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Bravo et merci Anonymous!

CYBER-ATTAQUES : LA FURIE D’ANONYMOUS FACE AU DJIHAD S’ÉLARGIT

Quand les citoyens font le boulot du gouvernement !

Après l’attentat sur Charlie Hebdo, les hacktivistes d’Anonymous veulent défendre la liberté de la presse en visant les réseaux de djihad sur Internet. Mais ça s’emballe.

En guise de représailles à l’attentat visant Charlie Hebdo,  l’opération OpCharlieHebdo se poursuit et déborde.

Le cyber-assaut, enclenché le 8 janvier, a vocation à défendre la liberté de la presse. Et il est multi-fronts sur le Web. Puisque les Anonymous visent la nébuleuse des présumés sites qui prônent le djihadisme sur Internet.

Il suffit de consulter le compte Twitter dédié à l’opération du groupe de hacktivistes pour disposer d’un état des lieux des fronts menés sur le Web.

 

Il y a d’abord des sites Web qui font l’objet d’assauts par dénis de service distribué (DDoS) et qui finissent par tomber : am-army.com, mhesne.com, moi.gov.qa et Qatarshares.com (sites du Quatar censés financer les activités de terrorisme), ansar-alhaqq.net (le forum francophone abritant des discussions islamistes renvoie désormais vers le moteur DuckDuckGo)…

La semaine dernière, le site Internet du quotidien belge Le Soir évoquait 73 sites pro-djihadistes qui auraient plié sous le martèlement d’OpCharlieHebdo.

On peut suivre l’évolution en suivant le hastag #OpC sur Twitter. Un réseau social mis à contribution dans ce conflit via le Web.

Les internautes sont également conviés à recenser les comptes Twitter qui soutiendraient le cyber-djihadisme. Le groupe OpCharlieHebdo affiche un listing de plus de 930 comptes ouverts sur le réseau social susceptibles de servir de cible.

Mais, en piochant dans la liste, il est difficile d’y voir clair au regard du nombre de comptes suspendus et ceux qui émergent pour prendre le relais…

Le conflit se déplace au gré des tensions liées à l’interdiction de la publication des caricatures de Mahomet dans le monde. Vendredi, au Sénégal, des milliers de personnes s’étaient rassemblés devant l’ambassade de France à Dakar

Parallèlement, un assaut sur le site Internet de l’Agence de l’informatique de l’Etat (www.adie.sn), revendiqué par Anonymous, a entraîné une défiguration de la page d’accueil.

On pouvait lire en guise de provocation : « Vous avez voulu interdire la caricature de la une de Charlie Hebdo ? Mauvais choix ».  Ibou Dieng (@dagin55), humanitaire et curateur, a pu faire une copie d’écran disponible via Twitter.

Dans la journée de dimanche, la caricature du prophète Mahomet du journal satirique français et un hommage aux victimes des attentats terroristes à Paris s’affichaient sur la page d’accueil.

De son côté, l’agence publique des TIC du Sénégal a reconnu « une série d’attaques » sur le site Internet, qui est depuis revenu à la normale.

Dans une opération parallèle (Operation Ice ISIS via #OpIceISIS), il s’agit cette fois-ci d’un assaut sur les pays accusés de soutenir les exactions de l’ISIS (Etat Islamique). Pêle-mêle, plusieurs pays seraient visés comme le Qatar, la Turquie et l’Arabie Saoudite.

Mais la chaîne d’information en continu Aljazeera (installée à Doha, au Qatar) fait aussi partie des cibles…

Tirs croisés

Il ne s’agit pas d’un cyber-conflit unilatéral. Les réseaux nébuleux du djihad sur Internet – comme Middle East Cyber Army (MECA) – se déchainent aussi sur Internet. Et actuellement contre la France en particulier.

La semaine dernière, on a recensé plus de 19 000 sites Web visés par des assaut de groupes hacktivistes soutenant l’islamisme radical : musées, conseils généraux, universités, mairies (comme Cysoing dans le Nord), centres hospitaliers, organisations catholiques…

Déjà, dimanche  (11 janvier), en pleine marche républicaine « Je Suis Charlie » organisée dans les villes de France, Zataz.com affichait 1200 mairies et 230 médiathèques affectées.

« Du jamais vu », commente-t-on au ministère de la Défense. De son côté, l’ANSSI, agence officielle en charge de la cybersécurité en France, a confirmé un « accroissement significatif » du nombre d’attaques informatiques visant le paysage Web français qui se concrétisent sous forme de défigurations de sites Internet ou de dénis de service distribués (DDoS).

Sur son site Web, elle a remis en avant deux fiches d’informations sur les « bonnes pratiques en cybersécurité » et « pour les administrateurs de site » à télécharger.

 

Documentaire. Syriza, acte un

L’ascension de Syriza, l’émergence de son leader Alexis Tsipras, l’engagement des militants, la responsabilité de l’alternative… Les 72 minutes d’Espoir sur le fil, documentaire d’Alexandre Papanicolaou et Emilie Yannoukou, racontent l’émergence du parti grec à partir de la campagne des législatives de 2012. Et mettent en perspective l’espoir à l’œuvre, autour d’une éventuelle victoire dimanche de Syriza. Film en intégralité sur Mediapart.

 

Dimanche 25 janvier, le résultat de Syriza aux élections législatives grecques sera regardé de très près. C’est ce parti, quasi inconnu ici avant les législatives de 2012, que suit au jour le jour le documentaire d’Alexandre Papanicolaou et Emilie Yannoukou,Espoir sur le fil : la campagne de 2012 ; l’émergence d’un leader, Alexis Tsipras ; la mobilisation pour une politique alternative ; l’échec « sur le fil » ; les doutes (« Nous n’étions pas prêts à sortir de l’opposition ») ; la remobilisation avec d’autres partis européens…

 

Espoir sur le fil ; produit par Persona production (France) et Elibo productions (Grèce) ; écrit, réalisé et produit par Alexandre Papanicolaou & Emilie Yannoukou) ; distribué dans quelques salles en France. Il est visible intégralement sur Mediapart jusqu’au 30 janvier.

Rédaction de médiapart

 

« Le Monde » lance une fatwa contre Syriza

siryza

Les élections grecques se tiennent ce dimanche, mais « Le Monde » a déjà voté… contre Syriza. Il faut dire que les dirigeants de cette formation politique, ces mécréants, ont le tort de ne pas croire en la toute puissance du Dieu austérité !

Alexis Tsipras, le meneur de Syriza, lors d’un récent meeting dans la ville de Thessalonique – Giannis Papanikos/AP/SIPA
Il faut saluer la persévérance du Monde pour décrédibiliser Syriza, le parti de gauche alternative, à la veille des élections législatives grecques. C’est du travail de pro. Pour le journal de déférence aux marchés, l’enjeu se résume à un choix cornélien : soit Syriza perd et l’austérité continuera, soit il gagne et l’austérité devra continuer.

Voilà. Ce n’est ni manichéen ni diabolique, comme il se doit pour un grand journal.

Reprenons. Le 5 janvier, Le Monde titre : « Une éventuelle victoire de Syriza ne sortirait pas la Grèce d’une spirale de l’échec » (pourquoi voter alors ?). Le lendemain, c’est : « Grèce : Merkel et Hollande fixent les règles du jeu avant les élections » (bis repetita).

Autre angle d’attaque le 7 janvier : « L’euro miné par la Grèce et la déflation » (ce ne serait pas plutôt la Grèce qui est minée ?). Explication en forme de sous titre: « Les marchés craignent une sortie de la Grèce de l’euro » (hypothèse pourtant rejetée par Syriza). Le même jour, en ouverture des pages économiques : « La Grèce reste le talon d’Achille de la zone euro » (laquelle zone, comme on sait, n’a pas de problème).

Le 8 janvier, c’est la charge de la brigade légère. Le chroniqueur Arnaud Leparmentier, qui ferait passer Jean-Claude Juncker pour un souverainiste et Jean Quatremer pour un gauchiste, écrit : « Les Grecs sont victimes d’eux-mêmes, pas de l’Europe ». Pourquoi ? Ce sont des « fraudeurs qui ont failli faire sombrer l’euro ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas revenir sur l’âge de la retraite, les licenciements de fonctionnaires ni allouer de nouvelles aides sociales ou augmenter le smic ». Ou encore : « Céder à Syriza sur les réformes, ce serait ouvrir la voie aux populistes en Espagne ». Conclusion du Diafoirus de la purge néolibérale : « Entre les Grecs et les Allemands dans l’euro, on choisit les Allemands. Sans hésiter. » Entre le mépris et la bêtise, on choisit quoi ?

Pourtant, le 10 janvier, Le Monde propose enfin une analyse plus circonstanciée intitulée : « Grèce : les propositions de Syriza au banc d’essai ». Où l’on s’aperçoit alors que lesdites propositions, contrairement à ce qu’assénait Arnaud Leparmentier deux jours plus tôt, ne sont ni idiotes, ni provocatrices, ni irréalistes.

Pas question pour ce dernier de laisser les choses en l’état. On n’est pas chroniqueur au Monde pour se laisser marcher sur les pieds. Arnaud Leparmentier décide de se « faire peur », comme il l’écrit, et d’aller jusqu’au gymnase Japy, l’autre soir, pour assister à un meeting en faveur de Syriza. Bon, c’est du côté noble du périphérique, dans Paris intra muros, et non chez les sauvages qui habitent en banlieue, là où Leparmentier ne serait pas allé sans son gilet pare-balles et un garde du corps dûment entraîné.

Reste qu’il est y allé, à ses risques et périls, et qu’il n’en est pas peu fier. Un tantinet ému par la proximité de drapeaux rouges, il expose les propositions de Syriza pour en arriver à cette conclusion où se mêle stupeur et effroi : « Nous allons continuer de nous ruiner pour les Grecs ».

Beau sens de la solidarité. Arnaud Leparmentier fait partie de ces gens civilisés qui préfèreraient que les Grecs continuent à se ruiner pour une certaine conception de l’Europe. Et s’ils pouvaient le faire en silence, ce serait mieux, car on ne demande pas aux gueux de donner leur avis.

marianne.fr

Des batteries lithium-soufre, une solution pour la voiture électrique ?

L’un des principaux freins au développement du marché des voitures électriques est leur manque d’autonomie. Des chimistes canadiens viennent de faire une découverte qui pourrait mener à la conception de batteries moins chères et plus légères, mais surtout plus puissantes et plus efficaces.

L'autonomie des voitures électriques, toujours trop faible, motive de gros efforts de recherches sur les batteries. L'une des voies explorées est celle du couple lithium-soufre. Cette Renault Zoé, capable de parcourir 210 km, pourra sans doute aller beaucoup plus loin si des études comme celle de l'université de Waterloo aboutissent. © Renault

 

L’autonomie des voitures électriques, toujours trop faible, motive de gros efforts de recherches sur les batteries. L’une des voies explorées est celle du couple lithium-soufre. Cette Renault Zoé, capable de parcourir 210 km, pourra sans doute aller beaucoup plus loin si des études comme celle de l’université de Waterloo aboutissent. © Renault

Dans un article paru dans les colonnes de Nature Communications en ce début d’année, une équipe de la faculté des sciences de l’université de Waterloo (Canada) présente une percée majeure dans le domaine de la technologie des batteries lithium-soufre. Les chimistes canadiens sont parvenus, grâce à des nanofeuilles de dioxyde de manganèse (MnO2), à maintenir la « rechargeabilité » de la cathode de soufre.

Depuis quelque temps déjà, les chercheurs s’intéressaient à la technologie lithium-soufre. Parce que le soufre est extrêmement abondant, relativement léger et très bon marché. Parce que les batteries lithium-soufre présenteraient une meilleure tenue aux basses températures et seraient moins toxiques que les batteries lithium-ion. Mais aussi, et peut-être surtout, parce que cette technologie a potentiellement la capacité de multiplier par trois (ou même par cinq, selon les estimations) l’autonomie des voitures électriques. Comment ? Grâce à une densité énergétique maximale pouvant aller jusqu’à 2.600 Wh/kg, contre seulement 160 Wh/kg pour une batterie lithium-ion. En 2009, l’équipe de l’université de Waterloo avait été la première à démontrer la faisabilité de telles batteries grâce à l’apport de nanomatériaux.

L'anode d'une batterie lithium-soufre est composée d'un feuillet de lithium métallique et sa cathode, de soufre. Sa densité énergétique plus élevée que celle d'une batterie lithium-ion s'explique par le fait que chaque atome de soufre peut se lier ici à deux ions de lithium. Dans les batteries conventionnelles, c'est en moyenne moins d'un ion de lithium qui réagit. © Institut Paul Scherrer
L’anode d’une batterie lithium-soufre est composée d’un feuillet de lithium métallique et sa cathode, de soufre. Sa densité énergétique plus élevée que celle d’une batterie lithium-ion s’explique par le fait que chaque atome de soufre peut se lier ici à deux ions de lithium. Dans les batteries conventionnelles, c’est en moyenne moins d’un ion de lithium qui réagit. © Institut Paul Scherrer

Comment stabiliser la cathode de soufre ?

Mais jusqu’à aujourd’hui, le développement de batteries lithium-soufre se heurtait à un problème de taille. Ces systèmes ne pouvaient en effet guère supporter plus de 200 cycles de charge. Car la cathode de soufre avait tendance, sous l’action des électrons, à se dissoudre dans l’électrolyte, formant des polysulfures. Et c’est sur cette question que les chimistes de Waterloo ont travaillé récemment. Ils ont d’abord pensé stabiliser la cathode physiquement, à l’aide de nanofibres decarbone ou de graphène poreux. Finalement, ils se sont intéressés aux oxydes métalliques. L’oxyde de titane d’abord, puis le dioxyde de manganèse, qui s’est avéré encore plus efficace.

« Très peu de chercheurs étudient aujourd’hui la chimie du soufre », regrette la professeure Linda Nazar de la faculté des sciences de l’université de Waterloo. Alors, pour expliquer le phénomène, son équipe s’est appuyée sur un procédé chimique connu depuis 1845 sous le nom de réaction de Wackenroder. « Il est ironique que nous ayons dû chercher aussi loin dans la littérature pour comprendre quelque chose qui peut radicalement changer notre avenir. » La surface oxygénée de la nanofeuille de MnO2 qui entoure la cathode de soufre permet en fait de recycler chimiquement les sulfures. Le processus se déroule en deux étapes et implique un intermédiaire, un polythiosulfate, lié à la surface. Résultat : une cathode haute performance capable de recharger sur plus de 2.000 cycles !

Les chimistes de Waterloo ont depuis déjà découvert que l’oxyde de graphène semble protéger les cathodes en faisant intervenir un mécanisme similaire. Ils poursuivent donc leurs travaux à la recherche du matériau plus performant encore que le dioxyde de manganèse.

Nathalie Mayer, Futura-Sciences

 

En Grèce, la droite de Samaras ne semble plus croire à une victoire aux législatives

Classé dans: Actualités, International

Les Grecs voteront dimanche 25 janvier dans le cadre d’élections législatives anticipées, pour la deuxième fois en moins de trois ans. Conséquence d’un pays à bout et sous perfusion, le paysage politique est profondément transformé. Le parti de la droite au pouvoir se fait des plus discrets. Et pour la première fois, le parti de gauche Syriza pourrait arriver au pouvoir.

On a cherché pourtant. Jusqu’à ce samedi, nulle part, dans le centre d’Athènes, le parti conservateur Nouvelle Démocratie – qui gouverne actuellement le pays – n’était visible. Pas une affiche, pas un kiosque électoral, pas un tract à une semaine des élections législatives. Il a fini par installer un stand au cours du week-end, sur la place Syntagma, au pied du parlement. Modeste et tout de bleu, fidèle à la couleur du parti.

À l’inverse, Syriza affichait déjà quelques jours plus tôt un Tsipras le point levé sur la place Klafthmonos, ce rendez-vous traditionnel de départ de manifestations dans le centre d’Athènes. La tente dressée par le parti n’a jamais été aussi spacieuse, les photos géantes d’Alexis Tsipras, le chef du parti, captent le regard, le programme du parti parle d’espoir, de mesures pour venir en aide aux plus démunis, de « négociations décisives dans le cadre européen ». La toile de la tente est couverte de silhouettes colorées – chacun peut s’y retrouver, hommes, femmes, enfants, handicapés, personnes âgées, familles, actifs…

Dans le centre d'Athènes. "L'espoir arrive", dit le slogan de Syriza.Dans le centre d’Athènes. « L’espoir arrive », dit le slogan de Syriza. © Amélie Poinssot

Ces différences ne sont pas que symboliques. Tout donne à penser que la droite de Nouvelle Démocratie part déjà perdante pour le scrutin de dimanche 25 janvier : le parti lui-même semble ne plus y croire. Dans ses vastes bureaux sur la longue avenue Syggrou qui mène au Pirée, les locaux sont à moitié vides. Pas un chat dans la salle où l’on passait traditionnellement les appels aux électeurs en amont du scrutin. Elle est loin, cette époque où les deux « grands » partis de Grèce, Pasok (socialistes) et Nouvelle Démocratie, faisaient campagne à grand renfort de meetings et de communication.

Elle est déjà loin, aussi, cette époque où Antonis Samaras, le chef de la droite, était considéré comme le sauveur du pays par ses partenaires européens : c’était en 2012, lorsque Nouvelle Démocratie était arrivée en tête des précédentes élections législatives. Fin 2012, le journal économique allemand Handelsblatt désignait Samaras comme l’homme politique européen de l’année. Aujourd’hui, le même journal écrit : « Il se peut qu’une victoire du charismatique Alexis Tsipras constitue une réelle occasion pour la Grèce, en même temps que cela va mettre fin aux politiciens des partis de l’establishment qui sont responsables de l’énorme dette publique, des privilèges fiscaux, et d’une administration financière défaillante. » 

À croire que le vent a tourné à Berlin et à Bruxelles. « Est-ce nous ou eux qui ont changé ? » s’interroge Ta Nea, quotidien grec jusque-là pro-gouvernement. Lequel consacrait vendredi deux doubles pages à Syriza… Une couverture inédite que l’on retrouve depuis quelque temps dans la plupart des journaux hellènes. Il n’y a guère que le conservateur Kathimerini, qui titrait encore en fin de semaine « Les dangereuses bases extrêmes de Syriza »

Le paysage politique grec a changé, indéniablement. Une nouvelle polarisation émerge, qui écrase toutes les autres. Cette élection, encore plus qu’en 2012, voit s’affronter Nouvelle Démocratie et Syriza, le parti de la gauche radicale qui s’est depuis étoffé de plusieurs anciens cadres du Pasok. Ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même, et vient de subir une scission qui lui sera probablement fatale : Georges Papandréou, son ancien leader, a quitté le parti en ce début d’année pour lancer une nouvelle formation, le « Mouvement des démocrates socialistes ». De leur côté, les « Grecs indépendants » – petit parti de droite nationaliste anti-austérité qui avait connu une forte progression en 2012, n’est pas certain cette fois-ci de passer le seuil des 3 % nécessaire pour entrer à l’assemblée. Pas plus que le petit parti de gauche modérée Dimar, un temps partenaire du gouvernement Samaras, aujourd’hui perdu dans une énième reconfiguration de l’échiquier politique. Une seule formation a encore des chances de progresser : « La Rivière » – un parti créé l’an dernier autour d’un présentateur de télévision, qui rencontre un certain succès dans le milieu des affaires.

Au fond, rien ne se déroule plus comme avant en matière de politique grecque. Cinq années de crise et d’austérité ont complètement chamboulé le système politique né à la fin de la dictature des Colonels, un modèle de stabilité en Europe qui a vu alterner, avec une régularité de métronome, gouvernements Pasok et gouvernements Nouvelle Démocratie pendant trente-cinq ans.

Dans la Grèce de 2015, on se présente même aux élections depuis une cellule de prison. Sept des huit députés néonazis en détention provisoire depuis bientôt un an et demi jouent actuellement leur réélection, tandis que le procès n’a toujours pas eu lieu. Au total, 78 membres d’Aube dorée ont été inculpés pour appartenance à une organisation criminelle impliquée, entre autres, dans l’assassinat du chanteur de hip-hop Pavlos Fyssas en septembre 2013. Les candidats ont demandé l’autorisation de sortir de prison pour mener leur campagne électorale – demande rejetée par le procureur, mais ils pourront sortir pour aller voter. N’ayant pas été condamnés, rien ne les empêche d’exercer leurs droits civiques.

Drôle et brève campagne que celle-ci, officiellement lancée à partir du moment où le parlement a échoué le 29 décembre, pour la troisième fois consécutive, à élire le président de la République. Il n’y a guère qu’en allumant la télévision que l’on comprend que le pays vote d’ici une semaine : sur les chaînes privées, les plateaux politiques se multiplient, les candidats de tous bords s’invectivent… Sur le service public en revanche, il y a comme un décalage. En fait, aucun candidat Syriza ne s’y exprime. Car depuis la brutale fermeture de ERT, la radiotélévision publique, en juin 2013, le parti boycotte la nouvelle chaîne montée avec des bouts de ficelle par le gouvernement (Nerit). En échange, cette dernière ne garantit pas, pour l’heure, la retransmission des meetings de Tsipras. Ce serait une première : l’un des deux principaux partis de la bataille électorale n’aurait alors aucune visibilité dans les débats de la chaîne publique.

Peur et instrumentalisation

Mais l’on n’est plus à une absurdité près dans cette Grèce de 2015, où nombre de Grecs ne s’intéressent plus aux programmes des partis, mais veulent simplement renverser la majorité actuelle. Dans le dernier eurobaromètre, il apparaît que 91 % des Grecs rejettent leur système politique… Nos échanges avec les Athéniens croisés ces derniers jours le confirment : ceux qui votaient encore Pasok ou Dimar en 2012 sont prêts à voter Syriza aujourd’hui. Certains même étaient des électeurs de Nouvelle Démocratie dans le passé.

« Je veux voter uniquement pour ne plus voir Samaras » est une phrase qui revient tous les jours… Le rejet, le dégoût : les Grecs, une fois de plus, en ont assez – alors que le chef de la droite avait promis, au printemps 2012, un paquet de mesures sociales dont pratiquement aucune n’a vu le jour. Les appartenances politiques se brouillent, les transfuges se multiplient de tous côtés, de la droite vers la gauche, et inversement. Les stratégies individuelles prévalent, souvent. Angela Guerekou, par exemple, qui était l’une des députés Pasok les plus populaires dans sa circonscription (Corfou), s’est rangée du côté de Nouvelle Démocratie.

Pour la droite à la tête du gouvernement depuis deux ans et demi, pourtant, l’heure n’est pas à la remise en cause. Les mêmes discours, les mêmes fonctionnements perdurent. Maria Spyraki, la porte-parole de Nouvelle Démocratie, est à l’image de la « diaploki »,cet entrelacs d’intérêts entre médias, politiques et business caractéristique du système grec. Il y a encore huit mois, elle était l’une des journalistes vedettes de Mega, la première chaîne, privée, du pays. En mai, pour les élections européennes, elle rejoint le parti dont elle avait couvert l’action gouvernementale pendant deux ans. Élue au parlement européen, elle revient à Athènes le temps de la campagne…

« Nous avons fait une tentative pour sauver le pays », assure-t-elle en guise de justification pour la politique de Nouvelle Démocratie. « Et le pays n’a pas fait faillite. Ce n’est pas un pays pauvre, il n’est pas complètement détruit. » Quand nous lui rétorquons qu’aujourd’hui, environ un tiers de la population grecque n’a plus accès aux soins, faute de couverture santé, elle dément. « Nous avons fait une réforme pour permettre aux chômeurs en fin de droits de se faire soigner à l’hôpital. » Moyennant toutefois le ticket modérateur de 5 euros. « 5 euros, ce n’est pas de l’argent, ce n’est rien ! »

Maria Spyraki n’a-t-elle réellement aucune idée des conditions de vie d’une grande partie de la population grecque aujourd’hui ou fait-elle semblant ? Et même en s’acquittant de 5 euros, de très nombreux Grecs n’ont toujours pas accès à l’hôpital public : tous les travailleurs indépendants endettés auprès de leur caisse d’assurance, ainsi que leur famille, sont exclus aujourd’hui du système de santé. Sans parler des traitements médicaux qui, en Grèce, ne sont pas ou peu pris en charge. Ce n’est pas un hasard si des cliniques gérées par des médecins bénévoles se sont multipliées à travers le pays… 

Devant le kiosque électoral de Nouvelle Démocratie, installé ce week-end.Devant le kiosque électoral de Nouvelle Démocratie, installé ce week-end. © Amélie Poinssot

Il est difficile pour la direction de Nouvelle Démocratie de garder son sang-froid. Le parti n’a plus les faveurs de Bruxelles : comme nous le racontions il y a quelques jours dans Mediapart, la commission européenne ayant fini par se rendre compte que les réformes ne progressaient pas, que la lutte contre la fraude fiscale n’avançait pas, que le parti se souciait surtout de privilégier les intérêts économiques des entreprises amies… Le parti n’a donc plus beaucoup de leviers sinon la peur face à la possible arrivée de la gauche radicale au pouvoir. Un gouvernement Syriza, c’est le chaos assuré, dit en substance la droite, c’est le retour à la drachme et la faillite du pays.

Samaras, dont les positions nationalistes ne sont pas nouvelles et avaient conduit dans les années 1990 à son éviction de Nouvelle Démocratie, est allé jusqu’à instrumentaliser les attentats de Paris dans une déclaration stigmatisant la politique favorable à l’immigration de Syriza. Après avoir manifesté aux côtés de Hollande le 11 janvier, il produit un clip effarant (traduit en français ici par le blogueur Okeanews) où il utilise les images de la mobilisation des Français pour dire : « Au moment où l’Europe s’arme, Syriza propose le désarmement des policiers, l’abolition des prisons haute sécurité pour les terroristes et la naturalisation pour les immigrés. La vérité, c’est que Syriza veut une Grèce sans défense (…) »

Dans un autre clip, on le voit auprès de comédiens qui jouent une famille touchée par l’austérité. « Je n’avais pas le choix, se justifie-t-il. Mais c’est la fin, l’économie repart. Est-ce que vous préférez une Grèce isolée en dehors de l’Europe ou vivre dans une Grèce dynamique et moderne, au sein de l’Union européenne ? » La peur : voilà l’axe de la campagne de Nouvelle Démocratie.

Mais n’est-ce pas plutôt le parti qui est effrayé par son électorat ? Jeudi soir, lors de son premier meeting de campagne à Peristeri, banlieue populaire d’Athènes, Samaras n’a pas échappé aux insultes. Il se montre à peine, ne tiendra que trois meetings cette semaine – Athènes et Thessalonique, ainsi que sa ville d’origine, un bastion de la droite, Kalamata. Dans leur ensemble, les candidats sortent peu, la campagne se déroule essentiellement à travers les clips vidéo, les plateaux télé et Internet. « Nous n’avons plus d’argent de toute façon », lâche la porte-parole.

A la recherche de la majorité absolue

Du côté de la gauche, l’ambiance est autre. Le planning de Tsipras, qui fait le tour du pays jusqu’à l’avant-veille du scrutin, change tous les jours ; on annonce la venue des partis frères européens – en particulier l’Espagnol Pablo Iglesias de Podemos qui devrait être à ses côtés pour le meeting à Athènes jeudi 22 ; on discute en interne sur l’attribution des postes au sein du futur gouvernement…

Officiellement, à une semaine du scrutin, aucun nom n’est avancé et l’accent est mis sur la nécessité de décrocher la majorité absolue afin de disposer d’un gouvernement fort et de se passer de la délicate question des alliances – sachant que seul le parti des Grecs indépendants, pour l’heure, serait acceptable du point de vue de Syriza. Pour obtenir la majorité absolue à la Vouli, étant donné que la loi électorale grecque accorde un bonus de 50 sièges au parti arrivé en tête et que les partis élus se répartissent le pourcentage cumulé des petites formations restées sous le seuil des 3 %, il faut que Syriza obtienne entre 35 et 39 %, en fonction du nombre de partis qui entreront à l’assemblée.

 

Le kiosque central de campagne de SyrizaLe kiosque central de campagne de Syriza © Amélie Poinssot

En interne, bien entendu, les discussions vont bon train. Différents noms circulent pour le ministère des finances (notamment celui de Yorgos Stathakis, un modéré qui a multiplié les contacts ces derniers temps avec des fonds d’investissements et des banques aux États-Unis et en Europe) ainsi que pour les affaires étrangères – les deux postes clés du futur exécutif. L’aile gauche de Syriza, qui prône, mais sans que cela ait jamais été repris par la ligne majoritaire, la sortie de la zone euro, hériterait probablement d’un ministère secondaire mais difficile : affaires sociales, travail ou santé.

Dans tous les cas, ce sera un gouvernement resserré, une dizaine de ministres tout au plus, nous assure une cadre proche de Tsipras. Y aura-t-il des ministres transfuges du Pasok ? Louka Katseli, ancienne ministre du travail et l’une des premières à s’être désolidarisée du gouvernement Papandréou lorsqu’il a engagé le pays sur la voie de l’austérité, était un temps pressentie pour entrer dans un gouvernement Syriza. Mais des désaccords sont apparus entre elle et le chef de la gauche radicale. Le nom d’un autre ancien du Pasok circule, Alexis Mitropoulos, un avocat spécialiste du droit du travail, déjà élu sous la bannière de Syriza en 2012.

De fait, Syriza n’ayant jamais accédé au pouvoir, a besoin de personnalités ayant cette expérience. Mais jusqu’où pratiquer l’ouverture ? Déjà, la modération du discours de Tsipras ces derniers mois divise, et est rarement comprise par la base. De nombreuses figures issues du Pasok apparaissent également sur les listes électorales, certaines d’entre elles ayant retourné leur veste très tardivement, comme les candidats Theodoros Parasatidis ou Theodora Tzakri. La tête de la liste nationale (une liste hors circonscription) est un éminent sociologue autrefois très proche du Pasok.

L’économiste Yannis Varoufakis, qui s’est fait connaître en Grèce et à l’étranger pour sa critique acerbe de la politique d’austérité depuis 2010, était auparavant conseiller de Georges Papandréou… Candidat pour la circonscription d’Athènes, il présente, ce dimanche, son dernier livre au Megaro Mouzikis – l’opéra de la capitale, une institution privée aux mains de l’une des plus grosses entreprises du pays,qui a fait affaire dans les médias et le BTP. L’endroit est à lui seul un symbole des dérives du système grec, un trou financier dont l’État a pris en charge les dettes au profit de l’investisseur… Coïncidence malheureuse ou Syriza serait-il déjà en train de se fondre dans le système ?

Le parti, au fond, est tiraillé. Certains l’admettent, mais peu parlent sans langue de bois. « En 2012, on avait encore les moyens d’exercer une politique différente, explique un membre du comité central. Aujourd’hui, on manque cruellement de moyens: beaucoup de privatisations ont été réalisées, la dette publique est passée de détenteurs privés aux États européens, et la population est beaucoup moins combative. Aujourd’hui les gens sont épuisés ; or le facteur populaire est important si l’on veut contrecarrer la pression de la Troïka… »

Les analystes politiques, de leur côté, sont parfois sévères. Pour Yorgos Contogeorgis, « Syriza a beaucoup évolué sur son discours et son projet. Mais en son sein, il fonctionne toujours comme un parti à 4 % », son score avant que ne commence la crise. Selon ce professeur de sciences politiques de l’université Panteion d’Athènes, Tsipras aurait dû s’entourer de cadres issus de la société civile.

Mais cette progression de Syriza a toutefois permis de faire émerger de nouvelles personnalités, même si elles restent une minorité et rarement en position éligible pour le 25 janvier. Sur les listes figurent notamment quelques personnes mobilisées sur des questions environnementales ou liées aux luttes contre les privatisations, ou encore des Grecs qui ont commencé à se politiser dans la foulée du mouvement des indignés, en juin 2011, et ont été très actifs dans les assemblées de quartier qui se sont alors multipliées.

Cette tendance, si elle se poursuit, pourrait enfin transformer en profondeur la politique grecque. Car pour l’heure, c’est le constat de Yorgos Contogeorgis qui prévaut : « Nous avions besoin d’un séisme politique et il ne s’est pas produit. Les politiciens n’ont rien changé au système, et en particulier ces bastions de la crise que sont l’administration fiscale et la justice. » Syriza doit encore en convaincre plus d’un d’ici dimanche 25 janvier.

AMÉLIE POINSSOT – mediapart.fr

2014, année la plus chaude enregistrée sur le globe

Classé dans: Actualités, Environnement

La température terrestre a été supérieure de 0,69  °C à la moyenne du XXe  siècle. Un nouveau record

Fin 2014, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) annonçait que l’année en cours pourrait être la plus chaude jamais enregistrée. Les relevés du mois de décembre le confirment. Deux des trois principaux laboratoires engagés dans la mesure de la température terrestre — l’un à l’Agence spatiale américaine (NASA), l’autre à l’Agence américaine chargée de l’étude de l’océan et de l’atmosphère (NOAA) — ont présenté, vendredi 16 janvier, leurs résultats : 2014 a bel et bien été la plus chaude jamais mesurée depuis 1880, date du début des relevés thermométriques. En réalité, il faut sans doute remonter au moins un millénaire au-delà pour trouver une année plus chaude que celle qui vient de s’achever.

Toutefois, la messe n’est toujours pas formellement dite. Les données britanniques du Centre Hadley, troisième institution de référence, n’ont toujours pas été prises en compte. L’OMM, qui opère chaque année la synthèse des trois résultats, rendra son verdict définitif à la fin du mois de janvier.

Le doute n’est pourtant plus de mise. D’autres institutions météorologiques ou laboratoires ont aussi, récemment, annoncé que leurs données convergeaient pour faire de 2014 l’année la plus chaude jamais observée. L’agence météorologique japonaise l’a fait le 5  janvier. Les Américains du laboratoire Berkeley Earth, conduit par le physicien Richard Müller, ont communiqué leurs conclusions le 15  janvier, et font également de 2014 l’année record, mais au coude-à-coude avec 2010 et 2005.

Selon la NOAA, la température moyenne terrestre a été en  2014 supérieure de 0,69  °C à la moyenne du XXe  siècle. Une estimation toute proche de celle de la NASA, les deux institutions de référence donnant l’année écoulée au-dessus de 2010 et de 2005 – respectivement deuxième et troisième au classement – de quelques centièmes de degré. Une telle différence peut sembler infime, mais élever la basse atmosphère terrestre d’un tel niveau requiert au contraire une énergie considérable.

 » L’année 2014 est la dernière en date d’une série d’années chaudes, elles-mêmes faisant partie de décennies chaudes, précise Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA. Le classement des années individuelles peut être affecté par le chaos qui gouverne la météorologie, mais les tendances de long terme sont attribuables aux moteurs du changement climatique, dominés par les émissions humaines de gaz à effet de serre. « 

Au total, note la NOAA dans sa synthèse,  » la température annuelle mondiale a augmenté en moyenne de 0,06  °C par décennie depuis 1880 et de 0,16  °C par décennie depuis 1970 « .

Il faut remonter à 1976 pour trouver une année plus froide que la moyenne du XXe  siècle. Depuis trente-huit ans, les années qui s’écoulent sont donc systématiquement plus chaudes que la normale. La tendance se lit aussi dans le palmarès. Les dix années les plus chaudes enregistrées à ce jour sont ainsi toutes postérieures à 2000, à l’exception de 1998. Cette année avait été marquée par un phénomène El Niño hors du commun qui avait contribué à faire grimper brutalement le mercure mondial.

Disparités régionalesCe phénomène naturel revient tous les trois à sept ans et est caractérisé par un réchauffement des eaux du Pacifique équatorial. Il alterne généralement avec le phénomène antagoniste, dit La Niña, qui au contraire voit les eaux du Pacifique refroidir et fait ainsi baisser le thermomètre mondial.

Dans leur communiqué commun, la NASA et la NOAA notent que le record de l’année 2014 a été établi alors qu’aucun Niño n’a été à l’œuvre au cours de l’année. Et ce alors que les deux précédents records, 2005 et 2010, avaient, eux, été  » aidés  » par l' » enfant terrible du Pacifique « .  » C’est la première fois depuis 1990 qu’un record de température est battu en l’absence d’un phénomène El Niño « , a précisé Thomas Karl, scientifique en chef responsable du climat à la NOAA, au cours d’une conférence téléphonique.

Comme toujours, les disparités régionales sont importantes. A l’image de la moyenne mondiale, la France et l’ensemble de l’Europe, par exemple, ont connu en  2014 leur année la plus chaude, comme l’a récemment annoncé Météo France. En revanche, 2014 ne pointe aux Etats-Unis qu’à la 18e place, avec, au sein même du territoire américain, de grandes différences. Par exemple, le Nevada, la Californie, l’Alaska et l’Arizona ont connu leur année la plus chaude. Frappée par une interminable sécheresse aggravée par de fortes chaleurs, la Californie a vu sa température moyenne annuelle supérieure de 2,3  °C à la moyenne du XXe  siècle. Le précédent record avait été établi à 1,3  °C. A l’inverse, les deux tiers du territoire américain, ainsi que le Canada, ont connu une année plus froide que la moyenne.

 » Cette tendance de long terme au réchauffement et le classement de 2014 comme année la plus chaude renforcent la nécessité pour la NASA d’étudier la Terre comme un système intégré. Il s’agit, en particulier, de comprendre le rôle et l’impact des activités humaines « , a déclaré John Grunsfeld, administrateur associé de l’agence. Un message peut-être adressé aux deux commissions parlementaires américaines chargées de superviser et de contrôler le travail de la NASA et de la NOAA, présidées par des élus républicains notoirement connus pour leur penchant climatosceptique.

Stéphane Foucart – lemonde.fr

Mobilier, voiture, téléphones… Mediapart dévoile les privilèges accordés à l’ex-président Sarkozy

Malgré son retour à la tête de l’UMP, Nicolas Sarkozy conserve la quasi-totalité des moyens que l’État offre à ses anciens présidents. Mediapart les dévoile, jusqu’au moindre détail. Du loyer déboursé pour ses bureaux aux salaires de ses collaborateurs en passant par ses porte-manteaux ou autres lampadaires, les chiffres donnent le tournis.

Nicolas Sarkozy doit cacher bien des secrets d’État. Trois semaines après son départ de l’Élysée en mai 2012, l’État français, bonne mère, lui a payé un « coffre fort » (1 016 euros), un « coffre de sécurité » (1 074 euros) et une « armoire forte » (2 073 euros), aussitôt livrés dans les cossus bureaux de la rue de Miromesnil à Paris où l’ancien chef de l’État venait de poser ses guêtres.

Nicolas Sarkozy quitte l'Elysée après sa défaite en mai 2012Nicolas Sarkozy quitte l’Elysée après sa défaite en mai 2012 © Reuters

Le contribuable a aussi payé le déménagement (8 513 euros), de même que l’équipement de son repaire en lampadaires, canapé, fauteuils avec « accoudoirs fixes et réglables », porte-manteaux, « imprimante jet couleur », ordinateur de bureau, portable,« smartphone », « GSM », « bureaux en verre transparent », etc. En tout, 56 724 euros d’achats. Depuis lors, l’État règle le loyer de Nicolas Sarkozy à hauteur de 16 341 euros par mois, soit 196 092 euros par an, en toute légalité.

Tous les anciens présidents vivent en effet sous perfusion de la République depuis une décision de 1985 – une simple lettre – paraphée par le socialiste Laurent Fabius, alors premier ministre. Mais la nature et le coût exacts de ces largesses, estimées entre 1,5 et 2 millions d’euros annuels par tête de pipe, sont toujours restés confidentiels.

Alors que Nicolas Sarkozy a repris fin novembre les rênes du principal parti d’opposition, à mille lieues d’une retraite politique, Mediapart les dévoile aujourd’hui jusque dans le moindre détail.

Ci-dessous, l’inventaire du mobilier installé rue de Miromesnil en mai 2012 :

Toutes les données publiées par Mediapart, qui couvrent la période mai 2012 à décembre 2014, sont tirées de pièces officielles qu’un militant de la transparence, Raymond Avrillier, a obtenues du gouvernement mercredi 14 janvier, après quatre mois d’attente et de recours. Elles lui ont été transmises par le service de Matignon qui gère les privilèges dévolus aux trois « ex » (Giscard d’Estaing, Chirac et Sarkozy).

Fin 2014, plusieurs députés PS ont déjà dénoncé une « utilisation (de ces moyens) à des fins personnelles » et un conflit d’intérêts en ces termes : « Au nom de quoi le contribuable français doit-il être le complice du retour caricatural du chef (Sarkozy) » ?En tant qu’ancien président (il s’était augmenté son salaire de 170 %), Nicolas Sarkozy sera de toutes façons bénéficiaire d’une indemnité de 6 000 euros à vie.

• Une caverne d’Ali Baba rue de Miromesnil : 570 000 euros depuis 2012

On découvre aujourd’hui que l’État a déboursé précisément 215 392 euros en 2014 pour la location de ces bureaux et leur entretien. Dans la liste : frais de nettoyage, électricité,« dépenses informatiques », copieurs, papier, timbres, machines à affranchir… Nicolas Sarkozy, lui, s’affranchit peu des mamelles de l’État puisqu’en 2013, une note de« blanchissage » de 284 euros a même été prise en charge. Côté communication, on relève encore 11 119 euros de factures de téléphones mobiles, plus 4 720 pour des fixes.

Sur deux ans et demi (achat du mobilier compris), l’addition de la rue de Miromesnil dépasse ainsi les 570 000 euros. Et dire que Nicolas Sarkozy déclarait encore en octobre dernier, à propos du RSA (revenu de solidarité active) et de « l’assistanat » : « Est-ce que toute allocation doit avoir comme contrepartie une activité ? Pour moi la réponse est oui. »

Ci-dessous, la liste de ses frais de fonctionnement :

 

 

• La citroën de collection :

Le modèle de limousine fourni par l'Etat à N. Sarkozy
Le modèle de limousine fourni par l’Etat à N. Sarkozy

Depuis mai 2012, le conférencier Sarkozy, traditionnel pourfendeur des déficits publics, roule en C6V6 HDI Exclusive, « la dernière limousine française haut de gamme » (dixit La Tribune). La facture adressée à l’État révèle que cette voiture a été achetée 44 141 euros à un vendeur Citroën de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), cinq jours seulement après la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, et qu’elle a été agrémentée d’un « toit ouvrant électrique » et d’un « pack lounge ». Évidemment, l’ancien président ne paie pas son carburant lui-même (4 046 euros par an, 5 301 euros d’entretien).

 

• Salaires de ses collaborateurs : 660 000 euros net par an

Ce ne sont pas les cinq fonctionnaires d’État mis à disposition qui coûtent le plus cher, mais les cinq conseillers contractuels rémunérés entre 5 247 euros et 7 020 euros en net par mois, recrutés au bon vouloir de Nicolas Sarkozy. Il est bien possible que le plus gros salaire revienne à la demi-sœur de Carla Bruni, Consuelo Remmert, « conseillère diplomatique » chargée de vendre les conférences du patron aux banquiers et dirigeants du monde.

© SGG

En extrapolant sur deux ans et demi, on peut estimer qu’environ 1,6 million d’euros a ainsi été encaissé par la fine équipe (avec un coût encore plus lourd pour l’État, qui assume toutes les charges sociales).

Dans l’absolu, il faudrait aussi compter les traitements des policiers assurant la protection de l’ancien chef d’État, que Matignon a occultés des documents transmis à Raymond Avrillier, estimant que la « divulgation (de telles informations) porterait atteinte à la sécurité de Monsieur Nicolas Sarkozy ». Impossible de savoir combien ils sont.

Au passage, on notera que le chauffeur fourni par le ministère de l’intérieur (4 000 euros mensuels) alterne bizarrement au volant avec un collègue détaché du conseil général des Hauts-de-Seine (5 339 euros), que Nicolas Sarkozy a dirigé de 2004 à 2007, et où son fils Jean siège comme vice-président.

 

Questionnée jeudi 15 janvier sur le renoncement à ces avantages, la conseillère en communication de Nicolas Sarkozy explique que son patron, désormais à la tête de l’UMP, va conserver ses locaux de Miromesnil. « Il reste ancien président, argue Véronique Waché. La circulaire de 1985 s’applique donc comme pour Chirac et Giscard. Il travaille trois jours par semaine à l’UMP et deux jours rue de Miromesnil, où sont organisés des rendez-vous non politiques avec des personnalités diplomatiques ou de la société civile, qui ne viennent pas voir le président de l’UMP mais l’ancien chef d’État. » « Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïtés », l’organisation a été « doublée » (un directeur de cabinet de chaque côté, deux secrétariats, etc.).

Si l’on comprend bien, Nicolas Sarkozy garde tous ses collaborateurs de la rue de Miromesnil à l’exception de Véronique Waché, qui « quitte son poste et change d’employeur pour basculer à 100 % sur l’UMP ». L’État continuera en particulier de rémunérer la « conseillère diplo », Consuelo Remmert, « parce qu’il y a des fonctions de représentation diplomatique à assurer ». Quant à Michel Gaudin, le directeur de cabinet côté Miromesnil, Véronique Waché assure qu’« il est préfet à la retraite » et qu’il ne plombe donc pas « l’enveloppe ancien président ».

Frédéric Péchenard et Brice Hortefeux en réunion rue de Miromesnil, le 19 septembre, à Paris.
Frédéric Péchenard et Brice Hortefeux en réunion rue de Miromesnil, le 19 septembre, à Paris. © TF1/Sept à Huit

Après dépouillement de ces documents, Raymond Avrillier, lui, ne compte pas en rester là. Il estime « raisonnable » de conserver à Nicolas Sarkozy ses « moyens de protection, dont la voiture peut faire partie », de même qu’« une ou deux secrétaires pour répondre au courrier ». « Mais pour le reste, depuis qu’il a été élu président de l’UMP, la question se pose de l’usage de cet argent public à des fins politiques. »

Raymond Avrillier rappelle ainsi qu’un parti n’a pas le droit de bénéficier de dons ni d’avantages en nature de la part d’une personne morale (association, collectivité, entreprise, etc.). « En l’occurrence, pointe-t-il, le président de l’UMP reçoit de l’argent du secrétariat général du gouvernement. L’État est-il encore, dans tous les sens du terme, une personne morale ? »

L’ancien élu de Grenoble compte bien interpeller la Commission nationale des financements politiques (CNCCFP), chargée de vérifier les comptes des partis,« sur la régularité de ce financement ». « Ne faudrait-il pas comptabiliser une partie des avantages de Nicolas Sarkozy dans les recettes du parti ? » lance Raymond Avrillier. Quid par exemple de ses déplacements ?

Pour rappel, la décision de 1985 de Laurent Fabius offrait aux anciens présidents « la gratuité pour eux-mêmes et leur conjoint sur l’ensemble des réseaux publics ferroviaires, aériens et maritimes, dans la meilleure classe », pour aller à Doha ou Pékin, au cap Nègre ou à Varennes.

MATHILDE MATHIEU – mediapart.fr

Le capitalisme ne survivra pas aux machines intelligentes.

L’intelligence artificielle va tuer l’argent

 

L’intelligence artificielle (IA) est longtemps restée un sujet de science-fiction. Elle est désormais une simple question de calendrier : l’explosion des capacités informatiques (la puissance des serveurs informatiques a été multipliée par un  milliard en trente et un ans) rend probable l’émergence d’une IA supérieure à l’intelligence humaine dans les prochaines décennies. GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ainsi qu’IBM y investissent massivement, mais Google est le plus avancé. Selon Ray Kurzweil, l’ingénieur en chef de Google, une IA dotée d’une conscience et un  milliard de fois plus puissante que la réunion de tous les cerveaux humains devrait écraser l’intelligence humaine dès 2045.  » Nous ferons des machines qui raisonnent, pensent, et font les choses mieux que nous le pouvons « ,surenchérit Sergei Brin, le cofondateur de Google.

Cette perspective inquiète. Elon Musk, le fondateur de Tesla et de SpaceX explique que  » les intelligences artificielles sont potentiellement plus dangereuses que les armes nucléaires « . Pour être à la hauteur des automates, Google propose de nous hybrider avec l’IA : devenir cyborg pour ne pas être dépassé par l’IA ! Ray Kurzweil a déclaré que nous utiliserons des nanorobots intracérébraux branchés sur nos neurones pour nous  » augmenter  » dès 2035. Il s’agira d’éviter d’être (trop) inférieur aux machines, au risque de devenir leurs esclaves dans un scénario à la Matrix. Les technologies d’augmentation seront le seul moyen d’espérer conserver une certaine autonomie. Paradoxalement, l’ultime outil de l’humanité pour éviter sa vassalisation serait ainsi l’instrument de son suicide : fusionner avec l’IA reviendra bien à éliminer l’Homme 1.0 biologique.

Mais l’IA pourrait aussi entraîner la disparition de l’argent. Dans nos sociétés méritocratiques, ce sont principalement les différences de capacités intellectuelles qui légitiment (à tort ou à raison) les écarts de revenu et de capital. Or, cette clé se trouvera brisée par l’IA. L’intelligence humaine sera à terme ridicule face aux capacités des machines : acceptera-t-on des écarts de revenu de 1 à 1  000 dans ce nouveau monde ? Si nous acceptons les prothèses intracérébrales proposées par les dirigeants de Google, quelle serait la légitimité d’écarts de revenu entre les hommes puisque nos performances seront liées à la puissance de nos prothèses cérébrales et non à nos qualités intrinsèques ?

En outre, la société de l’IA sera une société sans travail, ce qui privera la monnaie de sa fonction. Quand un milliard de chercheurs en cancérologie pourront, par exemple, être émulés sur des batteries de disques durs en quelques instants, quelle sera la valeur d’un cancérologue humain ? Tous les biens et services pourront être inventés et produits par la machine de façon infiniment plus performante que par n’importe quel homme, fut-il augmenté. Le système méritocratique partira en fumée : comment organiser la répartition des capitaux si le mérite est impossible ? La meilleure solution sera sans doute la distribution égale des biens et services à chaque individu. Un communisme 2.0 où chacun recevra selon ses besoins et non selon son travail. C’est l’IA, et non Thomas Piketty, qui supprimera les inégalités de revenus. Le capitalisme ne survivra pas aux machines intelligentes.

Laurent Alexandre – lemonde.fr

Le délit de blasphème existe en France. Hollande voulait même le mettre dans la Constitution avec le Concordat qui le contient !

Je voudrais résumer ma façon d’analyser et de proposer dans le moment. Elle n’a rien à voir avec la vision politicienne de « l’union nationale », nouvelle case dans laquelle des commentateurs sans imagination ni vergogne veulent à tout prix faire rentrer tout le monde. Pour être embrigadés il suffit de refuser de répondre à une incitation à entrer en polémique avec Hollande ou Valls dans un moment comme celui que nous vivons. Pour moi, l’acteur principal du moment, qui a été « à la hauteur de la situation », c’est le peuple ! Son mouvement spontané n’est récupérable par personne ! Mieux : son indépendance est la garantie de sa force et de son unité sur le contenu exigeant qu’il a imposé dans la rue.

Dans quelques jours, on pourra de nouveau parler librement sans crainte de la provocation médiatique. On pourra dire ce que l’on a pensé du traitement médiatique des évènements que nous venons de vivre. Et notamment, à certains moments cruciaux, par des chaînes d’information en continu, par les commentateurs comme par la palanquée d’experts plus que discutables qui ont prêché la guerre sainte de « l’Occident » contre la guerre sainte des fanatiques religieux. Sans oublier ce chef d’État étranger venu diviser les Français en suggérant à certains d’entre eux de fuir leur patrie. Laissons de côté, une nouvelle fois, pour l’instant. Mais non sans rappeler à ceux qui ont oublié d’en parler ces jours-ci que contrairement à ce que dit Manuel Valls, sans qu’aucun média ne le corrige, le délit de blasphème existe en France du fait du Concordat. C’est même au nom de cette possibilité qu’une plainte fut déposée contre « Charlie » ! Or, pendant la campagne présidentielle et ensuite, Hollande et le PS voulaient mettre ce Concordat dans la Constitution avec le soutien enthousiaste d’un front uni d’élus de droite et du PS des départements concordataires. Je raconte tout cela pour rafraîchir les mémoires. Et bien sûr, on peut penser que quelques esprits critiques médiatiques s’y intéresseront. Une nouvelle fois, amis journalistes : servez-vous de ce travail de mémoire ne serait-ce que pour faire une pause dans les « te deum » d’unanimisme politique actuel.

 

Mon angle sur le moment est celui d’un combat civique. Les assassins avaient des buts politiques. C’est eux qu’il faut mettre en échec. La réplique doit donc être politique. C’est-à-dire qu’il faut renforcer les anticorps républicains au fanatisme religieux. Notamment en renforçant l’attachement inconditionnel à la liberté d’expression telle que définie par la Déclaration des Droits de l’Homme (avec pour seule limite celle que fixe la loi). Comment ? Certainement pas en s’abandonnant aux surenchères sécuritaires qui n’ont en vérité aucune efficacité pratique. Ce qui compte, c’est de vider l’eau du bocal où peuvent prospérer les fanatiques. Il faut faire de la politique. Il faut compter sur la société, sur le peuple, pour trouver la riposte. C’est très concret. Et cela concerne le projet de sixième République. Quelques exemples.

Sécuritaire ou républicain ? Voici comment j’ai répondu à la question que me posait le site de « Marianne »pour décrire la différence d’approche qui me sépare des soi-disant « sécuritaire ». Question : « Depuis l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo et les prises d’otages qui ont fait quatre morts, la classe politique est tentée par un renforcement de l’appareil anti-terroriste français. Mais à l’heure actuelle, un « Patriot act » à la française est-il la seule réponse et même la bonne réponse ? » Ma réponse : « Le « Patriot Act » ? Ceux qui en parlent savent-ils ce que c’est ? Juste une loi de réduction des libertés qui, comme toutes les lois d’exception, ne marche pas. Mais elle légalise la torture ! C’est cher payer le délire sécuritaire. Stop à la surenchère ! Depuis 2001, on a eu huit lois contre le terrorisme, sans y inclure les lois sur la délinquance et le crime en bandes organisées ! Quand en fait-on le bilan ? La discussion doit aussi être technique. Qu’a-t-il manqué pour empêcher les crimes qui viennent d’avoir lieu ? Je suis pour des mesures efficaces. Mais pas pour les coups de menton et la récupération. Ras-le-bol de cette façon de faire de la politique : de la com’, portée par des gens qui se fichent des conséquences des mots qu’ils emploient. Le bon angle selon moi est de renforcer les anticorps de la société elle-même face aux terreaux fondamentalistes. Plus la société est républicaine plus les criminels sont isolés. Et alors leur défaite est assurée. » Je m’inscris ainsi dans le sens de la réplique de Fabian Stang, maire d’Oslo, après la tuerie de l’Île Ostøya perpétrée par le néo-nazi Anders Breivik en 2011 : « Nous allons punir le coupable. La punition, ce sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie ». Je me rattache à l’affirmation de Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

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Comment faire pour stimuler les anticorps républicains de la société face aux fanatiques ? Exemple de mesure concrète : défendre la presse d’opinion. Notamment en la subventionnant davantage que la presse de divertissement. Est-il normal que « Le Monde diplomatique » reçoive moins qu’un journal de programme télé ? Est-il normal que «l’Humanité » reçoive si peu par rapport à des journaux qui ne prennent aucun des risques du combat d’idées ? Cela ne concerne pas que l’intervention publique. Chacun d’entre nous doit se rappeler que la meilleure façon de faire vivre la presse d’opinion c’est de l’acheter. C’est pourquoi le mouvement qui porte à acheter le numéro deCharlie qui vient de paraître est une réaction extraordinairement politique ! Autre exemple : faire comprendre le sens de la laïcité comme garantie fondamentale de la paix civile et non comme une « opinion » moquée sous les traits du « laïcard ». N’avions-nous pas raison de demander que le délit de blasphème soit supprimé partout où il existe en France et en Europe ?

Le délit de blasphème existe en France ! Je dois donc le rappeler à Manuel Valls qui a dit le contraire sans être corrigé ? Le délit de blasphème existe en France dans les départements où s’applique le Concordat ! Dois-je rappeler que François Hollande a prétendu pendant la campagne présidentielle inclure le Concordat dans la Constitution ? Ce fut même l’objet d’une lettre de François Hollande aux représentants des cultes reconnus d’Alsace-Moselle, le 13 février 2012 : « Le maintien du Concordat doit être abordé avec respect et compréhension de ce que fut l’histoire de ce territoire français ». Pour ce faire, il indiquait vouloir insérer à l’article 1er de la Constitution un deuxième alinéa ainsi rédigé: « La République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et respecte la séparation des églises et de l’État, conformément au titre premier de la loi de 1905, sous réserve des règles particulières applicables en Alsace-Moselle ». Sous réserve… Dans sa lettre, il est très précis sur le sens de cette réserve : « Bien loin de porter atteinte aux règles qui régissent, de façon particulière, les relations entre l’État et les cultes concordataires en Alsace-Moselle, elles seront au contraire confortées dans leur spécificité, en se voyant reconnues au niveau constitutionnel ». Ignorait-il que le délit de blasphème est dans le Concordat ? C’est impossible pour un adhérent du PS ! Rappelons comment le maire socialiste de Strasbourg s’en était pris à notre demande et comment il avait proclamé son attachement au Concordat après l’assertion du candidat Hollande !

Je l’avais dénoncé dans l’indifférence moqueuse des « observateurs » de la campagne. Révélation : c’est la seule garantie que j’ai demandé au téléphone à François Hollande au moment où j’appelai à voter pour lui : pas de Concordat dans la Constitution et pas le contrat au-dessus de la loi comme il l’avait annoncé dans des tribunes de presse passées inaperçues. Il m’avait répondu après un silence : « cela, on ne le fera pas ». A présent, les religieux d’Alsace-Moselle, départements où s’applique le Concordat qu’il faudrait abroger entièrement, viennent eux-mêmes de demander l’abolition du délit de blasphème ! Pourtant, comme nous avons été brocardés quand nous avions proposé cette idée dans le projet de loi laïque déposé par les parlementaires du Parti de Gauche ! Ne devrait-on pas en faire une revendication européenne quand ce délit de blasphème existe dans le droit de l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande et combien d’autres ?

Impliquer le peuple dans la défense des libertés fondamentales et de la protection du territoire national est le meilleur stimulus des anticorps républicain. Un exemple ? Dans son livre sur la sur la lutte contre la délinquance, mon camarade François Delapierre reprenait l’idée d’une conscription mixte vouée à cette tâche. Cette méthode, c’est le contraire du « Patriot Act », loi de réduction des libertés légalisant, entre autre, la torture. La surenchère sécuritaire n’a pas d’autre sens que d’être surtout de l’opportunisme du coup de menton qui donne à celui qui pérore le beau masque de l’autorité a peu de frais. En France, huit lois contre le terrorisme ont été adoptées depuis 2001. Et déjà deux lois antiterroristes sous le quinquennat de Hollande. La dernière a moins de 3 mois puisqu’elle a été votée le 4 novembre 2014 ! Peut-on nous dire quel bilan a été tiré de ces lois ? Non, personne n’a fait cette évaluation ! Peut-on nous dire pourquoi des « propositions » sécuritaires nouvelles sont faites contre le danger des fanatiques religieux alors que deux commissions d’enquête parlementaires sont déjà au travail sur le sujet ?

Pour moi, la solution c’est toujours l’intervention populaire. C’est pourquoi je crois que la revendication d’une nouvelle république, la 6ème, rétablissant la souveraineté populaire dans tous les domaines, y compris celui de la sureté intérieure, est une revendication en plein dans le besoin du moment. J’ai bien remarqué que spontanément la discussion a commencé à propos de ces thèmes sur la plateforme de débat de M6R.FR qu’est « Nous Le Peuple ». Je vous donne donc rendez-vous sur le site M6R.FR pour discuter ces propositions.

Jean -Luc Mélenchon