il proposait une leçon de dessin sur la base d’une caricature de Mahomet. Et cela en vertu d’une circulaire datant de Jules Ferry, en 1883 : « Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille ; parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l’on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge. »

En clair, si je choisis comme modèle le prophète Mahomet alors que ça va heurter et fermer un seul de mes élèves, je rate ma mission de transmission d’un savoir. En revanche, il faut enseigner le rôle du caricaturiste et du journaliste et combien leur place est importante dans une société qui reconnaît la liberté d’expression et le droit de blasphème. C’est ce que font les professeurs tous les jours, et on ne doit en rien négocier la vérité historique dans un cours sur la Shoah ou celle de l’histoire du conflit israélo-palestinien au motif que certains élèves contesteraient l’autorité des programmes d’Histoire. Enseigner, c’est chaque jour faire preuve d’autorité et de discernement.

Aujourd’hui, il y a des militants dans l’islam politique radical qui veulent bouleverser cet équilibre. Séparer filles et garçons lors des cours de gymnastique, aménager les menus à la cantine, contester certains enseignements. Mais il y a aussi des gens qui ont une approche parfois anxiogène de la laïcité et considèrent qu’on vit dans un état de siège permanent. L’école n’est heureusement pas une citadelle assiégée en permanence par les intégristes de tous poils. Cessons donc de faire de l’école un théâtre de conflits permanents entre adultes. Comment les enfants pourraient-ils ensuite être imperméables à la violence des conflits entre adultes dans et autour de l’école.

Enfin, il y a aussi ceux qui se servent de la situation pour faire leur commerce politique. Le sujet du voile à l’université illustre bien cela. Alors qu’il n’y a aucun problème sérieux nulle part, il a suffi qu’un professeur décide d’exclure deux femmes voilées et se fasse sanctionner… On peut être d’accord ou pas avec ses convictions, mais c’est lui qui a enfreint la règle. Eh bien, l’UMP décide d’en faire un sujet : il faut interdire le voile à l’université. C’est irresponsable. je ne souhaite pas que le gouvernement ouvre ce débat inutile.

Ministre de l’éducation, vous n’avez pas touché à la circulaire Chatel sur l’interdiction des sorties scolaires pour les mères voilées…

À mon sens, elle doit être appliquée avec discernement. Là où il y a du prosélytisme, on n’accompagne pas. Mais qu’une maman accompagne un enfant avec un simple foulard sur la tête, ça ne pose pas de problème.

Mais qu’appelez-vous du prosélytisme ?

Quand on remet en cause le contenu de l’activité, qu’on ne parle qu’à certains élèves en ignorant ostensiblement d’autres, qu’on donne des conseils d’ordre religieux… Les professeurs gèrent ça souvent sur le terrain. Quand un comportement de ce type se produit, il n’y a généralement pas de sortie suivante pour le parent d’élève.

« Marisol Touraine fait du bon travail »

Sur quoi allez-vous faire campagne lors de ces départementales ? Quels sujets peuvent faire l’unanimité dans un parti qui semble autant divisé ?

Dans un contexte de pénurie d’argent public, j’ai pu observer comme ministre le formidable dynamisme de nos maires et nos présidents de conseils généraux en matière de développement de l’économie sociale et solidaire, de service public et de solidarité. S’ils étaient jugés non pas sur les échecs des politiques nationales mais à l’aune de leur succès de politique locale, ils auraient plus de chances de rester en poste.

Il y a aussi de quoi faire campagne sur la politique gouvernementale, sur l’éducation, la justice, la politique étrangère ou de défense, il y a matière à défendre le bilan. Le problème, c’est que nos électeurs ont plus tendance à regarder notre influence sur la création d’emplois ou sur la réorientation des politiques européennes, la relance du pouvoir d’achat, notre capacité à mettre en place des compensations à tout allègement de charges. En matière de santé, Marisol Touraine fait du bon travail, comme sur la généralisation du tiers payant, mais ce qu’elle met en œuvre ne prendra pas effet tout de suite.

Vous dites n’être qu’un simple déposant de contribution en vue du Congrès du PS. Ce congrès va vraiment se jouer dans les dix jours séparant le résultat des départementales (29 mars) et le dépôt des motions (11 avril) ?

En même temps, tout le monde sait sur quoi il va se jouer. Considère-t-on que l’orientation politique et sociale de ce gouvernement répond aux attentes des Français, d’abord l’emploi et la baisse du chômage et peut permettre au candidat socialiste de gagner la présidentielle ? Ou considère-t-on que cette politique a jusqu’ici échoué et qu’il faut en changer un certain nombre de paramètres ?

Ce débat existait déjà au moment de Frangy à la fin du mois d’août (c’est lors de la fête de la Rose à Frangy à l’été 2014, que Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ont demandé une inflexion de la politique économique du gouvernement), il existait au lendemain des municipales, et il existait avant à l’intérieur du gouvernement quand Christiane Taubira, Cécile Duflot, Arnaud Montebourg et moi faisions entendre publiquement nos doutes. C’est ce débat qui doit être tranché lors du congrès, en s’évitant la posture du « plus à gauche que moi tu meurs ».

C’est-à-dire ?

Ça me paraît difficile de pouvoir rester longtemps dans le récit de l’épopée du socialisme triomphant, et de faire passer dans le même temps une remise en cause des seuils sociaux, la facilitation des licenciements, la fin des CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), permettre davantage de privatisations, défiscaliser la possibilité d’actions gratuites sans donner de coup de pouce au Smic.

Une fois que ce débat aura été tranché, ce congrès devra dire ce qu’il faut faire pour répondre à des attentes qui sont nées de 2012. Ce qui nourrit le FN, c’est l’impression que nous sommes résignés et impuissants, l’impression que nous faisons la même chose que nos prédécesseurs. Cette indifférenciation où l’on ne voit plus le clivage droite-gauche et que l’on assume presque au nom du pragmatisme, et que Marine Le Pen a baptisée “UMPS”, fait que le FN est loin devant nous dans les sondages…

Je sais qu’en disant cela, on va m’accuser d’ajouter de la division à la déprime. Mais je fais quoi alors ? Je me tais et j’acquiesce à ce que je pressens être une catastrophe démocratique ? Ou j’exprime ma conviction, qui n’est que le rappel des engagements de François Hollande en 2012.

Je comprends que d’autres militants m’expriment leur mécontentement, mais je ne défends pas le programme de Martine Aubry ou d’Arnaud Montebourg aux primaires. Juste le programme de François Hollande. Je ne suis pas un fétichiste, je sais bien qu’on peut changer en fonction des circonstances. Mais là, on n’a pas changé ou amendé. On a fait autre chose que ce qui était prévu.

Avec les amis de Martine Aubry et ceux d’Emmanuel Maurel, vous ne pourriez pas vous mettre d’accord face à Cambadélis ?

J’ai constaté que le premier ministre et le premier secrétaire avaient réduit l’opposition à la loi Macron à une stratégie de congrès, que bien sûr ni l’un ni l’autre ne préparent… on verra. Moi je ne veux brusquer personne. Je n’ai même pas encore décidé ce que je ferai.

Il n’y a pas de préalable sur ma candidature. Franchement, j’ai montré que je pouvais assumer mes responsabilités, mais aujourd’hui, beaucoup de gens n’ont pas fait leurs choix, et je ne veux pas être un embarras, un frein. Et puis je ne donne de leçon à personne, j’ai choisi d’être dans la majorité du parti au congrès de Toulouse en 2012, parce que je pensais qu’il fallait se rassembler pour donner plus de chance au changement. Le PS est fragile et il ressemble beaucoup à la défunte SFIO quand il veut concilier des pratiques à droite avec des discours à gauche.

Que faudrait-il y changer, pour éviter de finir comme la SFIO ?

Le premier secrétaire du PS a un rôle clé. Je ne fais aucun reproche à Jean-Christophe Cambadélis aujourd’hui. Ce n’est pas simple, il n’a pas été élu, il gère les initiatives d’un gouvernement qui doit lui-même le désarçonner autant que moi… Il doit quand même composer avec les proches du premier ministre qui lui demandent d’exclure un tiers du PS… Je vois bien la difficulté de la tâche.

Mais après ce congrès, une chose est sûre : dès lors que le premier secrétaire est dépositaire du vote et de la parole des militants et des sympathisants socialistes, il doit pleinement faire partie du dispositif. Il doit organiser le rassemblement et la victoire, mais aussi peser sur le cours des politiques. Comme avant lui Lionel Jospin sous les gouvernements Mauroy puis Fabius et François Hollande sous le gouvernement Jospin avaient pesé.

Même si j’ai conscience de la gravité du moment, ce n’est pas l’autoritarisme qui me fera plier sur mes convictions. On peut y voir des calculs ou je ne sais quoi, on peut aussi y voir une volonté de ré-intéresser à la politique ceux qui n’y croient plus.

Lors d’un meeting de Vive la gauche début décembre, vous parliez de l’impérieuse nécessité pour les socialistes de se dépasser, et de retrouver l’union de la gauche. Peut-il exister un nouveau parti à gauche qui s’impose en France, comme on l’a vu émerger avec Syriza en Grèce ?

Il faut laisser Syriza et penser à notre propre histoire. Pour gagner en 2017, la gauche devra être recomposée et imaginer de nouvelles formes de rassemblement possible. Est-ce que ce rassemblement sera une fraction du PS et le centre droit ? Je ne le crois pas ni ne le souhaite. Est-ce que c’est un rassemblement du PS, des écologistes et de tout ou partie du Front de gauche ? C’est ce que je désire. Est-ce possible d’ici 2017 ? C’est compliqué.

Ce qui est intéressant, c’est de valider sur le fond un certain nombre de convergences et d’évolutions politiques. Idéologiquement, je pense qu’il faut réfléchir à un modèle de développement à croissance modeste, intense en emplois et sobre écologiquement. Je ne vous aurais pas dit ça il y a trois ou quatre ans. Je ne crois plus à une stricte relance keynésienne, mais encore à un État stratège pour réduire les inégalités, atteindre le plein-emploi et répondre aux impératifs écologiques.

Si ce n’est sur la forme, comment jugez-vous sur le fond les débuts au pouvoir de Syriza ?

Pour l’instant, ils sont fermes. Je leur souhaite de réussir. S’il s’agit d’arriver à un accord sur un rééchelonnement de la dette, c’est parfaitement possible. Ce qui est certain, c’est que les créanciers ne seront jamais remboursés si on ne permet pas à l’économie grecque de se relancer. Et pour cela, il faut au moins une parenthèse.

Ce discours répété selon lequel « il faut tenir ses engagements » est le plus psychorigide et le moins-disant politiquement qui soit. Quand “la France” demande à la Grèce de tenir ses engagements, “la France” devrait aussi se rappeler qu’elle en a vis-à-vis de ses propres électeurs.

STÉPHANE ALLIÈS ET YANNICK SANCHEZ- mediapart.fr

Comment la compagne de Coulibaly a fui la France

Classé dans: Actualités
iDessin de  Anne-Gaëlle Amiot pour "Le Monde"
Dessin de Anne-Gaëlle Amiot pour « Le Monde » 

Le 4 janvier au matin, le plus jeune fils de la famille Belhoucine a déboulé dans le salon de ses parents avec un téléphone qu’il venait de découvrir dissimulé dans l’armoire de sa chambre. « Maman, maman, qu’est-ce que c’est que ça ? », crie-t-il en montrant l’appareil. Sa mère lui prend le portable et découvre, horrifiée, le texto de son fils aîné, Mohamed, 27 ans : « Salam, c’est moi qui ai caché ce téléphone. Maman/Papa, ne vous inquiétez pas, on a rejoint le califat. Ne vous inquiétez pas, on préfère vivre dans un pays régit par la charia et pas les lois inventées par les hommes. »

A 19 ans, le benjamin des frères Belhoucine dormait encore quand il a été réveillé par le vibreur de l’appareil. Le téléphone a sonné plusieurs fois, lui laissant le temps de le débusquer. En refaisant le film des derniers jours, les parents Belhoucine se sont alors souvenus que Mohamed était effectivement venu quelques jours plutôt, le 1er janvier, pour une visite de courtoisie. Il ne leur avait rien dit de ses projets de départ mais avait sans doute profité de l’occasion pour cacher son téléphone. Sa visite avait eu lieu quelques heures après que leur cadet, Mehdi, 23 ans, eut quitté le domicile familial pour un séjour en Egypte. Il avait assuré vouloir partir pour « étudier la religion ».

« Ne vous inquiétez pas, on a rejoint le califat. On préfère vivre dans un pays régit par la charia », dit un texto

Les parents Belhoucine n’avaient ensuite plus eu de nouvelles de leurs deux grands garçons, mais ne s’en étaient pas trop soucié. Ils ne savaient pas encore que leurs enfants seraient aujourd’hui soupçonnés d’avoir été les principaux organisateurs de la fuite d’Hayat Boumeddiene, l’épouse d’Amedy Coulibaly. Ils ignoraient surtout que l’aîné, Mohamed, a été particulièrement présent aux côtés du tueur fou de l’Hyper Cacher, durant les dernières semaines de préparation des attentats, les 7 et 9 janvier. Les enquêteurs le soupçonnent même d’être celui qui a diffusé la vidéo de revendication d’Amedy Coulibaly.

C’est seulement en découvrant à la télévision que Mehdi avaient été aperçu non pas en Egypte mais en Turquie, en compagnie de Hayat Boumeddiene, que son père s’est présenté au commissariat, deux jours après l’attaque de l’Hyper Cacher. Désemparé, il n’est en même temps qu’à moitié surpris du départ de ses enfants. Les deux étaient sans emploi. Mohamed faisait de l’aide aux devoirs à la mairie d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), mais son contrat n’avait pas été renouvelé en septembre. Mehdi et Mohamed pratiquaient surtout « un islam assez radical », admet-il rapidement.

 

Après de brillantes études d’ingénieur à l’Ecole des mines d’Albi, Mohamed, l’aîné, a particulièrement dérivé. En juillet 2014, il a été condamné à deux ans de prison dont un ferme – qu’il a effectué lors de sa détention provisoire – pour avoir eu un rôle actif dans une filière d’acheminement de djihadistes vers la région afghano-pakistanaise. Ses convictions politiques sont par ailleurs restées « très franches », selon son oncle : « Il reconnaissait l’instauration de l’Etat islamique en Irak et en Syrie et reconnaissait même le titre de calife à son chef, Al-Baghdadi. »

Or, les enquêteurs ont pu établir que les frères Belhoucine avaient quitté le territoire français une semaine exactement avant les attaques, et ce, en même temps que Hayat Boumeddiene, dans une sorte de fuite planifiée. L’« évasion » organisée a eu lieu le 1er janvier. Mehdi, le plus jeune, a pris un bus Eurolines en direction de l’Espagne. Mohamed, l’aîné, a emprunté la même direction dans la foulée de sa visite à ses parents. Il a emmené avec lui son épouse, Imène, et leur fils de 4 ans. Hayat Boumeddiene, elle, a été conduite directement par son compagnon Amedy Coulibaly, à bord d’une Seat Ibiza noire de location.

Mohamed Belhoucine est soupçonné d’avoir diffusé la vidéo de revendication d’Amedy Coulibaly

Tout ce petit monde s’est retrouvé à l’aéroport de Madrid et a embarqué, le 2 janvier, sur deux vols différents pour Istanbul. Les dernières captures vidéo de l’aéroport montrent Amedy Coulibaly et Hayat Boumeddiene marcher ensemble, le pas pressé, en se tenant la main. Le tueur de l’Hyper Cacher est remonté ensuite à toute allure jusqu’à Paris. A tel point qu’il se fera flasher à trois reprises sur la route.

Ce qui intrigue les enquêteurs, c’est qu’au matin du 1er janvier, avant les départs de toutes ces personnes aujourd’hui recherchées, une petite réunion s’est tenue chez Mohamed, l’aîné des Belhoucine, à Bondy (Seine-Saint-Denis) en présence d’au moins deux autres participants. Or, dès le 3 janvier, l’un d’eux, un jeune homme de 23 ans d’origine tunisienne, s’est envolé comme les autres pour la Turquie depuis Madrid. Le deuxième, un père de famille de 33 ans converti à l’islam, a rallié le même jour Istanbul depuis l’aéroport de Roissy avec son épouse et ses trois enfants, dont un nourrisson de 8 mois. Tous sont suspectés de s’être rendus en Syrie pour rejoindre l’Etat islamique.

Ces candidats à l’exil vers « le califat », aux profils très différents, savaient-ils ce qui se tramait ? Connaissaient-ils les fréquentations de Mohamed Belhoucine, l’homme chez qui ils se sont retrouvés pour la dernière fois ? Quel rôle exact a joué ce dernier ? L’enquête de téléphonie montre que le jeune homme a pu réaliser un repérage tout près de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, là où les frères Kouachi se sont retranchés avant de mourir. C’est également sur le portable de Mohamed Belhoucine qu’un des hommes de main d’Amedy Coulibaly, Mickaël A., soupçonné de l’avoir aidé à se procurer des armes, appelait régulièrement pour le contacter.

Avec sa silhouette élancée, son visage fin, le jeune homme était charismatique et s’improvisait régulièrement professeur d’arabe et de morale islamique. A-t-il pu influencer le passage à l’acte du tueur de l’Hyper Cacher ? Il lui était arrivé de faire un « rappel d’ordre religieux sur les bienfaits du mariage en islam », a raconté Mickaël A. en garde à vue. Mohamed Belhoucine était même présent lors de son mariage religieux, en août 2014. Amedy Coulibaly et Hayat Bouemeddiene fréquentaient par ailleurs régulièrement Mohamed Belhoucine et sa femme. A l’automne, ils s’étaient retrouvés tous ensemble à un pique-nique de l’association Sanâbil, qui soutient les familles des détenus musulmans.

Hayat Boumeddiene – qui a pris le même vol que Mehdi Belhoucine – a-t-elle pu, de son côté, croire qu’elle participait seulement à une vague de départs vers la Syrie ? Ou a-t-elle aussi épaulé son mari lors de ses préparatifs ? On sait peu de chose sur elle. Hayat Boumedienne est issue d’une fratrie de six enfants. Sa mère est morte quand elle avait 6 ans. Elle grandit ballottée entre foyers et familles d’accueil. Très religieuse, elle avait un temps porté la burqa, mais y avait renoncé après que la loi de 2010 l’interdise. Tout son entourage avait le sentiment qu’elle avait trouvé un équilibre avec Amedy Coulibaly qu’elle connaissait depuis six ans. A l’automne, le couple avait effectué ensemble le pèlerinage à La Mecque.

Une Mini Cooper en monnaie d’échange

Six mois avant les attentats, Hayat Boumeddiene a cessé d’avoir un téléphone portable. Et c’est elle qui, en septembre 2014, a acheté à crédit une Mini Cooper à 27 000 euros avec de faux documents à son nom. Ce véhicule aurait, selon les enquêteurs, pu servir plus tard de monnaie d’échange, contre des armes récupérées en Belgique.

A l’inverse des frères Belhoucine, Hayat Boumeddiene n’a toutefois donné aucun signe de vie direct à ses proches après sa fuite. Son père dit avoir essayé de la contacter à plusieurs reprises, en vain. Le téléphone a sonné, mais personne n’a décroché.

La première manifestation publique de la jeune femme depuis les attentats est arrivé par une « interview » qu’elle aurait accordée au journal Dar-El-Islam, le magazine francophone officiel de l’Etat islamique. Dans ce texte publié début février, la jeune femme de 26 ans, qui serait enceinte de quatre mois, se déclare heureuse d’avoir rejoint le califat et soutient les crimes de son époux : « Il brûlait d’envie (…) de combattre les ennemis d’Allah », qu’Allah lui fasse « miséricorde », dit-elle.
lemonde.fr

La France engage son porte-avions « Charles-de-Gaulle » dans les opérations contre l’Etat islamique en Irak

 

 

charles de gaulleLes premiers avions de chasse ont décollé en début de matinée du navire de guerre, qui croise à 200 km au nord de Bahreïn, en direction de l’Irak.

Le Charles-de-Gaulle se mobilise contre l’organisation Etat islamique (EI). La France engage son porte-avions nucléaire dans les opérations menées contre le groupe jihadiste en Irak, indique l’entourage du ministre de la Défense, lundi 23 février.

Les premiers avions de chasse Rafale ont décollé en début de matinée duCharles-de-Gaulle, qui croise à 120 milles nautiques (200 kilomètres) au nord de Bahreïn, en direction de l’Irak. Il s’agit-là du premier engagement militaire duCharles-de-Gaulle depuis 2011, année où il avait participé à l’opération « Harmattan » en Libye, écrit Le Parisien.

Près de 600 militaires déjà engagés depuis septembre

Le navire doit venir ainsi gonfler le contingent des forces françaises dans la région, où sont déjà engagés, depuis le 19 septembre, quelque 600 militaires français dans le cadre de l’opération « Chammal » en soutien aux forces irakiennes qui luttent contre les jihadistes de l’EI.

A bord du Charles-de-Gaulle est engagé un équipage de 1 800 à 2 000 soldats ainsi que douze Rafale, précise Le Parisien. Un soutien de poids, en complément des neuf Rafale, six Mirage, de l’avion de patrouille maritime Atlantique 2 et de l’appareil ravitailleur C-135 déjà déployés dans la région.

francetvinfo.fr

Le diplôme fantôme de la ministre des universités

La secrétaire d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche, Geneviève Fioraso, s’est inventé une maîtrise d’économie qu’elle n’a en réalité jamais obtenue. Elle n’a même jamais suivi aucun cursus dans cette matière, contrairement à tout ce que racontent ses biographies officielles qu’elle n’a jamais pris soin de corriger. 

Certains l’avaient surnommé « le gouvernement des agrégés ». À l’arrivée du premier gouvernement Ayrault, la presse avait beaucoup glosé sur la composition d’une équipe faisant, aux côtés des habituels énarques, la part belle aux agrégés et aux docteurs. Alors inconnue du grand public, Geneviève Fioraso, la nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans cette équipe de surdiplômés, n’avait pas, et de loin, le CV le plus rempli. La plupart des portraits qui lui ont été consacrés depuis son entrée en fonctions à la tête de ce difficile ministère ont d’ailleurs insisté sur ce qui pouvait constituer un handicap, dans un monde universitaire très sensible aux diplômes.

« Son CV n’affiche « que » deux maîtrises (anglais et économie) alors que la plupart de ses copains du PS sortent des grandes écoles de la République », rappelait par exemple Le Monde. Dans un registre plus psychologique, Libération décrivait ainsi son parcours : « Étudiante normale : une hypokhâgne, puis double maîtrise en anglais et économie qui a pu sembler bien maigre à ses deux parents passés par l’École normale supérieure. » Un portrait qui visiblement plaît à celle qui est encore ministre (depuis le remaniement, elle est devenue secrétaire d’État au sein du grand ministère de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche), puisqu’elle le met sur son site personnel.

Geneviève Fioraso
Geneviève Fioraso © LD

Si contrairement à la plupart de ses collègues du gouvernement, sa biographie publiée sur le site de Matignon ne mentionne pas ses diplômes, précisant juste qu’elle a été« professeur d’anglais et d’économie », les sites Wikipédia, Acteurs publics, les biographies.com… font tous état des deux maîtrises de la secrétaire d’État.

Or, comme l’a découvert Mediapart, Geneviève Fioraso n’a jamais eu de maîtrise d’économie et n’a même jamais suivi aucun cursus dans cette matière. Après nous avoir affirmé la veille que « Geneviève Fioraso a évidemment ses deux maîtrises », et promis de nous envoyer les détails précis desdits diplômes, son cabinet a reconnu ce vendredi qu’elle « n’a pas de maîtrise d’économie. C’est une erreur du Who’s Who que nous allons faire corriger. La confusion est peut-être venue du fait qu’elle a eu une maîtrise d’anglais à l’université de Metz avec une option économie ». Entretemps, nous avions effectivement obtenu des précisions des universités concernées qui ne trouvaient trace d’aucun cursus d’économie. 

Fondée sur les déclarations de l’intéressée, la fiche de Geneviève Fioraso dans le Who’s Who stipule qu’elle a bien deux maîtrises « d’anglais et d’économie ». Actualisée chaque année, et soumise aux personnes concernées, ces fiches font l’objet de corrections si nécessaire.

Fiche du Who's WhoFiche du Who’s Who © LD

Le Who’s Who précise même que les « diplômes (sont) vérifiés auprès des grandes écoles », mais renseignement pris, la publication ne vérifie pas les cursus universitaires, surtout au niveau maîtrise, nous explique-t-on. Première surprise, à aucun moment Geneviève Fioraso n’a donc fait corriger cette erreur, laissant prospérer à longueur de portraits l’idée qu’elle possédait un double cursus. Contactée, la rédaction du Who’s Who nous indique même que la secrétaire d’État a récemment demandé, le 7 août dernier, par un courriel de son secrétariat, de petites modifications concernant une date de fin de poste ou un intitulé de commission parlementaire, mais n’a strictement rien dit des diplômes qui lui étaient faussement attribués. 

« Geneviève Fioraso a autre chose à faire que de lire sa notice du Who’s Who », répond son cabinet. « Par ailleurs, elle a 60 ans et ne met vraiment pas en avant ses diplômes mais son long parcours professionnel », nous précise-t-on.

L’alerte de l’université d’Amiens

Il n’est heureusement nul besoin d’avoir fait des études pour être ministre, mais il n’est pas non plus nécessaire de mentir sur son CV. En 2007, alors qu’elle vient d’être élue députée de l’Isère, Le Guide du pouvoir sur les députés, sorte de trombinoscope des élus, précise lui aussi qu’elle est titulaire d’une maîtrise d’anglais et d’une autre d’économie. À la rédaction du guide, Benoît Bidoret nous précise, après avoir consulté leurs archives – qui ne sont pas publiques – détenir un CV envoyé par l’intéressée et faisant état de ses deux diplômes.

Guide du pouvoir, les députés. fiche de Geneviève Fioraso
Guide du pouvoir, les députés. fiche de Geneviève Fioraso © LD

Dans le milieu universitaire, les interrogations sur le cursus suivi par Geneviève Fioraso ont commencé à se faire jour il y a plusieurs mois. À la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à la tête du grand ministère regroupant éducation nationale, enseignement supérieur et recherche, l’université d’Amiens aurait souhaité communiquer sur le fait que les deux ministres en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche étaient issues de ses rangs, puisque la jeune ministre a fait une partie de ses études à Amiens. Pourtant, après vérification, l’université ne peut que constater que Geneviève Fioraso n’a pas obtenu ses maîtrises à Amiens et renonce donc à ce petit coup de pub.

Intrigués, certains universitaires d’Amiens décident d’interroger le cabinet de la secrétaire d’État sur le détail de son cursus universitaire dès le mois de septembre, jugeant étonnant son cursus en sciences économiques. Un membre éminent de son cabinet leur répond que la ministre a bien les diplômes en question, mais qu’elle les a obtenus « au terme d’un parcours compliqué entre Amiens, Reims et Metz ».

 

Ils n’obtiendront jamais plus de détails et leurs courriels demandant plus de précisions resteront sans réponse. Alerté, Mediapart avait également interrogé par écrit le cabinet à ce sujet fin septembre, avant qu’oralement un conseiller nous fasse vertement comprendre qu’il y avait sans doute des sujets plus importants à traiter et qu’il n’y avait d’ailleurs aucune zone d’ombre dans son parcours. 

Selon nos informations, la secrétaire d’État devrait, pour des raisons de santé, quitter le gouvernement dans les semaines à venir. Sans doute au lendemain des départementales, comme le lui a demandé François Hollande. Ce nouveau mensonge d’un membre du gouvernement, qui surgit quelques semaines après nos révélations concernant son incroyable conflit d’intérêts dans le domaine des nanotechnologies, pourrait néanmoins contrarier ce calendrier.

LUCIE DELAPORTE – mediapart.fr

M6R : une nouvelle étape !

assemblee representative du m6r

M6R : une nouvelle étape !

 

Alors que le peuple Grec a fait entendre sa volonté dans les urnes, la Banque centrale européenne (BCE) met la pression sur le nouveau gouvernement. En France, le gouvernement a utilisé l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer en force la loi Macron. Plus que jamais, la souveraineté populaire est l’enjeu central.

Après tout juste cinq mois d’existence, le mouvement pour la 6e République commence la désignation de son assemblée représentative. C’est un grand pas vers l’auto-organisation du mouvement et de ses près de 80 000 signataires. Cette désignation se déroulera du 20 février au 18 mars.

Entièrement paritaire, l’assemblée sera représentative des signataires d’un point de vue géographique. Et une fois de plus, le M6R innove en choisissant un mode de désignation inédit :
– 50 seront tirés au sort parmi les près de 80 000 signataires. Chaque signataire peut donc potentiellement devenir membre de cette assemblée représentative ;
– 50 seront choisis par les initiateurs du mouvement afin de garantir la continuité des travaux en cours ;
– 108 membres seront élus par celles et ceux qui se sont inscrits sur « Nous le Peuple» ; chacun peut candidater pour peu qu’il s’enregistre sur la plateforme.

Depuis son lancement, le site m6r.fr a reçu 560 000 visites de plus de 280 000 visiteurs uniques. En tout, ce sont 1,5 millions de pages qui ont été vues sur ce site, dont une bonne part sur le réseau citoyen. Lancée le 10 décembre 2014, « Nous le Peuple » accueille déjà près de 10 000 visiteurs qui ont échangé plus de 8 000 articles et commentaires et plus de 32 000 votes sur des thèmes aussi variés que le 49-3, la démocratie dans l’entreprise, la révocation des élus et bien d’autres encore. N’hésitez pas : rejoignez-nous sur « Nous Le Peuple » pour déposer vos candidatures, voter et participer aux débats.

m6r.fr

Contre les coups de force, la sixième République

Cette semaine se déroule sous le signe d’un double et violent déni de démocratie. Toute la scène est dominée par les coups de force des puissants. En Europe avec l’agression contre la Grèce orchestrée par le gouvernement allemand et actionnée par la banque centrale européenne. J’y consacre un développement argumenté. Pour l’instant, la représentation française et les officiels français des différentes institutions ne sont pas des appuis pour les Grecs. Pourtant, ce serait dans le mandat de l’élection présidentielle de 2012. N’est-il pas incroyable que l’occasion ne soit pas saisie au bond ? L’autre choc, c’est celui du 49-3, véritable coup de force du gouvernement contre la majorité et le Parlement. Ce moment montre comment la cinquième République est le nœud du problème pour nous, Français. C’est l’instrument qui rend possible toutes ces violences. Seules les institutions de la monarchie présidentielle permettent que la France fasse défaut aux Grecs impunément, quand bien même seul en profite le gouvernement allemand contrairement à l’intérêt du pays. Seule l’impunité qu’elles garantissent permet au Premier ministre de venir dire à la télévision qu’il utilise le 49-3 parce que « le pays a besoin d’autorité pour la réforme comme face au terrorisme » ! Incroyable phrase ! Pendant ce temps, sur la chaîne du service public, le ministre Macron, jamais élu par personne, et présent à ce poste du seul fait de la faveur du prince, l’homme qui a réussi à diviser toute la majorité, vient donner des leçons aux parlementaires qui le contestent. Pauvre France menée à la chicotte par des exagérés qui espèrent être appréciés non pour ce qu’ils font mais pour la brutalité avec laquelle ils le font !

A partir du 20 février commence le processus de mise en place d’une assemblée représentative du mouvement sixième République, par tirage au sort, élection et cooptation. Je commence par là.

Le Mouvement sixième République va constituer son assemblée représentative

Certes nous n’avons pas atteint encore les cent mille signatures visées. Mais les 78 000 acquises forment un milieu bouillonnant. Evidemment l’objectif sera atteint. La plate-forme « Nous le Peuple » tourne à son régime : discussions et votes s’y mènent aussi librement qu’on peut l’attendre d’un système horizontal absolument autogéré. Je m’amuse de voir qu’un système aussi ample passe sous les radars des observateurs et même des militants politiques traditionnels. La vie a fait son chemin sans bruit, comme si de rien n’était. Le nombre des signatures a continué à progresser, les échanges se sont étendus, les premières réunions locales ont eu lieu à l’initiative des signataires. Six mois après son lancement, le mouvement a prouvé qu’il n’était pas un champignon médiatique. C’est pour moi l’essentiel. L’enracinement est la condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante pour faire en sorte que le thème devienne majoritaire dans l’opinion d’ici 2017 et dans le processus électoral qui aura lieu. Au demeurant, pas une semaine ne passe sans que la question des institutions et de la règle du jeu de notre société ne vienne sur la scène d’une façon ou d’une autre. Outre le débat sur l’abstention, signal de méfiance absolue, on a vu les rebondissements de la discussion sur le nombre de parlementaire et le rôle du Sénat. Caractéristique commune : une discussion entre experts, entre élus, entre officiels dans laquelle personne n’évoque jamais le fait que le peuple puisse se mêler du sujet ! Mais tout cela constitue néanmoins un fond de scène qui aide nos amis à comprendre l’importance de l’enjeu et à approfondir leur préparation. 

Semaine après semaine, la jeune équipe qui anime l’outil internet qui porte cette action a multiplié les développements. Avec la mise en place de l’outil pour constituer l’assemblée représentative, construit de manière totalement autonome, nous disposons désormais d’un appareil global très remarquable. Il est transposable dans d’autres pays francophones. Il peut être prêté pour l’organisation d’autres mouvements dans notre pays. Il constitue une machine à faire fonctionner un outil de nouvelle génération succédant à la forme actuelle des partis. Dans l’immédiat, nous avons réussi à construire un outil de meilleur niveau d’efficience et plus complet que celui de nos camarades de Podemos, sans rien devoir à personne.

Grâce à cette machine, l’assemblée représentative puisera aux trois sources de la réalité du mouvement tel qu’il est. D’abord ses signataires qui seront représentés par deux canaux : le tirage au sort pour cinquante d’entre eux pris sur la liste totale des signataires. N’importe quel signataire est susceptible d’être sollicité de cette façon du seul fait qu’il a signé le bref texte de pétition. Ensuite il y a l’élection de cent personnes candidates parmi les signataires qui seront élus dans chacune des Régions. Cela représentera les trois quart de cette assemblée. Le reste, cinquante personnes, se cooptera parmi les signataires de l’appel initial. Il va de soi que l’assemblée une fois réunie décidera non seulement de son organisation, de ses travaux mais aussi du mode de convocation de la suivante assemblée. Pour permettre de couvrir le coût de la tenue de cette réunion une souscription en ligne est ouverte sur le site. C’est d’ailleurs là que je vous donne rendez-vous pour en savoir davantage.

L’Europe passe au détecteur de mensonges

Le révélateur de ce qu’est devenu l’Union européenne, c’est ce qui se produit depuis la victoire de Syriza et la formation du gouvernement d’Alexis Tsipras. Le nouveau gouvernement grec peut-il tenir ses engagements conformément au mandat reçu des électeurs ou bien les pays membres de l’Union européenne sont-ils désormais sous « souveraineté limitée » ? On a déjà compris la réponse. Mais il est important de mesurer à chaque étape si notre raisonnement est le bon. Et par-dessus tout d’examiner comment les choses se passent pour en tirer de l’expérience pour le futur. C’est-à-dire pour savoir comment nous y prendre, le moment venu, à la tête du pays.

Côté théorie, le premier à avoir donné une réponse, c’est le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, quatre jours à peine après la victoire d’Alexis Tsipras. Dans Le Figaro du 29 janvier, Jean-Claude Juncker affirme sans sourciller : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». C’est l’expression crue et drue de ce que vivent les Français et les Néerlandais depuis les votes bafoués de 2005 contre le traité constitutionnel européen. En fait, la formule de Junker, c’est l’adaptation à l’Union européenne du principe de la « souveraineté limitée », inventé par le soviétique Brejnev en 1968 pour justifier l’écrasement du printemps de Prague.

Côté pratique, aujourd’hui c’est la Banque centrale européenne qui tient le manche du gourdin. Elle peut décider la mise à mort économique d’un État sans qu’aucun responsable élu n’ait à se prononcer. Comment ? En décidant que les banques de cet État ne puissent plus se refinancer auprès d’elle. C’est-à-dire de venir chercher les liquidités dont elles ont besoin pour faire fonctionner la vie quotidienne. La conséquence serait quasi-immédiate. Premièrement, la panique bancaire, les épargnants se ruant sur les guichets pour retirer leurs économies. Deuxièmement, l’effondrement du système bancaire du pays en question sous la pression de ces retraits massifs et de l’impossibilité d’obtenir des liquidités auprès de la BCE pour y faire face. Troisièmement, l’obligation pour le gouvernement du pays de céder aux exigences de la BCE ou de voir toute son économie s’effondrer faute de circulation monétaire et faute de délai pour mettre en circulation une monnaie de remplacement, ce qui équivaudrait de toute façon à une expulsion de fait de la zone euro.

Cette méthode, c’est celle d’un véritable coup d’État financier : la BCE, instance indépendante et non-élue, est en position d’imposer ses vues à un gouvernement issue du suffrage universel. C’est ce qui a déjà fait contre l’Irlande en 2010 et contre Chypre en mars 2013. Le Parlement chypriote avait refusé d’adopter le plan d’austérité et de restructuration des banques du pays en échange de l’aide de l’Union européenne. Un refus sans nuance : il ne s’était pas trouvé une voix favorable au plan européen lors du vote solennel. La BCE a menacé de couper l’accès aux liquidités s’il n’obtempérait pas. Et le Parlement a fini par céder devant la menace.

C’est la même démarche qu’a entamée la BCE contre le gouvernement d’Alexis Tsipras. Il s’agit d’un chantage aux effets progressifs. Cette démarche est faite de seuils destinés à faire monter la pression, jusqu’à l’ultimatum final. La Banque centrale européenne a décidé de serrer une première fois le nœud autour du cou de la Grèce le mercredi 4 février. Elle l’a fait avant que les discussions aient commencé entre la Grèce et les autres pays de la zone euro. Sa seule justification pour agir aussi violemment fut sa « présomption » que le désaccord persisterait ! On ne pouvait énoncer plus clairement le caractère politique menaçant de cette décision.

Qu’a fait la BCE ? Je vais le décrire de façon assez détaillée pour que chacun puisse bien comprendre le mécanisme qui est présenté souvent d’une manière opaque ou dans un vocabulaire spécialisé assez impénétrable. Elle a décidé de couper l’accès des banques grecques à l’un des deux principaux canaux grâce auxquels elles accèdent aux liquidités que leurs clients leur réclament. Le résultat sur le terrain, dans la vie ordinaire ? L’usager/client d’une banque va chercher de l’argent liquide au guichet ou à la tirette. La banque est dans l’obligation de fournir la somme demandée si elle correspond aux avoir du client ou au découvert autorisé. D’où la banque tire-t-elle ces sommes ? De ses réserves, qu’il vaut mieux peu abondantes car la fonction essentielle de la banque est de faire circuler la monnaie, pas de la bloquer pour en faire des tas ! C’est donc la banque centrale, seule à avoir le pouvoir de fabriquer de la monnaie qui les lui remet. Mais elle ne le fait qu’en échange de dépôts de toute nature garantissant la somme qu’elle lui avance en liquide. Au cas précis, dans ce type de programme, le dépôt accepté était fait de titres de la dette de l’État grec que les banques privées grecques possèdent. Le 4 février, la BCE a décidé d’arrêter d’accepter les « obligations » d’État grec comme garantie apportées par les banques grecques pour obtenir des liquidités au taux habituel de 0,05%. Cet accès particulier couvrait 15% des besoins de refinancement des banques grecques.

Ainsi la BCE, a frappé le gouvernement Tsipras deux fois : une fois via ses banques comme on vient de le voir. Et une fois encore plus directement. Car concrètement, cela revient à priver le gouvernement Tsipras de la possibilité de financer sa dette par des emprunts à court terme auprès des banques grecques, celles-ci n’ayant plus la possibilité d’obtenir ensuite du cash auprès de la BCE en contrepartie de ces obligations de l’État grec. Cela revient aussi à obliger les banques grecques à recourir à un autre programme de la BCE pour obtenir des liquidités.

Cet autre programme, c’est le programme ELA pour Emergency liquidity assistance. Les banques peuvent le solliciter lorsqu’elles doivent faire face à une besoin de liquidités urgent (emergency) ou exceptionnel. Il est moins facile d’accès car il est plus cher. Au lieu d’emprunter à la BCE à 0,05%, les banques empruntent à 1,95%. Cela renchérit donc le coût de leur prêt, que ce soit au gouvernement, aux ménages ou aux entreprises grecques. Dans le cadre du programme ELA, la BCE fixe le principe du droit pour un pays d’en bénéficier, le taux d’intérêt (1,95% donc), le montant total auquel a droit un pays (65 milliards d’euros pour la Grèce) et doit autoriser toute sortie supérieure à 2 milliards d’euros. Mais c’est la Banque centrale nationale, en l’occurrence la banque de Grèce, qui accorde les liquidités et fixe les règles d’acceptation des garanties qu’elle accepte en échange. La banque de Grèce accepte, elle, toujours les titres de dettes publiques grecque comme garantie. Mais cela coûte plus cher ! Bilan : d’une part la BCE aggrave les coûts de la dette pour la Grèce, de l’autre elle crée un doute sur l’accès au liquide si bien que les gens se précipitent préventivement au guichet de leur banque, provoque un asséchement des fonds disponibles et cela conduit tout droit au bug.

Ce mercredi 18 février, le conseil des gouverneurs de la BCE devait décider s’il maintenait l’accès des banques grecques à ce programme malgré l’absence d’accord entre la Grèce et les autres pays de la zone euro. Les banques grecques ont un besoin vital de ce programme pour faire face aux retraits massifs de leurs clients. Ces retraits ont été supérieurs aux dépôts de 5 milliards d’euros en décembre, et probablement de 11 milliards d’euros en janvier selon les premiers chiffres. La banque américaine JPMorgan estime que les dépôts des banques grecques fondent de deux milliards d’euros par semaine du fait de l’incertitude sur les discussions entre le gouvernement grec et l’Eurogroupe. Incertitude créée de toutes pièces par la BCE. A ce rythme, les banques grecques se retrouveront à court de garanties pour de nouveaux prêts dans 14 semaines. Si la BCE coupait aussi ce programme, les banques grecques s’écrouleraient plus rapidement du fait de la panique qui ne manquerait pas de se produire.

L’Union européenne n’est pas faite pour les peuples et leur démocratie. Cette situation en est une preuve de plus : une institution indépendante et non-démocratique dispose du pouvoir de vie ou de mort sur l’économie grecque. Il y a pire encore. Toutes ces décisions de la BCE se prennent sans l’accord du gouverneur de la Banque de Grèce pourtant membre du conseil des gouverneurs de la BCE. En effet, en 2003, les gouvernements européens ont décidé que les droits de vote au sein du conseil des gouverneurs deviendraient tournants dès lors que 19 pays auraient l’euro comme monnaie. Or, il y a 19 pays dans la zone euro depuis… le 1er janvier dernier. Et le hasard du tirage au sort a fait qu’en février la Grèce fait partie des pays dont le représentant ne vote pas. C’est aussi le cas de Chypre, allié historique de la Grèce, et de l’Irlande, deux pays qui ont déjà subi les mêmes menaces. C’est aussi le cas du gouverneur de la Banque de France. Certes, au conseil des gouverneurs, les pays sont représentés par le gouverneur de leur banque centrale et non par des représentants de leur gouvernement. Les gouverneurs des banques centrales sont eux aussi « indépendants » de leur gouvernement. On ne peut donc pas déduire leur attitude de leur nationalité ni de leur fidélité à leur gouvernement. Mais si la BCE décide d’expulser la Grèce de la zone euro, l’histoire se souviendra que cela aura été décidé sans que les représentants de la Grèce ni de la France ne participent au vote. Notre pays ne peut accepter ni les menaces de couper les liquidités, ni ce mode de prise de position. Car demain, ce sera notre tour d’être sous le pistolet de la BCE si nous prétendions agir souverainement contre un plan imposé par le gouvernement allemand ou ses marionnettes de la Commission.

Le gouvernement allemand est le problème posé à l’Europe

On me reproche parfois de focaliser sur lui. Mais la géopolitique commande la politique. Le dire, ce n’est pas céder à un quelconque ethnicisme. C’est seulement comprendre que les arrière-plans, effets de structures, dispositifs de classes, systèmes de domination, ne se déploient pas comme des abstractions surplombant le réel qui se contenterait d’en illustrer les contenus ! Ils se déploient à partir des conditions matérielles réelles et des circonstances concrètes. Le nombre de ceux qui m’objectent que « le problème ce n’est pas l’Allemagne c’est le capitalisme » me consterne. Revoilà la caverne de Platon de retour où les catégories idéelles précédent le réel ! Pour quelle raison l’Allemagne est-elle aujourd’hui collée à l’intérêt du capital transnational en Europe dont elle est le chien de garde zélé ? Pour les raisons liées à sa démographie, à ses rapports de domination de ses voisins de l’est, et à sa dépendance aux USA depuis 1945. L’existence détermine la conscience collective. En Allemagne, la conscience collective comme partout ailleurs se construit autour du modèle et des préférences du noyau central qui domine la société : les vieux retraités par capitalisation et les suivants de la classe moyenne et moyenne supérieure. C’est eux qu’il faut convaincre ou contraindre.

En atteste ce qui vient de se passer depuis quelques jours face à la Grèce. Je veux le récapituler pour que chacun s’en saisisse. Encore une fois, c’est pour nous la meilleure préparation. Les discussions entre la Grèce et les autres membres de la zone euro sont présentées comme un « dialogue de sourds ». La réalité est que les discussions butent sur l’intransigeance totale des « Européens », comme les nomment les commentateurs, sans se rendre compte de l’exclusion qu’ils prononcent ainsi à l’égard des Grecs. En fait ces « Européens » sont complètement sous tutelle de la droite allemande.

Depuis la victoire électorale de Syriza, les autres Européens n’ont fait aucun pas en direction du nouveau gouvernement grec. Les deux réunions de l’Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances de la zone euro, en ont été de parfaites illustration. Ainsi, mercredi 11 février, les 18 autres pays de l’Eurogroupe ont proposé au gouvernement grec un document proposant une « extension » du programme actuel au-delà du 28 février. Or, l’extension de ce programme est catégoriquement rejetée par Alexis Tsipras ! Peut-il en être autrement ? Cela reviendrait pour lui à accepter la poursuite du « mémorandum » de réformes imposant l’austérité. Et donc d’exiger que Tsipras endosse la politique du précédent gouvernement de droite grec alors qu’il a été élu pour changer de politique.

La seule concession des autres européens aura été de ne plus utiliser le mot « Troïka ». Le symbole est important. Mais croire que cela suffirait, c’est croire que Tsipras se paye de mots. Changer les mots sans changer les choses est une ruse qui marche peut-être avec d’autres, mais pas avec le nouveau gouvernement grec. Le summum de l’arrogance au cours de cette réunion est revenu sans aucun doute au ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble, parti avant la fin de la réunion, pendant que le ministre grec des Finances téléphonait à son Premier ministre Tsipras pour valider la position de son pays. Le but de Schaüble est d’humilier ses interlocuteurs dans la tradition germanique la plus grossière et la plus haïssable.

Le lendemain, jeudi 12 février, au conseil des chefs d’État et de gouvernement, le dialogue a pu être rétabli. Aucune déclaration commune n’a été faite sur la Grèce et il n’y a pas eu de véritables discussions sur la dette ni sur le contenu du futur programme pour la Grèce. Pourtant, et c’est très important, il y a eu un accord pour engager des discussions techniques pendant le week-end sur le contenu d’un futur programme accepté par tous. Il s’agissait alors de préparer la réunion suivante, celle de l’Eurogroupe prévue pour lundi 16.

Pendant tout le weekend, les représentants du gouvernement grec ont ainsi travaillé avec les autres fonctionnaires pour essayer de rapprocher les points de vue. Le dimanche, c’est Alexis Tsipras lui-même qui a appelé le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker pour avancer. Le gouvernement grec a ainsi discuté d’un projet d’accord avec le Commissaire européen Pierre Moscovici. Un document d’une page, en anglais, que le journaliste du Guardian, Paul Mason, a obtenu et publié sur sa page Facebook. On en était donc là. Arrivent les Allemands et tout s’écroule. Les faucons de l’austérité ont tout mis par terre. Toute la table a été renversée. Au point que, ce lundi 16 février, à l’Eurogroupe, Moscovici n’a jamais présenté le document travaillé pendant le weekend avec les Grecs. À la place, le président de l’Eurogroupe, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, une marionnette de Schaüble, a présenté un autre document. Un texte encore plus dur que celui rejeté la semaine précédente. Telle est la vérité ! Pendant que le gouvernement grec discutait et montrait sa volonté de conclure un accord honnête, l’Eurogroupe durcissait en secret sa position sur ordre de Berlin. Dans son texte, l’Eurogroupe exigeait purement et simplement du gouvernement qu’il demande l’extension du programme actuel. Retour au point de départ, comme une semaine auparavant, l’arrogance et le mépris pour les discussions du week-end en plus. Le ministre grec Varoufakis a évidemment refusé une nouvelle fois. L’Eurogroupe a ainsi adressé un véritable ultimatum à la Grèce, exigeant que la Grèce capitule avant d’envisager une nouvelle réunion. Alors que le gouvernement grec avait montré sa volonté de négocier et que les autres Européens n’avaient pas bougé d’un pouce, le président de l’Eurogroupe a ainsi eu le toupet d’exiger que « le prochain pas doit venir de la Grèce ».

C’est la ligne dure du ministre allemand qui l’a emporté. Les propos rapportés par la presse montrent que les proches de François Hollande n’ont pas joué le rôle de facilitateur qu’ils prétendent assumer. Le Commissaire européen Pierre Moscovici comme le ministre des Finances Michel Sapin ont répété en cadence ce que disait Wolfgang Schaüble. Comme l’a dit Michel Sapin : « Il y a seulement un chemin raisonnable, c’est une extension technique [du programme actuel] avec de la flexibilité. Si les autorités grecques veulent prendre ce chemin, une réunion aura lieu vendredi pour confirmer leur décision ». Ne pas comprendre le rôle agressif néfaste du gouvernement allemand c’est de l’iréalpolitique la plus puérile. Tout céder aux Allemands pour satisfaire au mythe du « couple franco-allemand » c’est enfiler soi-même la camisole de force qui ficelle l’action des Français.

Jean-Luc Mélenchon

 

 

Petites mathématiques simplistes autour de la dette grecque

- L’excédent primaire du budget grec atteint aujourd’hui 1,5% de son PIB. Cela veut dire que, hors service de la dette, les recettes de l’état grec sont supérieures à ses dépenses, à hauteur de 1,5% de son PIB. A titre de comparaison, le budget de l’Etat Français est en DEFICIT primaire, à hauteur de 1% de son PIB. Pour obtenir ces résultats, les prédecesseurs de Tsipras au gouvernement grec ont dû boire la potion amère de la troïka et sabrer dans les dépenses. Cela fait cinq ans qu’ils sabrent et le pays est aujourd’hui en plein chaos social.
 
  – Mais selon la Troïka, ce n’est pas encore suffisant : pour pouvoir rembourser l’intégralité de ses dettes, le budget grec devrait atteindre un excédent primaire de 4,5% de son PIB. Une demande totalement irréaliste, d’autant que les nouvelles coupes demandées pour atteindre cet objectif déprimeraient encore plus l’économie et s’avéreraient au final contre-productives, éloignant la Grèce un peu plus de son objectif au lieu de l’en rapprocher.
 
  – Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre, a promis pendant sa campagne un programme de 12 milliards d’euros destiné à relancer l’économie. Selon lui, trois choses sont indispensables pour sortir la Grèce de l’ornière : d’une part, une restructurationde la dette grecque – c’est-à-dire l’abandon par les créanciers d’une partie de leurs créances ; et d’autre part unrééchelonnement des échéances restantes et le retour de la croissance économique qui, combinés, permettront de rembourser le solde dans de bonnes conditions.

Bien. 12 milliards d’euros équivalent à 5% du PIB grec. Un simplemoratoire de 4 ans accordé à la Grèce sur le remboursement de ses dettes permettrait de mobiliser une somme déjà nettement supérieure. La Grèce dégageant actuellement un excédent primaire de 1,5% de son PIB, le plan de relance d’Alexis Tsipras pourrait ainsi bénéficier de 4 X 1,5% PIB, C.a.d. d’environ 14,5 milliards d’Euros.

En faisant l’hypothèse que les premiers effets de la relance se feront sentir en année 3 et en année 4 et que les efforts engagés par le gouvernement grec pour mieux recouvrir l’impôt auront à cet horizon un effet également positif sur les rentrées fiscales, les conséquences d’un tel moratoire devraient permettre à Syrisa de mettre un frein à l’austérité, de financer pleinement son programme de relance et de dégager plusieurs milliards supplémentaires. Lesquels permettront à la Grèce, dans un cercle vertueux, d’augmenter son excédent primaire et de faire face à sa dette restante.

L’autre alternative, c’est le cercle vicieux et la cessation totale de paiement. Dans cette affaire, nous aurions plus à perdre que les grecs puisque NOUS sommes leurs principaux créanciers. La Grèce n’ayant plus accès aux marchés financiers sans devoir payer une prime de risque de 10%, la France et d’autres empruntent à sa place. Et c’est ainsi qu’une partie de la dette grecque est d’ores-et-déjà comptabilisée dans la dette française.

A ce sujet, une dernière remarque : Si la Grèce faisaient faillite, les français n’auraient pas à payer 640 euros par personne. Nous en serions de notre poche de 640 euros, nuance. Nous les avons déjà payés puisqu’ils figurent dans notre dette publique.

GWENN RIGAL – mediapart.fr

Mélenchon sur « Le Divan » de Fogiel : derrière le trublion médiatique, un homme tiraillé

LE PLUS. Provocateur, colérique et poète maudit, à la fois en dehors du système tout en restant dedans, Mélenchon a révélé une double personnalité, mardi soir, sur « Le Divan » de Marc-Olivier Fogiel. Pour notre contributeur Thierry de Cabarrus, l’homme politique est un peu comme Gainsbourg était Gainsbarre.

 


J.-L. Mélenchon sur « Le divan » de Marc-Olivier… par lepartidegauche

« Le Divan » de Marc-Olivier Fogiel offre décidément un espace à part dans l’univers frénétique et désordonné de la télévision. Au fur et à mesure que l’émission prend ses aises, voilà qu’elle nous devient utile, voire nécessaire, pour tenter de mettre de la cohérence et de la chair sur des personnages à la fois populaires et mystérieux, des silhouettes dont on ne connaît rien d’autre que quelques traits furtifs, en somme, juste la caricature.

On croit ainsi connaître Jean-Luc Mélenchon, au prétexte qu’on le voit au JT de 20 heures, marchant poing levé et vociférant à la Bastille, ou au zapping de Canal Plus, pleurant après la victoire du FN aux Européennes ou insultant David Pujadas ou  Nicolas Demorand à la manière d’un Georges Marchais, l’érudition en plus.

C’est alors qu’intervient Marc-Olivier Fogiel, l’accoucheur de Thierry Ardisson, qui, en une heure et demie de questions placides, parvient, sans en avoir l’air, à nous montrer une personnalité plus complexe, plus secrète derrière le personnage.

Pudeur ou exhibition ?

Et voilà qu’on se dit, en fin d’émission, qu’on croit connaître à tort Mélenchon quand celui-ci, finalement, avec la complicité du système médiatique qui, faute de temps, de curiosité aussi peut-être, le schématise et l’étiquette une fois pour toutes, ne montre de lui-même qu’une sorte de Mélenchard.

Car Jean-Luc Mélenchon, le vrai, semble tiraillé entre le désir de préserver sa vie privée (chez les gens de gauche, on dit « nous », pas « je ») en agitant sa propre marionnette et celui de crier sa vérité intime à la face du monde, au risque de céder à ce narcissisme qui l’a fait accepter de venir ainsi, (il s’en excuse) s’allonger sur le « Divan » de Fogiel pour n’y parler que de lui.

C’est dans cette incapacité de choisir entre pudeur et exhibitionnisme que, me semble-t-il, prend naissance cette rage légendaire à l’égard de tout et de tout le monde qui caractérise le cofondateur du Front de gauche, et qui se manifeste dans « le bruit et la fureur ».

Jean-Luc Mélenchon est un peu décalé dans sa vie et dans son époque, lui qui soudain, nous révèle qu’il est sourd (comme son père) et que ce handicap explique en partie son agressivité à la télévision.

Il révèle sa surdité

Mélenchon est sourd et il va en tirer avantage dans sa vie publique jusqu’à encourager de lui cette image qu’il prétend créée de toutes pièces par ses intervieweurs.

Et voilà qu’il exploite cette fragilité pour en faire une force : il n’entend pas ? Alors, il tente de deviner une phrase à partir d’un mot, traduit mal, et se met en colère à contre temps ; on lui dit qu’il parle fort ? Alors, il en rajoute, refusant d’expliquer cette surdité qui le fait hurler quand il s’énerve.

Très vite, il s’aperçoit que ses colères sont une sorte de bouclier face aux questions trop intrusives et sans doute se met-il à user de ce subterfuge  jusqu’à susciter l’incompréhension à la fois intimidée et ironique (pavlovienne ?) des journalistes qui l’interrogent.

Jean-Luc Mélenchon devient alors la victime plus ou moins consentante du système politico-médiatique que, paradoxalement, il se met à dénoncer quasiment à chaque interview. C’est du moins ce que l’on croit comprendre au fur et à mesure que Marc-Olivier Fogiel le questionne.

Souffrance et blessure ?

Je passe vite sur sa manière de taper comme un sourd (tiens, tiens) sur François Hollande et, par contraste, voire par pure provocation, d’encenser exagérément Nicolas Sarkozy.

Sur « Le Divan », d’ailleurs, il ne fait pas de politique. Tout juste consent-il à expliquer son admiration et son affection pour François Mitterrand qu’il appelait « le vieux » ainsi que pour Lionel Jospin qui « ne méritait pas » le 21 avril 2002.

Il ne se fâche qu’une fois avec Fogiel, quand ce dernier évoque une « secte » autour de lui, ses amis, sa famille qui pensent pareil. Alors, il explique que non, c’est un faux procès, qu’il a aussi des amis « de droite » (il cite Serge Dassault !), même si, avant tout, il est un tribun au service du peuple et de la vieille gauche.

Mélenchon refuse d’être réduit à Mélenchard, alors, il prend sur lui pour ne pas céder à la colère et peut-être aussi à cette paranoïa qui le fait dire, par exemple, qu’il a « souffert », qu’il est « blessé » par les caricatures qu’on fait de lui-même et que « ça fait dix ans que ça dure ». Il cite alors le journal « Le Monde » qui, dit-il, a été « 31 fois » représenté en photo « comme un fou, la bouche ouverte, les mains en crochet« , pour lui nuire.

Il y a du Gainsbourg chez cet homme

Mélenchon ou Mélenchard ? Mégalo ou parano ? Il y a du Serge Gainsbourg chez cet homme qui, toute sa vie, a souffert, comme le chanteur, d’un sentiment de rejet : rejet du déraciné forcé de quitter à 9 ans son Maroc natal et traité de « bicot » à son arrivée en Normandie ; rejet de celui qui se découvre malentendant ; rejet de celui qui prétend défendre le peuple et qui subit, pourtant, de lourdes défaites politiques.

Il y a du Serge Gainsbourg dans cette façon de se forger une image de poète maudit et de provocateur, capable à la fois de lire toute une page entière des « Misérables » à la tribune devant ses partisans bouleversés et d’insulter le chef de l’État en le traitant de « capitaine de pédalo ».

Il y a du Serge Gainsbourg aussi dans cette façon de se dire en dehors du système tout en restant dedans au point de devenir un phénomène de télévision qu’on invite non pas parce qu’il est ivre sur scène, mais à cause de ses colères homériques. Il suffit, comme il dit, d’appuyer sur le bon bouton.

« Repeint en Mélenchon »

Une fois de plus, Marc-Olivier Fogiel a réussi le pari d’allonger sur son « Divan » l’homme debout au poing levé et d’obtenir des confidences sincères plutôt que des éructations d’estrade.

Est-ce parce que Jean-Luc Mélenchon avait la grippe et était fiévreux, toujours est-il qu’il a révélé de lui une musique plus mélodieuse, une douceur et des passions insoupçonnées pour, en vrac, les femmes, le dessin, les amis, l’architecture, la philosophie, mais aussi les chansons de Carla Bruni ( !), l’astronomie, la danse (« je suis bon danseur », dit-il).

Sans chercher à fuir, le personnage tonitruant et volcanique de Mélenchard a accepté d’évoquer, à côté de ses succès (4 millions de voix quand même), ses défaites, ses doutes, ses coups de fatigue et même ses déprimes, bref de montrer Mélenchon.

Tout à la fin de l’émission, il a d’ailleurs lâché cette phrase en forme d’aveu :

« À force, je finis par être le personnage, quand je suis une personne. Le personnage me fatigue… Me voilà repeint en Mélenchon. »

 – lenouvelobs.com

Le lycée musulman Averroès, un symbole au cœur de la polémique

Depuis la tribune au lance-flamme d’un professeur démissionnaire du lycée Averroès, unique lycée musulman sous contrat avec l’État, dans laquelle l’enseignant dénonçait l’obscurantisme des élèves, leur antisémitisme obsessionnel ainsi que le double jeu d’une direction proche des Frères musulmans, l’établissement est sous les feux des projecteurs. Enquête sur un lycée pionnier.

Lille, de notre envoyée spéciale.-  La matière était inflammable, et a – sans surprise – embrasé les médias. La tribune accusatrice d’un professeur de philosophie démissionnaire du lycée Averroès, seul lycée musulman sous contrat,publiée dans Libération le 5 février dernier, a braqué les projecteurs sur cette exception du paysage éducatif français, dans un contexte post-attentats de Paris particulièrement sensible. La charge portée par l’enseignant Soufiane Zitouni contre son lycée est lourde. Il y dénonce un établissement avec des élèves obsessionnellement antisémites, engoncés dans une religiosité rétrograde et endoctrinés à leur insu.

« Derrière la vitrine officielle » de ce lycée pionnier dans le développement de l’enseignement confessionnel musulman sous contrat avec l’État, Soufiane Zitouni affirme avoir découvert un établissement où règne le double discours d’une direction proche des Frères musulmans, distillant « de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique », et ce, tout en continuant à « montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’État ».

Un groupe d'anciens élèves du lycée Averroès
Un groupe d’anciens élèves du lycée Averroès © LD

Au sein de l’établissement, où nous avons pu circuler et parler à qui nous voulions pendant trois jours, la stupeur et la colère sont encore vives. « Quand la polémique a éclaté, la première chose que je me suis dite c’est « Non, pas encore ! ». Il va encore falloir se justifier, expliquer qu’on ne nous oblige pas à porter le voile, que les cours ne sont pas interrompus pour la prière et qu’on suit les mêmes programmes que dans tous les autres lycées », lance Inès, une ancienne élève aujourd’hui en première année de droit à Lille.

« M. Zitouni a amplifié des cas isolés, il a sorti des phrases de leur contexte. Nous ne sommes pas antisémites, nous ne sommes pas des intégristes. Nous sommes juste normaux », assure, déterminée mais visiblement émue, Sara, élève de Terminale L. Les très nombreux témoignages d’élèves recueillis dans l’établissement, en classe, dans la cour de récréation, convergent pour dénoncer un portrait de leur établissement qui ne ressemble en rien au lycée où ils étudient. Eux dépeignent un lycée où règne un esprit« familial », « tolérant ». « Il y a ici des athées, des non-musulmans et on les intègre comme les autres », souligne une lycéenne en référence à la poignée de non-musulmans inscrits à Averroès.

« M. Zitouni dit que nous sommes des « perroquets bien dressés » mais dressés par qui ? Si c’était le cas, on serait devenus fous parce que les profs ont tous des avis différents », ironise Imène. « Vous voyez, ici les filles et les garçons se mélangent et rigolent comme dans n’importe quel autre lycée », affirme Sara en montrant la cour de l’établissement, quand la tribune de son ancien professeur de philosophie décrivait une mixité difficilement supportée par certains élèves. « C’est arrivé qu’une fille n’ait pas envie de s’asseoir à côté d’un garçon mais c’est parce qu’ils ne s’entendaient pas, c’est comme ailleurs », avance Medhi.

Des enseignants dans la salle des profs du lycée
Des enseignants dans la salle des profs du lycée © LD

« Ce texte est un ramassis de clichés. Si j’arrivais à prendre de la hauteur, j’en rirais, mais je n’y arrive pas », lance de son côté Hadjila Koulla, professeur de français présente dans l’établissement depuis des années. Le professeur d’éthique musulmane Sofiane Meziani se dit, lui, par-dessus tout choqué que son ancien collègue « s’en prenne aux élèves, à des adolescents. C’est lâche, bas ». Pour le reste, il estime que sa tribune n’est qu’une« collection d’anecdotes, le degré le plus bas de l’argumentation ».

En salle des profs, la réprobation envers le texte de l’enseignant démissionnaire est unanime. « Je n’aime pas l’idée qu’on généralise à partir de cas particuliers. Non, tous les élèves ne sont pas antisémites. Bien sûr que certains mélangent tout : antisionisme, antisémitisme… Mais ce sont globalement des gamins très ouverts. Je suis athée, je le dis, sans en faire des tonnes, mais cela ne pose aucun problème », explique Stéphanie Houdinet, enseignante d’anglais depuis trois ans dans l’établissement. « S’il est arrivé que des enseignants fassent leur prière en salle des profs, cela ne m’a jamais posé de problème », poursuit-elle. « Il y a des élèves un peu obtus, et même parfois très virulents, mais comme il y en a dans beaucoup d’établissements », précise Vincent Pieterarens, enseignant d’histoire-géo.

Beaucoup craignent que la polémique lancée par la tribune publiée dans Libération, et qui a déclenché une tornade médiatique, ne vienne donc ruiner dix ans de travail et une réputation chèrement acquise. Le lycée a d’ailleurs attaqué en diffamation Soufiane Zitouni.

Un conflit d’ego?

Fondé en 2003 par Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille sud et actuel président de l’UOIF (l’Union des organisations islamiques de France), le lycée Averroès est passé sous contrat avec l’État en 2008. Plus de dix ans après sa création, il demeure une exception dans le paysage de l’enseignement confessionnel français, majoritairement catholique et juif. Il est, avec le lycée Al Kindi de Lyon partiellement sous contrat, le seul lycée musulman dont les enseignants sont payés par l’État.

À l’origine, raconte Amar Lasfar, « nous voulions répondre à l’appel de ces 17 jeunes filles voilées exclues du lycée Faidherbe en 1994 », à la suite de la circulaire interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l’école. L’établissement, qui compte aujourd’hui quelque 600 élèves – le collège a récemment ouvert mais n’est pas encore sous contrat –, démarre donc à onze élèves dans une salle mise à disposition par la mosquée de Lille sud. Il affiche aujourd’hui des résultats scolaires impressionnants : 100 % de réussite au bac pour un taux de boursiers de 61 %, quand la moyenne des boursiers dans l’enseignement privé est plutôt de l’ordre de 10 %.

Alors qu’il suscite depuis son origine la curiosité et parfois les soupçons, le proviseur Hassan Oukfer l’affirme : « Notre meilleure réponse aux préjugés, aux critiques, ce sont nos résultats. » L’établissement aujourd’hui croule sous les demandes d’inscription. « Au collège, c’est trois fois plus que ce que nous pouvons accueillir et encore, j’arrête les inscriptions en décembre », précise avec fierté le proviseur.

Fresque "l'eau est la vie" sur les murs du lycée Averroès
Fresque « l’eau est la vie » sur les murs du lycée Averroès © LD

« J’ai choisi cet établissement, comme beaucoup de parents, d’abord et avant tout pour ses résultats. Ce n’est pas l’aspect confessionnel qui était le plus important pour moi », affirme Fouad Belmimoun, le président de l’association des parents d’élèves. « Je n’avais pas les moyens de payer des cours particuliers à mes enfants », indique-t-il.

Malgré ses 100 % de réussite au bac, qui peuvent s’obtenir facilement en sélectionnant les élèves, le lycée récuse tout élitisme. « Au départ, notre projet était de créer un établissement d’élite pour former des cadres, raconte Makhlouf Mamèche, le proviseur adjoint, qui a participé à la création du lycée et qui est également président de la Fédération nationale de l’enseignement privé musulman. Et puis nous avons vu arriver vers nous des élèves qui, s’ils restaient dans leurs établissements publics, allaient droit à l’échec scolaire. Nous avons donc décidé de baisser un peu nos exigences pour les accepter et les mener vers la réussite. C’est la fierté d’Averroès, d’amener des élèves parfois en difficulté vers l’excellence », ajoute-t-il.

Beaucoup ici s’interrogent sur les raisons qui ont conduit leur ancien prof de philo Soufiane Zitouni à écrire un texte aussi ravageur. « Je suis contre la théorie du complot, mais il y a un moment où l’on se demande pourquoi il a fait ça, quel est son but », s’interroge le directeur adjoint Éric Dufour. « C’est fou de lancer ça avec la tendance médiatique actuelle », juge Sara qui, comme beaucoup d’élèves ici, souligne le climat post-attentats particulièrement difficile à vivre pour la communauté musulmane.

Sofiane Meziani
Sofiane Meziani © LD

« Il y a eu un conflit d’ego entre deux personnes », affirme le proviseur, évoquant une rivalité qui aurait opposé M. Zitouni et le prof d’éthique musulmane Sofiane Meziani. Dans sa tribune, M. Zitouni évoque en effet le climat pesant qui a suivi la publication d’un premier texte intitulé Le Prophète est aussi Charlie . Un texte qui dénonçait le manque d’humour d’une partie de la communauté musulmane, arc-boutée sur certains tabous. Affiché en salle des profs, le texte a effectivement indisposé certains enseignants, dont Sofiane Meziani, qui lui a répliqué par une autre tribune publiée dans l’Obs. Un texte dans lequel il dénonce une nouvelle stigmatisation des musulmans, estimant par ailleurs que CharlieHebdo « concourt à la banalisation des actes racistes ».

« Il voulait bousculer la communauté musulmane. J’ai pris ça comme un débat et j’ai répondu. Mais cela lui a fait perdre la tête », dit aujourd’hui Sofiane Meziani. Pour Soufiane Zitouni, qui y voit une opération commandée par la direction du lycée – ce dont elle se défend en assurant qu’elle a plutôt tenté de dissuader son prof d’éthique musulmane de répondre par voie de presse –, c’est « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

Selon le proviseur, le prof de  philo aurait simplement « pris la mouche » et décidé de quitter l’établissement parce qu’il était piqué dans son orgueil, mais aussi parce qu’il échouait avec ses élèves. « Monsieur Zitouni n’était pas là pour enseigner la philosophie mais pour convertir nos élèves à sa vision de l’islam », affirme Hassan Oufker, qui rapporte par exemple qu’il « expliquait aux jeunes filles que porter le voile n’était pas recommandé dans l’islam. Il trahissait la déontologie enseignante » l’obligeant, en tant qu’enseignant payé par l’État pour assurer des cours de philosophie, à la neutralité.

« Une pratique authentique de la religion dans le respect des lois de la République »

Soufiane Zitouni, musulman soufi, une branche minoritaire de l’islam fondée sur la mystique, admet avoir souvent « jeté des ponts entre la philosophie et l’islam » dans ses cours, ce qu’il n’estime pas anormal dans un établissement confessionnel musulman.« Quand j’ai des élèves qui se révoltent dès que je parle de la théorie de l’évolution en me disant que ça n’est pas dans le Coran, je leur parle du livre de Nidhal Gessoum « Réconcilier l’Islam et la science moderne ». »

Soufiane Zitouni.
Soufiane Zitouni. © LD

L’enseignant de philosophie reconnaît aussi avoir évoqué avec ses élèves la position de l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, selon lequel le voile n’est pas une obligation pour les jeunes femmes musulmanes. Au lycée, si la majorité des jeunes filles sont voilées, beaucoup ne le sont pas. « Je voulais leur montrer qu’il n’y avait pas qu’une seule vision de l’islam. »

Ces ponts permanents gênent manifestement les élèves : « Il nous parlait tout le temps de religion, alors qu’on sait que dans une copie du bac, on ne doit pas parler de religion », rapporte Assia, une élève de STMG. D’autant, renchérit Sara, « qu’on avait l’impression qu’il cherchait toujours la confrontation ». « Il devait penser qu’on allait tous penser comme lui. Pour moi, il prenait trop à cœur ses idées », affirme Medhi.

« Lorsqu’on parle de Spinoza et du sentiment de liberté, on n’a pas besoin de convoquer le Coran », assène Stephen Urani, l’enseignant de philo qui a repris sa classe et travaillait l’an dernier à Averroès. Il affirme que ses élèves ont très peu avancé dans le programme. « Il s’est senti investi d’une mission, celle de nous apporter la lumière à nous qui vivons dans la grotte », raille son ancien collègue Sofiane Meziani, le professeur d’éthique musulmane, que Soufiane Zitouni considère comme un « proche des frères Tariq et Hani Ramadan et donc des Frères musulmans ».

Dans sa tribune expliquant les raisons de sa démission, Soufiane Zitouni pointe ainsi l’entrisme « sournois » de la confrérie religieuse au sein du lycée. « Certains profs sont clairement des adeptes des Frères musulmans et influencent les élèves dans le sens de cette idéologie politique », affirme-t-il.

Amar Lasfar, fondateur du lycée et président de l'UOIF
Amar Lasfar, fondateur du lycée et président de l’UOIF © LD

« C’est une accusation sans fondement. D’ailleurs, j’interdis à l’association de s’immiscer dans l’établissement », rétorque le proviseur Hassan Oufker, désignant l’association Averroès, présidée par Amar Lasfar, qui représente juridiquement l’établissement. Celui qui se décrit lui-même comme « l’âme de l’établissement » sait le poids parfois encombrant de sa figure tutélaire. Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille sud et président de l’UOIF considérée comme proche des Frères musulmans, s’explique une nouvelle fois sur un sujet qui déchaîne les passions, les Frères musulmans étant parfois présentés comme une cinquième colonne dont le projet serait d’islamiser la France.

« Mes références, c’est Keynes, Friedman autant que les Frères musulmans. Je ne vais pas résumer ce que j’ai dans la tête à une seule pensée. Je n’ai pas ouvert cet établissement pour enseigner la morale islamique. Pour cela, il y a la mosquée », affirme Amar Lasfar qui rappelle l’origine du lycée – accueillir les jeunes filles exclues, mais aussi le projet de former des cadres. « Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les résultats du lycée et les financements. »

D’une autre génération, Sofiane Meziani assume lui sans problème l’influence d’Hassan al Banna, le fondateur égyptien du mouvement des Frères musulmans. Il récuse d’ailleurs la diabolisation de la confrérie, dont il veut retenir notamment « la dimension de résistance politique », face à la colonisation britannique en Égypte.

« Si vous voulez faire mal à quelqu’un, vous lui dites qu’il fait partie des Frères musulmans. Cela embrouille ou dégrade son image », répond Makhlouf Mamèche, directeur adjoint du lycée. « Les Frères musulmans, c’est en Égypte. Nous n’importons pas ici des fatwas de personnes qui ne vivent pas dans la société française. » Être accusé d’intégrisme l’indispose, lui qui estime que « le meilleur rempart contre l’extrémisme, c’est la culture religieuse. Aujourd’hui, on voit des jeunes qui mélangent tout : la tradition, la religion, les conflits au Proche-Orient. Ici, notre formation immunise nos élèves contre tous ces amalgames ».

Lorsqu’on évoque le malaise qu’a pu ressentir un enseignant de culture soufie, il évoque« une pratique un peu bizarre de l’islam. Les derviches tourneurs sont une invention. Je ne crois pas qu’il y ait eu des compagnons tourneurs autour du Prophète » et précise qu’à Averroès « nous apprenons à nos élèves une pratique authentique de la religion dans le respect des lois de la République ». 

La figure très controversée d’Hassan Iquioussen

Le lycée vit-il, en dehors des fonds publics qui ne couvrent que le salaire des enseignants, grâce à de généreux, et occultes, donateurs qataris, le Qatar étant par ailleurs connu pour son soutien à l’organisation ? « Je me demande pourquoi il y avait un émir du Qatar à la remise des diplômes du bac 2014, et pourquoi les deux directeurs adjoints se rendent régulièrement dans ce pays ? » interroge Soufiane Zitouni. Le directeur adjoint, Makhlouf Mamèche, reconnaît s’être rendu au Qatar par deux fois,« mais comme je suis allé en Arabie saoudite ou aux Émirats. Si des mécènes veulent nous faire des dons, nous n’y sommes pas opposés, à condition que cela soit sans contrepartie », explique-t-il. Et de préciser que les dons de l’étranger représentent« moins de 5 % du budget de l’établissement ». Éric Dufour, qui s’est converti à l’islam il y a une dizaine d’années après avoir été longtemps enseignant dans un établissement catholique, admet lui aussi s’être rendu au Qatar mais « uniquement pour les vacances ».

Makhlouf Mamèche
Makhlouf Mamèche © LD

Lorsqu’on évoque ces questions avec les élèves, tout cela leur paraît très lointain. « En trois années ici, je n’ai jamais entendu parler ni des Frères musulmans, ni de l’UOIF. On n’est pas en Corée du Nord », répond Inès, révoltée que leur ancien prof de philo ait pu les traiter de« perroquets bien dressés ».

Ce qui a pourtant, de loin, le plus atteint les élèves est l’accusation d’un antisémitisme omniprésent. Au cours des échanges que nous avons pu avoir avec eux, c’est systématiquement ce point qui revient en premier. « Ce qui m’a fait le plus mal, c’est l’expression antisémitisme quasi culturel, cela veut dire qu’il se transmet comme par hérédité. C’est terrible », affirme aussi Fouad Belmimoun, le président des parents d’élèves. Au lendemain des attentats de Paris, beaucoup d’enseignants, dans certains établissements, ont été confrontés à des propos dérangeants, et parfois franchement antisémites. Étaient-ils ici tolérés, voire provoqués par un certain type d’enseignement ?

L’encadrement du lycée, très remonté contre cette accusation, rappelle qu’une délégation d’élèves s’est spontanément rendue au rassemblement en hommage des victimes de l’HyperCasher. « Comme nous trouvions que c’était un beau symbole, un message fort pour la République, nous avons décidé de les aider pour l’aspect logistique », précise le proviseur. Il souligne aussi que quelques semaines avant la démission de M. Zitouni, le lycée avait reçu un rabbin pour un dialogue interreligieux (débat à voir ici). Un rabbin qui n’était autre que le neveu du conseiller pédagogique de l’établissement, également élu d’opposition à Lille, Michel Soussan – par ailleurs juif séfarade – et qui, lorsqu’on évoque le sujet, nous rétorque : « Vous imaginez que si l’établissement était antisémite, il y a longtemps que je serai parti. »

Le lycée a pourtant déjà été confronté, de l’intérieur, à la question de l’antisémitisme à travers la figure largement controversée d’Hassan Iquioussen, un prédicateur très populaire et pilier de l’UOIF qui a accompagné le lycée depuis sa création. En 2004, le journal l’Humanité avait révélé les propos violemment antisémites de celui que la presse surnommait « le prêcheur vedette des banlieues », tenus lors d’une conférence intitulée « La Palestine, histoire d’une injustice » un an plus tôt.

Il y expliquait en quoi les juifs étaient « le top de la trahison et de la félonie », le premier schisme de l’islam étant attribué à un « juif yéménite converti pour détruire l’islam de l’intérieur » ou comment les sionistes s’étaient alliés à Hitler « pour pousser les juifs à quitter l’Allemagne » ou encore comment Atatürk, le fondateur de la Turquie laïque, était en réalité « un juif converti hypocritement à l’islam ». Une heure et demie de pur délire.

Amar Lasfar, qui le présente comme « un ami », ne nie pas le dérapage et se souvient lui avoir conseillé « de s’excuser tout de suite ». Ce qu’il fit, selon lui. Joint par Mediapart, Hassan Iquioussen reconnaît avoir évolué sur des questions où « au début des années 2000, il y avait parfois un grand flou entre la critique d’une poignée de sionistes et celle des juifs en général ». Celui qui a, selon l’éducateur roubaisien Ali Rahni, membre d’EELV, « formé une génération de militants », s’est vu confier les cours d’éthique musulmane au lycée Averroès en 2008 et 2009, mais a dû arrêter « faute de temps », explique-t-il.

Le proviseur Hassan Oufker explique avoir cessé la collaboration avec lui à la suite de ces accusations d’antisémitisme. « On ne pouvait pas se le permettre », avance-t-il. Le scandale avait pourtant éclaté quatre ans plus tôt. Le prédicateur, dont le site est très populaire, bénéficie par ailleurs du total soutien d’Amar Lasfar : « Il a fait un très bon boulot à Averroès. » En 2011, le lycée emmenait certains lycéens chez le conférencier. La même année où il devait faire une conférence avec Alain Soral, finalement annulée faute de salle. Dans une vidéo récente, il expliquait aussi en quoi le mouvement de libération de la femme correspond à un plan, revendiqué par Rockfeller pour détruire les familles et relancer le business, en se fondant sur les élucubrations d’Aaron Russo, un réalisateur américain. Une référence commune avec l’essayiste d’extrême droite.

Site du lycée AverroèsSite du lycée Averroès

Lorsqu’on interroge Sofiane Meziani, l’actuel enseignant d’éthique musulmane, qui est aussi selon Michel Soussan « un maître à penser des jeunes de Lille sud », il reconnaît sa proximité avec cette figure de l’UOIF qui défend aujourd’hui, explique-t-il, un « islam du milieu, qui pousse les jeunes à s’engager dans la société ».

Le lycée Averroès, par le poids symbolique qu’il représente dans la communauté musulmane lilloise, n’a pas toujours échappé aux conflits politiques locaux, comme celui de la campagne des municipales. C’est parce qu’il a pris conscience de l’aura de Sofiane Meziani auprès de la jeunesse musulmane de Lille Sud que Michel Soussan, conseiller pédagogique du lycée Averroès, a décidé d’organiser une rencontre entre son candidat aux municipales, le sénateur UMP Jean-René Lecerf, et des jeunes de ces quartiers « qui se disaient abandonnés par la mairie » mais s’apprêtaient à voter socialiste « par réflexe, et fatalisme ». « Un des jeunes que Sofiane Meziani nous a fait rencontrer, Faouzi Hanane, a été convaincu par son discours et a emmené un groupe de jeunes tracter pour lui à Lille sud. »

Alors que les relations entre Amar Lasfar et Martine Aubry sont exécrables, depuis qu’elle a publiquement protesté contre la venue de certaines personnalités, qu’elle jugeait extrémistes, à la rencontre annuelle des musulmans du Nord, le fondateur du lycée Averroès s’est publiquement rapproché du candidat malheureux à la mairie de Lille Jean-René Lecerf, assistant à ses vœux fin janvier quand il boudait ceux de Martine Aubry. Invité à faire une conférence au lycée Averroès, « il en est devenu le propagandiste », s’amuse son ancien colistier Michel Soussan. Celui-ci avait, lorsqu’il dirigeait l’inspection académique du Nord, conduit la délégation d’inspecteurs qui se prononcerait pour la contractualisation avec l’État de l’établissement en 2004.

« J’aimerais bien qu’on ne politise pas le lycée Averroès », affirme le proviseur Hassan Oufker qui rappelle que sa seule préoccupation est la qualité de l’enseignement de son établissement et que « le lycée est ouvert à tous les hommes et les femmes politiques qui souhaitent le visiter ».

 

Devant l’émotion suscitée par la tribune de Soufiane Zitouni dans Libération, la ministre de l’éducation nationale a diligenté une inspection qui devra rendre prochainement son rapport. Si Hassan Oufker explique attendre sereinement ce rapport d’inspection, il estime néanmoins que « les enjeux de la crise actuelle sont énormes. Ce serait vraiment jouer avec le feu de nous demander de fermer. Les musulmans ouvriront des écoles hors contrat et on ne saura pas du tout ce qui s’y passe. Et puis, si l’on veut que les musulmans n’ouvrent que des boucheries hallal et des mosquées, il faut le dire ! », s’agace-t-il.

Quand on interroge Soufiane Zitouni sur les récupérations politiques possibles dont sa critique du lycée Averroès peut faire l’objet, son texte n’ayant pas tardé à circuler sur des sites d’extrême droite, il répond sans ciller : « Je m’en fous. J’ai dit ce que j’avais à dire. »

LUCIE DELAPORTE -mediapart.fr