AbonnementRSS

A la une

La stratégie déficitaire d’Amazon exaspère sérieusement Wall Street

Ce n’est pas un plongeon boursier qui est de nature à perturber Jeff Bezos. Même quand celui-ci dépasse les 10%, comme c’est le cas ce vendredi 25 juillet. Le patron d’Amazon ne soucie en effet guère des évolutions quotidiennes du cours de son action. Il voit à long terme, parle de croissance, de diversification et d’opportunités quand les investisseurs aimeraient entendre parler de profits, de rentabilité et de dividendes.

Les marchés financiers commencent donc sérieusement à s’impatienter. Car si le géant du e-commerce vient de souffler sa vingtième bougie, il accumule encore les pertes. Nouvelle illustration au deuxième trimestre 2014, avec un déficit net de 126 millions de dollars (94 millions d’euros). Et la société s’attend à rester dans le rouge au troisième trimestre, prévenant que sa perte opérationnelle devrait être comprise entre 410 et 810 millions de dollars.

SACRIFIER LA RENTABILITÉ

« Nous n’essayons pas d’optimiser nos profits à court terme », a tenté de justifier Tom Szkutak, le directeur financier d’Amazon. Le discours ne passe cependant plus à Wall Street, qui attend désormais des résultats concrets. Après avoir touché son plus haut niveau historique, le 21 janvier, l’action du groupe de Seattle avait déjà chuté de 12% avant la publication des résultats trimestriels. Ce plongeon dépasse désormais la barre des 20%.

Qu’importe. Jeff Bezos ne changera pas de stratégie. Elle repose sur un principe simple: « sacrifier la rentabilité à court terme afin de favoriser sa croissance à long terme », explique Michael Pachter, analyste chez Wedbush Securities. C’est de cette manière que la société s’est imposée comme le leader incontestable du commerce en ligne. Cela se traduit par des investissements importants pour attirer de nouveaux clients et conquérir de nouveaux marchés.

Cela passe aussi par les livraisons souvent gratuites, même le dimanche dans de nombreuses villes américaines. Et par un développement de la logistique avec l’ouverture de nombreux centres de distribution pour réduire les délais de livraison. De nouveaux entrepôts sont en cours de construction. Autre effet: des recrutements massifs. Au cours des deux dernières années, le nombre d’employés a doublé. Ils sont désormais plus de 132.000. Soit plus que chez Apple et Google réunis.

DIVERSIFICATION

La stratégie de Jeff Bezos se matérialise aussi par une volonté de diversification. Amazon ne se considère pas comme une entreprise de commerce en ligne, mais comme une société technologique qui fait du commerce en ligne. Autrement dit, la vente sur Internet n’est qu’un point de départ. La société a ainsi été la première à proposer une offre de cloud computing, l’informatique dématérialisée, à destination des entreprises. Elle est aujourd’hui leader sur ce marché en forte croissance.

Plus récemment, Amazon investit massivement dans les contenus digitaux. Pionnier du livre numérique avec sa liseuse numérique Kindle, le géant américain cherche à répliquer ce succès. Il dispose de sa boutique de films, chansons et applications. Pour stimuler ses ventes, il fabrique de plus en plus de terminaux. Après sa tablette Kindle Fire, il a lancé en avril sa box télé, baptisée Fire TV. Vendredi, il entame la commercialisation de son premier smartphone, le Fire Phone.

La société a aussi lancé un service de streaming (lecture sans téléchargement) vidéo, accessible sans supplément à ses clients Prime. Et comme Netflix, elle commence à produire ses propres séries télé. Selon M. Szkutak, elle devrait dépenser pas moins de 100 millions de dollars au cours du troisième trimestre pour ces contenus originaux. En juin, Amazon a ajouté une offre de streaming musical, proposée elle-aussi sans supplément avec l’abonnement Prime (99 dollars par an).

RALENTISSEMENT

En attendant de voir si cette stratégie porte ses fruits, les investisseurs – qui avaient porté la société à des niveaux de valorisation excessifs: 185 milliards de dollars fin janvier, soit 672 fois son bénéfice net annuel – ne peuvent que constater avec inquiétude la constante érosion des marges opérationnelles d’Amazon. Au cours des douze derniers mois, elles ne se sont établies qu’à 0,8%. Dans le même temps, la croissance du chiffre d’affaires stagne: « seulement » 23% au deuxième trimestre.

Encore plus préoccupant: le segment « autres » a connu une baisse de son chiffre d’affaires entre le premier et le deuxième trimestre 2014. Ce segment inclut notamment Amazon Web Services, l’activité cloud de la société censée être beaucoup plus rentable que les autres. Si M. Szkutak assure que le nombre de clients est en hausse, les recettes d’AWS pourraient bien avoir baissé. Car face à la concurrence féroce de Google et de Microsoft, Amazon a été contraint de fortement abaisser ses prix. Et devra certainement le faire à nouveau.

Jérôme Marin - blog le monde.fr

Ce qu’il faut retenir de la transparence des parlementaires

Classé dans: Actualités, Colère noire

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, créée après le choc de l’affaire Cahuzac, a publié, jeudi 24 juillet, les déclarations d’intérêts des 925 députés et sénateurs français. Pour y voir un peu plus clair, Mediapart met l’accent sur une quinzaine de situations qui interrogent, à droite comme à gauche.

s sont députés ou sénateurs, mais pas que. Cela peut parfois leur rapporter gros ou les placer dans des situations de conflit d’intérêts. Restées confidentielles jusqu’ici, ces informations sont désormais (en partie) publiques après la mise en ligne, jeudi 24 juillet, par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), créée après le choc de l’affaire Cahuzac, des déclarations d’intérêts des 925 parlementaires français.

Leur consultation sur le site de la HATVP est particulièrement fastidieuse : les déclarations sont remplies à la main dans l’immense majorité des cas et rarement homogènes – il y a ceux qui publient leurs émoluments en net, d’autres en brut, certains raturent, d’autres débordent des cases… Pour y voir un peu plus clair, Mediapart met l’accent sur plusieurs situations particulières. En cas de conflit d’intérêts, la HATVP pourra saisir le bureau de l’Assemblée ou du Sénat (une instance très politique), mais a été privée par la loi du moindre pouvoir d’injonction à l’égard des parlementaires.

  • JEAN-FRANÇOIS COPÉ, L’AVOCAT MILLIONNAIRE
Jean-François Copé a touché près de 2 millions d'euros comme avocat.Jean-François Copé a touché près de 2 millions d’euros comme avocat. © Reuters

En 2009, alors président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé a commis un ouvrage baptisé Un député, ça compte énormément (Albin Michel)Il y expliquait les raisons du cumul de son activité parlementaire avec celle d’avocat d’affaires, d’abord au sein du cabinet Gide-Loyrette-Nouel puis à son compte. « On reproche souvent aux hommes politiques d’être complètement déconnectés du monde du travail. Avoir un pied dans le privé me permet aussi de me confronter à la réalité de l’entreprise », écrivait-il. Grâce aux déclarations d’intérêts rendues publiques par la HATVP, on sait désormais combien cette « réalité de l’entreprise » fut pour lui sonnante et trébuchante.

Ainsi, entre 2007 et 2013, Jean-François Copé déclare avoir perçu 1 864 784 € liés à ses activités d’avocat d’affaires, en plus de ses émoluments de député et maire de la ville de Meaux (Seine-et-Marne), lesquels représentent environ 75 000 €/an. Le cumul du mandat de député avec des activités d’avocat d’affaires par Jean-François Copé a suscité la polémique à plusieurs reprises ces dernières années.

Mais si l’on sait désormais combien cette activité censée lui prendre « plusieurs heures par semaine » (selon le même livre) fut immensément rémunératrice, le geste de transparence de la HATVP ne permet pas d’en savoir plus, au nom du secret professionnel, sur la liste de ses clients. Celle-ci aurait pourtant permis de mettre au jour, ou pas, de possibles situations de conflit d’intérêts de celui qui fut au service d’intérêts privés pendant qu’il faisait ou défaisait la loi.

Empêtré dans l’affaire Bygmalion, Jean-François Copé a dû démissionner en juin dernier de la présidence de l’UMP. Quelques jours plus tard, son « entourage » faisait savoir à la presse qu’il allait reprendre ses activités d’avocat d’affaires, qu’il avait cessées en 2013.

  • PHILIPPE BRIAND, L’HOMME AUX 37 SOCIÉTÉS

Trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, ce qui lui vaut d’être lui aussi placé dans la lumière de l’affaire Bygmalion, le député d’Indre-et-Loire Philippe Briand fait figure de recordman des parlementaires actionnaires d’entreprises privées. D’après sa déclaration d’intérêts, Philippe Briand est lié directement à 37 sociétés, dont 32 sont des sociétés civiles immobilières (SCI).

Fondateur du réseau d’administrateurs de biens Citya immobilier (le n° 3 en France), le député Briand est un homme richissime. Sa participation financière directe dans la holding baptisée Arche SAS est évaluée à… 120 000 000 €, d’après les éléments fournis à la HATVP. L’homme perçoit par ailleurs de copieux émoluments au titre de ses activités diverses. Pour la seule année 2013, l’ancien trésorier de Sarkozy a déclaré un salaire de 101 643 € comme chef d’entreprise et 361 200 € de dividendes. Ceux-ci avaient atteint jusqu’à 1 749 050 € en 2011.

  • PATRICK BALKANY OUBLIE SA FEMME

Isabelle Balkany n’existe plus, du moins pour son mari. Le député des Hauts-de-Seine Patrick Balkany, cerné par plusieurs affaires financières (fraude fiscale, prise illégale d’intérêts, emploi fictif…), a écrit « NÉANT » dans la case de sa déclaration d’intérêts consacrée à l’« identification du conjoint ou partenaire ». Isabelle Balkany, sa première adjointe à la mairie de Levallois-Perret, est actuellement mise en examen pour« blanchiment de fraude fiscale » dans le cadre d’une vaste enquête internationale sur le patrimoine caché du couple, notamment au Maroc et dans les Antilles.

Pour le reste, le député Balkany, qui n’est pas connu pour vivre chichement, ne déclare aucun émolument, si ce n’est 24 900 € annuels comme maire de Levallois et 14 000 € de droits d’auteur pour son livre Une autre vérité, la mienne.

  • GÉRARD LONGUET, UN MÉLANGE DES GENRES ASSUMÉ

Il se revendique lui-même comme un militant du cumul public/privé. Le sénateur UMP de la Meuse et ancien ministre Gérard Longuet a déclaré pour l’année 2013 une rémunération de 42 000 €, en plus de ses activités parlementaires, comme président de sa société de conseil Sokratès Group. Il est aussi l’administrateur, en France et en Afrique, de la société de manutention portuaire Sea Invest, mais également du groupe Cockerill Maintenance et Ingénierie (CMI), qui lui ont rapporté environ 50 000 € de jetons de présence.

En janvier dernier, Gérard Longuet, qui fut le ministre de la défense de Nicolas Sarkozy durant la guerre contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, s’est discrètement rendu dans une Libye en ruines pour y prospecter de bonnes affaires commerciales, notamment dans le domaine portuaire auquel il est donc lié professionnellement. Gérard Longuet était invité par un riche homme d’affaires établi à Genève, Mohamed Benjelloum. « Je n’avais pas de clients. Il est évident que si j’avais découvert une pépite, j’aurais réfléchi à l’exploiter », a-t-il fait savoir, sans ciller, à Mediapart.

  • L’OUBLI DE JEAN-NOËL GUÉRINI
Jean-Noël Guérini, multi-mis en examen.Jean-Noël Guérini, multi-mis en examen.© Reuters

En sus de ses rémunérations de sénateur, et de président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini touche chaque année 5 400 € de jetons de présence pour siéger au conseil de surveillance de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) dont le département des Bouches-du-Rhône est actionnaire à hauteur de 5 %. Entre 2005 et 2010, même si cela n’apparaît pas sur sa déclaration, il a empoché 24 400 € pour représenter le département à la CNR. Les a-t-il reversés au PS ? Jean-Marc Coppola (FDG), qui a représenté la région Paca à ce même CNR jusqu’en 2010, se souvient qu’il reversait ses jetons de présence à son parti. De même que les représentants des salariés les reversent à leur syndicat. Le sénateur touche également 15 700 €/an, depuis qu’il a pris la présidence du service départemental d’incendie et des secours (Sdis 13).

Jean-Noël Guérini détient par ailleurs 22 300 € de parts dans la Socoma qu’il copréside avec Charles-Émile Loo, 92 ans. Il s’agit d’une coopérative ouvrière créée après guerre par ce dernier et d’autres proches de Gaston Defferre pour contrer la CGT et les communistes sur le port de Marseille. S’il mentionne bien que sa femme Martine Aelion-Guérini est avocate, Jean-Noël Guérini oublie de préciser qu’elle défend l’office HLM 13 Habitat, qu’il a présidé jusqu’en 1998 et qui dépend toujours du département des Bouches-du-Rhône, comme l’avait révélé Le Point en 2011.

L’une des deux assistantes parlementaires de Jean-Noël Guérini, Magali Le François, travaille également à mi-temps à son cabinet au Conseil général. Et jusqu’en 2011, elle a cumulé sa fonction d’assistante parlementaire avec celle de secrétaire générale de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, alors présidée par Jean-Noël Guérini.

  • JEAN GLAVANY ET LE GROUPE BOLLORÉ

Député socialiste des Hautes-Pyrénées, et ancien ministre de l’agriculture dans le gouvernement de Lionel Jospin, Jean Glavany est réputé depuis longtemps pour avoir de très nombreux liens avec les milieux d’affaires. Sa déclaration d’intérêts le confirme. Elle fait d’abord apparaître qu’à la date de son élection, en 2012, il cumulait deux activités extra-parlementaires. D’abord, il était le salarié d’une société organisatrice d’événements sportifs et culturels, dénommée Angel Developpement, pour une rémunération de 61 506 € – on peut supposer que c’est une rémunération annuelle même si l’élu ne le précise pas. Ensuite, elle indique qu’à la même date, il était avocat au cabinet dénommé Parme Avocats, pour une rémunération de 60 935 €. Sur le sitede ce cabinet, on ne trouve pas mention de cette collaboration.

L'ancien ministre PS Jean Glavany, sur les bancs de l'Assemblée.L’ancien ministre PS Jean Glavany, sur les bancs de l’Assemblée. © Reuters

Mais c’est à la fin de cette déclaration d’intérêts que l’on trouve les précisions les plus intéressantes. À la rubrique « Observations », Jean Glavany apporte une référence sur un volet de ses activités dont il n’a jamais aimé parler. « Je ne vois pas dans ce questionnaire où je pouvais indiquer qu’en 2012-2013 (et depuis 2001), j’étais membre du « comité stratégique » du groupe Bolloré, structure informelle s’apparentant à un « think thank » mais qui ne fait de moi ni un salarié, ni un dirigeant, ni un actionnaire de ce groupe. » Lapsus cocasse : au lieu d’écrire « think tank », le parlementaire use du mot « thank ». Comme dans « thank you very much »…

Ces liens discrets entre l’ancien ministre de l’agriculture et l’un des plus grands patrons français, qui possède des actifs immenses dans des activités du même secteur, par exemple dans le domaine des bois précieux en Afrique ou en Asie, ont en effet souvent fait jaser. Car Vincent Bolloré est l’une des grandes figures du capitalisme de connivence à la française, et a affiché une très grande proximité avec Nicolas Sarkozy tout au long de son quinquennat. Au sein de ce comité stratégique du groupe Bolloré, Jean Glavany a donc longtemps côtoyé Antoine Veil (aujourd’hui décédé), l’une des figures du capitalisme parisien, ou encore Alain Minc, qui y siège toujours et est resté le principal conseiller de Nicolas Sarkozy, tout comme celui de Vincent Bolloré.

A la suite de cette notule, Jean Glavany nous a fait parvenir une réponse, que vous trouverez sous l’onglet Prolonger.

  • GILBERT COLLARD, LA FORTUNE D’UN AVOCAT

Le député “Rassemblement bleu marine” a déclaré 393 599 € en 2012, somme liée à ses activités d’avocat. En 2013, il déclare une rémunération de 16 013 € mensuels (comme avocat), soit plus de 192 000 €, et des droits d’auteur et contrats d’édition pour des montants « non encore connus ». Entre 2008 et 2012, il a perçu, comme avocat, d’après sa déclaration, 2 027 477 €, et 110 092,77 € comme « auteur de livres et de récit d’affaires pour la télévision ».

  • AYMERI DE MONTESQUIOU, LES FRUITS DE LA TERRE

Le vice-président (UDI) de la commission des finances du Sénat est un agriculteur heureux : Aymeri de Montesquiou déclare 93 464 € de revenus annuels pour l’exploitation agricole à ses initiales, la SCEA ADM. Mais il maîtrise parfaitement le grand écart, puisqu’il est aussi membre du conseil de surveillance de la banque d’affaires Delubac & Cie, ce qui lui a rapporté la bagatelle de 120 000 € pour l’année 2013. Et quid des quatre autres années censées être couvertes par la déclaration d’intérêts ? On ne le saura ni pour son exploitation, ni pour son travail à la banque, puisqu’il s’est contenté d’indiquer « selon activité de la société » et « selon AG votées ».

Autre mystère : dans sa déclaration d’intérêts au Sénat de 2012, il se déclarait par ailleurs membre du conseil de surveillance de la société Petroplus Holdings France, qui chapeautait alors au moins une raffinerie en activité en France, à Petit-Couronne, en Seine-Maritime. Depuis, la raffinerie a déposé le bilan, et la mention de Petroplus a disparu du CV du sénateur. En 2012, il se déclarait aussi gérant de la société de conseil East South. Aujourd’hui, il indique seulement posséder une participation financière de la société. Le gérant est désormais Francis de Montesquiou.

  • JEAN-PIERRE RAFFARIN ET FRANÇOIS FILLON, SUPER-CONFÉRENCIERS

Côté rémunération, certains savent capitaliser sur leur nom et leurs fonctions. L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin déclare ainsi entre 40 000 et 78 500 € annuels au titre des conférences qu’il donne. Il faut y ajouter les droits d’auteur de ses livres (entre 32 500 et 52 500 €/an) et ses cours à l’école de commerce parisienne ESCP (plus de 20 000 euros par an). Plus curieux, le sénateur était jusqu’au 30 avril 2013 président de… l’Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou, ce qui lui rapportait tout de même 18 000 euros par an.

L’ex-premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon, désormais membre du triumvirat qui assure la direction intérimaire de l’UMP, déclare avoir touché 70 000 € en 2012 et 142 500 € en 2013 au titre de sa société de conseil en conférences EURL 2F Conseil, créée en juin 2012, quelques jours seulement avant son élection à la députation de Paris.

Son attachée de presse officielle, Caroline Morard, est par ailleurs rémunérée par l’Assemblée en qualité de collaboratrice du député du Val-d’Oise Jérôme Chartier, qui est l’un de ses soutiens les plus proches.

  • SAMIA GHALI, RETRAITÉE À 40 ANS

Une bizarrerie pour Samia Ghali. Née en 1968, la sénatrice des Bouches-du-Rhône a donc 46 ans, mais elle se déclare « retraitée de la fonction publique territoriale », alors que la retraite n’est théoriquement pas possible à cet âge pour les fonctionnaires. (Mise à jour – 21 heures : comme suggéré en commentaires, elle a pu bénéficier d’un départ à la retraite anticipé, autorisé jusqu’en 2011 pour les mères de trois enfants ou plus.)

La sénatrice a par ailleurs bien indiqué que son époux Franck Dumontel était directeur de cabinet du président de Marseille Provence Métropole au moment de son élection en 2008. Mais elle n’ajoute pas qu’après avoir été débarqué en décembre 2010, Franck Dumontel a depuis créé sa société de conseil aux collectivités locales, qui a par exemple remporté en décembre 2012 un marché public lancé par la communauté d’agglomération communiste d’Aubagne et du pays de l’Étoile.

  • JACQUES MYARD : « À BAS L’INQUISITION ! »

L’UMP Jacques Myard est réputé pour ses coups de gueule, et il n’a pas manqué à sa réputation, même sur papier. Se présentant comme « député-maire », il a agrémenté cette information d’une déclaration de son cru : « Et vive le cumul ! » Puis, au rang des observations, dernier espace où les parlementaires peuvent s’exprimer, il n’a pas hésité : « Néant – À bas l’inquisition ! »

  • HENRI GUAINO, RIEN À DÉCLARER SAUF À L’ÉLYSÉE

Député UMP des Yvelines, Henri Guaino a rempli une déclaration d’intérêts qui ne retient guère l’attention, car la mention « NÉANT » figure presque à toutes les colonnes. Tout juste y trouve-t-on le rappel d’une information qui, lorsqu’elle avait été connue, avait déclenché une très vive polémique sous le précédent quinquennat : le parlementaire indique qu’en sa qualité de conseiller spécial auprès de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, il percevait la somme de 17 851,41 € net mensuels, traitements et primes compris. L’énormité de la somme avait fait débat.

  • PIERRE CHARON, L’ARGENT SOUS SARKOZY

Le sénateur UMP de Paris Pierre Charon a gagné plus de 186 000 euros en 2013 avec ses activités de conseil. Mais on y découvre surtout que lorsqu’il était conseiller de Nicolas Sarkozy, il a perçu 101 000 euros en 2009 et 90 000 euros en 2010.

  • LUC CHATEL, QUI SONT SES CLIENTS ?

Le député et secrétaire général de l’UMP Luc Chatel déclare, en 2013, 183 135 euros liés à ses activités annexes de « conseil en communication et accompagnement stratégique ».

  • PHILIPPE MARINI, L’ULTRA-CUMULARD DANS LE PRIVÉ

Président UMP de la commission des finances du Sénat, Philippe Marini a la réputationd’avoir toujours sa porte grande ouverte aux lobbies, notamment ceux du patronat (Medef et Afep) et d’entretenir des liens de grande proximité avec les milieux de la finance. Sa déclaration d’intérêts ne le dément pas : le sénateur apparaît en effet comme l’un des élus qui a les activités extra-parlementaires les plus fournies.

D’abord, il déclare être le gérant d’une EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) dénommée Aigle, qui lui procure bon an mal an un peu plus de 30 000 €/an – 33 042 € de revenus imposables par exemple en 2012. Cette structure un peu énigmatique se présente comme le « conseil stratégique » depuis 1994 d’une société, aussi peu connue, dénommée CIPM, structure dont Philippe Marini est par ailleurs administrateur.

Philippe Marini, sénateur et champion toutes catégories du cumul. Philippe Marini, sénateur et champion toutes catégories du cumul.© Reuters

Le sénateur est aussi membre du conseil de surveillance d’une société beaucoup plus connue, dénommée Gimar-Finances, rebaptisée récemment Gimar et Cie. Créée en 1999 par le banquier d’affaires Christian Giacomotto, cette structure financière est spécialisée dans les fusions-acquisitions et est fréquemment intervenue sur des dossiers qui concernaient directement l’État ou des entreprises à capitaux publics, qu’il s’agisse de dossiers liés dans le passé à la Caisse des dépôts, aux Caisses d’épargne ou encore à Areva. Autrefois proche de Philippe Séguin, il a beaucoup joué les entremetteurs entre la sphère publique et les milieux d’affaires, organisant des deals à chaque fois que cela fut possible et empochant de confortables commissions.

Certaines de ses interventions ont même été épinglées par la Cour des comptes. Le président de la commission des finances du Sénat peut-il défendre le bon usage des fonds publics, tout en siégeant dans un établissement financier qui est parfois en affaires avec l’État ou ses pupilles ? Dans sa déclaration, Philippe Marini dit vouloir poursuivre à l’avenir toutes ses activités.

Et ce n’est toujours pas tout. Philippe Marini déclare avoir perçu environ 20 000 €/an de 2008 à 2011 en sa qualité de membre du conseil de surveillance du distributeur alimentaire Guyenne et Gascogne (absorbé depuis par Carrefour). Il dit enfin percevoir en moyenne 4 000 €/an pour ses fonctions d’administrateur de la Compagnie financière privée (COFIP). Plus connue autrefois sous le nom de Didot-Bottin, qu’elle a dans le passé absorbée, la COFIP est une société d’investissement : elle mène des activités en association avec Gimar ou notamment avec la société de vente en ligne Price Minister, dirigée par Pierre Kosciusko-Morizet.

  • JEAN-MICHEL BAYLET, LES MILLIONS DE LA PRESSE

À la date de l’élection de 2004 au Sénat, le sénateur du Sud-Ouest déclare 678 298 € de rémunérations, dont 416 966 € en tant que PDG du groupe La Dépêche du Midi, 20 189 € en tant que président de la SAS Nouvelle République des Pyrénées, 133 365 € comme président de SAS Occitane de Communication et 107 777 € en tant que président de la SA Midi Olympique.

Pour l’année 2013, les rémunérations s’élèvent à 700 880 €, dont 377 159 € (La Dépêche du Midi), 23 575 € (La Nouvelle République des Pyrénées), 144 983 € (Occitane de Communication) et 155 163 € (Midi Olympique). Ce membre du parlement déclare envisager de conserver ces activités. S’ajoutent, toujours pour 2013, 56 389 € d’indemnités en tant que sénateur du Tarn-et-Garonne et 27 990 € en tant que président du conseil général du Tarn-et-Garonne, soit 84379 € d’indemnités parlementaires.

  •  FRANÇOIS PUPPONI, UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Le député et maire PS de Sarcelles, François Pupponi, déclare trois collaborateurs parlementaires, parmi lesquels sa compagne, Marie-Claude Chabé, également membre du cabinet de la mairie de Sarcelles. Ce proche de Dominique Strauss-Kahn, à qui il a succédé dans le Val-d’Oise comme au Palais-Bourbon, puise aussi dans son enveloppe pour rémunérer un chauffeur à temps partiel. Plus étonnant : ce chauffeur est également employé au sein de Leyne Strauss-Kahn & Partners (LSK), une banque d’affaires luxembourgeoise présidée depuis octobre 2013 par… DSK.

  • ALAIN MARSAUD, ENTRE CASINO ET VEOLIA

Alain Marsaud déclare gagner à son élection 13 800 € brut mensuels en tant que « directeur de société de Casino Guichard-Perrachon ». Cela correspond à 165 000 €/an. Ces cinq dernières années, au même titre, il déclare avoir gagné 26 000 € brut mensuels. Soit 1 500 000 € en cinq ans. Il est aussi – à titre bénévole – administrateur indépendant de Veolia Water and Technology, Veolia Voda (Veolia en République tchèque) et Sidem (Veolia désalinisation).

Il n’a pas déposé d’amendement sur la grande distribution, mais a déposé onze amendements dans le cadre de la loi de « transition vers un système énergétique sobre, tarification de l’eau et éolienne ». Il a aussi déposé un amendement au projet de loi de finances pour 2014 concernant les taxes sur les agences de l’eau.

  • CHRISTOPHE BORGEL, LE CONFORT DE L’ACADÉMIE

Député socialiste de la Haute-Garonne, et membre de la garde rapprochée de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, Christophe Borgel indique qu’au titre des activités professionnelles lui ayant procuré des rémunérations au cours des cinq dernières années, il y a eu celle-ci : « Inspecteur de l’académie de Paris, chargé d’une mission d’inspection générale », pour une rémunération de « 4 450 euros net par mois ».

Cette mention fonctionne comme un rappel : ancien président de l’Unef, Christophe Borgel est l’un des responsables socialistes que Lionel Jospin avait promus par décret, dans la fonction d’inspecteur d’académie de Paris. La Cour des comptes avait vivement critiqué certaines de ces promotions, faisant valoir qu’elles ouvraient droit à une très confortable rémunération, pour un travail assez léger, pour ne pas dire inconsistant.

  • DOMINIQUE TIAN, UNE PLUS-VALUE À 15 MILLIONS

Le député UMP des Bouches-du-Rhône, premier adjoint au maire­­ de Marseille, en charge de l’emploi et des transports urbains, est également le président d’une clinique de soins et est l’associé unique de la Holding Over Line. L’élu a eu besoin de 8 pages d’annexes pour détailler ses participations dans divers SCI, hôtels, cliniques ou centres de loisirs (au total, 14 participations financières et 16 dans la gérance). En dehors de ses deux mandats d’élu, Dominique Tian a gagné plus de 700 000 € en 2013, dont 668 449 € de dividendes. Surtout, il déclare une « plus-value latente » de 15 millions d’euros avec sa holding. Il est par ailleurs administrateur délégué d’une société anonyme de droit belge, Interbuilding (hôtellerie), domiciliée à Bruxelles.

  • JEAN-LOUIS CHRIST ET SON COLLABORATEUR VOLANT

Le député UMP du Haut-Rhin déclare parmi ses collaborateurs parlementaires Éric Chomaudon, le secrétaire général adjoint de Force républicaine, la formation de François Fillon. L’assistant travaille pour Jean-Louis Christ « à temps partiel » car il se partage avec « un autre député »Comme l’avait raconté Mediapart, Éric Chomaudon avait été rémunéré entre septembre 2012 et février 2014 comme assistant à temps partiel de l’eurodéputé UMP Alain Cadec, tout en travaillant bénévolement pour Fillon. Une manière pour l’ancien premier ministre de conserver son fidèle collaborateur, qu’il n’a pu rémunérer jusqu’en novembre 2013.

  • BONUS : COMMENT SE MOQUER DE LA TRANSPARENCE

Il y a ceux qui comptent en zlotys (monnaie polonaise) pour embrouiller le lecteur (ici le sénateur des Français de l’étranger Jean-Yves Leconte) :

Ceux qui renvoient pour plus d’informations à une déclaration de revenus non publique (ici le sénateur Jean-Pierre Cantegrit) :

Ceux qui narguent la HAT en cachant l’identité de leurs collaborateurs parlementaires (ici le député Michel Vauzelle) :

Enfin ceux qui découragent les curieux à coups de ratures (le député Éric Jalton) :

 

Des raisons d’être sceptiques : Nibali, dernier  » surhumain  » avec ses 417 watts

Classé dans: Actualités

nibali

« Je vais dire à ceux qui ne croient pas au cyclisme, aux cyniques et aux  sceptiques que je suis désolé pour vous. Désolé que vous ne croyiez pas aux  miracles. «  Sur le podium des Champs-Elysées, ce 24  juillet  2005, Lance Armstrong règle  ses comptes, en public, après son septième Tour victorieux. Huit ans plus tard, dans un restaurant  près de l’Arc de triomphe, l’Américain, dépossédé de ses maillots jaunes, nous confie que ces mots nous étaient destinés.  Depuis son premier succès en  1999, nous expliquions  dans ces colonnes que ses  performances, flashées à plus de 430  watts de  moyenne dans les  cols radars  du Tour pouvaient être qualifiées de  » miraculeuses « . Entre 410 et 430  watts, on peut parler de performances  » suspicieuses « , que d’autres qualifient de  » dopage avéré « . En dessous de 410  watts, on est dans l’ordre de l’ » humain « .

Cela ne signifie pas qu’un coureur ne se dope pas : Armstrong a gagné, en  1999, en développant seulement 406  watts, et son compatriote Floyd Landis, en  2006, avec 95  watts  avant d’être déclaré  positif à la testostérone. Mais cela permet, cette année, à des coureurs comme Jean-Christophe Péraud, 37  ans, tel un bon vin cultivé sans trop de sulfites, de terminer enfin le  Tour sur le podium à  407  watts de moyenne. Comme le (Thibaut) Pinot, 24  ans d’âge, ce sont des crus exceptionnels censés ne pas être frelatés. Ce Tour 2014 est un mélange de coureurs qui, apparemment, ne trichent pas et d’autres qui ont pu le faire. Des coureurs comme Frank Schleck ou Rui Costa, habitués à pousser des  420 watts dans les cols, sont descendus cette année sous les 380  watts.  Défaillants.  Sauf un, Vincenzo Nibali.

Des coureurs comme Romain Bardet (5e) ou l’Américain Tejay  Van Garderen (6e) ont pu se révéler  en s’approchant des 410  watts. Les vases communiquent, les classements et habitudes sont chamboulés.

Inquiétant

Dans le radar n°  3, le port de Balès (11,8km  à 7,8  %), abordé à fond par les équipiers d’Alejandro  Valverde, Pinot, avec 417  watts, en 32  min  52  sec, a battu le record de Contador – dopé au clenbutérol – de 2010 de plus d’une minute. Inquiétant.  Mais le lendemain, dans le 4e  radar, le Pla d’Adet (10,3km à 8,2  %), la fatigue a commencé à se faire sentir pour tout le monde.  Sauf pour Nibali.  L’italien, avec 411  watts, sans masque de douleur ni déhanchement, a laissé une deuxième fois gagner le Polonais Rafal Majka. Le 5e  et dernier radar du T

our, Hautacam (13,45km à 7,8  %), jeudi 24  juillet, était précédé du col du Tourmalet. Le peloton  l’a franchi en 42  min  40  sec, à 5  min  30  sec du record du mutant Bjarne Riis en  1995. Rassurant. La fatigue s’installait. Sauf pour Nibali. Le  » requin de Messine  » s’est lâché  pour une 4e  victoire d’étape. Il est le seul sur-homme, dans Hautacam, à être  descendu sous les 38  minutes (37  min  25), à  428  watts.

Le maillot jaune 2014 reste loin  de l’indécent  record de Riis (479  watts en 34  mn  35  sec) en  1996. Mais cinq secondes de mieux que celui de son compatriote Leonardo Piepoli qui gagnait Hautacam, en  2008, sur une étape identique, avant de se faire exclure du Tour pour abus d’EPO.

Cette année-là, Nibali terminait à 3  min  40 de Piepoli en haut de Hautacam.  Vincent  Lavenu, manageur d’AG2R, l’équipe de Péraud et Bardet, a dirigé une équipe (Casino) aux performances  » miraculeuses  » lors du Tour  1998. Marc Madiot, éternel manageur de la FDJ, l’équipe  de Pinot, a, lui, été qualifié de  » miraculé du procès Festina « . Tous deux ont compris l’intérêt de s’entourer de coureurs comme Péraud, Bardet et  Pinot. Pas d’un Nibali.

Pas sûr qu’Alexandre  Vinokourov, flashé à 429 watts en terminant 3e du Tour 2003 et aujourd’hui  mentor de Nibali, aient les mêmes convictions. Avec 417 watts de moyenne, l’Italien fait plus fort  que Christopher Froome qui avait pourtant écrasé le Tour 2013 avec ses  412 watts. Son dauphin sur le podium, dimanche, aux Champs-Elysées, pointera à plus de sept  minutes. Il faut remonter au Tour 2002 d’Armstrong pour retrouver pareil  écart. Desraisons de continuer à être - » sceptiques « .

Antoine Vayer(ancien entraîneur de Festina)-lemonde.fr

Ô peuples de gauche, n’êtes-vous pas racistes?

Classé dans: Actualités, International

… en attendant je m’interroge, et j’essaie de comprendre…

Pourquoi une seule cause vous titille-t-elle? Pourquoi un seul pays vous réanime-t-il, Israël? Pourquoi restez-vous indifférents à la tuerie des Juifs, devant vos portes, à Bruxelles encore récemment? Pourquoi, renouez-vous avec votre sainte et millénaire indifférence, lorsqu’en 2014, en plein Paris, revient l’ère des pogroms, et que l’on prend d’assaut les synagogues?

Peuple de la gauche socialiste et communiste qui donna aussi à la cause de la liberté ces grandes figures que furent les fascistes Déat, Doriot, Laval et bien d’autres, êtes-vous en manque depuis que le peuple juif a décidé de vous laisser à vos ruminations, pour s’autodéterminer?

 

Eh bien, pour tenter de comprendre ce qui se passe dans vos neurones, je n’aurais pas la patience de ce valeureux universitaire non-juif Pierre-André Taguieff et je le laisserai continuer à noircir des milliers de pages sur les  »Prêcheurs de haine »(1), à la suite notamment de Léon Poliakov(2), de Jules Isaac, et de bien d’autres, comme Georges Bensoussan qui a montré dans les  »Passions génocidaires de l’Europe »(3), qu’Hitler n’est pas sorti du néant mais d’une histoire bimillénaire, bien chrétienne.

Et comme moi, je n’aurai pas cette patience, je vous le dis tout de go:

Peuple de gauche, vous êtes RACISTE!

Plus précisément de ce racisme parmi les plus pervers, le racisme antijuif, appelé aussi JUDEOPHOBIE, inoculé dans vos inconscients par près de 2000 ans de matraquage faisant des Juifs  »un peuple déicide ». Les paroles bien tardives d’un pape allant à l’encontre de ce mythe fondateur du monde chrétien, ne vous dispensaient pas d’une analyse collective et individuelle. Au contraire, elles auraient dû en être le signe déclencheur. Comme elles le furent pour de probes intellectuels et simples citoyens.

Et c’est bien faute de l’avoir entreprise, qu’aujourd’hui vous ne trouvez pas anormal que l’on puisse impunément tirer 2000 missiles destinés à tuer femmes, hommes et enfants, et que l’on puisse utiliser des lieux publics, écoles, hôpitaux, mosquées, pour dissimuler commandos, chefs et armement le plus sophistiqué, comme pour transformer ces lieux en rampe de lancement et en bunkers de commandement.

Si vous n’étiez pas racistes, vous ne trouveriez pas normal que l’on puisse, grâce à des centaines de tunnels, arriver jusque dans votre maison, ou jusqu’à la garderie de vos enfants.

Si vous n’étiez pas racistes vous avoueriez au moins avoir été trompés depuis 9 ans par la propagande du Hamas, qui juraient comme seuls savent le faire les menteurs, qu’ils étaient privés de tout et surtout de matériaux de construction. Pensez donc, des centaines de kilomètres de tunnels en béton armé! Des milliers de missiles, quel  »blocus »!

 »Gaza prison à ciel ouvert », clamiez-vous encore à la veille de cette guerre!

Si vous n’étiez pas racistes, vous auriez admis depuis fort longtemps qu’avertir son ennemi de sa prochaine frappe, qu’encourager la population à quitter le futur théâtre d’opération, que continuer à alimenter le pays qui vous fait la guerre, en eau et en électricité, en produits de première nécessité et en médicaments, en allant même jusqu’à prendre en charge ses blessés, civils et militaires, dans ses propres hôpitaux en Israël, ou dans des hôpitaux de campagne montés sur place pour sauver le maximum de blessés palestiniens, ne fait pas partie des normes de la guerre pratiquée par vos pays, mais relève justement des normes juives depuis que ce petit peuple a apporté au monde sa nouvelle Loi.

Si vous n’étiez pas racistes, la différence entre la pratique de la guerre par Israël et celles des armées de vos pays, vous sauterait aux yeux! Et sans remonter à Hiroshima ou Dresde, sans doute vous rappelez-vous encore de l’attaque de la Yougoslavie par l’OTAN.

Si vous n’étiez pas racistes, vous auriez depuis longtemps convenu que si l’armée israélienne s’était comportée à Gaza comme les vôtres de par le monde, elle n’aurait pas perdu 28 soldats en deux semaines, et 20 000 terroristes islamistes giseraient déjà, emmurés dans leurs propres tunnels, mais sous les corps de dizaines de milliers de civils, à la surface.

Mais racistes, vous l’êtes bel et bien, Ô vous peuple de gauche, des racistes antijuifs. Et vous continuerez donc à ne vous émouvoir que pour les Juifs morts.

Ah, ça pour commémorer la Shoah, toujours au premier rang!

Vous continuerez à faire la guerre à Israël, et même comme aujourd’hui, par l’entremise du plus totalitaire de tous les spécimens de totalitarisme qu’a su produire l’humanité, le fascisme vert, celui de l’islamisme dont toutes les variantes connues aujourd’hui sur le marché, sont issues des Frères Musulmans. Lesquels puisent leur haine antijuive, eux, dans une des scènes fondatrices de l’Islam, réelle et non mythique, quand le Prophète, lui-même, de ses propres mains, égorgea « 600 à 900 juifs » de la tribu juive des Banu Qurayza (écrit noir sur blanc dans la bio de Mohammed, appelée  »Sira », texte sacré à l’égal du Coran et des Hadiths).

Vous continuerez à ne rien trouver de mieux pour s’opposer aux fossoyeurs de la démocratie dans le monde arabo-musulman que d’abonner à vos plateaux de télévision les chefs européens de cette confrérie des Frères musulmans dont est issue la quasi-totalité des forces terroristes contemporaines, j’ai nommé la fratrie des Ramadan.

Vous continuerez la litanie partiale de vos  »informations » présentées de telle manière que l’agressé devienne l’agresseur, et que la comptabilité des terroristes tués soit dissimulée dans celle de la  »population palestinienne ».  »En ce 23 Juillet, 600 Palestiniens ont été tués » disent aujourd’hui vos commentateurs, et Fabius aussitôt de demander l’arrêt de la guerre! Mais que ne rapatrie-t-il pas les 20.000 soldats français d’Afrique? Mais que le peuple de gauche ne défile-t-il pas dans la rue pour l’exiger?

Seule votre haine raciste antijuive rend compréhensible cette alliance brune -verte- rouge, qui en des temps plus anciens aurait été qualifiée de  »contre-nature ». Seul le vieux fond chrétien antijuif de Chavez le Rouge peut expliquer qu’il ait pu se faire l’allié d’Ahmadinejad le Vert, lequel venait juste d’appeler à rayer de la carte Israël! Et ce, sans la moindre réprimande de l’ONU, dans laquelle je le rappelle, les 57 pays de l’OCI (Organisation de la Communauté Islamique) représentent presque la moitié des membres, regroupés autour d’une  »Déclaration des droits de l’Homme en Islam » qui contredit tous les articles de la Déclaration fondatrice de l’ONU!

Ce qui ne gêne absolument ni le peuple de gauche, ni d’ailleurs le peuple de droite. Ni Juppé ni Fabius… Lesquels font semblant aujourd’hui de s’émouvoir du nombre  »des victimes palestiniennes » sans dire que les trois quarts sont des miliciens déguisés en civils. Et surtout en en rendant responsable non le Hamas qui, à l’encontre de tous les règlements internationaux(4), au lieu de protéger sa population s’en sert de bouclier, mais bien sûr, racisme antijuif oblige, Israël!

Normal, puisque la haine aveugle, et que la vôtre, antijuive, est si grande que lorsqu’elle trouve un prétexte, rien ne peut plus l’endiguer.

Et surtout ne tentez pas de me contredire en me jetant quelques noms de Juifs à l’avant-garde du combat contre eux-mêmes, qu’impudiquement vous exhibez. Car loin d’invalider mon accusation à votre encontre, ils la redoublent.

Raciste antijuifs, vous l’êtes doublement

Pour vous-mêmes, comme je viens de vous le prouver

Mais aussi pour ces Juifs dont vous ne savez même pas que c’est une tradition de pousser la perfection morale jusqu’à vouloir prendre sur soi la faute de l’Autre. Tradition que je ne partage pas, car priver l’Autre de la responsabilité de sa violence, se nomme déni, et donc ne peut mener qu’à la perpétuation de ses instincts meurtriers.

Doublement racistes, vous ne pourrez donc voir, encore moins comprendre, qu’en s’en prenant au potentiel agressif du Hamas, Israël contribue non seulement à assurer la sécurité des siens, mais aussi, sinon à libérer les Gazaouis, ce qui ne saurait être sa prérogative, du moins à affaiblir la force de la branche palestinienne de cette internationale totalitaire que sont les Frères Musulmans, écrasée déjà en Egypte comme en Algérie, par les armées de ces pays.

Si de nouvelles forces palestiniennes venaient à émerger, comme ces jeunes Gazaouis qui ont eu le courage, en pleine guerre, d’écrire sur leurs blogs  »Merde au Hamas ! »(5), si les nouvelles générations arrivaient à admettre la légitimité juive en Israël sur un territoire équivalent au quart de la France, et si elles arrivaient à imposer une alternative démocratique à la dictature tribale des clans, alors oui cela pourrait augurer d’une paix éternelle entre Juifs et Arabes, alors oui la mort de tant d’Arabes et de Juifs -paix à leurs âmes- n’aurait pas été vaine.

Mais vous les prêcheurs de haine, vous les racistes antijuifs de gauche et d’extrême gauche, comme de droite et d’extrême-droite, vous n’y seriez pour rien.

PS: Images tournées et diffusées par la télévision allemande en 2009, lors d’une autre guerre entre le Hamastan et Israël. Aucune chaîne de télé française n’avait accepté de les diffuser.

• https://www.facebook.com/photo.php?v=666405326783486

On peut imaginer qu’aujourd’hui il se passe des scènes assez semblables. Tous les Gazaouis ne sont pas suicidaires, même s’ils soutiennent le Hamas, soutien qui s’effrite au fur et à mesure que la population prend la mesure de l’irresponsabilité militaire, politique et humaine du Hamas.
_____________________

1) Hamas, acronyme en arabe de Mouvement de la Résistance Islamique.
2) Boko Haram, acronyme en haoussa de  »groupe sunnite pour la prédication et le djihad » a été créé en 2002, pour « faire appliquer strictement la charia dans tout le pays », selon le crédo des Frères Musulmans.
3) Ed. Mille et Une Nuits
4) Histoire de l’antisémitisme. Ed. Calman Lévy
5) Ed. Mille et Une Nuits
6) Les crimes de guerre et exactions perpétrés par le Hamas au regard du Droit international sont décrits dans les Articles 12, 48, 51, 53 et 58 du 1er Protocole additionnel des conventions de Genève. 
7) http://forumdespeuplesenlutte.over-blog.com/m/article-63908996.html

 

Cinéaste d’Algérie, essayiste

 

Palestine : Monsieur le Président, vous égarez la France

De l’alignement préalable sur la droite extrême israélienne à l’interdiction de manifestations de solidarité avec le peuple palestinien, sans compter l’assimilation de cette solidarité à de l’antisémitisme maquillé en antisionisme, François Hollande s’est engagé dans une impasse. Politiquement, il n’y gagnera rien, sauf le déshonneur. Mais, à coup sûr, il y perd la France. Parti pris en forme de lettre ouverte.

Monsieur le Président, cher François Hollande, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet. Et, à vrai dire, je n’arrive pas à m’y résoudre tant je vous croyais averti de ce danger d’une rechute socialiste dans l’aveuglement national et l’alignement international, cette prétention de civilisations qui se croient supérieures au point de s’en servir d’alibi pour justifier les injustices qu’elles commettent.

Vous connaissez bien ce spectre molletiste qui hante toujours votre famille politique. Celui d’un militant dévoué à son parti, la SFIO, d’un dirigeant aux convictions démocratiques et sociales indéniables, qui finit par perdre politiquement son crédit et moralement son âme faute d’avoir compris le nouveau monde qui naissait sous ses yeux. C’était, dans les années 1950 du siècle passé, celui de l’émergence du tiers-monde, du sursaut de peuples asservis secouant les jougs colonisateurs et impériaux, bref le temps de leurs libérations et des indépendances nationales.

Guy Mollet, et la majorité de gauche qui le soutenait, lui opposèrent, vous le savez, un déni de réalité. Ils s’accrochèrent à un monde d’hier, déjà perdu, ajoutant du malheur par leur entêtement, aggravant l’injustice par leur aveuglement. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’Algérie devait à tout prix rester la France, jusqu’à engager le contingent dans une sale guerre, jusqu’à autoriser l’usage de la torture, jusqu’à violenter les libertés et museler les oppositions. Et c’est avec la même mentalité coloniale qu’ils engagèrent notre pays dans une désastreuse aventure guerrière à Suez contre l’Égypte souveraine, aux côtés du jeune État d’Israël.

Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues.

Vous connaissez si bien la suite, désastreuse pour votre famille politique et, au-delà d’elle, pour toute la gauche de gouvernement, que vous l’aviez diagnostiquée vous-même, en 2006, dans Devoirs de vérité (Stock). « Une faute, disiez-vous, qui a été chèrement payée : vingt-cinq ans d’opposition, ce n’est pas rien ! » Sans compter, auriez-vous pu ajouter, la renaissance à cette occasion de l’extrême droite française éclipsée depuis la chute du nazisme et l’avènement d’institutions d’exception, celles d’un pouvoir personnel, celui du césarisme présidentiel. Vingt-cinq ans de « pénitence », insistiez-vous, parce que la SFIO, l’ancêtre de votre Parti socialiste d’aujourd’hui, « a perdu son âme dans la guerre d’Algérie ».

Vous en étiez si conscient que vous ajoutiez : « Nous avons encore des excuses à présenter au peuple algérien. Et nous devons faire en sorte que ce qui a été ne se reproduise plus. » « Nous ne sommes jamais sûrs d’avoir raison, de prendre la bonne direction, de choisir la juste orientation, écriviez-vous encore. Mais nous devons, à chaque moment majeur, nous poser ces questions simples : agissons-nous conformément à nos valeurs ? Sommes-nous sûrs de ne pas altérer nos principes ? Restons-nous fidèles à ce que nous sommes ? Ces questions doivent être posées à tout moment, au risque sinon d’oublier la leçon. »

Eh bien, ces questions, je viens vous les poser parce que, hélas, vous êtes en train d’oublier la leçon et, à votre tour, de devenir aveugle au monde et aux autres. Je vous les pose au vu des fautes stupéfiantes que vous avez accumulées face à cet énième épisode guerrier provoqué par l’entêtement du pouvoir israélien à ne pas reconnaître le fait palestinien. J’en dénombre au moins sept, et ce n’est évidemment pas un jeu, fût-il des sept erreurs, tant elles entraînent la France dans la spirale d’une guerre des mondes, des civilisations et des identités, une guerre sans issue, sinon celle de la mort et de la haine, de la désolation et de l’injustice, de l’inhumanité en somme, ce sombre chemin où l’humanité en vient à se détruire elle-même.

Les voici donc ces sept fautes où, en même temps qu’à l’extérieur, la guerre ruine la diplomatie, la politique intérieure en vient à se réduire à la police.

Une faute politique doublée d’une faute intellectuelle

1. Vous avez d’abord commis une faute politique sidérante. Rompant avec la position traditionnellement équilibrée de la France face au conflit israélo-palestinien, vous avez aligné notre pays sur la ligne d’offensive à outrance et de refus des compromis de la droite israélienne, laquelle gouverne avec une extrême droite explicitement raciste, sans morale ni principe, sinon la stigmatisation des Palestiniens et la haine des Arabes.

Votre position, celle de votre premier communiqué du 9 juillet, invoque les attaques du Hamas pour justifier une riposte israélienne disproportionnée dont la population civile de Gaza allait, une fois de plus, faire les frais. Purement réactive et en grande part improvisée (lire ici l’article de Lenaïg Bredoux), elle fait fi de toute complexité, notamment celle du duo infernal que jouent Likoud et Hamas, l’un et l’autre se légitimant dans la ruine des efforts de paix (lire là l’article de François Bonnet).

Surtout, elle est inquiétante pour l’avenir, face à une situation internationale de plus en plus incertaine et confuse. À la lettre, ce feu vert donné à un État dont la force militaire est sans commune mesure avec celle de son adversaire revient à légitimer, rétroactivement, la sur-réaction américaine après les attentats du 11-Septembre, son Patriot Act liberticide et sa guerre d’invasion contre l’Irak. Bref, votre position tourne le dos à ce que la France officielle, sous la présidence de Jacques Chirac, avait su construire et affirmer, dans l’autonomie de sa diplomatie, face à l’aveuglement nord-américain.

Depuis, vous avez tenté de modérer cet alignement néoconservateur par des communiqués invitant à l’apaisement, à la retenue de la force israélienne et au soulagement des souffrances palestiniennes. Ce faisant, vous ajoutez l’hypocrisie à l’incohérence. Car c’est une fausse compassion que celle fondée sur une fausse symétrie entre les belligérants. Israël et Palestine ne sont pas ici à égalité. Non seulement en rapport de force militaire mais selon le droit international.

En violation de résolutions des Nations unies, Israël maintient depuis 1967 une situation d’occupation, de domination et de colonisation de territoires conquis lors de la guerre des Six Jours, et jamais rendus à la souveraineté pleine et entière d’un État palestinien en devenir. C’est cette situation d’injustice prolongée qui provoque en retour des refus, résistances et révoltes, et ceci d’autant plus que le pouvoir palestinien issu du Fatah en Cisjordanie n’a pas réussi à faire plier l’intransigeance israélienne, laquelle, du coup, légitime les actions guerrières de son rival, le Hamas, depuis qu’il s’est imposé à Gaza.

Historiquement, la différence entre progressistes et conservateurs, c’est que les premiers cherchent à réduire l’injustice qui est à l’origine d’un désordre tandis que les seconds sont résolus à l’injustice pour faire cesser le désordre. Hélas, Monsieur le Président, vous avez spontanément choisi le second camp, égarant ainsi votre propre famille politique sur le terrain de ses adversaires.

2. Vous avez ensuite commis une faute intellectuelle en confondant sciemment antisémitisme et antisionisme. Ce serait s’aveugler de nier qu’en France, la cause palestinienne a ses égarés, antisémites en effet, tout comme la cause israélienne y a ses extrémistes, professant un racisme anti-arabe ou antimusulman. Mais assimiler l’ensemble des manifestations de solidarité avec la Palestine à une résurgence de l’antisémitisme, c’est se faire le relais docile de la propagande d’État israélienne.

Mouvement nationaliste juif, le sionisme a atteint son but en 1948, avec l’accord des Nations unies, URSS comprise, sous le choc du génocide nazi dont les Juifs européens furent les victimes. Accepter cette légitimité historique de l’État d’Israël, comme a fini par le faire sous l’égide de Yasser Arafat le mouvement national palestinien, n’entraîne pas que la politique de cet État soit hors de la critique et de la contestation. Être antisioniste, en ce sens, c’est refuser la guerre sans fin qu’implique l’affirmation au Proche-Orient d’un État exclusivement juif, non seulement fermé à toute autre composante mais de plus construit sur l’expulsion des Palestiniens de leur terre.

Confondre antisionisme et antisémitisme, c’est installer un interdit politique au service d’une oppression. C’est instrumentaliser le génocide dont l’Europe fut coupable envers les Juifs au service de discriminations envers les Palestiniens dont, dès lors, nous devenons complices. C’est, de plus, enfermer les Juifs de France dans un soutien obligé à la politique d’un État étranger, quels que soient ses actes, selon la même logique suiviste et binaire qui obligeait les communistes de France à soutenir l’Union soviétique, leur autre patrie, quels que soient ses crimes. Alors qu’évidemment, on peut être juif et antisioniste, juif et résolument diasporique plutôt qu’aveuglément nationaliste, tout comme il y a des citoyens israéliens, hélas trop minoritaires, opposés à la colonisation et solidaires des Palestiniens.

Brandir cet argument comme l’a fait votre premier ministre aux cérémonies commémoratives de la rafle du Vél’ d’Hiv’, symbole de la collaboration de l’État français au génocide commis par les nazis, est aussi indigne que ridicule. Protester contre les violations répétées du droit international par l’État d’Israël, ce serait donc préparer la voie au crime contre l’humanité ! Exiger que justice soit enfin rendue au peuple palestinien, pour qu’il puisse vivre, habiter, travailler, circuler, etc., normalement, en paix et en sécurité, ce serait en appeler de nouveau au massacre, ici même !

Une atteinte sécuritaire aux libertés fondamentales

Que ce propos soit officiellement tenu, alors même que les seuls massacres que nous avons sous les yeux sont ceux qui frappent les civils de Gaza, montre combien cette équivalence entre antisémitisme et antisionisme est brandie pour fabriquer de l’indifférence. Pour nous rendre aveugles et sourds. « L’indifférence, la pire des attitudes », disait Stéphane Hessel dans Indignez-vous !, ce livre qui lui a valu tant de mépris des indifférents de tous bords, notamment parce qu’il y affirmait qu’aujourd’hui, sa « principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie ».

Avec Edgar Morin, autre victime de cabales calomnieuses pour sa juste critique de l’aveuglement israélien, Stéphane Hessel incarne cette gauche qui ne cède rien de ses principes et de ses valeurs, qui n’hésite pas à penser contre elle-même et contre les siens et qui, surtout, refuse d’être prise au piège de l’assignation obligée à une origine ou à une appartenance. Cette gauche libre, Monsieur le Président, vous l’aviez conviée à marcher à vos côtés, à vous soutenir et à dialoguer avec vous, pour réussir votre élection de 2012. Maintenant, hélas, vous lui tournez le dos, désertant le chemin d’espérance tracé par Hessel et Morin et, de ce fait, égarant ceux qui vous ont fait confiance.

3. Vous avez aussi commis une faute démocratique en portant atteinte à une liberté fondamentale, celle de manifester. En démocratie, et ce fut une longue lutte pour l’obtenir, s’exprimer par sa plume, se réunir dans une salle ou défiler dans les rues pour défendre ses opinions est un droit fondamental. Un droit qui ne suppose pas d’autorisation. Un droit qui n’est pas conditionné au bon vouloir de l’État et de sa police. Un droit dont les abus éventuels sont sanctionnés a posteriori, en aucun cas présumés a priori. Un droit qui, évidemment, vaut pour les opinions, partis et colères qui nous déplaisent ou nous dérangent.

L’histoire des manifestations de rue est encombrée de désordres et de débordements, de violences où se disent des souffrances délaissées et des colères humiliées, des ressentiments parfois amers, dans la contestation d’un monopole étatique de la seule violence légitime. Il y en eut d’ouvrières, de paysannes, d’étudiantes… Il y en eut, ces temps derniers, dans la foulée des manifestations bretonnes des Bonnets rouges, écologistes contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, conservatrices contre le mariage pour tous. Il y eut même une manifestation parisienne aux banderoles et slogans racistes, homophobes, discriminatoires, celle du collectif « Jour de colère » en janvier dernier (lire ici notre reportage).

S’il existe une spécialité policière dite du maintien de l’ordre, c’est pour nous apprendre à vivre avec cette tension sociale qui, parfois, déborde et où s’expriment soudain, dans la confusion et la violence, ceux qui se sentent d’ordinaire sans voix, oubliés, méprisés ou ignorés – et qui ne sont pas forcément aimables ou honorables. Or voici qu’avec votre premier ministre, vous avez décidé, en visant explicitement la jeunesse des quartiers populaires, qu’un seul sujet justifiait l’interdiction de manifester : la solidarité avec la Palestine, misérablement réduite par la propagande gouvernementale à une libération de l’antisémitisme.

Cette décision sans précédent, sinon l’atteinte au droit de réunion portée fin 2013 par Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, toujours au seul prétexte de l’antisémitisme (lire ici notre position à l’époque), engage votre pouvoir sur le chemin d’un État d’exception, où la sécurité se dresse contre la liberté. Actuellement en discussion au Parlement, l’énième loi antiterroriste va dans la même direction (lire là l’article de Louise Fessard), en brandissant toujours le même épouvantail pour réduire nos droits fondamentaux : celui d’une menace terroriste dont l’évidente réalité est subrepticement étendue, de façon indistincte, aux idées exprimées et aux engagements choisis par nos compatriotes musulmans, dans leur diversité et leur pluralité, d’origine, de culture ou de religion. 

Accepter la guerre des civilisations à l’extérieur, c’est finir par importer la guerre à l’intérieur. C’est en venir à criminaliser des opinions minoritaires, dissidentes ou dérangeantes. Et c’est ce choix irresponsable qu’a d’emblée fait celui que vous avez, depuis, choisi comme premier ministre, en désignant à la vindicte publique un« ennemi intérieur », une cinquième colonne en quelque sorte peu ou prou identifiée à l’islam. Et voici que hélas, à votre tour, loin d’apaiser la tension, vous vous égarez en cédant à cette facilité sécuritaire, de courte vue et de peu d’effet.

4. Vous avez également commis une faute républicaine en donnant une dimension religieuse au débat français sur le conflit israélo-palestinien. C’est ainsi qu’après l’avoir réduit à des « querelles trop loin d’ici pour être importées », vous avez symboliquement limité votre geste d’apaisement à une rencontre avec les représentants des cultes. Après avoir réduit la diplomatie à la guerre et la politique à la police, c’était au tour de la confrontation des idées d’être réduite, par vous-même, à un conflit des religions. Au risque de l’exacerber.

Là où des questions de principe sont en jeu, de justice et de droit, vous faites semblant de ne voir qu’expression d’appartenances et de croyances. La vérité, c’est que vous prolongez l’erreur tragique faite par la gauche de gouvernement depuis que les classes populaires issues de notre passé colonial font valoir leurs droits à l’égalité. Il y a trente ans, la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » fut rabattue en « Marche des Beurs », réduite à l’origine supposée des marcheurs, tout comme les grèves des ouvriers de l’automobile furent qualifiées d’islamistes parce qu’ils demandaient, entre autres revendications sociales, le simple droit d’assumer leur religion en faisant leurs prières.

Cette façon d’essentialiser l’autre, en l’espèce le musulman, en le réduisant à une identité religieuse indistincte désignée comme potentiellement étrangère, voire menaçante, revient à refuser de l’admettre comme tel. Comme un citoyen à part entière, vraiment à égalité c’est-à-dire à la fois semblable et différent. Ayant les mêmes droits et, parmi ceux-ci, celui de faire valoir sa différence. De demander qu’on l’admette et qu’on la respecte. D’obtenir en somme ce que, bien tardivement, sous le poids du crime dont les leurs furent victimes, nos compatriotes juifs ont obtenu : être enfin acceptés comme français et juifs. L’un et l’autre. L’un avec l’autre. L’un pas sans l’autre.

Un antiracisme oublieux et infidèle

Si vous pensez spontanément religion quand s’expriment ici même des insatisfactions et des colères en solidarité avec le monde arabe, univers où dominent la culture et la foi musulmanes, c’est paradoxalement parce que vous ne vous êtes pas résolus à cette évidence d’une France multiculturelle. À cette banalité d’une France plurielle, vivant diversement ses appartenances et ses héritages, qu’à l’inverse, votre crispation, où se mêlent la peur et l’ignorance, enferme dans le communautarisme religieux. Pourtant, les musulmans de France font de la politique comme vous et moi, en pensant par eux-mêmes, en inventant par leur présence au monde, à ses injustices et à ses urgences, un chemin de citoyenneté qui est précisément ce que l’on nomme laïcisation.

C’est ainsi, Monsieur le Président, qu’au lieu d’élever le débat, vous en avez, hélas, attisé les passions. Car cette réduction des musulmans de France à un islam lui-même réduit, par le prisme sécuritaire, au terrorisme et à l’intégrisme est un cadeau fait aux radicalisations religieuses, dans un jeu de miroirs où l’essentialisation xénophobe finit par justifier l’essentialisation identitaire. Une occasion offerte aux égarés en tous genres.

5. Vous avez surtout commis une faute historique en isolant la lutte contre l’antisémitisme des autres vigilances antiracistes. Comme s’il fallait la mettre à part, la sacraliser et la différencier. Comme s’il y avait une hiérarchie dans le crime contre l’humanité, le crime européen de génocide l’emportant sur d’autres crimes européens, esclavagistes ou coloniaux. Comme si le souvenir de ce seul crime monstrueux devait amoindrir l’indignation, voire simplement la vigilance, vis-à-vis d’autres crimes, de guerre ceux-là, commis aujourd’hui même. Et ceci au nom de l’origine de ceux qui les commettent, brandie à la façon d’une excuse absolutoire alors même, vous le savez bien, que l’origine, la naissance ou l’appartenance, quelles qu’elles soient, ne protègent de rien, et certainement pas des folies humaines.

Ce faisant, votre premier ministre et vous-même n’avez pas seulement encouragé une détestable concurrence des victimes, au lieu des causes communes qu’il faudrait initier et promouvoir. Vous avez aussi témoigné d’un antiracisme fort oublieux et très infidèle. Car il ne suffit pas de se souvenir du crime commis contre les juifs. Encore faut-il avoir appris et savoir transmettre la leçon léguée par l’engrenage qui y a conduit : cette lente accoutumance à la désignation de boucs émissaires, essentialisés, caricaturés et calomniés dans un brouet idéologique d’ignorance et de défiance qui fit le lit des persécutions.

Or comment ne pas voir qu’aujourd’hui, dans l’ordinaire de notre société, ce sont d’abord nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmane qui occupent cette place peu enviable ? Et comment ne pas comprendre qu’à trop rester indifférents ou insensibles à leur sort, ce lot quotidien de petites discriminations et de grandes détestations, nous habituons notre société tout entière à des exclusions en chaîne, tant le racisme fonctionne à la manière d’une poupée gigogne, des Arabes aux Roms, des Juifs aux Noirs, et ainsi de suite jusqu’aux homosexuels et autres prétendus déviants ?

Ne s’attarder qu’à la résurgence de l’antisémitisme, c’est dresser une barrière immensément fragile face au racisme renaissant. Le Front national deviendrait-il soudain fréquentable parce qu’il aurait, selon les mots de son vice-président, fait« sauter le verrou idéologique de l’antisémitisme » afin de « libérer le reste » ? L’ennemi de l’extrême droite, confiait à Mediapart la chercheuse qui a recueilli cette confidence de Louis Aliot, « n’est plus le Juif mais le Français musulman » (lire ici notre entretien avec Valérie Igounet).

De fait, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), dont vous ne pouvez ignorer les minutieux et rigoureux travaux, constate, de rapport en rapport annuels, une montée constante de l’intolérance antimusulmane et de la polarisation contre l’islam (lire nos articles ici et ). Dans celui de 2013, on pouvait lire ceci, sous la plume des sociologues et politologues qu’elle avait sollicités : « Si on compare notre époque à celle de l’avant-guerre, on pourrait dire qu’aujourd’hui le musulman, suivi de près par le Maghrébin, a remplacé le juif dans les représentations et la construction d’un bouc émissaire. »

L’antiracisme conséquent est celui qui affronte cette réalité tout en restant vigilant sur l’antisémitisme. Ce n’est certainement pas celui qui, à l’inverse, pour l’ignorer ou la relativiser, brandit à la manière d’un étendard la seule lutte contre l’antisémitisme. Cette faute, hélas, Monsieur le Président, est impardonnable car non seulement elle distille le venin d’une hiérarchie parmi les victimes du racisme, mais de plus elle conforte les moins considérées d’entre elles dans un sentiment d’abandon qui nourrit leur révolte, sinon leur désespoir. Qui, elles aussi, les égare.

6. Vous avez par-dessus tout commis une faute sociale en transformant la jeunesse des quartiers populaires en classe dangereuse. Votre premier ministre n’a pas hésité à faire cet amalgame grossier lors de son discours du Vél’ d’Hiv’, désignant à la réprobation nationale ces « quartiers populaires » où se répand l’antisémitisme « auprès d’une jeunesse souvent sans repères, sans conscience de l’Histoire et qui cache sa “haine du Juif ” derrière un antisionisme de façade et derrière la haine de l’État d’Israël ».

Mais qui l’a abandonnée, cette jeunesse, à ces démons ? Qui sinon ceux qui l’ont délaissée ou ignorée, stigmatisée quand elle revendique en public sa religion musulmane, humiliée quand elle voit se poursuivre des contrôles policiers au faciès, discriminée quand elle ne peut progresser professionnellement et socialement en raison de son apparence, de son origine ou de sa croyance ? Qui sinon ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, nous gouvernent, vous, Monsieur le Président et, surtout, votre premier ministre qui réinvente cet épouvantail habituel des conservatismes qu’est l’équivalence entre classes populaires et classes dangereuses ?

Une jeunesse des quartiers populaires stigmatisée

Cette jeunesse n’a-t-elle pas, elle aussi, des idéaux, des principes et des valeurs ? N’est-elle pas, autant que vous et moi, concernée par le monde, ses drames et ses injustices ? Par exemple, comment pouvez-vous ne pas prendre en compte cette part d’idéal, fût-il ensuite dévoyé, qui pousse un jeune de nos villes à partir combattre en Syrie contre un régime dictatorial et criminel que vous-même, François Hollande, avez imprudemment appelé à « punir » il y a tout juste un an ? Est-ce si compliqué de savoir distinguer ce qui est de l’ordre de l’idéalisme juvénile et ce qui relève de la menace terroriste, au lieu de tout criminaliser en bloc en désignant indistinctement des « djihadistes » ?

Le pire, c’est qu’à force d’aveuglement, cette politique de la peur que, hélas, votre pouvoir assume à son tour, alimente sa prophétie autoréalisatrice. Inévitablement, elle suscite parmi ses cibles leur propre distance, leurs refus et révoltes, leur résistance en somme, un entre soi de fierté ou de colère pour faire face aux stigmatisations et aux exclusions, les affronter et les surmonter. « On finit par créer un danger, en criant chaque matin qu’il existe. À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel » : ces lignes prémonitoires sont d’Émile Zola, en 1896, au seuil de son entrée dans la mêlée dreyfusarde, dans un article du Figaro intitulé « Pour les Juifs ».

Zola avait cette lumineuse prescience de ceux qui savent se mettre à la place de l’autre et qui, du coup, comprennent les révoltes, désirs de revanche et volonté de résister, que nourrit un trop lourd fardeau d’humiliations avec son cortège de ressentiments. Monsieur le Président, je ne mésestime aucunement les risques et dangers pour notre pays de ce choc en retour. Mais je vous fais reproche de les avoir alimentés plutôt que de savoir les conjurer. De les avoir nourris, hélas, en mettant à distance cette jeunesse des quartiers populaires à laquelle, durant votre campagne électorale, vous aviez tant promis au point d’en faire, disiez-vous, votre priorité. Et, du coup, en prenant le risque de l’abandonner à d’éventuels égarements.

7. Vous avez, pour finir, commis une faute morale en empruntant le chemin d’une guerre des mondes, à l’extérieur comme à l’intérieur. En cette année 2014, de centenaire du basculement de l’Europe dans la barbarie guerrière, la destruction et la haine, vous devriez pourtant y réfléchir à deux fois. Cet engrenage est fatal qui transforme l’autre, aussi semblable soit-il, en étranger et, finalement, en barbare – et c’est bien ce qui nous est arrivé sur ce continent dans une folie destructrice qui a entraîné le monde entier au bord de l’abîme.

Jean Jaurès, dont nous allons tous nous souvenir le 31 juillet prochain, au jour anniversaire de son assassinat en 1914, fut vaincu dans l’instant, ses camarades socialistes basculant dans l’Union sacrée alors que son cadavre n’était pas encore froid. Tout comme d’autres socialistes, allemands ceux-là, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, finirent assassinés en 1919 sur ordre de leurs anciens camarades de parti, transformés en nationalistes et militaristes acharnés. Mais aujourd’hui, connaissant la suite de l’histoire, nous savons qu’ils avaient raison, ces justes momentanément vaincus qui refusaient l’aveuglement des identités affolées et apeurées.

Vous vous souvenez, bien sûr, de la célèbre prophétie de Jaurès, en 1895, à la Chambre des députés : « Cette société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. » Aujourd’hui que les inégalités provoquées par un capitalisme financier avide et rapace ont retrouvé la même intensité qu’à cette époque, ce sont les mêmes orages qu’il vous appartient de repousser, à la place qui est la vôtre.

Vous n’y arriverez pas en continuant sur la voie funeste que vous avez empruntée ces dernières semaines, après avoir déjà embarqué la France dans plusieurs guerres africaines sans fin puisque sans stratégie politique (lire ici l’article de François Bonnet). Vous ne le ferez pas en ignorant le souci du monde, de ses fragilités et de ses déséquilibres, de ses injustices et de ses humanités, qui anime celles et ceux que le sort fait au peuple palestinien concerne au plus haut point.

Monsieur le Président, cher François Hollande, vous avez eu raison d’affirmer qu’il ne fallait pas « importer » en France le conflit israélo-palestinien, en ce sens que la France ne doit pas entrer en guerre avec elle-même. Mais, hélas, vous avez vous-même donné le mauvais exemple en important, par vos fautes, l’injustice, l’ignorance et l’indifférence qui en sont le ressort.

 EDWY PLENEL - mediapart.fr

En vidéo : d’où vient ce trou géant découvert en Sibérie ?

Classé dans: Actualités, Environnement

Il mesure 80 m de diamètre, il est très profond et récent : le « trou géant » découvert par des chercheurs russes au nord de la Sibérie, dans la péninsule du Yamal, a de quoi étonner. Enfin, pas tant que cela…

 

Un trou au bord bien net s'est formé récemment. L'effondrement du toit d'une cavité souterraine ou une explosion dans un sous-sol gorgé de gaz sont les deux explications possibles de ce phénomène. © Konstantin Nikolaev

Un trou au bord bien net s’est formé récemment. L’effondrement du toit d’une cavité souterraine ou une explosion dans un sous-sol gorgé de gaz sont les deux explications possibles de ce phénomène. © Konstantin Nikolaev

 

Mais quelle est donc l’origine de cette perforation de quelque 80 m de diamètre, aux parois bien verticales, qu’a découverte une équipe volant en hélicoptère à l’extrême nord de la Sibérie. L’ingénieur Konstantin Nikolaev l’a filmée et la chaîne de télévision Zvesda a diffusé ces images, maintenant passées en mode autoreproduction sur le Web. Le trou est étonnamment net et sa profondeur impossible à estimer puisque le fond n’est pas distinguable. L’endroit est désolé : c’est lapéninsule du Yamal, c’est-à-dire « le bout du monde » en dialecte local, par environ 70° delatitude nord et 70° de longitude est.

Les images et les détails de l’histoire sont publiés en anglais par le journal Siberian Times. On y apprend qu’un représentant du gouvernement a insisté pour expliquer qu’il ne s’agit pas d’un cratère d’impact créé par la chute d’une météorite. Il a omis d’ajouter que l’atterrissage raté d’un vaisseau extraterrestre était très peu probable, ce qui libère les imaginations sur le Web.


Le survol du trou découvert dans la péninsule du Yamal, en Sibérie, dans une région au sol gelé. Le diamètre est d’environ 80 m. © Konstantin Nikolaev

Une explosion ou un écroulement dans le pergélisol

Une scientifique interrogée, Anna Kurchatova, géologue, penche pour une explosion souterraine, provoquée par la fonte de ce sol gelé dont la glace pouvait contenir du gaz, du méthane par exemple. Le réchauffement de l’atmosphère aurait libéré ce gaz. La terre est en effet d’ordinaire gelée en permanence : c’est un pergélisol (ou permafrost en anglais), la glace ne fondant que lors de périodes plus chaudes. C’est dans le sol de cette région qu’avait été découvert en 2007 un bébé mammouth remarquablement conservé.

Non loin de ce trou se trouvent de généreuses réserves de gaz découvertes en 1972 et exploitées par Gazprom depuis 2012. Une autre explication avancée est celle du « pingo ». Un grand bloc de glace se forme (lentement) dans le sol gelé, repoussant la terre autour de lui, puisque le volume augmente quand l’eau gèle, finissant par former une petite colline. S’il vient à fondre, l’eau s’écoule et la partie supérieure s’écroule.

De tels trous, résultant d’un effondrement, pour des raisons diverses, ou d’une explosion souterraine, apparaissent de temps à autre. En 2010, au Guatemala, la tempête Agatha avait tant gorgé d’eau le sous-sol de la capitale que le toit d’un karst (grotte souterraine dans un massif calcaire) s’était écroulé, engloutissant une maison avec lui. En 2013, en Floride, c’est une doline dont le toit s’est affaissé qui a emporté une maison, hélas habitée Les autorités sibériennes promettent une expédition pour aller tirer cette affaire au clair.

Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

Les socialistes préparent l’omerta sur la vie des affaires

C’est une proposition de loi liberticide que les députés du groupe socialiste ont déposée le 16 juillet 2014, sur le bureau de l’Assemblée nationale : sous le prétexte de lutter conte l’espionnage dont les entreprises peuvent être victimes et de défendre leurs intérêts économiques, le texte, qui est une variante de la réforme envisagée par la droite sous Nicolas Sarkozy, constituerait, s’il était adopté – et même si ses auteurs s’en défendent –, une grave menace pour la liberté de la presse, et pour les lanceurs d’alerte ayant connaissance de dérives au sein d’un établissement industriel ou d’un groupe financier. Alors que dans le monde entier, de nombreuses grandes démocraties entérinent des législations progressistes pour accroître la transparence sur les questions d’intérêt public, la France avance, elle, à reculons, et protège le vieux capitalisme opaque qui est, de longue date, l’un de ses signes distinctifs.

Cet inquiétant projet visant à organiser l’omerta sur la vie des affaires n’est, certes, pas récent. Voilà des lustres que le patronat et les milieux financiers parisiens en rêvent. Faute d’obtenir la dépénalisation de la vie des affaires qu’ils ont longtemps espérée, ils ont fait de cette réforme visant à instaurer un délit de violation du secret des affaires l’un de leurs chevaux de bataille. Et sous le quinquennat précédent, celui de Nicolas Sarkozy, la croisade a bien failli aboutir. Comme l’a fréquemment chroniqué Mediapart (lire en particulier Une proposition de loi pour organiser l’omerta sur l’économie), un élu de l’UMP, Bernard Carayon, s’est longtemps fait remarquer en bataillant pour obtenir une telle loi sur le secret des affaires. Après avoir écrit un rapport en 2003 (on peut le télécharger ici), à la demande du premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, il a souvent mené campagne pour l’adoption de dispositions liberticides, protégeant les entreprises de la curiosité légitime des citoyens et donc des journalistes.

Et il a été à deux doigts d’y parvenir. Le 23 janvier 2012, l’Assemblée nationale a en effet voté, avec les seules voix des députés de l’UMP, une proposition de loi dont il avait pris l’initiative, avec le soutien du ministre de l’industrie de l’époque, Éric Besson, et qui avait pour objet d’instaurer un nouveau délit, celui de violation du secret des affaires. Rendant compte de cette délibération des députés (lire L’Assemblée nationale vote l’omerta sur les entreprises), ma consœur de Mediapart en pointait tous les dangers. Elle signalait d’abord que la notion même de secret des affaires, telle qu’elle était définie dans la proposition de loi, était dangereusement extensive.

Ce secret des affaires était en effet ainsi défini :« Constituent des informations protégées relevant du secret des affaires d’une entreprise, quel que soit leur support, les procédés, objets, documents, données ou fichiers, de nature commerciale, industrielle, financière, scientifique, technique ou stratégique, ne présentant pas un caractère public, dont la divulgation non autorisée serait de nature à compromettre gravement les intérêts de cette entreprise en portant atteinte à son potentiel scientifique et technique, à ses positions stratégiques, à ses intérêts commerciaux ou financiers ou à sa capacité concurrentielle, et qui ont, en conséquence, fait l’objet de mesures de protection spécifiques destinées à informer de leur caractère confidentiel et à garantir celui-ci. »

Pour mémoire, cette proposition de loi de Bernard Carayon peut être téléchargée iciou consultée ci-dessous :

Du même coup, c’est le droit à l’information des citoyens qui s’en trouvait menacé. Et ma consœur le montrait également, en s’interrogeant sur les enquêtes que Mediapart n’aurait pas pu publier dans le passé, sans enfreindre la loi, si une telle législation répressive avait à l’époque existé. Au diable l’enquête sur le scandale Adidas-Crédit lyonnais ! À la poubelle, les enquêtes sur les ramifications luxembourgeoises du groupe Bolloré ! À la poubelle aussi, nos enquêtes sur toutes les dérives de ce qu’il est convenu d’appeler le « private equity », c’est-à-dire le secteur particulièrement opaque des fonds d’investissement qui spéculent sur le dos des PME non cotées ! Et à cette liste d’entreprises dont il serait devenu défendu de parler, il aurait fallu bien d’autres noms : Elf, Vivendi, BNP Paribas… Au diable, en somme, l’investigation économique indépendante qui, en France, n’est pourtant guère florissante…

Les journalistes sommés d’être « de bons patriotes »

Les sanctions prévues par cette proposition de loi étaient en effet très lourdes. « Le fait de révéler à une personne non autorisée à en avoir connaissance, sans autorisation de l’entreprise (…) une information protégée relevant du secret des affaires (…) est puni d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende », prévoyait le texte. Et Bernard Carayon ne manquait jamais une occasion de rappeler que les journalistes devraient bientôt se dispenser d’être trop curieux.  Dans un entretien auNouvel Observateur, il faisait en effet valoir que « les professionnels de l’information [seraient] appelés à être aussi de bons patriotes »

Mais pendant un temps, on a pu penser que les choses allaient en rester là. Pour le plus grand déplaisir de ces milieux d’affaires, mais pour la plus grande satisfaction des citoyens attachés à l’indispensable transparence sur les sujets d’intérêt public. L’élection présidentielle a, en effet, monopolisé toutes les attentions. Et le débat parlementaire autour de cette sulfureuse proposition n’a pas dépassé l’examen du texte en première lecture devant l’Assemblée.

Résultat : après l’élection présidentielle et l’accession de François Hollande à l’Assemblée, la réforme a paru définitivement enterrée. Cela semblait d’autant plus probable que, dans les mois précédent le scrutin, la proposition de Bernard Carayon avait déchaîné une vive polémique. Tous les syndicats de journalistes l’avaient dénoncé. Même l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), qui n’est pourtant pas réputée pour être rebelle, avait dit son indignation par la bouche de son président, Serge Marti : « Il est à craindre que quelques scandales récents (Mediator, implants mammaires…) n’auraient pas éclaté avec une telle loi », s’était-il à juste titre insurgé.

Mais voilà ! En ce domaine comme en tant d’autres, il n’a pas fallu attendre beaucoup pour que les dirigeants socialistes tournent casaque. Dans le cas présent, c’est l’éphémère ministre des finances, Pierre Moscovici, qui s’est surtout distingué à Bercy pour son empressement à devancer les moindres désirs des milieux patronaux, qui a tombé le masque le premier. Dès le 1er octobre 2012, il a ainsi organisé au ministère des finances une première réunion interministérielle pour examiner la possibilité d’exhumer cette réforme en faveur du secret des affaires (Lire Moscovici exhume le secret des entreprises).

Pendant quelques temps, on a pu, cependant, rester incrédule, pensant que Pierre Moscovici conduisait de dérisoires intrigues pour essayer de séduire les milieux d’affaires mais que cela ne préjugeait en rien des intentions réelles du gouvernement.

Et pourtant si, tout est là ! Car depuis plusieurs mois, les choses se sont soudainement accélérées. Et les menaces sur le droit à l’information des citoyens se sont renforcées.

D’abord, une très inquiétante jurisprudence a commencé à s’installer, venant consolider ce secret des affaires, avant même qu’il n’ait force de loi. Dans le courant du mois de mars 2014, le site marseillais d’information Tourmag (adhérent, comme Mediapart, du Spiil, le Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne) a ainsi été condamné par la Cour de cassation, pour avoir brisé le secret des affaires et révélé un plan social qui concernait 484 personnes et que comptait mettre en œuvre le tour opérateur TUI (groupe Nouvelles frontières). On peut se reporter aux informations sur ce sujet de nos confrères de Marsactu, également implanté à Marseille.

A l’époque, le Spiil avait très vivement réagi, dans un communiqué (que l’on peut consulter ici): « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression et de l’information, garantie par la loi sur la presse de 1881, est mise en danger par des décisions de justice au plus haut niveau, celui de la Cour de cassation. Les incursions de droits spéciaux — protection de la vie privée, responsabilité civile (article 1382 du Code civil), par exemple — dans le droit de la presse se font de plus en plus fréquentes. Ce mouvement s’accélère. Ces derniers jours, Atlantico (écoutes Sarkozy) et Mediapart (affaire Bettencourt) ont été sanctionnés sur le fondement de la protection de la vie privée. Mais aussi il prend de l’ampleur. TourMaG, site de presse spécialisé dans l’actualité économique du secteur du tourisme, vient d’être condamné pour avoir publié des informations économiques et sociales incontestées concernant TUI, un opérateur économique majeur de ce secteur. Pour la première chambre civile de la Cour de cassation, il s’agirait d’une violation du Code du Travail et de la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Demain, quel autre droit spécial viendra ainsi fragiliser l’autonomie du droit de l’information ? »

Et puis au même moment, les partisans d’une réforme instaurant une chape de plomb sur les entreprises, pour les mettre à l’abri de toute curiosité, sont repartis à la charge. D’abord, comme Mediapart s’en est fait l’écho (Lire Secret des affaires : un projet de directive organisera l’omerta), la Commission européenne a mis au point dès le moins de novembre 2013 une proposition de directive européenne en ce sens.

Pour mémoire, voici ce projet de directive. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous :

De fausses garanties pour la presse

Et puis, sans attendre que cette directive aboutisse, un groupe de travail informel s’est constitué peu après, autour de Jean-Jacques Urvoas, président socialiste de la commission des lois à l’Assemblée nationale, pour élaborer une nouvelle proposition de loi, transposant sans attendre le futur texte européen.

C’est donc ce groupe de travail qui a fini par accoucher de la nouvelle proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée

Cette proposition de loi, on peut la télécharger ici ou la consulter ci-dessous :

Preuve que ce n’est pas une initiative solitaire, elle porte la signature de son principal concepteur, Jean-Jacques Urvoas mais aussi celle de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, ou encore de Pierre Moscivici. Traduisons : le danger d’une nouvelle loi liberticide s’est brutalement rapproché.

Dans l’exposé des motifs, les signataires s’appliquent certes à rassurer et prétendent que le secret des affaires sera juste une protection pour sauvegarder les intérêts économiques ou technologiques des entreprises, mais ne pèsera pas sur le droit à l’information des citoyens. Ils soulignent que le secret des affaires ne sera pas opposable «  à toute personne dénonçant une infraction, à l’image des journalistes ou des lanceurs d’alerte ». « Avec ces nouvelles dispositions législatives, la dénonciation de violation de la loi demeurerait possible et rien ne s’opposerait au dévoilement d’un scandale tel que celui du Mediator, les médias ne risqueraient aucune condamnation. Comme l’a parfaitement établi la Cour européenne des droits de l’Homme, la presse joue un rôle fondamental dans notre vie démocratique, ce texte n’y changera rien », explique l’exposé des motifs.

Mais on comprend sans peine que cette garantie n’en est pas une, pour de très nombreuses raisons.

D’abord, pour les journalistes qui conduisent des investigations économiques, la recherche d’informations ne se limite évidemment pas à celles qui ont trait à des infractions pénales. Il y a ainsi beaucoup d’informations qui sont à l’évidence d’intérêt public tout en portant sur des faits qui ne sont entachés d’aucune illégalité mais que la direction d’une entreprise souhaite cachée. Comme dans l’affaire Tourmag, la préparation d’un plan social entre précisément dans ce cas de figure : les journalistes pourraient-ils donc être poursuivis pour violation du secret des affaires s’ils révèlent une information de cette nature ? Même interrogation : la presse pourrait-elle toujours dévoiler les généreux plans de stock-options ou autres golden parachute que les figures connues du CAC 40 s’octroient périodiquement et qui choquent à bon droit l’opinion ? Si certaines de ces rémunérations font l’objet d’obligations légales de transparence, ce n’est pas le cas pour toutes…

En clair, une loi instaurant un secret des affaires aurait pour effet d’installer progressivement une jurisprudence interdisant, de facto, à la presse de faire son office.

Et pour les lanceurs d’alertes, l’effet serait tout aussi dissuasif. Car pour beaucoup d’entre eux, qui alertent la presse, ils n’ont pas toujours connaissance du caractère délictueux des faits qu’ils veulent dénoncer. Ou alors, ils n’ont connaissance que d’une partie de ces faits, sans savoir précisément l’incrimination pénale dont ces faits pourraient faire l’objet. Avec une loi sur le secret des affaires, ils seraient donc vivement conviés, par prudence, à se taire.

La loi risquerait de jouer un rôle d’inhibition d’autant plus fort que la proposition socialiste prévoit aussi des sanction très lourdes, en cas d’infraction. « Le fait pour quiconque de prendre connaissance ou de révéler sans autorisation, ou de détourner toute information protégée au titre du secret des affaires au sens de l’article L. 151-1 du code de commerce, est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. La peine est portée à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende lorsque l’infraction est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts économiques essentiels de la France », édicte-t-elle.

De surcroît, les contrevenants pourraient être passibles de « l’interdiction des droits civiques, civils et de famille », de « l’interdiction, suivant les modalités prévues par l’article 131-27 du code pénal, soit d’exercer une fonction publique ou d’exercer l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de laquelle l’infraction a été commise, soit d’exercer une profession commerciale ou industrielle, de diriger, d’administrer, de gérer ou de contrôler à un titre quelconque, directement ou indirectement, pour son propre compte ou pour le compte d’autrui, une entreprise commerciale ou industrielle ou une société commerciale. »

Tollé parmi les syndicats de journalistes

Avec un tel arsenal répressif, on comprend qu’un potentiel lanceur d’alertes y regarderait à deux fois avant de jouer son rôle citoyen. La décision du groupe socialiste de reprendre à son compte la proposition de loi que le Medef avait dictée à l’UMP, à quelques petites variantes qui ne changent pas grand-chose, est donc d’autant plus stupéfiante que dans le même temps, la grande loi promise par François Hollande pendant sa campagne présidentielle sur le secret des sources des journalistes – et offrant un statut protecteur aux lanceurs d’alertes – est sans cesse différée (Lire La loi sur le secret des sources des journalistes est de nouveau reportée). Alors que le projet de loi devait être examiné le 16 janvier, le débat a été repoussé au 14 mai avant d’être de nouveau différé sine die.

Dès le premier report, en janvier, les syndicats de journalistes avaient fait part de leurs très vives inquiétudes. Le SNJ s’était dit « surpris et choqué » (on peut lire son communiqué ici). De son côté, le SNJ-CGT avait interpellé « le gouvernement pour connaître les raisons inavouées (inavouables ?) à ce jour, de cette décision aussi soudaine qu’intolérable et qui constitue un très grave retour en arrière malgré les engagements au plus haut sommet de l’État ».

Quelles raisons inavouables ? Sans doute sont-elles aujourd’hui un peu plus transparentes : contre le droit à l’information des citoyens, les dirigeants socialistes semblent privilégier l’omerta souvent défendue par les entreprises. Et ce choix est d’autant plus préoccupant que le capitalisme français est, parmi les grandes démocraties, l’un des plus opaques; et le journalisme d’investigation sur les entreprises est sans doute, en France, l’une des formes de journalisme parmi les plus sous-développées.

Que l’on veuille bien examiner en effet les règles de fonctionnements du capitalisme français. Il a importé du modèle anglo-saxon tout ce qui a trait à l’enrichissements des mandataires sociaux (stock-options…) et les principales règles de gouvernance, et surtout celles du profit pour l’actionnaire (« share holder value ») Toutes les règles… mais pas celles de la transparence, auxquelles les marchés financiers accordent beaucoup d’importance. Sur ce plan, les milieux d’affaires parisiens ont gardé les règles d’opacité qui étaient la marque du vieux capitalisme français, truffé de passe-droits et de conflits d’intérêts. Le secret des affaires, s’il devait être instauré, viendrait donc conforter ces mauvais penchants.

Et dans cette culture française assez peu démocratique, celle de la monarchie républicaine, la presse a souvent été placée dans une situation de dépendance, croquée qu’elle a été, titre après titre, par les grands oligarques du système parisien. Et le résultat est celui que l’on sait : alors qu’il existe une forte tradition de journalisme d’investigation économique dans la plupart des grands pays anglo-saxons, la France ne peut pas en dire autant. L’enquête en économie est peu fréquente ; et les journaux économiques se limitent, le plus souvent, a être une presse de « services » et très peu – ou pas du tout – d’investigation.

Le résultat,  c’est qu’il est difficile de pratiquer l’investigation. Et que l’on s’y expose souvent à de très fortes rétorsions. Si peux m’autoriser à citer ma propre expérience, voici ce dont je peux moi-même témoigner : pour avoir conduit une longue et difficile enquête prémonitoire sur les Caisses d’épargne, j’ai été mis en examen douze fois en 2009 (comme Edwy Plenel en sa qualité de directeur de la publication), avant de gagner cette confrontation judiciaire et de faire condamner la banque pour poursuites abusives. Si une loi sur le secret des affaires avait alors existé, sans doute aurais-je été à l’époque condamné à ce titre, car j’avais révélé de nombreux faits sur la banque, qui n’étaient pas illégaux, mais qui ont conduit à la crise gravissime de la banque.

Et cette « judiciarisation » du travail journalistique est constante. Pour ne parler que de la période récente, j’ai encore fait l’objet voici quelques semaines de deux plaintes en diffamation, initiée par la Société nationale immobilière (SNI – filiale de la Caisse des dépôts), et par son président André Yché, visant pas moins de six articles apportant de nombreuses révélations sur les dérives du premier bailleur social français. Dans le contexte présent, je sais que Mediapart et moi-même pourrons lors du procès apporter les preuves nombreuses du sérieux de nos enquêtes en même temps de leur bonne foi. Mais avec une loi sur le secret des affaires, nous irions tout droit vers une condamnation, aussi séreuse que soient nos enquêtes.

Voici l’effet pernicieux auquel cette loi pourrait conduire, si un jour elle devait être adoptée : elle renforcerait encore davantage l’opacité du capitalisme français et l’anémie de la presse économique. De tous les grands pays, la France est déjà celui qui avait déjà la conception la plus extensive du « secret défense », auquel se heurte périodiquement la justice, quand elle cherche à faire le jour sur des contrats de corruption ; elle va maintenant avancer en éclaireur pour organiser le secret des affaires. C’est, en somme, une proposition de loi très dangereuse pour les libertés publiques et le droit de savoir des citoyens, qui est pourtant un droit fondamental, garanti par la Déclaration des droits de l’homme.

LAURENT MAUDUIT - mediapart.fr

La TNT sur votre PC portable

Pour regarder vos émissions préférées, films, sport , transformer votre portable en télé d’appoint

 

tnt-portable

 

 

01.net magazine juillet 2014

 

 

Aubry dézingue la réforme territoriale et tacle le gouvernement

La maire de Lille a organisé une conférence de presse à Paris pour s’en prendre à la fusion entre le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, votée par les députés. 

La  conférence de presse a été décidée au tout dernier moment. Dans un café parisien, vendredi 18 juillet, la maire de Lille et ancienne première secrétaire du PS, très discrète depuis deux ans, a éreinté la réforme territoriale de Manuel Valls et François Hollande. Et s’est aussi – une nouveauté – permis quelques petites piques contre le gouvernement.

Alors que la fusion entre le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie a été votée hier par les députés, Martine Aubry ne décolère pas. La première carte de 14 régions, dévoilée par l’Élysée début juin, préconisait le rattachement de la Picardie à Champagne-Ardenne. Martine Aubry avait obtenu des garanties de Manuel Valls que le Nord-Pas-de-Calais resterait dans ses frontières actuelles. Mais cette semaine, les députés PS ont choisi de le fusionner avec la Picardie. Un choix soutenu par les élus du Pas-de-Calais, mais majoritairement rejeté par ceux du Nord. Il y a deux jours, ceux-ci ont dénoncé dans un communiqué une « aberration économique et sociale », car cette fusion est celle de deux régions « parmi les moins riches de la métropole ».

Vendredi, la maire de Lille, entourée de quelques élus nordistes, a dénoncé la méthode gouvernementale. « Nous voulons avoir le temps de nous préparer. On n’est pas en train de faire du Monopoly, ni de jouer à Sim City. On touche aux identités », a-t-elle dit, ajoutant : « J’ai défendu chez le premier ministre le fait que la Picardie devait rester seule le temps que l’on puisse se préparer. Et puis mardi dernier, patatras. Je n’ai jamais vu ça, ni sur le plan républicain, ni sur le plan démocratique. »

Jusqu’ici avare de critiques publiques, la maire de Lille en a aussi profité pour épingler le gouvernement. « On a fait de belles choses, on en a loupé d’autres », a-t-elle dit. « Il n’est pas trop tard pour réussir le quinquennat. (…) Si, depuis deux ans, on avait eu plus de vision et de méthode, on aurait eu moins de problèmes. » L’ancienne candidate à la primaire socialiste contre François Hollande s’est toutefois défendue de « mettre des bonnets rouges », allusion à la contestation bretonne.

Le 27 juin, la maire de Lille, ancienne haut fonctionnaire au ministère du travail entre 1984 et 1987, a vu invalidée sa mise en examen pour « homicides et blessures involontaires » dans le dossier de l’amiante de l’usine de Condé-sur-Noireau.

C’est la première fois depuis 2012 que l’ancienne première secrétaire du PS se permet une critique aussi frontale de l’action gouvernementale. Ces dernières semaines, elle a observé avec bienveillance la contestation d’une partie des députés PS (dont certains de ses proches) au sujet des mesures d’économie et du pacte de responsabilité de François Hollande. La maire de Lille a de toute évidence décidé de se faire entendre davantage. Des aubrystes évoquent ainsi une possible intervention de l’élue lilloise, à la rentrée, par exemple sous forme de tribune.

Mediapart.fr

Israël n’a pas su être un Etat normal

Classé dans: Actualités, International

Même l’Afrique du Sud s’est débarrassée de son héritage raciste et colonial, alors que l’Etat hébreu s’enfonce dans l’impasse, écrit ce quotidien libanais. Un éditorial radical qui reflète la colère de la rue arabe.

Dessin de StephffDessin de StephffDroits réservés

Israël ne veut pas d’un Etat palestinien viable, avec un territoire et des frontières clairement définies. Mais Israël ne veut pas non plus être l’Etat de tous ses habitants, [y compris les Palestiniens]. Il n’est ni capable de se séparer des Palestiniens, ni de les englober. Son problème, c’est l’existence même des Palestiniens. Le seul fait qu’ils existent rend impossible la réalisation de « l’Etat juif ».

Si la Nakba ["catastrophe"] des Palestiniens a été la création de l’Etat d’Israël en 1948, la Nakba d’Israël aujourd’hui réside dans l’existence des Palestiniens, non pas en tant qu’êtres humains et habitants dont on n’arrive pas à se défaire, mais en tant que réalité nationale d’un peuple et de son territoire. 

Deux évolutions inverses

Ce fut un tournant historique [dans les années 70] quand les Palestiniens ont pris acte de l’existence de l’Etat d’Israël. Jusque-là, ils avaient en tête [la reconquête de l'intégralité de] la Palestine historique, idée qu’ils ont ensuite abandonnée pour tenter d’établir un Etat palestinien [à côté d'Israël]. Tout en affirmant qu’au cas où il n’y aurait pas de solution à deux Etats, ils n’auraient pas d’opposition de principe à la création d’un Etat binational, juif et arabe, garantissant l’égalité démocratique.

L’Etat israélien a connu une évolution inverse, avec une régression vers un projet racisto-religieux, misant sur la colonisation et ne comptant que sur l’occupation, la force militaire et l’oppression pour assurer sa pérennité. Ce n’est plus une lutte entre deux visions opposées du « droit », c’est-à-dire le droit des Palestiniens à leur terre et le droit des juifs à leur Etat. Fini également le slogan [arabe] « on jettera les Juifs à la mer », tout comme le mythe de la « terre sans peuple ». [Slogan sioniste du XIXème siècle présentant la Palestine comme une terre sans peuple pour un peuple sans terre].

Israël s’enfonce dans l’impasse

Là où les Palestiniens ont intégré ce changement dans leur raisonnement, les Israéliens sont restés bloqués dans un imaginaire biblique. Israël n’a pas su être un Etat normal. Même l’Afrique du Sud, exemple s’il en est d’une création colonisatrice et raciste, s’est débarrassée de cet héritage. Au lieu de chercher une solution, Israël s’enfonce dans l’impasse. Son erreur consiste à nier la réalité et à s’enferrer dans des mensonges idéologiques. Malgré sa toute-puissance et sa férocité, il est prisonnier d’un projet non-viable. Or en se piégeant lui-même, il emprisonne en même temps les Palestiniens.

Toutes les négociations entre Israéliens et Palestiniens depuis 1991 et jusqu’à aujourd’hui se sont déroulées entre, d’un côté, les Palestiniens qui cherchaient désespérément une solution, et de l’autre les Israéliens qui cherchaient désespérément la « victoire » définitive. La seule fois où Israël a clairement voulu une « paix des braves », les Israéliens eux-mêmes [un militant juif d'extrême droite] y ont aussitôt mis un terme, par l’assassinat du Premier ministre de l’époque Yitzhak Rabin [1995].

Depuis, les Israéliens sont engagés dans une fuite en avant et se laissent aller au délire qui consiste à refuser tout à la fois la solution de deux Etats [israélien et palestinien côte à côte] et la solution d’un seul Etat pour Juifs et Arabes. Leur seule perspective, c’est toujours plus d’occupation et de spoliations. Israël a décidé de vivre dans la guerre permanente. De ne pas s’accorder la paix à soi-même, ni de donner leurs droits aux Palestiniens.

Libérer les Israéliens de leur propre prison

Les Palestiniens sont prisonniers de l’occupation, mais les Israéliens eux-mêmes sont prisonniers du sionisme et des illusions de la colonisation. Le drame des Palestiniens est donc double, puisqu’ils doivent, avant de pouvoir se débarrasser de l’occupation, libérer les Israéliens de leur propre prison. Ainsi, la lutte israélo-palestinienne est devenue une lutte pour la liberté de tous.

Aujourd’hui, Israël n’est plus en mesure de faire accréditer sa thèse de « guerre contre le terrorisme », galvaudée par les dictatures arabes [les régimes égyptiens et syriens appellent leur combat contre leurs opposants "guerre contre le terrorisme"]. De même, les Palestiniens n’accepteront plus de vivre sans liberté. Cette guerre ne ressemble donc pas aux précédentes guerres israélo-palestiniennes. Elle ressemble en revanche à toutes les autres qui éclatent actuellement au Moyen-Orient : soit la liberté, soit la tyrannie. Soit des cantons racio-ethnico-religieux, soit des Etats démocratiques pluralistes. Soit des Etats-croupions de la peur et des minorités opprimées, soit des républiques ouvertes, citoyennes et égalitaires.