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Les diplômes usurpés de Jean-Christophe Cambadélis

Notre confrère Laurent Mauduit publie un livre choc : À tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient. Cet essai est aussi une longue enquête sur des responsables clés du pouvoir socialiste aujourd’hui et une plongée dans leurs débuts en politique, à l’OCI trotskyste, à l’Unef et à la Mnef. Manœuvres et affairisme dominent. Et l’on découvre ainsi comment l’actuel premier secrétaire du PS a, en 1985, usurpé ses titres universitaires. Extraits.

C’est tout à la fois un essai, un témoignage et une enquête. Notre confrère Laurent Mauduit publie À tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient(Éditions Don Quichotte, en libraire le 18 septembre), un livre qui affole déjà quelques hauts hiérarques socialistes aujourd’hui au cœur du pouvoir. Essai parce que ce livre analyse « le marasme à nul autre pareil dans lequel la France est enlisée » depuis l’élection de François Hollande. Jamais un président de la République n’aura si brutalement tourné casaque et jeté par-dessus bord ses engagements de campagne, au risque de faire exploser son parti et de désespérer l’électorat qui l’a élu.

Livre-témoignage aussi puisque Laurent Mauduit rappelle son passé militant, comme membre de l’OCI, cette formation trotskyste dirigée d’une main de fer par Pierre Boussel-Lambert, et comme dirigeant de l’Unef au milieu des années 1970. Ce témoignage personnel est ainsi le début d’une longue enquête sur plusieurs dirigeants socialistes d’aujourd’hui croisés au tournant des années 1970 et 1980. Jean-Christophe Cambadélis est l’un de ces personnages clés, tout comme Jean-Marie Le Guen (dont on apprend qu’il a fait ses premiers pas en politique au GUD) ou Manuel Valls.

 

Jean-Christophe Cambadélis.Jean-Christophe Cambadélis. © Reuters

À l’origine de ces itinéraires, il y a bien sûr l’OCI, dont Cambadélis fut l’un des piliers avant de passer avec plusieurs centaines de militants au PS, mais il y a aussi le syndicat étudiant Unef – dont Cambadélis fut le président jusqu’en 1983 – et la Mnef, cette mutuelle étudiante qui allait dans les années 1990 être prise dans les scandales financiers. « Camba », Le Guen et Valls ont une longue histoire commune, à l’Unef et à la Mnef. Là, aux manœuvres diverses s’ajoute un affairisme débridé avec la création d’une myriade de sociétés autour de la vieille mutuelle étudiante.

Cambadélis a fait l’objet de deux condamnations pénales pour recel d’abus de biens sociaux ou emplois fictifs. La première date de 2000, lorsqu’il est condamné à cinq mois de prison avec sursis et 100 000 francs d’amende. La deuxième est prononcée en 2006 : six mois de prison avec sursis et 20 000 euros d’amendes, dans le cadre du scandale de la Mnef. De ces condamnations, aucune conséquence ne sera tirée quant au parcours politique de celui qui est aujourd’hui premier secrétaire du PS. De même de ce pan caché de son CV, que Laurent Mauduit révèle ci-dessous : l’usurpation de ces diplômes universitaires

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DANS LE COURANT DE L’ANNÉE 1984, le choix de Jean-Christophe Cambadélis semble arrêté : son avenir, c’est au Parti socialiste qu’il le visualise. Pour cela, il lui faut mettre toutes les chances de son côté. Une chose, en effet, l’ennuie : si d’aventure il passe un jour prochain au Parti socialiste, il n’a pas la moindre légitimité intellectuelle. Il est sans diplôme, contrairement à d’autres étudiants de l’OCI qui, militants comme lui, ont pris soin de mener de front leurs études. Lui n’a pas fait cet effort. Et il sent que, dans son projet personnel de faire carrière au PS, cette lacune risque de le handicaper.

Il a alors un projet insensé : celui d’usurper un doctorat. Son idée n’est pas de fabriquer un faux diplôme de doctorat de troisième cycle. Non ! Son idée, c’est d’obtenir son doctorat, et de soutenir sa thèse devant un jury régulièrement réuni. Et cela, il va y parvenir de manière irrégulière en prétendant que, pour s’inscrire dans cette filière, il a eu les diplômes antérieurs nécessaires – ce qui n’est pas le cas.

Ce fait, je dois dire que j’ai eu beaucoup de difficultés à l’établir quand, écrivant ce livre, j’ai voulu vérifier la réalité de son parcours universitaire.

Du passé, j’avais seulement gardé le souvenir des moqueries continuelles que Jean-Christophe Cambadélis suscitait parmi les étudiants de l’OCI, à l’évocation de son cursus. Beaucoup le raillaient en observant qu’il s’était plusieurs années de suite inscrit en première année universitaire, chaque fois changeant de discipline, et qu’il avait fini par obtenir un doctorat de troisième cycle, sans que l’on sache comment. Mais longtemps je n’y ai pas pris garde car la biographie de Jean-Christophe Cambadélis est publique : il a passé en 1987 un doctorat de troisième cycle de sociologie, sous la direction du professeur Pierre Fougeyrollas (1923-2008). C’est du moins ce que laisse entendre sa biographie, telle qu’elle est présentée sur le site Internet Wikipédia, lequel site assure que l’intitulé de la thèse est le suivant : « Les mouvements sociaux sous la Ve République ».

Longtemps, je m’en suis tenu à cette version, d’autant que, ces dernières années, cette présentation a été reprise en boucle par de nombreux médias. De son côté, il semble que Jean-Christophe Cambadélis n’ait jamais confirmé ni infirmé cette présentation biographique, qui ne l’engage pas.

Quand j’ai commencé à procéder à des vérifications, un premier doute m’a gagné cependant. J’ai en effet observé que si Wikipédia donnait ces indications sur la biographie de Jean-Christophe Cambadélis, ce dernier n’en faisait nulle mention sur sonblog personnel, où il détaille longuement son parcours. Oublié, ce doctorat : sur son site personnel, il n’en est même plus question. Et pour cause : j’ai découvert que le sujet de son doctorat n’avait rien à voir avec « les mouvements sociaux sous la Ve République ». En outre, l’année de soutenance n’est pas 1987. Plus généralement, comme pour brouiller les pistes, Jean-Christophe Cambadélis n’a jamais évoqué publiquement l’année de la soutenance de sa thèse ni son intitulé exact.

Au fichier national des thèses

Pour en avoir le cœur net, j’ai consulté la base de données du fichier national des thèses (FNT- Sudoc) à Nanterre. Je n’ai eu en effet aucun mal à y retrouver la thèse, dont les données sont accessibles par Internet à cette adresse : http://www.sudoc. fr/176329315, et dont le numéro national d’identification est le suivant : 1985PA070022. La base de données de Nanterre indiquant que la thèse a été transmise, comme c’est la règle, à l’Atelier national de reproduction des thèses (ARNT), implantée à Villeneuve-d’Ascq, j’ai consulté le site Internet de cet organisme, où j’ai retrouvé le même document sous l’identifiant « BU 85ParisVII ». J’y ai même découvert que je pouvais l’acquérir sous la forme de microfiches pour le prix de 20 euros – ce que je me suis empressé de faire. La documentaliste m’a même précisé que les thèses sous microfiches étaient converties en version numérique si les auteurs en donnaient l’autorisation – ce qui n’était pas le cas pour cette thèse-là. La conversion numérique, c’est donc moi qui l’ai fait réaliser.

Voici l’introduction de la thèse de Jean-Christophe Cambadélis :

CES PREMIÈRES VÉRIFICATIONS m’ont donné le pressentiment que tout semblait avoir été organisé pour dissuader les curieux de retrouver facilement ce travail universitaire. Car ce n’est pas en 1987 que Jean-Christophe Cambadélis passe son doctorat, c’est en juin 1985. Le sujet de son travail ne porte pas sur « les mouvements sociaux sous la VeRépublique » mais sur « Bonapartisme et néocorporatisme sous la Ve République ». Surtout, Cambadélis a accédé à une filière universitaire, celle du doctorat, à laquelle légalement il ne pouvait prétendre puisqu’il n’avait pas les diplômes antérieurs requis.

Ces premières découvertes m’ont incité à enquêter plus avant. Voici donc précisément l’histoire, telle que je suis parvenu à la reconstituer grâce à des investigations complémentaires.

Dans le courant de l’année 1984, Jean-Christophe Cambadélis veut à toute force décrocher un doctorat pour favoriser son plan de carrière. Comme il n’a ni licence, ni maîtrise, ni, a fortiori, DEA, il a d’abord l’idée de fabriquer un faux diplôme universitaire (DU) – il s’agit d’un diplôme d’une université mais qui n’a pas de portée nationale. Ce faux diplôme est ainsi fabriqué – je sais exactement dans quelle université parisienne, sur quelle photocopieuse et avec quelles aides. Le diplôme porte l’en-tête de la faculté du Mans qui, d’après les témoignages concordants que j’ai recueillis, a été utilisée à la même époque par plusieurs autres dirigeants de la mouvance UNEF-MNEF, qui ont voulu se fabriquer de faux diplômes. Selon mes informations, ce diplôme contrefait est grossier. Sans doute Jean-Christophe Cambadélis pense-t-il qu’il prendrait un trop grand risque en le versant dans son dossier universitaire pour s’inscrire à l’université de Paris-VII-Jussieu – où il n’a jusqu’à présent pas mis les pieds.

Comment s’y prend-il ? Il dispose d’un allié dans la place, en la personne de Pierre Fougeyrollas. Résistant et communiste, le sociologue et anthropologue a beaucoup bourlingué, jusqu’en Afrique, se liant d’amitié avec le président sénégalais Léopold Sédar Senghor avant de se brouiller avec lui. À la fin de sa vie, Fougeyrollas a jeté l’ancre de nouveau en France pour venir enseigner à Jussieu. Lui qui avait rompu avec le stalinisme en 1956, il a sur le tard, en 1974, rejoint l’OCI et s’est lié d’amitié avec Pierre Lambert (dirigeant historique de l’OCI -ndlr). Avec lui, il a même écrit en 1976 une Introduction à l’étude du marxisme, qui est devenue la brochure de formation de l’organisation trotskiste. Ce manuel, entre nous, nous l’appelions le « Foulan », abréviation de Fougeyrollas-Lambert…

Sans se soucier du conflit d’intérêts que cela induit, c’est à Pierre Fougeyrollas que Jean-Christophe Cambadélis demande d’être son directeur de thèse. Le sujet de sa thèse n’a, en réalité, strictement rien à voir avec la sociologie, mais ce n’est pas la principale difficulté. Son casse-tête, c’est de trouver un moyen de s’inscrire à la faculté de Paris-VII-Jussieu, en doctorat de troisième cycle, alors qu’il n’a aucun droit d’y accéder. Comment y parvient-il, sans aucun diplôme qui le permette ?

Je n’ai pu interroger le président de l’université de l’époque, Jean-Jacques Fol (1930-1988), décédé. Mais j’ai retrouvé des fonctionnaires, aujourd’hui à la retraite, qui travaillaient dans l’administration de Paris-VII et qui se souviennent parfaitement de l’histoire : s’étonnant que le dossier universitaire de Jean-Christophe Cambadélis ne comprenne pas les pièces nécessaires, et notamment aucune copie de ses diplômes antérieurs, ils se sont entendu répondre que Pierre Fougeyrollas avait donné l’assurance qu’il avait vu les diplômes requis pour l’inscription. Les mêmes témoins assurent que ce genre de procédé n’était jamais arrivé avant, ni depuis.

Et pour cause. S’ils ne les ont pas vus, c’est que ces diplômes, Jean-Christophe Cambadélis ne les a jamais passés : ni licence, ni maîtrise, ni DEA ! Cambadélis a-t-il abusé Pierre Fougeyrollas en lui montrant son faux diplôme du Mans sans le verser dans son dossier universitaire, ou bien le sociologue s’est-il porté garant sans avoir vu ce faux diplôme, simplement en lui faisant confiance ? Il n’est plus de ce monde et ne peut plus témoigner.

Une logorrhée interminable

Quoi qu’il en soit, c’est ni vu ni connu. En juin 1985, Cambadélis soutient sa thèse et obtient haut la main son doctorat. Le jury qui le lui accorde présente cette singularité : deux de ses membres sont des proches. Le premier est Pierre Fougeyrollas, que Jean-Christophe Cambadélis côtoie au siège de l’OCI. Le deuxième, Gérard Namer (1928-2010), est un professeur de sociologie et universitaire socialiste avec lequel Cambadélis, comme il le rapporte sur son blog, a créé peu avant des sections Force ouvrière dans l’enseignement supérieur. Étonnant jury qui entretient des liens multiples avec l’étudiant auquel il s’apprête à délivrer un doctorat.

LA THÈSE, IL FAUT LE DIRE, EST TRÈS MÉDIOCRE. Des jours durant, les proches de Cambadélis ont vu son assistante taper frénétiquement à la machine à écrire pour saisir le travail universitaire, et reprendre des passages entiers de publications de l’OCI, et notamment de son organe théorique, La Vérité, ou de son hebdomadaire Informations ouvrières.

Dans son introduction datée du 1er mai 1985, Cambadélis exprime sa gratitude à Pierre Lambert, aux dirigeants de FO Roger Lerda et Roger Sandri (lequel est un « sous-marin » de l’OCI) et à Alexandre Hebert (1921-2010), qui a longtemps dirigé l’union départementale FO de Loire-Atlantique et se dit anarcho-syndicaliste tout en siégeant secrètement au bureau politique de l’OCI – ce qui ne l’empêche pas d’avoir des relations complaisantes avec le Front national. Cambadélis les remercie parce qu’ils « ont éclairé de nombreux développements de la lutte des classes ». Il remercie aussi « Pierre Fougeyrollas qui, par ses conseils, et sa connaissance du marxisme, a permis que ce travail soit mené à bien ».

La thèse se révèle grossière dans sa démonstration, reprenant sans distance ni nuance les analyses frustes de l’OCI sur le projet gaulliste d’association capital-travail, et les analyses caricaturales et sectaires d’Alexandre Hébert sur le corporatisme. Jean-Christophe Cambadélis la résume en quelques phrases dans son introduction :« Transformer tous les corps sociaux en rouages de l’État, cadenasser toutes formes d’organisation dans un corps unique subordonné à la compétitivité économique mondiale. Telle est la tentation néocorporatiste rampante de la fin de ce siècle confronté aux crises de toutes sortes. »

C’est une logorrhée interminable, avec des digressions pour expliquer l’analyse de la plus-value et la loi de la valeur chez Marx, ou de la force de travail. Un bavardage indigeste que l’on peine à lire jusqu’au bout tant le travail est besogneux.

Il n’empêche, la soutenance se passe bien. Il y a même foule pour y venir assister. Une bonne partie du bureau politique de l’OCI se trouve dans l’assistance, dont Pierre Lambert, ainsi que nombre de figures connues du bureau confédéral de Force ouvrière, parmi lesquelles Roger Sandri. Il y a aussi une grosse cohorte des cadres de l’UNEF. Qui sait parmi ceux-là que Cambadélis soutient cette thèse parce qu’il a le projet secret de faire carrière au PS ? Peu de monde, sans doute. Après la soutenance, une réception est organisée par l’UNEF pour fêter l’heureux récipiendaire de ce doctorat. L’atmosphère est à la liesse ; tous les participants, ou presque, ignorent que le doctorat de Cambadélis est usurpé.

Ce dernier contrevient du reste à la tradition qui veut que l’on organise un pot de thèse avec ses proches et sa famille. Lui, c’est plus de quatre cents personnes qu’il réunit, pour l’occasion, dans la salle B de la Mutualité. Et s’il y a autant de monde, c’est à l’évidence parce que le nouveau docteur en sociologie veut que le Tout-Paris socialiste sache qu’il a, en même temps que les diplômes, l’étoffe d’un intellectuel brillant.

À présent, il dispose d’un formidable sésame. Lorsqu’il publie son premier livre, en mars 1987, intitulé Pour une nouvelle stratégie démocratique, il arbore fièrement en quatrième de couverture ses nouvelles qualités : « docteur en sociologie, chercheur en sciences sociales à l’université de Paris-I ». Tous ces titres, il n’aurait pas pu en faire étalage s’il n’avait pas fraudé la loi pour s’inscrire en doctorat. Mais, son subterfuge étant passé inaperçu, le voici qui dispose d’une légitimité universitaire inespérée.

Ailleurs, en d’autres pays que la France, la fraude intellectuelle a toujours été gravement sanctionnée. Et la liste est longue des personnalités de premier plan dont la vie publique s’est brutalement interrompue parce que l’on avait découvert qu’ils disposaient d’un diplôme usurpé ou falsifié. Qui ne se souvient de ce qui est arrivé au Portugal à Miguel Relvas ? En avril 2014, le bras droit du premier ministre Passos Coelho est contraint à la démission à la suite des polémiques suscitées par un diplôme obtenu de manière suspecte, par un jeu controversé d’équivalences.

Qui ne se souvient de ce qui est arrivé en Allemagne à Karl Theodor zu Guttenberg, vrai baron mais faux docteur, qui fut contraint, en mars 2011, de présenter sa démission du poste de ministre de la défense à la chancelière ? Si le jeune et ultra-populaire ministre, chouchou des médias, est obligé de rendre son maroquin, c’est qu’il est convaincu d’avoir commis un plagiat de grande ampleur, à l’occasion de la thèse de doctorat de sciences politiques qui, en 2007, lui a valu à l’université de Bayreuth le titre de « docteur » avec la mention summa cum laude (« avec les plus grandes louanges »), niveau suprême de la reconnaissance universitaire en Allemagne.

En France, aucun homme politique ne s’est trouvé dans la période récente au cœur d’un scandale voisin. Mais le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, si. Le 2 avril 2013, il doit d’abord reconnaître avoir plagié, dans son livre sur Les Quarante Méditations juives, plusieurs passages d’un ouvrage de l’universitaire californienne Elisabeth Weber,Questions au judaïsme. Quelques jours plus tard, il est obligé d’admettre qu’il a usurpé le titre d’agrégé de philosophie. Emporté par la tourmente, il se voit contraint de présenter sa démission le 11 avril 2013.

Quand il devient premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis ne craint-il donc pas, maintenant qu’il accède à l’avant-scène de la vie politique française, que cette vieille histoire de diplôme ne finisse par le rattraper ? Il faut croire que non. Et sans doute est-ce révélateur du sentiment d’impunité que certains élus, de gauche comme de droite, donnent l’impression d’éprouver. Un sentiment d’impunité qui en dit long sur la nécrose qui abîme notre démocratie.

Les dessous d’un livre

Pourtant, cette légitimité universitaire conquise en 1985 grâce à son doctorat ne suffit visiblement pas à Jean-Christophe Cambadélis. Celle-ci intervient dans un contexte particulier. Des mois plus tard, il organise une autre manigance, pour conforter son image. Celle-ci intervient dans un contexte particulier. Quelques mois plus tard, donc, la grande majorité des étudiants parisiens de l’OCI, et beaucoup en province, constituent une fraction secrète en formant le projet de passer au Parti socialiste.

Cette ambition, c’est Pierre Dardot qui l’a couchée sur le papier : il s’agit d’adhérer au PS et de défendre l’idée d’un « Congrès de Tours à l’envers » – en clair, de créer un grand parti de toute la gauche dont nous serions l’aile marchante. De ce dessein, Cambadélis se gargarise, sans jamais dire qui a inventé cette belle formule (qui n’a pas perdu de son actualité).

Simplement, je l’ai dit, à peine sommes-nous sortis de l’OCI qu’aussitôt notre petit groupe se dissout. Car tout le monde comprend rapidement que Jean-Christophe Cambadélis n’a pour seule ambition que de faire carrière. C’est dans cette visée qu’il publie son premier ouvrage, Pour une nouvelle stratégie démocratique. Un livre intelligent, autrement mieux charpenté que sa thèse au style laborieux.

SEULEMENT VOILÀ, CE LIVRE, il n’en est pas le véritable auteur. Tout juste a-t-il pris la plume pour rédiger une brève introduction, dans un français approximatif, et une conclusion tout aussi rapide. Il a également reproduit sur une quarantaine de pages un extrait de sa thèse de doctorat. Le reste, c’est-à-dire les quatre cinquièmes du livre, il n’en a pas écrit une ligne.

Pour une nouvelle stratégie démocratique s’ouvre sur un texte de près de cinquante pages, cultivé et passionnant, intitulé « Marxisme et égalités des droits » et qui emmène le lecteur dans une promenade érudite, de Marx à Althusser, de Hegel à Habermas. Ce texte-là, c’est le philosophe Pierre Dardot qui l’a rédigé. S’ensuit une seconde partie, intitulée « De la démocratie », de près de soixante- dix pages, qui est le mariage de deux textes, l’un écrit par Dardot, l’autre par Philippe Darriulat, président de l’UNEF (1986-1988) – un texte de jeunesse que l’historien qu’il est devenu ne revendiquerait sans doute plus aujourd’hui.

À ce moment-là, on peut imaginer que Philippe Darriulat, jeune historien, estime que son texte ne mérite pas de passer à la postérité. Il l’abandonne ainsi à Jean-Christophe Cambadélis, qui n’a pas l’élégance de lui en donner crédit. Dans l’introduction, ce dernier use même d’une drôle de formule, pouvant suggérer que ce livre ne lui doit rien :« Il nous faut aussi remercier particulièrement Philippe Darriulat dont l’emploi du temps, si chargé en cette fin de trimestre 1986, ne lui a pas permis de travailler avec nous. »

Le gros du travail, la valeur ajoutée de l’ouvrage, c’est donc Dardot qui s’en acquitte. Mais quand l’auteur officiel décide de s’approprier les textes savants du jeune philosophe, il se garde bien de lui en demander l’autorisation. Selon Pierre Dardot, c’est seulement parce que Benjamin Stora a fait pression sur lui qu’il a eu un sursaut. Quelques semaines avant la parution, Cambadélis téléphone à Dardot, alors en poste à Hénin-Beaumont, pour lui annoncer qu’il entend publier ses textes sous son propre nom… Moqueur, le philosophe, qui n’ignore rien des extrêmes difficultés de Jean-Christophe à écrire sans multiplier les fautes ou jargonner, lui demande s’il ne craint pas que la différence de style ne soit trop visible. Puis, sans montrer son agacement, il ajoute qu’il ne veut pas que son nom apparaisse dans l’ouvrage, ni sous la forme d’une note en bas de page ni dans un avertissement aux lecteurs. Quand il relate l’anecdote, trente ans plus tard, Dardot ne peut s’empêcher de montrer sa sidération devant une telle audace. Et, dans un rire généreux, il conclut : « Je ne suis même pas sûr qu’il m’ait dit merci. »

Un doctorat en poche, usurpé, un livre en librairie, dans sa majorité usurpé… ne lui manque plus qu’à devenir député pour prendre son envol au sein du Parti socialiste et y faire carrière.

Au début de l’année 1988, il jette son dévolu sur une circonscription dans la Somme, mais sa candidature se heurte à des difficultés. En catastrophe, il doit trouver une solution et cherche à s’implanter à Paris, pour croquer la vingtième circonscription, dans le dix-neuvième arrondissement. Dans les faits, le Parti socialiste n’a pas de raison de lui abandonner cette circonscription, car elle a pour député depuis 1981 un socialiste, Alain Billon, issu de la jeune génération et qui est entré à l’Assemblée nationale sans jamais démériter. Seulement voilà, Alain Billon qui s’est implanté dans cette circonscription, autrefois le fief du stalinien Paul Laurent, le père de Pierre Laurent, l’actuel dirigeant du Parti communiste, s’est beaucoup investi dans son travail de parlementaire. Et ne s’est guère impliqué dans les luttes de réseaux au sein de l’appareil socialiste. Autrefois proche du CERES de Chevènement, il a quitté cette sensibilité en laissant derrière lui quelques solides inimitiés, et a rejoint la sensibilité centrale du Parti socialiste ; il est plutôt proche de Pierre Joxe.

C’est de ce relatif isolement que va jouer Cambadélis : le CERES – oublieux des mauvaises manières qui lui ont été faites à la MNEF par l’OCI – figurera parmi ses appuis. Surtout, l’ancien président de l’UNEF dispose d’un allié dans la place, Gilles Casanova (un ancien de la LCR, cofondateur des comités communistes pour l’autogestion, et qui finira, longtemps plus tard, à la Gauche moderne, le parti pro-sarkozyste de Jean-Marie Bockel). L’intéressé présente en effet l’avantage d’être le secrétaire de la principale section socialiste de l’arrondissement : il délivre des cartes d’adhésion à tour de bras aux ex-militants de l’OCI. En quelques semaines, les adhésions à la section explosent.

Quand le jour du vote arrive, permettant de départager les deux candidats à la députation, sans doute les dés sont-ils déjà jetés sans qu’Alain Billon le sache. Cambadélis a pris toutes les précautions pour arriver en tête. Une dernière fois, il a demandé à des militants de Convergences de lui prêter main-forte : le jour du vote, il fait réaliser des pointages par ses proches pour identifier le profil des votants et s’assurer de sa première place. Tout cela se passe dans un climat de violences et d’intimidation, dontLe Monde se fera l’écho le lendemain.

 

Mais ce n’est pas la seule précaution, Cambadélis prévoit une autre manigance dans l’hypothèse où le vote tournerait à l’avantage de Billon : une cohorte d’anciens militants de l’OCI est tapie à quelque distance du local où a lieu le vote – j’ai retrouvé deux témoins de la scène et je connais l’identité de ceux qui composaient le petit commando –, les poches emplies de bulletins en sa faveur. La consigne est claire : s’il apparaît que les pointages donnent Alain Billon en tête en début de soirée, une coupure opportune d’électricité leur permettra d’entrer subrepticement dans le local et de bourrer les urnes.

Finalement, ce n’est pas nécessaire : avec l’appui de Jean-Marie Le Guen, alors patron de la fédération de Paris du PS, Cambadélis décroche l’investiture tant convoitée. Et Alain Billon – qui depuis est passé au Parti de gauche – est remercié brutalement, sans doute sans avoir compris ce qui lui était arrivé. Pour la petite histoire, un militant socialiste de la section alors peu connu, soutien d’Alain Billon, assiste à toute la scène. Il s’agit… d’Arnaud Montebourg.

Jean-Christophe Cambadélis peut alors commencer sa nouvelle vie de hiérarque socialiste.

A suivre, demain: Manuel Valls ou la carrière d’un apparatchik

LA RÉDACTION DE MEDIAPART

Créer des sonneries pour son mobile


Si les téléphones portables sont fournis avec de nombreuses sonneries, leur choix peut être assez limité ou ne pas correspondre à vos goûts musicaux. Vous pouvez alors vous tourner vers les sites spécialisés dans le téléchargement de sonneries mais il vous en coûtera environ 3 euros pour une sonnerie, parfois de qualité médiocre. 

Une autre solution, gratuite cette fois, consiste à créer vous-même votre sonnerie à partir d’un de vos fichiers audio ou d’une piste d’un CD. Une fois que vous aurez isolé le morceau qui vous intéresse, il vous suffira de le convertir au format MP3,utilisable sur la plupart des mobiles récents, ou bien aux formats WAVE ou AMR si votre téléphone n’accepte que ces formats. 

Il ne vous restera alors plus qu’à transférer votre sonnerie sur votre téléphone portable. S’il est pourvu d’une carte mémoire, il suffit d’y copier la sonnerie. Vous pouvez aussi utiliser un câble pour raccorder votre téléphone à votre ordinateur et utiliser le logiciel de synchronisation fourni. Enfin, si votre ordinateur en est équipé, vous pouvez utiliser une liaison infrarouge ou bluetooth pour transférer votre sonnerie. Enfin, vous pouvez aussi tenter de l’envoyer sur votre mobile par MMS ou bien par e-mail, depuis le site de votre opérateur. 

 

Installer Audacity

Audacity va vous permettre d’isoler le passage que vous souhaitez utiliser comme sonnerie pour votre téléphone portable

  1. Rendez-vous sur la fiche d’Audacity dans la logithèque. 
  2. Cliquez sur le bouton Télécharger gratuitement
  3. Cliquez sur le bouton Enregistrer. Choisissez un endroit où enregistrer le fichier d’installation d’Audacity et cliquez une nouvelle fois sur Enregistrer
  4. Une fois le téléchargement terminé, cliquez sur le bouton Exécuter
  5. Confirmez le lancement du fichier en cliquant sur le bouton Exécuter
  6. L’assistant d’installation d’Audacity s’ouvre alors. Cliquez sur le bouton Next
  7. Sélectionnez l’option I accept the agreement puis cliquez 4 fois sur Next
  8. Cliquez enfin sur le bouton Install
  9. Les fichiers du logiciel Audacity sont alors copiés sur votre ordinateur. Cliquez sur le bouton Finish une fois l’opération terminée. 
  10. Audacity est alors lancé. Sélectionnez la langue Français et cliquez sur le bouton OK
  11. Audacity est maintenant installé. Vous pouvez fermer la fenêtre.

Par défaut, l’encodage d’une musique en MP3 n’est pas supporté par l’éditeur audio Audacity. Vous pouvez facilement installer l’encodeur MP3 gratuit LAME pour l’utiliser avec Audacity et exporter ainsi vos sonneries en MP3. 

  1. Rendez-vous sur la page de téléchargement de LAME
  2. Cliquez sur le lien libmp3lame-win-3.xx.zip de la rubrique For Audacity on Windows
  3. Téléchargez alors le fichier sur votre ordinateur. 
  4. Une fois le téléchargement terminé, cliquez sur le bouton Exécuter
  5. Confirmez le lancement de l’installation de LAME en cliquant sur Exécuter
  6. Suivez alors les instructions de l’assistant pour installer LAME. 
  7. Sélectionnez l’option I accept the agreement puis cliquez deux sur le bouton Next puis sur Install
  8. Cliquez enfin sur le bouton Finish

Etape suivante : Récupérer une chanson
 

Récupérer une chanson

Si vous souhaitez utiliser une piste d’un CD audio comme sonnerie, il faut commencer par l’extraire pour enregistrer sur votre disque dur. Si vous souhaitez utiliser un fichier audio déjà présent sur votre disque dur, vous pouvez passer directement à l’étape suivante. 

  1. Lancez le Lecteur Windows Media en cliquant sur le boutonDémarrer, sur Tous les programmes puis sur Windows Media Player
  2. Ouvrez l’onglet Extraire
  3. Insérez votre CD Audio dans le Lecteur. 
  4. Cliquez sur la flèche sous l’onglet Extraire puis choisissez la commande Options supplémentaires
  5. Déroulez la liste Format et sélectionnez l’option WAV (sans perte)
  6. Cliquez sur le bouton OK
  7. Par défaut, toutes les pistes du CD sont sélectionnées. Cliquez sur la case du haut (à droite de la mention Album) pour toutes les désélectionner. 
  8. Cochez uniquement la case correspondant à la piste que vous souhaitez utiliser. 
  9. Cliquez alors sur le bouton Démarrer l’extraction
  10. Le morceau extrait est enregistré dans le dossier Ma musique qui se trouve à l’intérieur du dossier Mes documents. Quand l’extraction est terminée, fermez le Lecteur Windows Media. 

Isoler le passage à utiliser

Le morceau que vous avez extrait faisant plusieurs minutes, vous allez devoir isoler seulement le passe qui vous intéresse, l’intro ou un solo de guitare par exemple. 

  1. Lancez Audacity en double cliquant sur son icône sur le Bureau. 
  2. Cliquez sur le menu Fichier puis sur Ouvrir
  3. Sélectionnez sur votre disque dur (dossier Ma Musique dans Mes documents) le fichier WAV qui a été créé avec le LecteurWindows Media puis cliquez sur le bouton Ouvrir
  4. Le fichier est alors ouvert avec Audacity. Cliquez sur le bouton Lecture pour jouer la musique. 
  5. Cliquez alors sur le début du segment de musique à isoler puis, tout en maintenant le bouton de la souris enfoncée, déplacez le pointeur jusqu’à sa fin. Le passage doit faire une trentaine de secondes. 
  6. Le segment apparaît alors en grisé. Cliquez sur le menu Edition puis sur Ne garder que la sélection
  7. Cliquez sur le bouton Lecture pour écouter le résultat. S’il ne vous convient pas, choisissez la commande Annuler dans le menu Edition, et recommencez la manipulation. 
  8. Vous pouvez alors enregistrer l’extrait dans un nouveau fichier. Cliquez pour cela sur le menu Fichier puis sur Exporter en WAV
  9. Choisissez un nom à votre fichier, pinkfloyd par exemple, choisissez un dossier plus cliquez sur le bouton Enregistrer

  10. Convertir le fichier pour son téléphone

    Avec Audacity, vous pouvez convertir votre sonnerie au format MP3 si votre téléphone supporte ce format offrant une bonne qualité pour un poids réduit. 

    1. Toujours dans Audacity, cliquez sur le menu Fichier puis surExporter
    2. Complétez si besoin les informations sur le morceau (auteur, titre, genre). Cliquez sur OK
    3. Déroulez la liste Type et sélectionnez l’option Fichiers MP3
    4. Choisissez un endroit où mettre votre fichier MP3, modifiez si besoin son nom et cliquez sur le bouton Enregistrer
    5. Votre fichier est alors exporté en MP3. 
    6. Fermez Audacity en cliquant sur le menu Fichier puis sur Quitter
    7. Il ne vous reste alors plus qu’à transférer votre sonnerie à votre téléphone. Utilisez pour cela le câble DATA fourni avec votre téléphone, la carte mémoire qu’il contient ou bien une connexion infrarouge ou Bluetoothpcastuces.com.

     

     

     

 

 

Trierweiler : une autocensure digne de l’URSS

La discrétion de France 2, la principale chaîne publique, dans son traitement de la sortie du livre de Valérie Trierweiler est la preuve d’un anachronisme coupable

Capture d'écran du journal de 20 heures du 3 septembre.Capture d’écran du journal de 20 heures du 3 septembre.

Difficile d’imaginer vengeance plus implacable que la publication du livre de Valérie Trierweiler sur l’intimité du président. L’ancienne première dame humiliée y a déployé tous ses talents de journaliste pour mettre à mal le peu d’autorité qui restait encore au chef de l’Etat. Elle y dresse un portrait au vitriol de son ancien amant présenté comme un personnage cynique rompu au mensonge, qui a abusé de la confiance de son électorat et de sa maîtresse. Ce récit mêlant passion et trahison à l’Elysée emprunte aussi bien à la farce de Molière qu’au théâtre de boulevard.Si vous faites partie des 8 millions de Français qui regardent le journal de France 2, vous n’en avez rien su, ou si peu. [Le 3 septembre], alors que la France entière n’avait parlé que de ça toute la journée, la première chaîne publique a préféré ne consacrer que quelques minutes à ce sujet explosif et ce, en fin de journal. Mme Trierweiler avait révélé des « détails intimes, voire impudiques » sur la vie du président, la chaîne avait donc pris la décision de pas parler de ce livre qui « ne grandit pas la politique, et encore moins son auteur », a-t-il été expliqué aux téléspectateurs. France 2 revenait ainsi aux grandes heures de l’ORTF et de ses journalistes fidèles qui faisaient valider leurs textes par l’Elysée avant de les passer à l’antenne.

Anachronisme
Alors que sur toutes les chaînes privées la vengeance de Mme Trierweiler était abondamment commentée, la rédaction de France 2 avait jugé bon de ne pas propager auprès du peuple d’odieux commérages sur leur souverain élu. A l’ère de Twitter et de l’information en continu, l’anachronisme, digne de la glorieuse époque soviétique, était flagrant.

Ces trente dernières années, les médias français se sont libérés d’un certain nombre de tabous, et l’époque où ils refusaient de rendre publique la double vie du président Mitterrand est désormais révolue. Les récentes photos volées de François Hollande se rendant en scooter à un rendez-vous galant n’auraient pas été publiées il y a encore dix ans. Mais le réflexe d’autocensure a la vie dure, notamment sur les chaînes publiques. Ces dernières protègent non seulement la présidence mais l’ensemble de la classe dirigeante, comme si les hommes et les femmes politiques français n’avaient pas cette obligation de transparence pourtant respectée dans la plupart des pays européens.

La seule solution pour mettre fin à cette déférence malsaine envers le pouvoir est d’abandonner ce système monarchique qui porte au pouvoir un nouveau souverain tous les cinq ans. Délogés de leur tour d’ivoire, les dirigeants politiques redeviendraient alors de simples mortels sommés de justifier leur conduite devant le Parlement, c’est-à-dire directement devant leurs électeurs.

 

Linky, le compteur de surveillance d’ERDF se met en place

Classé dans: Actualités, Colère noire

La préparation de l’installation, de force, du compteur à la fois « intelligent » et dénonciateur de la vie privée inventé par ERDF se poursuit. La mise en place de ce compteur électronique qui permettra au distributeur d’électricité de suivre en direct la consommation et les habitudes des abonnés, doit être achevée dans tous les foyers au plus tard pour 2021, sans qu’une concertation ait été organisée avec  les associations de consommateurs et avec la Commission Nationale Informatique et liberté. Cette dernière étant depuis quelques années considérée comme quantité négligeable par les pouvoirs de gauche comme de droite. Il sera notamment fabriqué par les sociétés Itron, Sagemcom et Landis (société américaines…) qui doivent en fournir rapidement plus de cinq millions

Cet « œil », directement inspirée de la société de surveillance permanente qui se construit autour des citoyens, permettra d’étudier nos habitudes de consommation,  et donc de façonner les tarifs en fonction de cette consommation, pour le plus grand profit des opérateurs. Pour « convaincre » les futurs utilisateurs de l’utilité des ces nouveaux compteurs, ERDF a récemment décidé de faire payer une redevance de 30 euros à tous les usagers qui, absent lors du relevé, ce qui est fréquent pour les gens qui travaillent, demandent un second passage du releveur.  Donc, nous serons surveillés en permanence pour notre plus grand bien. Un argument on ne peut plus classique pour nous faire payer plus, pour obscurcir la lecture des tarifs en vigueur qui pourront changer d’un jour ou d’une heure à l’autre. D’autant plus qu’au moment de l’installation, le consommateur sera prié de détailler le nombre et la puissance des appareils électriques qu’il utilise…

Ce compteur Linky, outre l’embrouille très rentable sur les tarifs, permettra aussi de faire savoir à l’opérateur si nous sommes ou non fréquemment présents dans nos appartements ou maisons individuelles. Une surveillance qui facilitera, par exemple, la programmation des visites de cambrioleurs. Comme il renseignera la police, les services spéciaux de renseignements, les compagnies d’assurance, les services des impôts ou des aides sociales et Pôle emploi (Périodes de vacances ou d’absence), puisque le transfert des données sera facile très facile à intercepter et  surtout que certains organismes public pourront légalement demander communications de ces informations. Ce qui  permettra un contrôle des présences et aller et venues dan s tous les foyers français.

D’après ERDF, la fabrication de ses compteurs et leur mise en place coutera au moins cinq milliards d’euros. Mais les responsables de ce monopole de distribution se sont pour l’instant bien gardés de préciser qui paiera : l’utilisateur lors de l’installation ou tous les utilisateurs par le miracle d’une nouvelle redevance répartie sur les factures des consommateurs. Il ne fait guère de doute que nous seront surveillés à nos frais.

 CLAUDE-MARIE VADROT - mediapart.fr

Les premières réactions :

NOUVEAU 12/09/2014, 17:16 | PAR OURSE BLANCHE

Moi je m’y suis opposée, en Indre et Loire région cobaye ,sans auncuen obligation ce que les gens de linky n’ont pas dits ,ils ont installe ces compteurs en faisant croire que c’etait obligatoire,faux et avec des fausses vitures  EDF avec Linky en petit,de puis deux ans,parce que je suis EHS et ne supporte pas que tout les cables electriques vont emettre des voltages de dingue,haute tension, et un danger sanitaire dont on ne parle pas,nous les electros sensibles ca va  barder des gens ont deja porter plainte des voisins qui ne supportent pas ce foutu compteur mouchard et dangereux,plus des factures folles ,un viol du corps et de nos vies,c’est nous qui paierons,cette boite canadienne,des copains de Sarko,au canada ca barde et on retire Linky partout……

NOUVEAU 12/09/2014, 23:56 | PAR COGITABUNDA EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE OURSE BLANCHE LE 12/09/2014 À 17:16

Oui moi aussi je m’y suis opposée il y a 6 mois ou un an, quand ils ont sorti la nouvelle sur le journal gratuit la Tribune, à Tours. J’ai répondu à leur article débile qui faisait la propagande pour Linky. Manipulations et mensonges!

Il n’est pas question qu’ils installent ça chez moi! Non mais, pour qui ils se prennent ces gens-là ?

NOUVEAU 13/09/2014, 17:16 | PAR OURSE BLANCHE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE COGITABUNDA LE 12/09/2014 À 23:56

Nous ils nous ont appellé et menacé verbalement de nous envoyer la force publique,nous leur avons dit allez y,puisque pas de courrier nous alertant de la pose eventuelle donc illegalité et de plus menace sur un truc non obligatoire,du baratin et intimidation verbale,,faut voir la tyrannie mise en place et le mensonge sur ce compteur et sa pose ,aucune netude sanitaire ,nous on a eu des tests fait  par Next-up et c’est gratiné,moi a Paris j’ai dit que j’étais cardiaque ,pour  une pose de compteur eau :electronique, du coup ils ont laissé l’autre , ,pour le gaz ils font pareil ,refus et ils ne reviennent pas  a la charge,si on refuse pour des raisons sanitaires ils ne nous le poserons pas je pense,ils font des exceptions,mais cela va être rude.

 

NOUVEAU 12/09/2014, 18:51 | PAR MANDRAKE

Lettre type de REFUS d’installation du compteur d’eau ou gaz à télérelevé – Robin des Toits – Nov. 2013

http://www.robindestoits.org/Lettre-type-de-REFUS-d-installation-du-compteur-d-eau-ou-gaz-a-telereleve-Robin-des-Toits-Nov-2013_a2102.html

NOUVEAU 13/09/2014, 00:37 | PAR COGITABUNDA EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE MANDRAKE LE 12/09/2014 À 18:51

Ah merci Mandrake!

Je vais m’occuper de ça.

Il faudrait que commencent à apparaître des signes sérieux chez de nombreux « jeunes » qui utilisent le portable quasiment 24h/24 depuis 5 ou 10 ans et qui ont le cerveau martelé par le télescopage des chocs dûs à leurs frappes de pied sur le sol et des ondes électromagnétiques du portable qu’ils tiennent  à l’oreille en marchant, voire en courant, pour que les autorités révisent leurs plans; ces signes qui sont les tumeurs au cerveau, la destruction de certaines zones sensibles prédisposant à la maladie d’Alzeimer ou de Parkinson, etc.

Ah elle va être belle la société de demain! vous voyez des types et des nanas de 25-35 ans atteints par Alzeimer ou Parkinson ? Ils ressembleront à de petits vieux et de petites vieilles ou ils ou elles seront carrément mort-e-s à cause de tumeurs non traitées à temps!

Mais les zélus s’en foutent! Il faut bien stimuler la croissance! Il faut bien faire avancer la science des technologies avancées car ce sont elles sur lesquelles la mise est faite pour l’Enrichissement général, disent-ils! Et on abouti ainsi à « l’homme augmenté »!!!! oui, oui, c’est ainsi qu’ils parlent!

Quelles bandes de nases!

NOUVEAU 13/09/2014, 11:14 | PAR OURSE BLANCHE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE MANDRAKE LE 12/09/2014 À 18:51

le mieux c’est  un certificat d’un toubib,problème cardiaque,prothése metallique,EHS,etc et de leur donner ,enfin on espere ,mais si le compteur est dehors c’est un probléme car ils le feront sans autorisation ,ce qu’ils ont fait,déjà en Indre et Loire a des gens, a titre de test, sans prévenir personne ou en mentant et disant que c’est obligatoire.

NOUVEAU 13/09/2014, 12:07 | PAR CLAUDE-MARIE VADROT EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE OURSE BLANCHE LE 13/09/2014 À 11:14

L’excuse de la santé ne me parait pas être la bonne: il semble nécessaire de s’opposer à ce type de compteur pour la seule et unique raison qu’ils représentent un pas de plus vers la « Société de Surveillance »

NOUVEAU 13/09/2014, 12:15 | PAR MITHRA-NOMADEBLUES_ EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE CLAUDE-MARIE VADROT LE 13/09/2014 À 12:07

Oui, et merci pour ce billet et ces informations de très grandes importances.

NOUVEAU 13/09/2014, 13:42 | PAR OURSE BLANCHE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE CLAUDE-MARIE VADROT LE 13/09/2014 À 12:07

Je suis electro sensible,ce n’est pas une excuse mais une réalite, de milliers de gens en France,et je ne peux supporter cela,les cardiaques,les diabétiques, les ceux qui ont des prothèses metalliques etc,ne peuvent vivre avec  ces ondes,ne peuvent passer des IRM,j’en suis,etc,,cela met leur vie en danger, et l’aspect sanitaire prévaut,et ils le savent tres bien,et cela est notoire pour le Linky,et c’est le realité du monde,une antenne centrale relais capte les infos pendant que les maisons irradient des ondes basses fréquences  sur les alentours et chez vous,les pires,par des lignes hautes tensions qui sont nocives ,,infâme, le côté Big brother existe aussi,on va devoir faire blinder toute l’installation electrique de la maison ,cela va couter, 20.000€,devis,et oui.

NOUVEAU 13/09/2014, 13:45 | PAR CLAUDE-MARIE VADROT EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE OURSE BLANCHE LE 13/09/2014 À 13:42

Linky n’émet pas d’ondes, les informations sont véhiculées par le courant électrique

NOUVEAU 13/09/2014, 16:55 | PAR OURSE BLANCHE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE CLAUDE-MARIE VADROT LE 13/09/2014 À 13:45

Faux,vous êtes mal renseigné,allez sur le site de Next up ou Robin des Toits et vous verrez,Linky emet des ondes via le courant electrique qui est haut voltage .

Le compteur  Linky emet en radio frequence,type micro onde,de 900 mg et 2,4gigah,donc comme un portable ou androide et sans fil ou wifi.Ces compteurs emettent des RF pulsées en 30 secondes et en continu.Cela crée un CEM, »champ elecro magnétique « ,classé Cancérogéne.

Car vous n’avez peut être pas remarqué en ville mais a la campagne on les voit ,ils changent tout les transfos, et en  mettent  d’autres avec  du courant haut voltage pour le Linky,c’est ecrit dessus,et danger de mort aussi,un courant qui porte les ondes,eux même qui le disent.

Il emet dans tout le reseau des fils electriques,et emet dans toutes les piéces de la maison,donc le CEM sera donc dans toute l’habitation et en continu.Donc une maison cancérogéne grâce a Linky!

ou contactez Maxence Layet journaliste  de mes  amis et grand specialiste des ondes

NOUVEAU 13/09/2014, 17:49 | PAR MANDRAKE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE CLAUDE-MARIE VADROT LE 13/09/2014 À 13:45

NOUVEAU 13/09/2014, 16:27 | PAR OURSE BLANCHE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE MANDRAKE LE 12/09/2014 À 18:51

Oui ,merci.

NOUVEAU 13/09/2014, 09:29 | PAR OBE084

Quid des tarif EJP ?

NOUVEAU 13/09/2014, 09:32 | PAR SPEEDOO

Bonjour comment puis je refuser l’installation du compteur si il est en bordure de propriété sur la voie publique?NOUVEAU 13/09/2014, 10:07 | PAR CLAUDE-MARIE VADROT EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE SPEEDOOLE 13/09/2014 À 09:32

Pas de probléme particulier, l’important est qu’il s’agisse du compteur lié à la consommation de votre domicile.

NOUVEAU 13/09/2014, 09:33 | PAR SPEEDOO

On peut également refuser l’usage de l’electricité ou développer l’autoproduction.

Raison de plus d’abandonner la production centralisée d’énergie.

NOUVEAU 13/09/2014, 11:10 | PAR OURSE BLANCHE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE SPEEDOO LE 13/09/2014 À 09:33

on  le fait,on produit , et on est chez ENERCOOP, mais le compteur  obligatoire est propriété de ERDF et le LINKY est privé,donc y’a un truc a soulever,service public or not public,on  nous sert un truc a 300€ privé et qui pose d’enorme probléme sanitaire et que on veux nous forcer a payer, pour nous fliquer et nous flinguer!

NOUVEAU 13/09/2014, 09:55 | PAR PHILIPPE FEAT

Mince, ERDF aura aussi un contrat avec les cambrioleurs…!

http://phil195829.overblog.com

NOUVEAU 13/09/2014, 10:15 | PAR LEMARMOTTE

Merci à l’auteur de l’article de ne PAS ressortir, une fois de plus, tous les cas de possibles « atteintes à la vie privée »…

Veuillez noter, svp, que c’est déjà encore bien pire avec Internet, et même avec le smartphone.

Le vrai scandale n’est pas là.

C’est :

1/ de raisonner comme si, dans l’avenir, nous aurions toujours du « jus » à l’appui sur le bouton « marche » de nos appareils électriques; car si nous voulons la transition énergétique à base d’énergies renouvelables, il faut aussi accepter la transition vers un régime de pénurie raisonnée

2/ dans le cadre d’une vraie transition à prévoir, le scandale c’est d’imposer maintenant un Linky unidirectionnel destiné seulement à collecter des informations sur les consommations afin de les faire exploiter par des logiciels « intelligents » de prévision statistique, alors qu’il faudra bientôt « inventer » un SuperLinky comme instrument de dialogue entre chaque usager et son fournisseur d’énergie électrique, afin de pouvoir ajuster la « satisfaction des besoins individuels » aux resssources disponibles à chaque période critique, au travers de choix participatifs et non pas par un mécanisme archaïque d’incitation par des prix fixés « heures pleines/heures creuses »….

Pensez, par exemple, à un futur possible où le parc de voitures électriques serait important. Pensez-vous raisonnable que chacun puisse recharger simultanément son engin « aux heures creuses » quand cela lui plaira ? Pour ce cas précis, on pourrait évidemment concevoir un système de « recharge sans souci » permettant au fournisseur de gérer à distance la recharge de chaque engin branché, à l’intérieur d’une période convenue et dans un délai convenu de X heures.

La question sera bien celle-ci : soit on laissera le « réseau » tout gérer, soit on permettra à chacun de faire son choix.. Et, dans les deux cas, le Linky est dépassé…

 

La 6e c’est urgent !

La 5e République n’en finit plus d’agoniser. L’Elysée est le théâtre d’un vaudeville permanent depuis des mois. François Hollande est désormais le président le plus impopulaire de l’histoire des sondages avec à peine 13% d’opinions favorables. Le gouvernement Valls 1 aura été le plus court depuis 1958 si l’on excepte ceux interrompus par des élections législatives prévues de longue date ou le décès du président Pompidou. Thomas Thévenoud est devenu le ministre le plus éphémère de la 5e République en étant renvoyé à peine 9 jours après sa nomination. Cette déliquescence politique est la conséquence logique et prévisible de l’enlisement économique et de l’aggravation du chômage. Mais le régime est atteint en son cœur : la présidence de la République.

La 5e aggrave la crise

Les institutions de la 5e République ont été imaginées pour protéger le président et tenir le peuple à distance. En concentrant autant de pouvoir dans les mains d’un seul homme, c’est bien la 5e République qui rend possible les trahisons de François Hollande. Dans quelle démocratie, un président élu peut-il à ce point tourner le dos à ses promesses sans jamais être atteint par la colère populaire ? Dans quelle démocratie, un président et son Premier ministre peuvent-ils détricoter des lois qu’ils ont eux-mêmes proposés et que le Parlement a voté comme c’est le cas sur le logement ou la réforme des modes de scrutin locaux ? L’impunité dont jouit le président la République pousse à tous les abus de pouvoir. Pire encore, elle érige l’irresponsabilité en modèle pour « l’élite » dirigeante du pays. A l’image du patronat qui empoche 40 milliards sans aucune contrepartie.

Quels intérêts au pouvoir ?

Lorsqu’un pays s’enfonce jour après jour dans la catastrophe économique, sociale et politique, qu’y a-t-il de plus urgent que de parler du pouvoir. Car c’est bien cela que renferme l’idée de la 6e République et d’élection d’une Assemblée constituante : qui décide ? Le peuple ou l’oligarchie ? Le MEDEF ou les salariés ? Les lobbys ou les citoyens ?

Les assemblées constituantes au service des urgences populaires

Les assemblées constituantes occupent une place centrale dans l’histoire révolutionnaire de la France et du monde. Elles sont le fruit de situations de crise de la société et de l’Etat où le consentement à l’autorité disparaît et nécessite de revoir complétement la règle du jeu. Lénine a résumé ainsi ces situations de blocage : « en haut on ne peut plus, en bas on ne veut plus ».

Loin d’être des projets institutionnels déconnectés du quotidien, les Constituantes ont permis de résoudre radicalement les problèmes rencontrés par le grand nombre.

C’est ainsi de la Constituante de 1789-1791 puis de la Convention de 1792-1793 que sont issues nombre d’avancées concrètes vitales pour le peuple. Comme la création de l’état civil, l’égalité devant l’impôt, la liberté de la presse ou le partage des terres pour la première. Ou encore le suffrage universel (masculin), le contrôle des prix ou le début de l’éducation nationale pour la seconde.

A l’étranger, ce sont aussi des Constituantes qui au Venezuela, en Bolivie ou en Equateur ont permis de rétablir les services publics, nationaliser les biens communs et augmenter les salaires. Et en Tunisie, c’est la constituante de 2011-2013 qui a permis de conforter la liberté de conscience, le droit syndical et associatif et l’égalité homme femme. Et même d’affirmer la propriété populaire des ressources naturelles, le droit à l’eau et l’objectif de parité.

Bien sûr, pour qu’une constituante réponde aux urgences sociales, encore faut-il qu’elle soit le fruit du mouvement populaire. Et qu’elle ne soit pas confisquée par ceux qui veulent se passer du peuple comme ce fut le cas par exemple en France en 1848. Cela suppose qu’existe une force populaire suffisamment structurée et consciente pour porter le mouvement constituant.

Aucun problème urgent ne peut trouver de réponse dans le système actuel. Comment lutter contre le chômage et augmenter les salaires tant que les actionnaires sont tout-puissants dans les entreprises ? Comment sortir de l’austérité tant que la souveraineté populaire est niée par la Commission européenne et le traité de Lisbonne ? Comment engager la transition énergétique sans libérer la politique énergétique des lobbys et soumettre les grandes questions comme l’avenir du nucléaire à la décision des citoyens ? Comment changer de politique tant que François Hollande et le PS gouvernent et tant que l’abstention progresse élection après élection ? C’est impossible.

Un projet global

La 6e République n’est pas seulement un mot d’ordre institutionnel et encore moins un mecano politicien. C’est un projet global : la reconquête et l’extension de la souveraineté du peuple dans tous les domaines de la vie commune.

Cela concerne évidemment les institutions politiques, avec un double objectif. Premièrement, assurer la souveraineté populaire, par exemple en rendant obligatoire le recours au référendum pour tout changement de la Constitution ou tout traité européen. Deuxièmement, rendre possible l’intervention citoyenne en toute circonstance. C’est le sens de la proposition de référendum révocatoire pour donner la possibilité de d’écourter le mandat d’un élu que les citoyens ne jugeraient plus digne de leur confiance. Mais cette intervention populaire ne doit pas concerner que les personnes, elle doit aussi s’exprimer sur les grands sujets en rendant possible un référendum d’initiative populaire.
Rendre le citoyen roi dans la cité donc. Mais aussi dans l’entreprise. Là encore, les propositions sont nombreuses : doter les comités d’entreprises d’un droit de veto sur les grandes orientations de l’entreprise, créer un droit de préemption pour que les salariés puissent reprendre leur entreprise sous forme coopérative … Bref, construire la République sociale.

Mais la novation ne saurait s’arrêter là. Défendre la 6e République, c’est aussi vouloir garantir les droits écologiques de l’être humain : protection de la propriété collective des biens publics comme l’eau, interdiction du brevetage du vivant etc. Et franchir un nouveau cap dans l’émancipation en étendant le bénéfice de la loi laïque de 1905 à tout le territoire de la République, en constitutionalisant le droit de maîtriser son propre corps, ou en garantissant la neutralité d’internet.

6ème République : une idée qui vient de loin

Via la campagne de Jean-Luc Mélenchon, 2012 fut la première campagne présidentielle à faire connaître au grand public la proposition de 6ème République. Elle s’est en particulier manifestée avec force à l’occasion des marches pour la révolution citoyenne des 18 mars 2012 et 5 mai 2013 place de la Bastille à Paris.

Ce projet est le fruit d’une réflexion cohérente de longue haleine. Dès sa fondation en 1958-1962, deux forces avaient d’emblée pointé les dangers technocratiques et autoritaires de la 5ème République : les communistes et des républicains comme Pierre Mendès France et François Mitterrand. Ce dernier écrivait d’ailleurs dans son Coup d’Etat permanent de 1966 qu’ « au régime vieillot qui s’applique à perpétuer une société agonisante, les républicains peuvent opposer la promesse féconde d’un monde nouveau où la loi, sage et hardie, fera du peuple son propre maître. »

Ensuite laissée en jachère, cette critique de la 5ème République a été relancée dans les années 1990 par la Gauche socialiste. Dans une tribune publiée dans le Monde le 12 juillet 1990 sous le titre « Vite la 6è République ! », Jean-Luc Mélenchon et ses camarades pointent déjà le déséquilibre entre « un Parlement au pouvoir limité, à l’initiative bridée comme s’il fallait contenir la démocratie » et « un exécutif omnipotent à travers quelques centres de décisions, pas toujours clairement identifiés et impossibles à sanctionner. » Et ils dénoncent la dérive monarchique d’un « pouvoir qui devient opaque et inabordable pour le citoyen ». Au congrès de l’Arche du PS de novembre 1991, ils défendent« Une 6ème République pour le changement social ». Puis Jean-Luc Mélenchon est à l’initiative en 1992-1993 de la première Convention pour la 6ème République. Avant que cet intitulé ne soit repris dans les années 2000 par Arnaud Montebourg.

L’approfondissement de la crise démocratique au fil des années n’a cessé de conforter ce diagnostic jusqu’à l’état d’urgence politique actuel. C’est désormais au grand nombre de s’emparer directement de cette intuition révolutionnaire. Pour en faire un véritable mouvement de société.

 

6ème République : les pour et les contre

L’autre gauche pour la 6ème

« Nous voulons la 6e République, nous voulons la fin du cumul des mandats, et nous voulons un vrai combat contre la finance, contre la fraude fiscale, contre la corruption ».
Eva Joly, 2013

« Inspiré des idées  que j’ai toujours gardé avec moi de la 6ème République, je crois nécessaire que l’économie appartienne au commun de la démocratie pour tous et faite par tous »
Arnaud Montebourg, 2014

« Nous sommes au bout du système présidentiel, qui permet à un homme de diriger seul pendant cinq ans, sans tenir compte de l’avis de son peuple. Il faut passer à la VIe République et redonner du poids au Parlement. »
Cécile Duflot, 2014

« Des élections non complétées par la révocabilité ne constituent de toute façon qu’une démocratie étriquée ».
Arlette Laguiller, 2007

« On va créer la 6e République. Il faut que dans les droits fondamentaux, on ne puisse pas couper les droits du citoyen d’un côté et les droits des travailleurs de l’autre ».
José Bové, 2007.

L’oligarchie défend la 5e

« Quand certains parlent d’aller vers la 6e République, je leur dis : revenons déjà à la 5e »
Marine Le Pen, 30 août 2014

« Je n’ai jamais été favorable à une 6e République »
François Hollande, 3 octobre 2013

« On ne fera pas la rupture en abandonnant la 5e République. Leur 6e République, c’est le retour de l’impuissance ».
Nicolas Sarkozy, 2007 »

Jean – Luc Mélenchon

m6r

Robots-chirurgiens : halte à la supercherie !

Classé dans: Actualités, Informatique

L’urologue Abdel-Rahmène Azzouzi dénonce l’absence de preuves de la supériorité des techniques robotisées dans la chirurgie d’ablation de la prostate et critique la surutilisation des robots à des fins économiques

Depuis plus de dix ans maintenant, les tenants de la chirurgie robotique -assènent sans vergogne des contrevérités sur l’intérêt des robots dans leur domaine chirurgical. Comme l’a souligné Ezekiel J.  Emanuel, ancien conseiller à la santé de la Maison Blanche et chroniqueur pour le New York Times, cette pseudo-innovation consiste à augmenter les coûts sans améliorer la qualité des soins (New York Times, 27  mai  2012).

Prenons l’exemple emblématique du cancer de la prostate, pathologie qui a servi de fer de lance à la diffusion des différents robots chirurgicaux. Plusieurs -travaux ont clairement montré l’existence d’un surtraitement pour les cancers les moins agressifs. Les conclusions d’une des études les plus abouties provenant de l’agence canadienne du -médicament se résument à recommander une augmentation du nombre de patients à opérer afin d’amortir le coût du robot, de sa maintenance, mais aussi des consommables pour chaque intervention ( » Technology Report  » n°  137, Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé, 2011). Cela revient pour le cancer de la prostate à -aggraver le surtraitement qui existe déjà  à des fins purement économiques.

Lors de la présentation d’une étude au dernier -congrès américain d’urologie de l’American Urological Association (AUA), en mai, il a été mis en évidence une -corrélation entre l’augmentation nette d’ablations de la prostate et l’installation de robots dans les centres chirurgicaux. Ainsi, entre 2002 et 2010, le nombre moyen de systèmes de chirurgie robotique par Etat américain est passé de 2  à  26,3. Dans le même temps, le taux de chirurgie a augmenté de  37,5 % à 52,4 %, et ce principalement aux dépens de patients atteints de cancer de la prostate à un stade très localisé (Eggener et al., congrès de l’AUA, 2014). En -miroir, en  2013, dans un des grands centres de chirurgie -robotique parisien, 60 % des -patients ayant eu une ablation de la prostate -appartenaient au groupe de plus faible risque de progression de la maladie.

En mai, une étude effectuée sur 6 000  patients et publiée dans le journal de référence de cancérologie, le  Journal of Clinical Oncology, n’a montré aucune différence de résultats en termes d’efficacité sur l’ablation complète du cancer et sur ses effets secondaires – incontinence, troubles de l’érection postopératoires (Gandaglia et al., Journal of Clinical Oncology, 10  mai  2014).

Devant cette absence de preuves de la supériorité des techniques robotisées dans la chirurgie d’ablation de la prostate, comment ne pas s’interroger face à l’inertie des agences régionales de santé (ARS), du conseil de l’ordre des médecins et de -l’Association française d’urologie, qui préfèrent ne pas froisser, pour des raisons qui nous échappent, les porteurs d’une innovation  à l’intérêt contestable pour le patient.

La stratégie exagérément commerciale de la société Intuitive Surgical – détentrice du monopole de cette technologie robotique avec son modèle Da Vinci – est choquante concernant le domaine de la santé et en particulier touchant à des patients atteints d’un cancer.

Dans son approche de ses clients chirurgiens, il n’est question que d’augmenter le nombre de cas à opérer en attirant des patients fragilisés psychologiquement à l’annonce de leur maladie et en leur vantant des résultats dont ils n’ont pas la preuve scientifique. En d’autres termes, si le robot Da Vinci était un médicament, jamais il n’aurait -obtenu d’autorisation de mise sur le marché.

De leur côté, les partisans du robot, ayant investi de l’ordre de 2  à 2,5  millions d’euros pour acquérir cet outil chirurgical, misent sur un retour sur investissement en augmentant le nombre d’actes, ce qui dans le cas du cancer de la prostate localisé alourdirait le bilan des patients opérés à tort, ou précocement. Cette attitude irresponsable renforce le positionnement des opposants du dépistage du cancer de la prostate, dégradant d’autant la qualité de la prise en charge de la maladie en ajoutant, par un effet pervers, à des traitements inutiles (liés au surtraitement) un retard au diagnostic qui peut s’avérer fatal.

Une pratique républicaine de la médecine telle qu’attendue en France doit veiller à ce que les intérêts du patient et ceux de la collectivité soient toujours supérieurs à ceux de l’activité des centres dits  » experts « , en termes de renommée et de -retombées financières.

Depuis dix ans, dans ce dossier, en ce qui -concerne le  respect de l’éthique et la déontologie, mais aussi l’évaluation de l’impact médico-économique, l’Association française d’urologie n’a pas -assumé son rôle de société savante. Par conséquent, il serait souhaitable que les ARSs’intéressent d’un peu plus près aux 82  centres disposant d’un robot afin de réaliser un audit national des dossiers de -patients qui sont traités à l’aide de cette technologie. Cette démarche de qualité permettrait d’évaluer l’impact potentiel du -robot en termes de surtraitement du cancer de la prostate et, le cas échéant, de corriger l’effet délétère de ce facteur de risque supplémentaire.

A ce sujet, la dernière réelle innovation thérapeutique validée dans le cancer de la prostate localisé a été l’avènement de la curiethérapie prostatique - mise en place de sources radioactives dans la prostate - , à la fin des années 1990. A cette époque, le ministère de la santé avait commandé une évaluation médico-économique, réalisée dans sept centres pendant deux ans, dont les conclusions avaient conduit in fine à la validation et au remboursement de cette nouvelle technique en France. Concernant le robot, rien de similaire. Il est des -situations clairement définies pour lesquelles l’ablation de la prostate est incontestablement -bénéfique au patient.

Cependant, devant cette absence aujourd’hui d’évaluation -rigoureuse et pour mieux protéger les -malades d’une attirance naturelle vers de nouvelles technologies, notre conseil à tous les patients qui sont atteints d’un cancer de la prostate, notamment de faible agressivité, est de redoubler de vigilance -devant une proposition d’ablation de la prostate, tout particulièrement dans les centres disposant d’un -robot, et de s’assurer que l’ensemble des -alternatives thérapeutiques disponibles leur a bien été -proposé.

En d’autres termes et tel que le stipule l’article  35 du code de la santé publique, le médecin doit une information loyale, claire et appropriée des soins qu’il propose à son patient.

L’innovation thérapeutique, lorsqu’elle est réelle, est indispensable à l’évolution de la pratique médicale, mais elle ne vaut qu’à condition d’être entièrement dédiée au patient, et non à ceux qui le prennent en charge ou encore aux industriels qui en sont à l’origine.

 

Abdel-Rahmène Azzouziest professeur, chef du service d’urologie du CHU d’Angers. – lemonde.fr

Politique du vide, politique du pire

On aimerait en rire, tant l’absurde le dispute au ridicule dans le feuilleton de cette ahurissante rentrée politique. Quel festival, en effet, au sommet de la cinquième puissance mondiale !

Un ministre de l’économie (Arnaud Montebourg) qui dézingue la politique du gouvernement et se retrouve tout marri, le lendemain, d’être débarqué. Une ministre de la culture (Aurélie Filippetti) qui ne craint pas de prendre la plume pour annoncer au chef de l’Etat qu’elle n’est  » pas candidate à un nouveau poste ministériel « … que personne ne lui proposait. Un brillant député, tout juste nommé secrétaire d’Etat (Thomas Thévenoud), vidé neuf jours plus tard pour avoir contourné le fisc avec brio. Une ex- » première dame  » (Valérie Trierweiler) qui jette les assiettes à la tête de son présidentiel compagnon comme dans un vaudeville de la plus belle eau. Sans oublier la Jeanne d’Arc du Front national (Marine Le Pen), présidente d’un parti de bric et de broc, qui prétend aux responsabilités avec assez d’aplomb pour que le premier ministre la voie  » aux portes du pouvoir « .

On aimerait donc en rire, ou en faire des chansons, comme disait Beaumarchais. On n’y parvient décidément pas. A un tel niveau, le ridicule devient grotesque, la désinvolture insupportable.

Prenez le cas de Thomas Thévenoud. Député de Saône-et-Loire depuis 2012, il s’était imposé comme un des plus prometteurs au PS, multipliant rapports et médiations, gravissant quatre à quatre les marches du pouvoir, fustigeant en 2013 Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre du budget convaincu de fraude fiscale, assumant ensuite sans sourciller la vice-présidence de la mission d’information sur la fraude fiscale…

Et c’est le même, parfait Tartuffe, qui, depuis trois ans, évitait de payer ses impôts. Quelle duplicité, quelle immaturité, quel sentiment d’impunité peuvent produire une telle irresponsabilité ? On l’ignore. Mais le résultat est là : dix-huit mois après le scandale Cahuzac, six mois après l’affaire Bygmalion qui jette l’opprobre sur l’UMP et la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, quelques jours après le méchant différend qui touche le nouveau maire Front national d’Hayange, accusé par sa première adjointe d’avoir truqué ses comptes de campagne, les Français se convaincront un peu plus que les responsables politiques, de tous bords, sont corrompus. C’est aussi détestable que dangereux.

La  » République exemplaire «  chère à François Hollande n’est pas moins esquintée par le livre-règlement de comptes que vient de publier son ex-compagne. Au-delà de toute pudeur, Mme Trierweiler ne se contente pas de dresser du président de la République un portrait assassin.

A travers la démolition de l’homme, c’est la dignité – on n’ose même plus parler de majesté – de la fonction qui est atteinte comme jamais. Et tout autant son autorité : comment les Français pourraient-ils s’en remettre en confiance, pour conduire les affaires du pays, à un homme aussi impuissant à gérer honorablement ses affaires privées ?

Défiance et dépression

Nous en sommes donc là. Confrontés au cynisme des uns, au narcissisme des autres, à l’impéritie des derniers. Et incapables d’écarter d’un revers de main ces minables petites histoires, pour la raison qu’elles révèlent et remplissent le vide politique du moment.

Vide politique ? C’est celui d’un pouvoir exécutif qui proclame beaucoup, depuis des mois, mais ne parvient pas à convaincre qu’il agit effectivement et efficacement. Pacte de responsabilité toujours au milieu du gué huit mois après son annonce, choc de simplification insaisissable, politique de l’emploi impuissante, réduction des déficits publics sans cesse reportée, tout se passe comme si la machine de l’Etat embrayait de plus en plus difficilement, freinée par la lourdeur de ses contraintes autant que par l’activisme des lobbys et l’étroitesse de ses marges de manœuvre parlementaires.

Car la majorité, aussi, est comme en apesanteur, écartelée entre les injonctions du président et du premier ministre, martelant qu’il n’y a pas d’ » alternative «  à leur politique, et l’exaspération croissante, au Parlement comme à la base, de ceux qui récusent à la fois la méthode et la stratégie, jugeant la première autoritaire et la seconde iconoclaste ou dangereuse. Au point de plonger la gauche en général, et le PS en particulier, dans un état délétère fait de dépression et de défiance.

Quant à la droite, suspendue au retour annoncé, différé ou susurré de Nicolas Sarkozy, divisée par autant d’ambitions que de rancœurs, hésitant entre l’agenda immédiat de l’UMP et l’horizon présidentiel de 2017, elle n’a, pour l’heure, tiré aucun bénéfice de sa cure d’opposition. Elle se trouve dans un tel état de confusion et d’impréparation que certains de ses caciques en sont à redouter et à refuser l’hypothèse d’une cohabitation, en cas de dissolution de l’Assemblée.

Marine Le Pen n’a pas de ces pusillanimités : elle revendique le pouvoir et se dit prête à l’assumer, demain ou après-demain. Peu lui importe qu’elle n’ait pas les équipes capables de gouverner, qu’elle n’ait en rien renoncé à ses idées  » pernicieuses «  (selon le mot d’Alain Juppé, toujours impeccable républicain) et que son programme économique soit suicidaire pour le pays, et notamment pour les plus modestes, qu’elle prétend défendre. La nature politique ayant horreur du vide, elle le remplit et convainc chaque jour un peu plus. Ce n’est pas le moins inquiétant de cette rentrée.

par Gérard Courtois – lemonde.fr

Hayange : enquête sur cette ville frontiste où le FN implose

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De notre envoyé spécial à Hayange (Moselle).  « Montrez-moi d’abord votre carte de presse. » L’employé municipal veut bien parler. Mais loin du centre-ville et il faut montrer patte blanche. À la mairie, « il y a des mouchards ». Le maire épie. Sur les forums en ligne, sur les réseaux sociaux, il traque ses ennemis, réels ou imaginaires. 

En cinq mois, Hayange, ville de 16 000 habitants en Moselle conquise par le FN, une des onze municipalités gagnées en mars par le parti de Marine Le Pen, est devenu un camp retranché. D’un côté, les pro-Engelmann, anciens ou convertis, par conviction ou par intérêt. De l’autre, un bataillon de bric et de broc, frontistes en rupture de banc, militants de gauche et de droite, citoyens médusés, qui applaudissent ensemble au conseil municipal.

Fabien EngelmannFabien Engelmann© DR

Le Front national rêve de montrer qu’il est prêt à gouverner. Mais à Hayange, le maire Engelmann (35 ans), conseiller politique « au dialogue social » de Marine Le Pen, accumule bourdes et mesures contestées, sur fond de gestion autocrate. Maintenant que des arrangements financiers douteux de sa campagne sont dévoilés au grand jour, il risque de un à trois ans d’inéligibilité.

Il y en a une que ces révélations libèrent : Marie Da Silva, l’ancienne premier adjointe, celle par qui le scandale est arrivé.« Je dors très bien depuis que j’ai tout dit », lance-t-elle. Elle a transmis récemment des documents à la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP), a déposé plainte le 2 septembre au TGI de Thionville contre Fabien Engelmann pour« abus de confiance, abus de bien social et harcèlement ».

Sur les affiches de campagne, Marie Da Silva était aux côtés de« Fabien ». Marie Da Silva, née Di Giovanni, est assistante de rédaction au Républicain lorrain. Elle a été encartée dix ans à la CGT, puis à Force ouvrière depuis son adhésion au Front national. C’était l’automne dernier. Marie Da Silva n’avait jamais fait de politique. Alain, le mari, est employé d’un sous-traitant d’ArcelorMittal en redressement judiciaire. Le couple habite une maison proprette juste derrière les « grands bureaux » de Florange, ce complexe industriel qui abrite les hauts-fourneaux, désormais à l’arrêt, que François Hollande s’était engagé à sauver« Il y a eu Florange, et juste après Cahuzac. Je me suis dit : c’est bon, ils nous roulent sur la farine. J’ai contacté le FN. »

Pour Engelmann (passé par Lutte ouvrière et le NPA, c’est lui aussi un ancien de la CGT, qui l’a exclu), elle est une recrue de prix. Le « frontiste » est certes du cru – il est ouvrier municipal dans la mairie voisine de Nilvange, où travaille son père – mais il peine alors à constituer une liste qui fasse envie. Dans cette terre de tradition ouvrière ravagée par le chômage, Da Silva a le bon pedigree. Elle a été de toutes les associations. Commerçante à la fin des années 1980, elle a introduit les premiers « dessous sexy » sur le marché d’Hayange. Dans la vallée, elle est connue comme le loup blanc. Elle sera un recruteur efficace. « Sans moi, il n’aurait pas gagné », dit-elle. Le 30 mars, la liste Engelmann emporte la mairie avec 34,7 % des voix. Le maire PS, contesté, a été balayé au premier tour. 

Sitôt élue, la première adjointe va déchanter. Et découvrir la réalité du personnage. Son Graal en main, le maire est devenu « autoritaire ». Engelmann affirmait à ses colistiers avoir posé des congés pour la campagne municipale ? Comme Mediapart l’a découvert, il était en arrêt maladie pendant plusieurs mois, alors que le FN s’en prend volontiers aux fraudeurs de la Sécurité sociale. Il vante la bonne gestion des deniers publics ? Le propriétaire de son ancienne permanence lui réclame 1 700 euros d’impayés. Elle s’aperçoit surtout que la campagne a été entachée d’irrégularités. Ses relations avec Engelmann deviennent exécrables. La crise dans les services municipaux s’amplifie.

Fin août, Marie Da Silva décide de révéler le linge sale du FN hayangeois. Par idéalisme (« je rêve d’un système anti-corruption »). Parce que la direction du parti, qu’elle a prévenue le 14 août, n’a pas réagi. Par ambition personnelle, ce qu’elle ne cache pas. Tant pis pour les éclats de verre. « Tu as livré Fabien aux chiens de la presse alors que cette affaire aurait pu être réglée en interne », l’accuse un frontiste. Elle dit au contraire croiser des habitants qui « lui disent merci les larmes aux yeux ».

Marie Da Silva interrogée par les journalistes, après le conseil municipal du 3 septembreMarie Da Silva interrogée par les journalistes, après le conseil municipal du 3 septembre © MM

Mercredi 3 septembre, dans l’atmosphère surchauffée du conseil municipal, Marie Da Silva s’est vu retirer son poste d’adjointe et ses délégations, au cours d’un vote douteux et sans isoloir, dont elle s’apprête à contester la régularité devant le tribunal administratif. Depuis sa nouvelle place, près d’une élue de gauche, elle a dénoncé une « chasse aux sorcières, une gestion des ressources humaines par la terreur et des arbitrages par le clientélisme ». Un opposant de droite a demandé la démission du maire. Marie Da Silva, sourire caméra professionnel, a tout redit devant les caméras. Son quart d’heure de gloire. Au premier étage de la mairie, les gros bras du FN et des opposants en sont presque venus aux mains.

Pieds Nickelés

L’« affaire » a éclaté le 23 août. Ce jour-là, le maire reçoit une équipe de Canal Plus. Il propose de faire l’entretien sur le perron de l’hôtel de ville. Dans le café en face, comme tous les samedis matin, Alain Da Silva sirote son petit noir. « J’ai pas réfléchi, j’ai foncé sur lui. » En survêtement, il lui réclame « son fric ». « Je veux mon fric. Tu as eu du fric en campagne que tu n’as pas déclaré. Je veux mon fric. » Il parle de « 3 000 euros ».

Diffusée sur Canal plus une semaine plus tard, la scène tourne sur les sites d’infos et réseaux sociaux. (Vidéo à partir de 14’50)

Pendant des mois, Marie Da Silva a pensé qu’une campagne électorale, c’était du cash qui se balade, des petits arrangements financiers. Un système digne des Pieds Nickelés, à mille lieues des règles strictes de la Commission nationale des comptes de campagne et du financement politique (CNCCFP) qui vérifie les comptes des candidats.

Elle a beaucoup fait les courses, des centaines d’euros, persuadée qu’on la rembourserait plus tard : du vin, de la viande, des timbres. Elle a fait établir des factures, certaines au nom du mandataire financier. Mais personne ne les lui a réclamées. Alors elle les a rangées dans un classeur. Fabien Engelmann ne nie pas ces dépenses courantes. Il affirme qu’elles n’avaient pas à être incluses dans le compte de campagne.

Foule et barrières en plastique au conseil municipal, mercredi 3 septembreFoule et barrières en plastique au conseil municipal, mercredi 3 septembre © MM

Marie Da Silva a surtout réglé l’imprimeur. C’était en mars, à la fin de la campagne. Comme Mediapart l’a révélé, le mandataire financier, Patrice Philippot, un responsable départemental du FN, n’a plus d’argent sur son compte. Il faut des tracts en urgence. Le 10 mars, un mandat en liquide de 1 000 euros au nom de Marie Da Silva est versé sur le compte d’un intermédiaire qui passe commande sur Internet.

Le 25 mars, entre les deux tours, Da Silva effectue un nouveau versement de 575 euros (lire notre enquête ici). « On a fait un tract que moi j’ai payé d’abord toute seule, dit-elle le 21 août au maire lors d’un échange téléphonique de vingt-cinq minutes que Mediapart a consulté. Et on a fait un deuxième tract plus petit (…) la semaine suivante qu’on a été à trois à payer, toi, moi et Damien. » Le fameux « Damien » est Damien Bourgois, un ancien du DPS, le service de sécurité du FN, désormais premier adjoint. Il nie avoir « donné de l’argent ce jour-là ».

Comme Mediapart l’a déjà raconté, les frais d’imprimeur seront remboursés à Marie Da Silva un mois et demi plus tard, grâce à un versement … sur le compte de sa belle-fille. Ce genre de « paiements directs » de la part des colistiers ou du candidat est pourtant interdit par la CNCCFP. C’est même un motif de rejet automatique des comptes de campagne. Patrice Philippot, le mandataire financier, un des responsables départementaux du FN, dit avoir tout ignoré. « C’est obligatoire de passer par le mandataire. Je ne savais pas qu’ils avaient fait ça. Si je l’avais su, j’aurais interdit au candidat de faire avancer de l’argent. » S’estime-t-il floué par son candidat ?« Je vous demande d’arrêter de me parler », dit-il, agacé, avant de raccrocher. 

Marie Da Silva ne fait pas que payer : elle donne, aussi. Pendant une campagne électorale, les dons des personnes physiques sont possibles dans la limite de 4 600 euros. Mais chacun doit être déclaré, versé sur le compte du mandataire, faire l’objet de reçus délivrés par les préfectures. En novembre 2013, elle signe un chèque de 1 000 euros, au nom de Fabien Engelmann. Elle en a gardé la copie et la trace sur son compte. Quand Marie Da Silva le lui rappelle, le 21 août, il dit n’avoir « aucun souvenir ». Sollicité par Mediapart la semaine dernière, Fabien Engelmann avait expliqué que Marie Da Silva lui avait « acheté (s)on ancien Scenic » . En fait, comme le prouve le certificat d’immatriculation que Mediapart a pu consulter, le Scenic a été vendu le 16 août dernier à un garagiste de Thionville. « La cession est bien au nom de M. Engelmann, confirme le garagiste. Je l’ai acheté 250 euros. C’était une épave. »

« Péché mortel »

Marie Da Silva est-elle la seule à avoir donné de l’argent ? Le 21 août, dans cette même conversation avec le maire, Marie Da Silva lui rappelle qu’un autre adjoint, Jordan Francioni, lui a aussi « prêté » 500 euros. « Je ne réponds pas à Mediapart », a opposé Francioni par SMS à nos sollicitations, sans démentir.

« Beaucoup d’argent a circulé pendant cette campagne », affirme un autre adjoint FN sous couvert d’anonymat. Engelmann multiplie alors les appels aux dons. « Il en parlait assez souvent, disait qu’il fallait aider », raconte Patrice Hainy, l’adjoint aux sports, qui a pris fait et cause pour Marie Da Silva. Officiellement, c’est pour « trinquer ». Dans la permanence d’Engelmann, il y a toujours une tirelire en forme de cochon. Les militants donnent aussi des enveloppes, comme cette militante qui avoue avoir donné 100 euros « mais veu[t] que ça reste ignoré ».

Hayange, centre-villeHayange, centre-ville © MM

Les soirées militantes sont une autre occasion de collecter des dons. « En mars, avant le premier tour, lors de deux réunions thématiques, on a récolté pas mal de dons, raconte Marie Da Silva.Les participants donnaient à moi ou à Fabien, ou alors mettaient directement dans le cochon. Il y avait beaucoup de billets qui circulaient, des 10, 20 euros. Je ne sais pas combien d’argent a été récolté à chaque fois. » Cet argent, Marie Da Silva dit l’avoir remis à Fabien Engelmann. Le soupçonne-t-elle d’en avoir gardé une partie pour lui ? « Je suis en droit de me poser la question », lance-t-elle. Sollicité sur ces dons, Fabien Engelmann n’a pas répondu.

En tout cas, aucun de ses dons n’a fait l’objet du moindre reçu. Ils ne figurent pas dans les comptes de la campagne. Ce que confirme Patrice Philippot, le mandataire financier. « On avait précisé entre nous deux (Fabien Engelmann et lui, ndlr) qu’on ne prenait aucun don pour ne pas faire de papiers (sic) », explique-t-il. Dans un document interne datant de mars 2014, rédigé par le M. élections du FN, Jean-François Jalkh, le « recueil de dons sans passer par le mandataire financier » fait partie des « péchés mortels » à éviter absolument.

Depuis le 14 août, la direction du FN est informée des bizarreries de la campagne électorale de Fabien Engelmann. Ce jour-là, Marie Da Silva, son mari et deux adjoints se rendent à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). La ville où Marine Le Pen s’était présentée aux législatives en 2012, face à Jean-Luc Mélenchon, a été remportée en mars dernier par Steeve Briois, le secrétaire général du parti, membre de la garde rapprochée de la présidente du FN.

Des photos les montrent, tout fiers, dans la mairie d’Hénin, symbole des conquêtes municipales du FN. L’après-midi, ils sont reçus par Briois et Bruno Bilde, un de ses adjoints. L’entretien dure trois heures, dans le bureau du maire. Briois demande des documents avant la fin du mois, en prévision du bureau national de rentrée, puis leur fait visiter la ville. Une semaine plus tard, le 22 août, Briois et Bilde reçoivent un dossier par courrier électronique. Des factures, des chèques, un des deux mandats-comptes prouvant les versements en liquide pour régler l’imprimeur. Marie Da Silva réclame un « retour rapide » : le 12 août, elle a été désavouée lors d’une réunion des adjoints conduite par Engelmann. Le 25, celui-ci lui a retiré ses délégations.

Marine Le Pen et Fabien Engelmann, son conseiller politique « au dialogue social » et maire d'Hayange.Marine Le Pen et Fabien Engelmann, son conseiller politique « au dialogue social » et maire d’Hayange. © dr

Le 27 août, Marie Da Silva adresse un ultimatum à plusieurs dirigeants du Front national. Marine Le Pen est informée. Elle lui fait passer le message : ne prendre aucune décision avant le bureau politique du 1er septembre, elle reviendra rapidement vers elle. Elle n’en fera rien. « C’est une affaire de Clochemerle, tranche-t-elle le 2 septembre sur France InfoLe maire conteste formellement cette situation, j’ai tendance à croire le maire. »

Depuis, des cadres du parti, dont le trésorier et avocat du FN, ont pris leurs distances avec Engelmann. De hauts responsables ne cachent plus leur embarras. Mais Marine Le Pen fait le dos rond. Ce week-end, dans Le Monde, la présidente du FN a évoqué des « éléments minimes », ajoutant que « les premiers pas des villes FN sont remarquables ».

« Al Capone »

Au-delà des irrégularités de sa campagne, les cinq premiers mois de Fabien Engelmann à la mairie ne peuvent pourtant qu’interroger sur la capacité réelle du parti à gérer des collectivités.

« En cinq mois, la commune a changé », a assuré Engelmann au conseil municipal du 3 septembre, citant la sécurité et la propreté. En réalité, le bilan est maigre. Un arrêté anti-mendicité a éloigné la poignée de personnes qui traînaient de temps en temps dans la ville. Pour le reste… Engelmann avait promis de baisser ses indemnités de maire ? Il a réduit celles de ses adjoints, pas la sienne. L’audit financier, sans cesse retardé, vient juste d’être lancé. Le FN vient de faire voter la hausse des loyers des logements vacants appartenant à la ville, une augmentation des tarifs de location pour les salles municipales, une baisse de l’aide de la mairie aux transports scolaires.« Pendant la campagne, vous avez montré la vitrine du FN, on commence à apercevoir l’arrière-boutique, lui a rétorqué l’ancien maire socialiste, Philippe David, à la table du conseil municipal.Hayange est isolée, vitrifiée. Vous n’avez aucun projet structurant, sinon des broutilles ou des coloriages. »

La sculpture municipale en forme d'œuf repeinte en bleu sur ordre du maireLa sculpture municipale en forme d’œuf repeinte en bleu sur ordre du maire © MM

En réalité, Engelmann met beaucoup d’énergie à faire parler de lui. Il s’est entêté à repeindre en bleu un œuf ornant une fontaine en granit de l’artiste Alain Mila, en face de la mairie. Ses services l’en avaient dissuadé, certains adjoints aussi. En vain. Coup de projecteur médiatique garanti. Mais une œuvre d’art ne peut être modifiée sans l’accord de l’artiste. Au cœur de l’été, Aurélie Filippetti, alors ministre de la culture et élue de Moselle, a déploré une « violation manifeste du droit moral et des règles élémentaires du code de la propriété intellectuelle et de la protection du patrimoine ». Ces derniers jours, le maire a ordonné aux services techniques de gratter la peinture. Mais ils n’y sont pas parvenus. L’œuf va devoir être descellé, transporté par une société privée dans un atelier municipal, puis déplacé. Il faudra ensuite refaire la fontaine. La note risque d’atteindre des milliers d’euros.

Engelmann a enlevé le drapeau européen à la mairie, rajouté des drapeaux français. Il a aussi fait repeindre en bleu-blanc-rouge des wagons de mines qui servent de bacs à fleurs. Une « tentative de réinterprétation de l’Histoire », alors que « des immigrés de seize nationalités différentes se sont retrouvés au fond des mines de la région », selon l’association «Hayange plus belle ma ville ». Il devrait bientôt en faire repeindre un autre. Militant de la condition animale, Fabien Engelmann construit un chenil dans les ateliers municipaux. Et va baptiser une rue au nom de Brigitte-Bardot.

Les wagons miniers repeints en bleu-blanc-rougeLes wagons miniers repeints en bleu-blanc-rouge © MM

Pour le reste, le maire déploie la panoplie habituelle de l’extrême droite quand elle gère une ville.« Ils sont à l’extrême droite de l’extrême droite », dit un adjoint FN. La commune met depuis toujours des salles à disposition des syndicats. Ils devront bientôt payer un loyer. Le Palace, le cinéma municipal, n’ouvre plus que très rarement. Le maire souhaite le vendre, selon l’adjointe à la culture, Emmanuelle Springmann, qui n’a plus voix au chapitre. Le partenariat avec le festival du film arabe de la ville voisine de Fameck ne sera pas reconduit. « C’est une erreur. On est là pour tout le monde », déplore Springmann. Une association de danse orientale qui souhaitait emprunter un local s’est vu retoquer son dossier. « On m’a répondu que si on commence comme ça, il y aura bientôt des femmes voilées », raconte Patrice Hainy, l’adjoint aux sports. Discrètement, le maire tente de persuader les vendeurs maghrébins du marché d’aller vendre un peu plus loin. Il n’y aura pas non plus de parking à côté de la mosquée, comme Marie Da Silva l’avait promis à l’imam pendant la campagne. Dimanche 14 septembre, le maire organise la première « Fête du cochon ». Un hommage à la tradition « lorraine », où il est assuré que les musulmans d’Hayange ne se rendront pas.

«Cochon qui s'en dédit». Dimanche 14 septembre, Hayange organise sa première «Fête du Cochon»«Cochon qui s’en dédit». Dimanche 14 septembre, Hayange organise sa première «Fête du Cochon» © Capture d’écran du site de la mairie d’Hayange

La mairie est comme un bateau sans cap. Il n’y a pas de DRH, pas de directeur des services financiers. Quant à la directrice générale des services, elle a décidé de partir fin août, à la fin de sa période d’essai de trois mois. Élisabeth Calou-Lalesart est pourtant idéologiquement en phase avec le maire.

Candidate du « Rassemblement Bleu Marine » aux municipales à Saint-Cyr-sur-Mer (Var), cette chef d’entreprise était arrivée à Hayange par l’intermédiaire de la sphère anti-islam qui gravite autour du FN. Comme Engelmann, c’est une proche de Riposte laïque, qui a édité son livre,intitulé Pas de voile pour Marianne. Elle côtoie les fondateurs de Riposte laïque Christine Tasin et Pierre Cassen, ou le groupe « Génération Patriotes », animé par Stéphane Lorménil, l’ancien suppléant de Fabien Engelmann aux législatives de 2012.

Pourtant, la collaboration a tourné court. À la mairie, Engelmann décide seul, avec quelques adjoints et colistiers qui bénéficient de ses faveurs (un logement social, des bons du CCAS…).« Le maire est un gourou, avec sa petite cour autour qui applaudit. Engelmann, c’est Louis XIV », dit un adjoint FN. Alors qu’il héberge Élisabeth Calou, le maire augmente son salaire pour qu’elle lui reverse un loyer en liquide. Devant son refus, il baisse à nouveau son salaire, comme elle l’a rapporté à Libération.

Ce lundi 8 septembre, le syndicaliste CGT qui a accompagné Calou à son dernier entretien a même été convoqué par le maire qui lui reproche un « abandon de poste ». Avant de regagner le sud de la France, Calou a décrit à des proches une atmosphère de « peur », des salariés en souffrance, une ambiance « digne d’un film d’Al Capone ». Sollicitée, Élisabeth Calou a refusé de nous répondre : « Je ne souhaite plus m’en mêler, je veux tourner la page. » Elle vient d’être embauchée au Luc (Var), autre ville gagnée par le FN en mars. 

Le Palace, cinéma que le maire veut vendreLe Palace, cinéma que le maire veut vendre © MM

Dans les services, l’atmosphère est lourde. Une dizaine de personnes sont parties. L’ancien DGS et son adjointe bien sûr, comme c’est souvent le cas quand une mairie bascule. L’ancienne directrice du Centre communal d’action sociale, qui ne voulait pas travailler avec le FN. Mais aussi des fonctionnaires de catégories B ou C, dans d’autres collectivités ou en disponibilité. « Le personnel de la mairie a peur », déplore l’adjoint aux sports, Patrice Hainy. Le dernier tract de la CGT déplore « fuite des compétences, désorganisation, démantèlement des services, sanctions abusives ». « La gestion d’Engelmann, c’est de la folie pure. Il intimide. Il soupçonne, il espionne, il sanctionne », dit Hugues Miller, secrétaire général des territoriaux CGT d’Hayange. Le maire veut supprimer 25 % des effectifs de la mairie. Mais d’après Miller, « il augmente dans le même temps des contrats aidés pour remplacer des contractuels en attente de titularisation ». Et embauche qui il veut.

Dans les couloirs de la mairie, l’ambiance est déplorable. « Un venin », dit la femme d’un employé« à bout »« Tout le monde surveille tout le monde », dit ce fonctionnaire. « J’aimerais qu’il y ait de nouvelles élections, rêve tout haut un adjoint Front national. Comme ça je pourrais me barrer. C’est la première fois que je m’engage en politique, on ne m’y reprendra pas. Le FN, ils sont mouillés maintenant. Ils ne sont plus près d’avoir ma voix. »

MATHIEU MAGNAUDEIX - mediapart.fr

J-L Mélenchon :  » Il faut que le peuple s’en mêle »

Pour Jean-Luc Mélenchon, la raison de l’impopularité record de François Hollande est toute trouvée. « Il paye ses mensonges », a-t-il lâché dimanche 7 septembre sur le plateau de C Politique (France 5), évoquant notamment le discours du candidat Hollande sur la finance. « C’est un menteur, et un fourbe par-dessus le marché ! »

« Il m’a menti avec l’amnistie sociale »
« Il entraîne les gens à croire des choses pour le seul plaisir de les navrer », a-t-il encore dit. « Moi, il m’a fait ça avec l’amnistie sociale », détaille l’ancien candidat à la présidentielle, assurant que le chef de l’Etat lui avait promis d’amnistier les syndicalistes et militants associatifs condamnés sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Une proposition finalement écartée par le chef de l’Etat lors de sa deuxième grande conférence de presse, mi-mai 2014.

 Il a détaillé ses propositions pour une 6e République, évoquant notamment le référendum révocatoire qui permettrait de mettre fin au mandat d’un élu par décision populaire. Jean-Luc Mélenchon a également parlé de la situation économique des Français et des entreprises de notre pays. Il a expliqué comment un changement de Constitution pourrait aussi changer la vie quotidienne en y inscrivant le droit au logement, à l’avortement ou encore à mourir dans la dignité.


« Il faut que le peuple s’en mêle » – J.-L… par lepartidegauche

Poutine est-il capable d’employer l’arsenal nucléaire russe ?

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Face à la pression de l’Otan dans le dossier ukrainien, le président russe a rappelé que son pays était une des « plus grandes puissances nucléaires du monde ».

Le président russe, Vladimir Poutine, observe le lancement d'un missile, lors d'exercices militaires, à bord du navire "Pierre Le Grand", le 17 août 2005, dans l'Arctique.
Le président russe, Vladimir Poutine, observe le lancement d’un missile, lors d’exercices militaires, à bord du navire « Pierre Le Grand », le 17 août 2005, dans l’Arctique. (ITAR TASS / REUTERS)

« Nous sommes une des plus grandes puissances nucléaires », rappelait Vladimir Poutine, fin août, lors d’un forum de la jeunesse, en Russie. Dans le même temps se tenait une réunion de crise de l’Otan, qui cherche encore, lors de son sommet britannique des 4 et 5 septembre, un moyen de mettre fin au conflit en Ukraine, où des milliers de soldats russes soutiennent les séparatistes.

La menace de Vladimir Poutine est-elle crédible ? De quel arsenal dispose le pays ? La Russie oserait-elle l’employer ? Eléments de réponses.

Le plus grand arsenal nucléaire du monde est russe

Vladimir Poutine n’exagère pas. Malgré une réduction significative du nombre de têtes nucléaires dans le monde, il en reste au total près de 16 500 connues, selon la Federation of American Scientists (FAS, lien en anglais), qui publie chaque année le décompte le plus précis possible, malgré le secret qui entoure certaines données. L’essentiel de cette puissance est partagé entre la Russie et les Etats-Unis, devant la France, la Chine et le Royaume-Uni. Ces ogives sont réparties sur 98 bases, dans 14 pays, précise la FAS.

Au total, Moscou dispose toujours de 8 000 têtes nucléaires, dont 1 600 déployées, c’est-à-dire placées sur des missiles ou stockées sur des bases opérationnelles. Les Etats-Unis possèdent 1 920 ogives opérationnelles, sur un arsenal d’environ 7 300, toujours selon la FAS. Engagée auprès des Etats-Unis par le traité de désarmement nucléaire New Start, entré en vigueur en 2011, après expiration des précédents accords, la Russie démantèlerait approximativement 1 000 têtes nucléaires par an. En comparaison, la France compte environ 300 têtes nucléaires opérationnelles, et pas ou peu de stock.

Tout en réduisant progressivement son arsenal nucléaire, la Russie, comme les autres puissances, n’a cessé de le moderniser. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) en déduit qu’aucun pays n’a l’intention de se débarrasser totalement de ses armes nucléaires. « Les programmes de modernisation à long terme, en cours dans ces Etats, suggèrent que les armes nucléaires restent au cœur de leurs calculs stratégiques », analysent les chercheurs du Sipri Shannon Kile et Phillip Patton Schell, dans leur rapport de 2014 (en anglais).

La Russie peut mener des « frappes nucléaires ciblées »

Dans son large arsenal, la Russie compte des missiles intercontinentaux, armes stratégiques qui participent à la logique de dissuasion qui subsiste depuis la fin de la guerre froide. Mais « ce qui inquiète le plus, ce sont les armements non-stratégiques, ou tactiques, de courte portée », explique Isabelle Facon, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste des politiques de sécurité et de défense russes. Comme les Etats-Unis, la Russie est, en effet, équipée de bombardiers, de sous-marins lance-missiles et de toutes les technologies nécessaires pour des tirs de précision.

L’objectif de ces armes tactiques est de pouvoir mener des « frappes nucléaires ciblées », aux dégâts calculés. Il ne s’agit pas d’atteindre « des centres de population, ni des centres économiques, mais plutôt de porter une frappe sur une base militaire, un centre de commandement », tempère Isabelle Facon pour francetv info. Ces équipements modernes, de haute précision, sont plus facilement « utilisables dans le cadre d’un conflit régional classique », précise-t-elle.

Sa doctrine militaire est à géométrie variable

Depuis la fin de la guerre froide, en raison de son infériorité sur le plan de l’armement conventionnel face aux Etats-Unis et à l’Otan, la Russie a placé son arsenal nucléaire au centre de sa politique de défense. Depuis 2010, la doctrine militaire russe prévoit le recours à l’arme nucléaire en réponse à une attaque conventionnelle, lorsque « l’existence même de l’Etat est menacée ». Pas dans les cas d’attaques limitées ou contre ses alliés. Le Kremlin appelle ces principes la « doctrine de la désescalade », et fait le pari risqué qu’une seule frappe nucléaire ciblée suffirait à faire reculer ses adversaires.

En août, Moscou a toutefois annoncé un « ajustement de sa doctrine militaire » d’ici la fin de l’année. Aujourd’hui, cette ligne considère l’Otan comme un « risque » pour la sécurité russe, sans exclure des possibilités de coopération dans certains domaines. « Le statut [de l'organisation] pourrait évoluer vers celui de ‘menace’, mais cela dépendra probablement des annonces de l’Alliance atlantique à l’issue de son sommet », estime Isabelle Facon. L’Otan prévoit en effet d’adopter un plan de réactivité (Readiness action plan, RAP), dont les contours ne sont pas encore précisés, en réponse à l’attitude de la Russie dans la crise ukrainienne, perçue comme une menace directe par certains membres de l’organisation (Etats baltes, Pologne, Roumanie, Bulgarie).

Faut-il pour autant prendre ces menaces au sérieux ?

Pour l’intellectuel et dissident russe Andrei Piontkovsky, traduit par The Interpreter(en anglais), Vladimir Poutine serait « évidemment » capable d’avoir recours à des frappes nucléaires limitées « sur des capitales européennes. Pas Paris, ni Londres », en pariant sur l’absence de réponse de l’Otan, « pour prouver que [l'Alliance atlantique] est une coquille vide, qui n’osera pas répliquer par crainte d’une plus grande catastrophe ».

Pour la spécialiste Isabelle Facon, toutefois, les menaces du Kremlin tiennent de la« diplomatie coercitive »« Toute la mise en scène autour de la crise ukrainienne, les exercices militaires, les tests de missiles, servent surtout à rappeler que la Russie possède l’arme nucléaire », explique-t-elle. « Les Russes savent évidemment qu’on n’emploie pas ces armes à la légère, qu’il s’agit d’un cap dans un conflit », cap qui n’a pas été franchi depuis 1945. « Vladimir Poutine reconnaît lui-même que le poids du nucléaire dans la défense russe a vocation à diminuer », conclut la chercheuse.

En face, les Etats-Unis et l’Otan restent réfractaires à toute intervention militaire, même conventionnelle, en Ukraine, préférant les voies diplomatiques. Aucun responsable occidental n’a d’ailleurs fait référence à l’arme nucléaire en réponse aux rappels de Vladimir Poutine. Ce silence, aussi diplomatique que les menaces russes, témoigne du refus des Occidentaux de revenir à l’équilibre de la terreur qui a miné les relations entre l’Est et l’Ouest pendant la guerre froide.

Camille Caldini - francetvinfo.fr