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La Loire-Atlantique se prépare au référendum sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Transfert de l'aéroport de Nantes Atlantiquer vers Notre-Dame-Des-Landes. Tractages sur le marché de Zola à Nantes le 23 juin 2016.

S’il est difficile de prévoir le résultat du scrutin du dimanche 26 juin qui doit départager ceux qui sont « favorables au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes » de ceux qui y sont opposés, ces derniers semblent avoir gagné le match des affiches et des autocollants. Sur l’ensemble du département de la Loire-Atlantique, les petits macarons jaune, rouge et noir qui disent« non à l’aéroport » sont bien plus visibles que leurs concurrents, bleu et blanc, vantant le « oui ».

Cette suprématie ne signifie pas pour autant victoire : les sondages indiquent un vote majoritaire, aux alentours de 60 %, en faveur du transfert de l’actuel aéroport nantais vers le petit bourg rural, à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes.

967 500 électeurs (le département compte plus de 1,3 million d’habitants) sont convoqués dimanche, mais, en dehors des riverains des deux sites en compétition, que pensent les habitants éloignés du champ de bataille ? Faut-il construire ou non un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes ?

« Il faut aller au bout »

A Clisson, charmant bourg médiéval, baigné par la Sèvre nantaise, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Nantes, ce vendredi 24 juin, jour de marché, shorts et bermudas fêtent le retour du soleil. Vendeurs de légumes bio, fruits de mer de Noirmoutiers, traiteur asiatique, charcuteries de Vendée… se serrent sous la splendide charpente de chêne et de châtaignier des halles du XVe siècle.

Jour de marché à Clisson, vendredi 24 juin, au sud-est de Nantes.

A quelques mètres de là, Laurence Neveu tient la petite librairie Le Vers libre. Elle se dit « très opposée » au projet d’aéroport. « J’ai été convaincue récemment, en voyant à la télévision un reportage sur les zones humides, je me suis renseignée et j’ai vu les incohérences des partisans du projet », explique la jeune femme. Laurence Neveu est aussi très énervée par le prosélytisme de la chambre de commerce. « J’ai reçu deux dossiers en faveur du nouvel aéroport et une affiche àapposer qui dit “Offrons des ailes à notre business, votons Yes”. Les moyens dont disposent les deux camps ne sont pas égaux. »

Alors, la libraire a fait la pub des opposants, en présentant en vitrine les ouvrages en faveur de l’écologie et en invitant Françoise Verchère, l’une des porte-parole du Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (CéDpa), auteure deNotre-Dame-des-Landes, la fabrication d’un mensonge d’Etat (tim buctu éditions, 2016, 10 euros). Pourtant, ses beaux-parents qui résident à Bouguenais, la commune où se situe l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique, espèrent le transfert qui leur permettrait de vendre des terrains aujourd’hui non constructibles.

A Clisson, comme ailleurs dans le département, les avis sont partagés. Partisan du oui, le maire de la ville, Xavier Bonnet, sapeur-pompier de profession, ne sait dire si la participation sera importante. « Il faut aller au bout de ce projet, initié depuis des années plaide-t-il. Mais je crains que les gens répondent en fonction de leur intérêt et beaucoup veulent que l’aéroport reste au sud de la Loire. »

Clisson, charmant bourg médiéval à une trentaine de kilomètres au sud-est de Nantes, vendredi 24 juin.

Voter « blanc »

De fait, en migrant vers Notre-Dame-des-Landes, au nord de l’agglomération nantaise, le nouveau site obligera ces habitants à passer la Loire, un franchissement rendu difficile par l’unique pont de Cheviré, souvent saturé.

A Corcoué-sur-Logne, à une trentaine de kilomètres au sud de Nantes, le fatalisme le dispute à l’exaspération. Patricia Chatry, 52 ans, tient le café-restaurant La Forge : « Certains clients disent qu’ils auraient du boulot avec le chantier, mais mon mari qui travaille dans le fret aérien et maritime ne voit pas trop l’intérêt de ce nouvel aéroport », témoigne Patricia. Ce qui dérange la patronne du petit restaurant, sur les rives de la Logne, ce sont d’abord les manifestations des extrémistes « qui vivent sur le dos de la société ». Patricia Chatry ne sait pas si elle ira voter. « De toute façon, ils ne tiennent jamais compte de nos votes. » Et puis, dit-elle, « pourquoi nous demander notre avis, alors qu’à six kilomètres d’ici, c’est la Vendée et eux ne votent pas ».

Claudine Brossat, elle, ira voter dimanche… « blanc ». « Je suis saturée, j’en entends parler depuis que je suis née [Claudine a 52 ans], les agriculteurs ont vendu leurs terres et continuent à les exploiter, ce n’est pas normal », dit-elle, tout en estimant qu’il serait préférable que l’aéroport reste à Château-Bougon, l’ancien nom de Nantes-Atlantique, parce que franchir la Loire, « c’est impossible ».

Claudine Brossat est bien informée, elle vend la presse, le tabac, et d’autres babioles aux quelque 2 800 habitants de ce village tranquille. Sur le trottoir, devant la boutique et face à l’imposante église Saint-Etienne, Ouest-France, le quotidien régional, affiche son titre : « Aéroport : deux maires au pied du mur ». Bonne citoyenne et mère de famille, Claudine pousse ses deux enfants à se déplacer dimanche. Son fils est convaincu que le nouvel aéroport sera « mieux pour l’avenir ». Sa fille, plus sceptique, votera blanc, comme sa mère.

« Tout a changé »

Une centaine de kilomètres plus au nord, à l’extrême pointe occidentale du département (à 90 km de Nantes), le petit village de Piriac-sur-Mer attend les touristes et les nombreux habitants de résidence secondaire, nantais, franciliens, mais aussi anglais. Voisine de stations balnéaires renommées, La Turballe et son port sardinier, Guérande et ses marais salants, Piriac, 2 200 habitants environ, affiche fièrement son identité bretonne. « Piriac, c’était Pen Kiriak [la « pointe mauvaise » en breton] et Waroch, le premier roi breton y a installé sa cour », professe doctement, Jean-Michel Burglin. Alors, pour lui faire honneur, ce Breton de Piriac, 54 ans, patron du restaurant le plus déjanté du bourg, La Commère, souffle dans son biniou chaque soir.

A l'extrême ouest de la Loire-Atlantique, Piriac-sur-mer, vendredi 24 juin.

Ce vendredi soir, les Anglais présents en nombre discutent du « Brexit », mais l’autre référendum, local, sur le transfert de l’aéroport, anime aussi les débats. « J’étais pas contre, je ne suis pas pour, mais on mange de la terre tous les jours, on prend sur la nature pour construire partout, alors pourquoi ne pas le faire pour cet aéroport qui représente un apport capital », martèle Jean-Michel Burglin. Venue livrer le pain, Laurence Simon pense que « si ça ne s’est pas fait depuis tout ce temps, c’est qu’il y a bien une raison ».

Habitante de La Turballe, la boulangère préférerait que le transfert ne se fasse pas. Une incongruité pour Olivier Capsek, 67 ans, habitué de ces lieux festifs et retraité de la région parisienne vivant à Piriac. « Il faut avoir une vision, pour dans trente ans, et construire cet aéroport, la ligne grande vitesse Nantes-Rennes, un deuxième pont sur la Loire, assène l’ancien ingénieur agronome. Mais le gouvernement s’est mis dans une impasse, si ça ne se fait pas, cela va coûter un bras, et si cela se fait, les zadistes vont bloquer. Il fallait le faire dès le début. »

Plus calme, à la table voisine, Jacques Duval, 81 ans, et son épouse Claudine, 69 ans, fêtent leur retour à Piriac, après un long voyage en camping-car qui les a menés en Norvège. « De toute façon, on n’arrive plus à savoir ce qui est vrai, àcroire toutes leurs expertises », résume cet ancien capitaine au long cours. Comme sa femme, il n’est pas sûr d’aller voter dimanche.

En face de La Commère, Bruno Lepronie tient la boutique de mode, où petites robes légères, vêtements de plage et sandales accueillent enfin l’apparition tardive d’un soleil estival. En faveur du nouvel aéroport, il a changé d’avis. « C’est un vieux projet qui semblait porteur de développement, mais tout a changé, le bruit des avions, la sécurité, le tout aérien, et je ne pense pas que l’aéroport soit vraiment saturé », dit Bruno. Il faudrait une nouvelle discussion, sereine, un scénario improbable aujourd’hui, craint-il.

Rémi Barroux (envoyé spécial, Loire-Atlantique)  – lemonde.fr

À propos de la primaire de la belle alliance du PS

À propos de la primaire de la belle alliance du PS

 

Désolé : je sais qu’il y a foot ce soir, mais je dois bien faire mon travail aussi. Je propose un éclairage sur le match saignant que va être la primaire du PS.

Le Parti socialiste vient de tenir un conseil national où la loi El Khomri, l’État d’urgence et le mouvement social n’étaient pas les sujets de discussions. Il est donc impossible d’analyser la position du parti au pouvoir par rapport à ce qui occupe pourtant l’esprit de tous les Français.

Par contre, le PS a longuement débattu pour adopter à l’unanimité un calendrier de travail concernant la préparation de l’élection présidentielle. Il décide d’organiser une primaire soit avec « toute la gauche », soit dans l’espace de la belle alliance populaire » créée au mois de mars dernier. La ruse de Cambadélis pour avoir réussi à rabattre tout le vol des vautours sur ses appeaux ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel. Car la première leçon de cette décision est de taille : François Hollande n’est plus le candidat naturel de son camp alors même qu’il est le président en exercice pour encore un an sur les cinq de son mandat et qu’il est le sortant. C’est sans précédent et c’est la confirmation de la profondeur de la crise de légitimité du pouvoir en place.

Voyons à présent quel est le cadre proposé pour pourvoir à sa confirmation ou à son remplacement. La première hypothèse de travail, une « primaire de toute la gauche », est présentée avec l’espoir que le PS soit crédité sans frais d’une bonne volonté unitaire. Mais elle est présentée de façon purement formelle. Certes, de son côté, Pierre Laurent avait engagé dès janvier le Parti communiste dans la participation à cet exercice et il avait même déclaré dans le journal Sud-Ouest qu’il ne voyait pas d’inconvénients à la présence de François Hollande dans la mesure où il faisait « confiance aux électeurs de gauche » pour le rejeter.

Mais cette position a totalement changé depuis et notamment depuis le congrès communiste d’Aubervilliers après le vote de la base du PCF très largement défavorable à cette idée. Dorénavant, le PCF a donc clairement opté pour le refus d’un cadre auquel participerait Francois Hollande ou même Manuel Valls et les autres représentants de l’orientation du gouvernement. C’est cohérent avec son engagement dans les luttes anti-gouvernementales. De son côté, EELV a parcouru le même aller/retour. Dorénavant ce parti affirme vouloir présenter un candidat issu de ses rangs, étant entendu cependant que si Nicolas Hulot se proposait, il le soutiendra. Pour sa part, Hulot a clairement dit qu’il ne participerait pas, lui non plus, à une primaire. Pour ce qui me concerne, on se souvient qu’en proposant ma candidature le 10 février dernier, j’ai dit sans détour que je ne participerai pas à cette primaire. J’ai répété à cette occasion mes arguments de fond contre cette pratique de tamis social des électeurs et de la prime dans les sondages pour le moins disant, tels que je les ai déjà énoncés dans un livre dès 2007 ! Le bilan est donc qu’il n’y aura pas de « primaire de toute la gauche ».

A l’inverse, les frondeurs du PS ont tous accepté le cadre et le calendrier proposés. La primaire de « la belle alliance » est donc celle qui aura lieu. Son cadre est fixé par la déclaration fondatrice de cette association : c’est l’alliance de ceux qui « soutiennent l’action du président de la République et de ses gouvernements successifs ». Toutes les personnalités et tous les courant socialistes y participeront et se sont engagés à en respecter le résultat, quel qu’il soit. Le vote se fera dans les deux dernières semaines de janvier. Deux mois et demi avant le premier tour…

Tous ceux qui ont souhaité y être candidat ont donc leur cadre d’action. S’ils ne quittent pas le PS avant, mais pourquoi le feraient-ils maintenant qu’ils ont obtenus la victoire qu’ils espéraient, ceux-là vont donc faire campagne pour battre Hollande. Ou pour l’empêcher. Et pour battre aussi leurs concurrents ou les empêcher. Donc, pendant les sept prochains mois, chacun d’entre eux va ainsi nous expliquer pourquoi le président en exercice ne mérite pas qu’on lui fasse confiance. Gérard Filoche a ouvert l’exercice avec une légèreté significative : « même une chèvre est capable de battre Hollande ».  Après avoir bien bêlé, chaque candidat devra démontrer aussi pourquoi les autres concurrents ne sont pas non plus le bon choix. J’ai d’abord éclaté de rire. Trop drôle de les voir se détruire eux-mêmes de façon aussi bien planifiée. Trop significatif de leur coupure d’avec le monde réel : ils sont persuadés que le bon peuple attend de voir sortir la fumée blanche pour accourir donner ses bulletins de vote au vainqueur quel qu’il soit après cette bataille de chiens.

Puis je me suis souvenu de ce fait que tout ce qu’ils détruisent ne se reconstruit pas forcément ailleurs et au même rythme. Imaginer que la dernière séquence de la guerre des roses se déroulera au moment où la droite aura son candidat tout chaud sorti des urnes de la primaire, c’est se demander si le PS se souvient encore que la présidentielle est une élection ! Que le président sortant pense combler dans ce délai le fossé des haines accumulées dans les divers épisodes de ses reniements et faire oublier les lacrymos et les bombes de désencerclement qui vont encore pleuvoir jusqu’en juillet est consternant. Que le PS croit réparer avec une nouvelle candidature en deux mois et demi de campagne les dégâts de cinq ans est un conte à dormir debout. Du coup, je crois que ce dispositif atteste que le PS n’agit plus pour battre ses concurrents mais pour sauver ce qui reste de sa cohésion interne.

Dans ces conditions, notre devoir est plus que jamais de construire de la conscience et de l’adhésion populaire au projet que porte la « France insoumise ». Sinon, l’espace politique sera exclusivement saturé par les batailles rangées des deux primaires politiciennes. Et surtout si l’on ne veut pas que l’espace public soit envahi par les seules surenchères des libéraux du PS de la droite et du FN. Sinon, sans travail et sans dynamique suffisante, nous pouvons être tous entraînés vers le fond par ces batailles internes qui généreront des milliers d’abstentionnistes de tous côtés.

Je fais le pari que face au rejet politique que cette situation aggravera, la constance, la cohérence, la fermeté de notre position sera un recours apprécié et encouragé. Pour remplir ce rôle salutaire, notre campagne doit tirer les leçons de sa réussite présente pour la confirmer et l’enraciner. La « France Insoumise » doit rester ouverte à tous. Pour cela elle ne doit être appropriée par aucun parti politique, inclus ceux qui soutiennent ma candidature. Il le faut non par méfiance contre ces partis, qui sont nécessaire à la démocratie et dont l’engagement dans notre campagne est irremplaçable, mais pour que puisse s’opérer un processus de regroupement ouvert bien au-delà de leurs rangs.

Notre objectif est que puissent se fédérer par dizaine de milliers les citoyens de toutes origines politiques et sociales, les déçus de tous les partis progressistes, les consciences gagnées à la nécessité de lutter contre le capitalisme absolutiste et le productivisme, les esprits enthousiastes à l’idée des objectifs humanistes de la révolution citoyenne, les partisans de la souveraineté populaire sans condition, les volontaires pour mettre fin à la monarchie présidentielle et instaurer une nouvelle république. Pour rendre cette fédération possible, notre programme doit rester en débat le plus longtemps possible et chaque étape de sa mise au point doit rester inclusive et ouverte. Toute la campagne doit reposer sur l’action citoyenne et l’implication personnelle. Elles sont rendues possibles avec la création par chaque volontaire qui le décide d’un groupe d’appui. Celui-ci sera dûment enregistré par l’équipe opérationnelle de campagne. En octobre prochain sera convoquée une assemblée représentative du mouvement « La France Insoumise ». « Représentative » signifie que devrait s’y retrouver une représentation des soutiens individuels, des personnalités syndicalistes, associatives et du monde de la culture des sciences et du sport ainsi que les représentants des organisations revues et partis qui auront décidé de participer à notre campagne. Quoiqu’il en soit, il reste bien entendu que toutes les initiatives individuelles et collectives assumées comme telles par leurs auteurs sont les bienvenues dès lors qu’elles cherchent bien à s’inscrire dans le cadre général du mouvement.

Ces humbles méthodes de travail enracineront notre mouvement. Par-là passe la voie vers la réussite de notre action. C’est celle qui compte sur l’action collective et l’initiative de chacun.

Jean – Luc Mélenchon

Macron tais-toi !

Le gros mensonge de Macron sur l’aéroport de Toulouse

Les investisseurs chinois qui gèrent depuis un an l’aéroport de Toulouse-Blagnac veulent siphonner la trésorerie de l’entreprise pour se servir un dividende exceptionnel. Emmanuel Macron, qui avait juré qu’il ne s’agissait pas d’une privatisation mais avait passé entre eux et l’État un pacte d’actionnaires secret, se retrouve piégé par son mensonge.

La cascade de scandales auxquels avait donné lieu voici un an la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac au profit d’investisseurs chinois risque de bientôt connaître un nouvel épisode. Car, au mépris des engagements qu’ils avaient pris, les nouveaux actionnaires veulent siphonner les réserves financières de la société pour se servir un important dividende. Mais ce ne sera possible que si l’État, à l’occasion d’une assemblée générale des actionnaires convoquée pour le 28 juin prochain, y consent.

Voici donc le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, piégé par le retentissant mensonge qu’il avait commis lors de la privatisation. À l’époque, il avait en effet promis publiquement que la société resterait contrôlée par ses actionnaires publics, la société chinoise restant minoritaire. Mais avec ces investisseurs chinois, l’État avait au même moment conclu un pacte d’actionnaires secret, aux termes duquel il lui donnait l’assurance qu’il voterait à ses côtés toutes les résolutions qu’il présenterait. L’affaire du dividende qui survient un an plus tard prend donc valeur de test : on apprendra le 28 juin si Emmanuel Macron a menti à ses concitoyens ou aux investisseurs chinois. L’affaire risque donc d’avoir un grand retentissement, d’autant que le ministre de l’économie rêve depuis peu un destin national.Pour comprendre dans quel pétrin s’est mis de sa propre initiative le ministre de l’économie, il faut d’abord se souvenir des conditions stupéfiantes dans lesquelles la privatisation de la Société de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (SATB) a été conduite. À la fin de l’année 2014, Emmanuel Macron a en effet décidé que l’État céderait à la société Casil, contrôlée par des investisseurs chinois, 49,9 % de la SATB. Et, à l’époque, il avait vivement dénoncé ceux qui dénonçaient cette privatisation, en faisant valoir que, précisément, cela… n’en était pas une ! En clair, l’opinion avait été invitée à comprendre qu’avec leur 49,9 % les investisseurs chinois seraient des actionnaires importants mais minoritaires ; et que la société resterait contrôlée en majorité par des actionnaires publics français, soit 25 % pour la chambre de commerce et d’industrie (CCI), 5 % pour la Région Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, 5 % pour le département de la Haute-Garonne, et 5 % pour Toulouse Métropole ; le solde, soit 10,1 % étant détenu par l’État français.

 

Cette promesse-là, Emmanuel Macron l’avait donc répétée en boucle : « Il ne s’agit pas d’une privatisation. »C’est par exemple ce qu’il avait déclaré à l’occasion d’un entretien avec La Dépêche le 4 décembre 2014 : « Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital. On ne vend pas l’aéroport, on ne vend pas les pistes ni les bâtiments qui restent propriété de l’État. […] Nous avons cédé cette participation pour un montant de 308 millions d’euros », avait dit le ministre de l’économie. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron avait même haussé le ton pour clouer le bec encore plus méchamment à ses détracteurs : « Celles et ceux que j’ai pu entendre, qui s’indignent de cette cession minoritaire de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse, ont pour profession d’une part d’invectiver le gouvernement et d’autre part d’inquiéter les Français », avait-il déclaré, en marge du congrès de l’Union nationale des professions libérales.

Et même Manuel Valls, invité du « 20 heures » de France 2, s’en était mêlé, jurant ses grands dieux qu’on faisait un mauvais procès au gouvernement en le soupçonnant de vouloir privatiser l’aéroport. L’aéroport de Toulouse, avait-il fait valoir, « va rester majoritairement dans les mains des collectivités territoriales et de l’État […] il faut assumer que nous vivons dans une économie ouverte », a-t-il déclaré. « Nous, nous avons le droit de vendre des Airbus, d’investir en Chine, et les Chinois ne pourraient pas investir chez nous ? Mais dans quel monde sommes-nous ? » s’était insurgé le premier ministre.

Mais, peu après, Mediapart a apporté la preuve qu’Emmanuel Macron avait menti – comme d’ailleurs Manuel Valls. Dans le cadre de notre enquête, nous avons en effet révélé qu’un pacte secret d’actionnaires avait été conclu et qu’il liait l’État non pas aux collectivités publiques régionales et locales, mais aux investisseurs chinois. Pis que cela ! Nous avons publié les principaux extraits de ce pacte d’actionnaires que l’État avait conclu secrètement avec la société Casil (lire Privatisation de l’aéroport de Toulouse : Emmanuel Macron a menti  et Aéroport de Toulouse : les preuves du mensonge), qui faisait apparaître des dispositions stupéfiantes.

Ainsi, il était prévu que la SATB serait supervisée par un conseil de surveillance de 15 membres, dont 2 désignés par l’État et 6 désignés par l’investisseur chinois, selon la disposition « 2.1.2 » du pacte. Autrement dit, ces 8 membres du conseil de surveillance, liés par le pacte, devaient garantir aux investisseurs chinois minoritaires de faire strictement ce qu’ils voulaient et d’être majoritaires au conseil de surveillance.

Le point « 2.1.3 » du pacte consolidait cette garantie offerte aux investisseurs chinois puisqu’il y était précisé que « l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

Mais il y avait encore plus grave que cela. Au point « 2.2.2 », l’État donnait la garantie quasi formelle à l’investisseur chinois, aussi minoritaire qu’il soit, qu’il pourrait décider strictement ce qu’il voulait et que la puissance publique française ne se mettrait jamais en travers de ses visées ou de ses projets. C’était consigné noir sur blanc – et c’était la clause la plus stupéfiante : « L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre. » Bref, les investisseurs chinois avaient carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

Au début, Casil voulait siphonner 50 millions d’euros

Pour mémoire, voici l’un des extraits du pacte révélé par Mediapart :

Il faut relever que, depuis cette révélation par Mediapart, le ministère des finances a continué de garder le secret sur ce pacte et ne l’a jamais rendu public dans sa version intégrale.

Et puis, à ce premier scandale est ensuite venu s’en greffer d’autres. On a ainsi appris, entre autres, que le principal dirigeant du consortium chinois contrôlant la société Casil, un dénommé Mike Poon, était impliqué en Chine dans un retentissant scandale de corruption et qu’il était en fuite (lire L’aéroport de Toulouse barbote toujours dans un climat de scandale). Depuis, ce Mike Poon, auquel Emmanuel Macron avait déroulé le tapis rouge, n’a plus jamais refait surface.

Mais voici qu’un an et demi plus tard les choses se compliquent encore un peu plus pour Emmanuel Macron, car son mensonge va prendre un caractère public. À l’occasion du vote que l’État devra émettre lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires d’ATB, il devra en effet dire de quel côté il penche.

Cette histoire du dividende donne, en fait, lieu à des conciliabules discrets depuis de longues semaines et inquiète les élus locaux, du moins ceux qui sont attachés à la défense de l’intérêt général. Voici quelques semaines, les investisseurs chinois ont en effet fait savoir qu’ils entendaient décider le versement d’un formidable dividende aux actionnaires de la société. Au début, ils ont placé la barre très haut : selon nos informations, aux alentours de 50 millions d’euros de dividendes.

La somme est tellement considérable qu’elle a indigné de nombreux responsables des collectivités qui figurent parmi les actionnaires historiques. Il faut en effet savoir que la société de gestion est profitable depuis longtemps, à hauteur environ de 5 millions d’euros par an, et qu’elle a eu la prudence de distribuer chaque fois seulement la moitié de ces gains à ces actionnaires, et de mettre en réserve l’autre moitié, pour faire face aux investissements futurs. Au fil des ans, cette autre moitié a donc fini par constituer un fonds de réserve considérable de plus de 67 millions d’euros à la fin de l’exercice de 2015.

En exigeant le versement d’un dividende de 50 millions d’euros, les investisseurs chinois ont donc suscité beaucoup d’émoi parmi les collectivités locales concernées. Car cela veut clairement dire que Casil ne tient pas sa parole : après avoir annoncé, lorsqu’elle était candidate pour la privatisation, qu’elle serait non pas un investisseur financier soucieux de profitabilité de court terme mais un investisseur responsable, soucieux des logiques de long terme, la société des investisseurs chinois montre clairement qu’elle veut tout bonnement se “payer sur la bête” et siphonner les réserves de l’entreprise.

Face à la boulimie chinoise, la direction du ministère des finances qui supervise les intérêts de l’État, l’Agence des participations de l’État (APE), est, semble-t-il, intervenue. De ce fait, les Chinois ont diminué un peu leurs prétentions, ne demandant plus que le versement d’un dividende à peine supérieur à 20 millions d’euros. Une somme tout de même considérable, qui a été mise en réserve pour investir à l’avenir, pas pour enrichir des actionnaires mus par la seule logique du profit rapide.

Les méthodes financières d’un fonds rapace

À l’approche d’une assemblée générale des actionnaires prévue pour le 1er juin, un projet a été distribué à ces derniers, présentant les différentes résolutions soumises au vote. Et on a alors pu avoir la confirmation de ce projet de dividende.

 

 

Dans ce document, on trouve donc la confirmation, dans la douzième résolution, que les réserves de l’entreprise s’élèvent à précisément 67,031 millions d’euros et que le projet est de ponctionner sur cette somme 20 millions d’euros.

Quand ils prennent connaissance du projet quelques jours avant l’assemblée générale, les actionnaires publics régionaux, départementaux et locaux, associés à la chambre de commerce (CCI), comprennent tout de suite que la SATB arrive à un point de rupture de son histoire et que Casil va se comporter comme un fonds rapace, s’ils ne manifestent pas leur refus. Ensemble, la présidente de la Région, Carole Delga, le président du conseil départemental Georges Méric, le président de Toulouse Métropole, Jean-Luc Moudenc, et le président de la CCI de Toulouse, Alain Di Crescenzo, décident donc d’une démarche commune. Le 25 mai, ils écrivent à l’ex-ministre Anne-Marie Idrac, que les investisseurs chinois ont portée à la présidence du conseil de surveillance de la société ATB, pour lui signifier leur opposition.

 

Dans ce courrier, les quatre signataires font notamment cette mise en garde : « La redistribution d’une partie de la réserve de la SATB, à hauteur de 20 millions d’euros, ne nous paraît pas opportune du point de vue économique. Par ailleurs, cette réserve est le fruit de l’effort de chacun des partenaires publics historiques de la SATB. Sa redistribution, un an après la nouvelle gouvernance mise en place, ne s’inscrit pas dans cette histoire collective. Au vu de ces différents éléments, les représentants de nos institutions se prononceront défavorablement à la proposition de redistribution exceptionnelle d’une partie de la réserve de la SATB. »

En marche pour organiser une sulfureuse galipette financière

Il est à noter que l’État, qui contrôle 10,1 % du capital, ne s’associe pas à cette démarche. Car si cela avait été le cas, le camp des opposants au versement des dividendes aurait été majoritaire et le projet aurait aussitôt capoté.

Préoccupés par la tournure des événements, les dirigeants chinois de Casil décident tout de même de changer de tactique. Lors de l’assemblée générale du 1er juin, ils décident de ne pas soumettre au vote la fameuse douzième résolution, et de l’amender légèrement, pour la soumettre à une assemblée générale extraordinaire qui est convoquée pour le 1erjuillet, avant d’être avancée au 28 juin.

La nouvelle tactique est la suivante. Casil décide de minorer un peu ses exigences, ramenant à 17,508 millions d’euros le montant du versement du dividende. Et comme l’investisseur chinois a tardé à honorer la promesse faite par lui d’accorder aux collectivités locales actionnaires une minorité de blocage, il propose une réforme des statuts en ce sens, dans la même résolution que celle qui prévoit la distribution du dividende. De la sorte, si les collectivités veulent arracher la réforme des statuts qu’elles souhaitent, elles seront contraintes d’avaliser aussi la ponction sur les réserves. Mais la manœuvre échoue et, finalement, le 1er juin, Casil est contrainte d’accepter que le 28 juin deux résolutions distinctes soient soumises lors de l’assemblée générale extraordinaire.

 

 

À la treizième résolution, on retrouve donc la solution de repli qui est trouvée pour la nouvelle AG du 28 juin, avec les deux nouvelles résolutions qui lui seront soumises. Et la convocation qui a été adressée aux actionnaires et que l’on peut consulter ci-dessous maintient ce projet de ponction sur les réserves de la SATB :

Le 28 juin sera donc une date charnière dans l’histoire de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Mais aussi une date importante pour Emmanuel Macron, qui a piloté cette stupéfiante privatisation. Car c’est ce jour-là que l’on apprendra donc si ce versement du dividende est ou non voté. Et que l’on découvrira le vote émis par les représentants de l’État.

Car tout est là ! Sans les voix de l’État, les investisseurs chinois ne peuvent pas obtenir une majorité, pour avaliser leur projet de dividende. Emmanuel Macron, par l’intermédiaire de l’APE, donnera-t-il donc des instructions pour que le pacte d’actionnaires secret avec Casil soit honoré ? Ou aura-t-il même besoin de s’en mêler, puisque le pacte d’actionnaires donne les pleins pouvoirs à Casil, même s’il s’agit d’un actionnaire minoritaire ? Nous avons posé la question par SMS au ministre de l’économie, mais il n’a pas donné suite. Nous avons aussi cherché à joindre Martin Vial, qui dirige l’APE : pas de nouvelles de ce côté-là non plus. Seule la personne chargée de la communication à l’APE nous a promis une réponse, mais, à l’heure où nous mettons cet article en ligne, nous ne l’avons pas encore obtenue.

Quoi qu’il en soit, si le pacte d’actionnaires joue, permettant à Casil d’organiser la ponction des réserves de la société, cela voudra donc dire que l’État ne s’y est pas opposé. Ce sera la preuve publique, la première, que le pacte d’actionnaires révélé par Mediapart s’applique ; et qu’Emmanuel Macron et Manuel Valls ont bel et bien menti au pays, en assurant que les investisseurs publics gardaient la majorité de la société. En somme, cela voudra dire que l’État se range aux côtés d’un fonds rapace, contre des actionnaires publics, pour siphonner les réserves d’une entreprise.

C’est en cela que l’affaire, loin d’être d’intérêt local ou régional, prend une dimension nationale : elle a valeur de test. Pour Emmanuel Macron, elle revêt une grande importance : le voilà « en marche » pour aider un fonds financier opaque à réaliser la plus sulfureuse des galipettes financières.

Laurent Mauduit – mediapart.fr

Quelques commentaires 

VALLS et le gouvernement veulent interdire à la population de s’organiser et s’exprimer sur leurs décisions, veulent dicter « ce qui est bien » pour les salariés avec ou sans emploi ou retraités…. Chacun peut apprécier que surtout « ce qui est bien » l’est pour Brussels et les patronats…

Ainsi, chacun peut ici apprécier « ce qui est bien » dans leurs décisions de faire entrer le Privé dans les Services Publics.. A chaque fois, les représentants des salariés récalcitrants sont traités d’archaïques, ne sachant pas s’adapter à la modernité .. La parole de VALLS et du gouvernement serait d’or, c’en est surtout pour le Privé entré grâce à eux dans l’entreprise et ce avec les efforts des collectivités!

Si les affaires continuent à être dévoilées ainsi, VALLS et le gouvernement vont bientôt faire interdire les moyens de communication.. Tant qu’à faire…

VALLS et MACRON vont-ils s’exprimer? Attendons nous à ce que la faute soit rejetée sur .. ils vont bien trouver un lampiste?

Je l’ai dit à plusieurs reprises :

Ce gouvernement est un gouvernent de rencontre, de capitulation nationale et sociale. Il est composé tout entier de sous-produit dont l’un au moins devrait être déchu de la nationalité française : je fais là allusion à Valls, un infirme de la pensée conceptuelle qui se prend désormais pour Kaltenbrunner. L’attitude de ce gros c… vis à vis des manifestants d’hier est de surcroît un déni de démocratie.

 

Macronitude ….

 

Et combien va toucher MACRON comme bakchich pour En Marche?  Quelle honte ce gouvernement de voleurs, et, si la loi El Komri passe, il faudra baisser les salaires des salariés pour que les actionnaires puissent se gaver.

Et ce sera pareil pour NDDL.

 
 
 
 

Vous pensez : « oligarchie corrompue » ?

Non ! « Oligarchie des incapables » (de Sophie Coignard et Romain Gubert)…euh, bon, OK, « légèrement » corrompue Rigolant

 
 
 
 

sûrement pas « gentil », beaucoup de maitrîse surtout, incapable de penser l’autre différent, adulé quelque part dans des temps antérieurs, pas près de lâcher son image de « premier de la classe », ce qui ne veut pas dire le plus intelligent mais le plus adapté!!!

 

Et si vous faisiez erreur ? Ne serait-il pas capable de renfourguer Nantes Atlantique à prix d’or pour payer NDDL ?…Rigolant

Un « malin » pareil doit avoir plus d’un tour dans son sac Clin d'œil

 

Un vrai neu neu, tronche de premier de la classe qui épouse la prof! bonjour, je connais la vie et la jeunesse quand tu vis avec maman! L’éclate quoi! Pauvre garçon horizon étroit, banque, fric, pouvoir, pouvoir, banque fric, je me demande s’il a déjà fait une « full moon party »? sous les cocotiers??? et sur la plage en costard cravate!

«Un agriculteur bio» du bucolique au politique

 

Cette série de photographies documentaires a été réalisée de l’automne 2015 au printemps 2016, chez Guy Bessin agriculteur à Saint-George d’Elle dans la Manche. Mais au-delà du caractère bucolique, ces photographies ont une charge politique. Elles nous montrent une forme de lutte pour le bien commun: recherche de l’autonomie alimentaire sur l’exploitation, limitation des intrants chimiques…
  1. A la suite de ses études agricoles, Guy suit une formation d’infirmier psychiatrique et un parcours d’analyste programmeur dans l’informatique. Au-delà du rythme de travail assez important, installer des systèmes informatiques pour supprimer des emplois est en contradiction avec sa façon de penser. Il pense que la façon la plus cohérente de mettre ses idées en pratique est d’être sur une ferme. Guy s’installe donc en 1990 sur celle de ses parents.

  2. Au début de son installation, il fait parti d’un groupe de paysans qui réfléchissent à la désintensification de la production laitière afin d’arrêter le maïs. Avec d’autres groupes de Basse-Normandie, ils créent alors la FRCIVAM pour mettre en place des formations d’accompagnement des paysans. (FRCIVAM : Fédération Régionale des Centres d’Initiatives pour la Valorisation de l’Agriculture et du Milieu Rural).

  3. Lors de son installation, il fait quelques investissements, notamment la salle de traite qui avait été achetée d’occasion pour éviter de trop investir. Elle est toujours fonctionnelle aujourd’hui. La salle de traite dispose de 10 places, 5 vaches de chaque côté, en épi. Pour traire 50 vaches, il faut compter 1 heure, plus une demi-heure de préparation et de lavage.

  4. En 1997, Guy est convaincu de produire un lait de qualité avec une alimentation des vaches à base d’herbe, alors qu’il n’existe pas de système de reconnaissance et de valorisation pour ces produits. C’est donc assez naturellement que la question du passage en agriculture biologique s’est posée, afin de produire sous un signe officiel de qualité, reconnaissable par le consommateur.

  5. La ferme de Guy produit 200 000 litres de lait par an avec 50 vaches, soit 4000 litres commercialisés par vache, auxquels il faut ajouter le lait pour nourrir les veaux, soit entre 4200 à 4300 litres par vache et par an.

  6. L’exploitation est sur 70 hectares dont 66 hectares d’herbe, 1,5 hectares de mélange céréalier (orge, triticale et avoine) et 1,5 hectares de maïs grains. Le pâturage occupe une place prépondérante dans le système d’alimentation. Afin d’éviter que les vaches ne piétinent l’ensemble de la prairie, le pâturage se fait dans des paddocks (parcelles de 1 à 2ha) où le fil est avancé matin et soir.

  7. Les vaches sont dans les pâturages 8 mois sur 12. Du printemps à l’automne, à chaque traite ou presque, il faut allez chercher les vaches au champ et les regrouper. Guy utilise un chien de troupeau qui permet de gagner un temps important.

  8. Pour l’alimentation hivernale, l’herbe est récoltée en foin. En 2008, Guy investit dans un système de séchage en grange. Cela permet d’étaler la récolte en foin de mai à septembre.

  9. Guy produit du maïs grain qui viendra compléter l’alimentation des vaches l’hiver. Contrairement aux systèmes plus intensifs utilisant du maïs ensilage, où il est nécessaire de complémenter avec du soja importé et des additifs, les vaches ne mangent que ce qui est produit sur l’exploitation : de l’herbe, du foin et un peu de céréales. 

  10. La période où la production est moindre est à la fin de l’hiver car les vaches sont nourries au foin. Suivant les saisons, les vaches produisent entre 15 et 22 litres de lait par jour et par vache.

  11. L’entretien des talus et des 20 km de haies sur l’exploitation se fait l’hiver. Chaque année, entre 3 à 400 mètres de haies bocagères sont coupées pour obtenir 200 m3 de bois déchiquetés qui sont commercialisés comme combustible pour le chauffage.

  12. Guy utilise des traitements alternatifs pour soigner les animaux comme l’homéopathie et l’aromathérapie. De plus en plus d’agriculteurs non bio utilisent également ces méthodes alternatives pour le bien-être de l’animal et également car ce sont des coûts dérisoires comparativement aux antibiotiques.

  13. L’ensemble des animaux sont dans des bâtiments l’hiver. Les génisses d’élevage sont nourries exclusivement en foin récolté en balles rondes.

  14. Les compléments minéraux sont les seules aliments achetés à l’extérieur pour nourrir le troupeau de vaches et les génisses.

  15. Chaque jour, en période hivernale, il est nécessaire de renouveler le paillage des animaux qui est réparti à l’aide d’une pailleuse.

  16. La matière organique produite sur l’exploitation est la seule façon de fertiliser l’ensemble des parcelles.

  17. Guy, en parallèle de son activité, consacre beaucoup de temps au développement d’une agriculture bio, paysanne ou durable au sein de divers organismes agricoles ou para-agricoles. Sur cette photo, à l’occasion de l’organisation de la fête de la bio régionale sur la ferme de Guy, des parcelles de démonstration ont été mises en place.

  18. Guy a 55 ans et commence à envisager sa fin de carrière. Il a deux fils qui ne travaillent pas dans l’agriculture. Sa préoccupation dans les années à venir sera de trouver un successeur pour transmettre l’exploitation en bio. Elle doit permettre à deux personnes de vivre décemment avec un outil de travail fonctionnel.

     DE BORIS AVRIL – mediapart.fr

« L’effroyable bilan des banques françaises… et l’immense danger pour votre épargne ? »

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

C’est le think tank Génération libre qui a sorti il y a quelques jours un rapport (en annexe tout en bas de cet article) intitulé « Casser la rente bancaire ».

Et là, disons-le, même les plus communistes d’entres vous seront d’accord pour rejoindre ce constat posé par les plus libéraux parmi vous, ce qui est assez drôle d’un point de vue idéologique puisque tout serait censé opposer ces deux catégories. Sauf que… effectivement, nous avons un immense problème avec nos banques.

Les banques poursuivent leur logique de banque et de profitabilité comme n’importe quelle société privée. Là n’est pas le problème, les banques ne sont coupables de rien et il ne faut pas attendre d’elles qu’elles soient raisonnables.

Dites à mon fils de 8 ans, gourmand comme pas deux, « regarde ce gros saladier de bonbons mais tu n’en prends pas », et vous aurez évidemment un marmot que vous prendrez la main dans le sac dès que vous tournerez le dos. Un banquier c’est comme mon fils de 8 ans devant un saladier de bonbons. C’est aux autres d’être responsables pour lui.

Se pose donc logiquement l’encadrement des banques et la nécessité de « casser » cette rente bancaire, de casser ces banques dites trop grosses pour faire faillite, systémiques et qui font courir un risque inconsidéré à notre pays.

3 fois le PIB français pour nos 4 plus grosses banques !

« Les grandes banques françaises ont une taille de bilan exceptionnellement élevée.

Actuellement, dans la zone euro, six banques ont un bilan supérieur à 1 000 milliards d’euros, et quatre sont françaises. Leurs bilans additionnés représentaient, fin 2015, 5 865 milliards d’euros soit 281 % du PIB.

Aucun autre État de la zone ne compte autant de mastodontes financiers. Commerzbank, la seconde grande banque allemande, a un bilan de 550 md€ et les autres banques de taille importante, les Landesbanken, ont un total de bilan de l’ordre de 300 md€. En Espagne, la seconde banque, BBVA, a un bilan de 583 md€. En Italie, Unicredito a un bilan de 845 md€ et Intesa Sanpaolo de 626 md€.

Rapportée au PIB de la zone euro dans son ensemble, la taille relative du bilan des banques françaises est évidemment bien moindre. Néanmoins, s’il s’agit de rapporter la taille des banques à la taille de leur pays de rattachement qui, in fine, reste le garant en dernier ressort de leur solvabilité. Prendre la zone euro comme référence n’a pas grand sens tant, du moins, qu’une union bancaire complète n’est pas mise. »

Bon, même la Deutsche Bank, dont on parle tant, a une taille de bilan inférieure à notre plus grosse banque française et européenne… BNP Paribas !

Retenez ces chiffres

À titre de comparaison, pour la Deutsche Bank, nous avons 1 611,4 milliards d’euros de bilan.

BNP Paribas 1 800,1 milliards d’euros de bilan.

Groupe Crédit Agricole 1 706,3 milliards d’euros de bilan.

Société Générale 1 235,3 milliards d’euros de bilan.

Groupe BPCE 1 123,5 milliards d’euros de bilan.

Total 4 banques françaises : 5 865,2.

PIB France (2015) : 2085,5.

En % PIB : 281 %.

Enfin, histoire de rigoler un peu, je vous rappelle que le FGDR, le très célèbre Fonds de garantie des dépôts, dispose d’un maximum de 2 milliards d’euros placés sous forme de fonds détenus par ces mêmes banques… Bref, vous n’avez rien à en attendre en cas de vrai et gros problème.

La France serait incapable de sauver ses propres banques !!

Vous avez remarqué qu’il manque le CIC, le Crédit Mutuel et le LCL ou encore d’autres banques qui restent tout de même de taille respectable !

Le constat est simple. Nous sommes en 2016, presque 9 ans après le début de la crise des subprimes.

Notre système bancaire est toujours aussi hypertrophié. Rien ou presque n’a été fait comme je n’ai eu de cesse de le dire et de le répéter. Les législations passées ne seront d’aucune utilité, et au bout du compte, notre pays, la France, serait bien incapable de sauver son propre système bancaire.

Plus que jamais, vous devez avoir en tête ces réalités. Seule la BCE pourrait imprimer suffisamment de billets au prix d’une dépréciation significative de la valeur de votre monnaie et donc d’une inflation.

Votre papier monnaie, ou plus précisément vos euros « numériques », ne vaut que la confiance que tout le monde fait semblant d’accorder à la solidité des banques qui restent encore et toujours des colosses aux pieds d’argile.

Vous pouvez croire en la fiction que tout va bien.

Vous pouvez aussi avoir des doutes, et des sérieux.

Si c’est le cas, vous devez diversifier vos actifs et vous préparer à la prochaine étape de la crise qui sera une résolution monétaire de cet empilement ingérable de dettes et d’actifs pourris.

Celles et ceux qui recherchent des solutions, je vous donne rendez-vous ici pour mon guide spécial placements ou alors pour ma lettre STRATÉGIES.

En attendant, mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin
Pour m’écrire charles@insolentiae.com
Pour écrire à ma femme helene@insolentiae.com

Vous pouvez également vous abonner à ma lettre mensuelle « STRATÉGIES » qui vous permettra d’aller plus loin et dans laquelle je partage avec vous les solutions concrètes à mettre en œuvre pour vous préparer au monde d’après. Ces solutions sont articulées autour de l’approche PEL – patrimoine, emploi, localisation. L’idée c’est de partager avec vous les moyens et les méthodes pour mettre en place votre résilience personnelle et familiale.

 « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Charles SANNAT

Pascal Terrasse pas tout à fait réglo..il en convient !

Selon le trésorier du groupe socialiste, Christian Bataille, des députés, dont certains ex-ministres, auraient accumulé un retard de paiement « de plus de six mois ». Le manque à gagner pour le groupe PS se chiffrerait à « des dizaines de milliers d’euros ».
Guillaume Garot, Victorin Lurel, Aurélie Filippetti ou Carole Delga… ils font partie des députés mauvais payeurs – SIPA

Après les frondeurs, les mauvais payeurs. Selon le Canard enchaîné de ce mercredi 8 juin, cela fait plusieurs mois que quelques députés PS ne payent plus leur cotisation au groupe socialiste à l’Assemblée nationale, entre 200 euros et 800 euros mensuels, selon le nombre de mandats.

C’est le trésorier du groupe Christian Bataille, par ailleurs député du Nord, qui a dénoncé dans une réunion interne les retards de paiement de certains élus « pour la plupart anciens ministres« . Parmi ces députés en délicatesse avec leurs obligations partisanes, on retrouve selon le palmipède les anciens ministres Guillaume Garot, Victorin Lurel, Aurélie Filippetti et Carole Delga, ainsi que le député macroniste Pascal Terrasse (voir leurs réactions dans l’encadré ci-dessous). Pas de jaloux entre légitimistes et frondeurs puisqu’à l’exception d’Aurélie Filippetti, ces élus partagent la ligne politique du gouvernement. Ces cotisations servent notamment à payer les salaires des quelque 40 salariés du groupe chargés d’assister les députés sur les dossiers législatifs. Avant de rejoindre le groupe socialiste, chaque député doit à ce titre signer son règlement, dans lequel est stipulée l’obligation de verser une cotisation mensuelle.

Contacté par Marianne, Christian Bataille confirme :

« Oui, ces députés sont en retard, de manière conséquente. Cela peut aller jusqu’à plus de six mois. J’ai adressé à chacun une lettre de rappel pour leur demander de jouer le jeu de la solidarité, je n’ai pas eu de réponse. »

D’autres membres du groupe seraient en retard mais « de façon beaucoup plus acceptable« , selon le député du Nord. Le trésorier du groupe ne dément pas l’information du Canard enchaîné selon laquelle le manque à gagner se chiffrerait à « des dizaines de milliers d’euros« .

Vers un chantage aux investitures ?

Comble de l’histoire, le trésorier du groupe explique que les députés peuvent régler leur cotisation avec leur indemnité représentative de frais de mandat (IRFM). En effet, , les députés doivent utiliser cette somme de 5770 euros mensuels pour « faire face aux diverses dépenses liées à l’exercice de leur mandat qui ne sont pas directement prises en charge ou remboursées par l’assemblée ». Autrement dit, la somme ne sortirait même pas directement de leur poche…

Si l’IRFM n’est pas utilisée en totalité, le député est censé reverser le reliquat à l’Assemblée à l’issue de la législature. Mais, le déontologue de l’Assemblée Ferdinand Mélin-Soucramanien à Francetvinfo en 2015, « il n’y a pas d’encadrement très strict« . En clair, les députés en font ce qu’ils veulent.

Selon le Canard enchaîné, Christian Bataille aurait suggéré de retirer leurs investitures aux prochaines législatives à ces mauvais payeurs présumés. « Cela ne relève ni de moi ni du président du groupe mais du Parti socialiste« , tempère le député, interrogé par Marianne. Avant d’ajouter, l’air de rien : « Mais il est tout à fait envisageable que le PS se montre solidaire de son groupe parlementaire.«  Si ce chantage aux investitures se confirmait, nul doute que certains retrouveraient le chemin de leur portefeuille.

 

Pascal Terrasse critique le mode de calcul
Contacté par Marianne, Pascal Terrasse réfute dans un premier temps ces accusations : « Je paye tous les mois ma cotisation au groupe, cela s’élève à 350 euros, je crois. Christian Bataille me demande toujours 1.200 euros par mois en tant que président du conseil général de l’Ardèche alors que je lui ai expliqué cent fois que je ne l’étais plus« , plaide le député qui a en effet quitté ce poste en décembre 2012. Et quand il cumulait ces deux mandats, entre 2006 et décembre 2012 ? « Je versais 700 euros par mois et non 1.200. C’est bien ce reliquat que Christian Bataille me demande. Il me réclame 3000-4000 euros. Mais je lui ai dit que non, il ne l’aura pas« , lance le député qui consent finalement ne pas être tout à fait réglo dans l’affaire.Ce soutien d’Emmanuel Macron critique un système dans lequel ceux qui ont un mandat exécutif local doivent payer plus. « Donc on considère que les députés qui cumulent utilisent leurs moyens locaux pour exercer leur mandat de député. Ce serait au contribuable local de payer pour le fonctionnement du mandat parlementaire. Moralement, c’est bizarre. » Concernant la menace aux investitures, il se veut rigolard :  « Je leur dis chiche ! S’ils veulent m’amener chez Mélenchon je peux le faire. Moi, à mes électeurs, si je leur dis que je ne paye pas mes cotisations au groupe socialiste, c’est des points pour moi. »Pour Pascal Terrasse, la publication de son nom dans le Canard pourrait être liée au contexte politique à gauche. « Si je suis tourmenté psychologiquement, je me dis que c’est parce que je soutiens Emmanuel Macron qu’on jette en pâture mon nom. Je sais qu’on va entrer dans une période où tous les coups sont permis. »

Etienne Girard – marianne.net
 
 

Le glyphosate essuie un nouvel échec en Europe

Classé dans: Actualités, Environnement

 

 
Les Etats ont rejeté la proposition de Bruxelles de réautoriser pour dix-huit mois le pesticide controversé
 

Encore raté. La Commission européenne n’est pas parvenue à faire accepter par les Etats membres, lundi 6  juin, une réautorisation provisoire du glyphosate en Europe, ce pesticide controversé – principe actif du célèbre Roundup de Monsanto et clé de voûte du modèle agricole dominant.

Après avoir proposé sans succès, ces derniers mois, sa réhomologation pour quinze ans, puis pour neuf ans, Bruxelles avait fini par se rabattre sur une autorisation de seulement dix-huit mois. Le temps pour l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), chargée de la réglementation européenne sur les substances de synthèse, de rendre une nouvelle expertise sur ce produit phytosanitaire le plus répandu dans le monde, avec environ 800  000 tonnes épandues chaque année.

Las  ! Le vote des Etats membres, réunis lundi matin en comité technique, n’a pas permis de dégager la majorité qualifiée nécessaire. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, l’Autriche, le Portugal et le Luxembourg se sont abstenus, Malte a voté contre. Les vingt autres pays, représentant 52  % de la population de l’Union, ont voté favorablement. Soit moins que les 65  % requis. Ces atermoiements arrivent alors qu’une décision ferme devient urgente  : le glyphosate ne sera plus autorisé en Europe après le 30  juin. La Commission a annoncé que la question serait à l’ordre du jour de la prochaine réunion des commissaires et qu’un ultime comité d’appel serait réuni autour du 20  juin.

Selon une source proche du dossier, la Commission ne s’attend pas à ce que le comité d’appel permette de trouver une issue. Les Etats membres devraient camper sur leurs positions. Depuis plusieurs mois, Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, assure que la  »  France s’alignera sur la position la plus protectrice de la santé et de l’environnement  « .  »  Il y a quelques mois, la position générale au sein des Etats-membres était de voter favorablement à la réautorisation, explique-t-elle. C’est la France qui a entraîné les autres derrière elle, malgré les lobbys agricoles qui sont rapidement intervenus.  « 

Avis contradictoiresEn préférant toutefois une abstention à un vote contre.  »  Il était plus difficile de rassembler sur un vote contre plutôt que sur une abstention, répond la ministre française de l’environnement. En outre, il fallait aussi prendre acte des avancées de la Commission, qui ne propose plus qu’une ré-autorisation de 12 à 18 mois, alors qu’elle proposait 15 ans il y a quelques mois  !  « 

Derrière une position interministérielle commune, l’affaire est délicate pour le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane Le Foll. Pourtant théoriquement en première ligne sur la question des produits phytosanitaires, il s’est presque abstenu de toute prise de position publique sur le sujet. De telles divergences sont plus tranchées encore en Allemagne entre le ministre de l’agriculture Christian Schmidt (CSU), favorable à la remise en selle du produit, et la ministre de l’environnement Barbara Hendricks (SPD), qui y est très opposée.

Selon nos informations, la Commission pourrait passer outre un vote négatif en comité d’appel et prendre la responsabilité d’une réautorisation provisoire, assortie de restrictions. Pour l’exécutif européen, ce serait la pire des situations. Le 4  avril, au cours d’une réunion avec les représentants du lobby européen de l’agrochimie, le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, a fait valoir qu’il ne souhaitait pas endosser la responsabilité politique d’une remise en selle du glyphosate sans un large accord des Vingt-Huit. Selon les minutes de la réunion, obtenues par l’association Corporate Europe Observatory (CEO) et que Le Monde a pu consulter, le commissaire a même conseillé à ses interlocuteurs  »  de parler aux  Etats membres et aux parlementaires pour obtenir leur soutien  « . C’est-à-dire d’intensifier leur effort de lobbying.

Le glyphosate empoisonne l’exécutif européen depuis mars  2015, lorsqu’il a été classé  »  cancérogène probable   » pour les humains par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier et de classer les agents cancérogènes. La publication d’un avis opposé, six mois plus tard, par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a lancé une âpre controverse scientifique. Celle-ci a vite été récupérée par les organisations environnementalistes qui ont profité de la dispute d’experts pour exiger le retrait du produit. Et faire campagne avec succès. Un sondage conduit par l’institut YouGov dans les cinq plus grands pays de l’Union montre que plus des deux tiers des personnes interrogées sont défavorables à la remise en selle du glyphosate.

Statut particulierL’affaire, au centre d’une attention médiatique considérable, a suscité la colère du président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Celui-ci s’est ému de ce que les décisions prises en comités techniques ne soient pas portées à la connaissance du Collège des commissaires. Ces derniers devaient ainsi se réunir mardi 7  juin et aborder la question de la réautorisation du glyphosate.

Le glyphosate a un statut particulier. Inventé voilà une quarantaine d’années par l’une des sociétés les plus impopulaires de la planète, Monsanto, il est aujourd’hui très largement utilisé en agriculture conventionnelle depuis qu’il est tombé dans le domaine public au début des années 2000. Dans l’Hexagone, environ 8  000 tonnes par an sont utilisées. Il est le pesticide le plus fréquemment retrouvé dans l’environnement et la première cause de déclassement des points de captage d’eau potable.

Cécile Ducourtieux, et Stéphane Foucart (à paris) – lemonde.fr

Pour son premier meeting de campagne, Jean-Luc Mélenchon appelle à “changer la civilisation humaine”

Jean-Luc Mélenchon en meeting place de Stalingrad le 5 juin à Paris (Joël Saget / AFP)

Pour le lancement de sa campagne, Jean-Luc Mélenchon a réuni 10 000 personnes place de Stalingrad à Paris. Dans un discours aux accents gaulliens centré sur la question écologique, il a appelé à “prendre nos dispositions pour changer la civilisation humaine”.

Des visages souriants, déterminés, graves parfois ont défilé ce 5 juin place de Stalingrad à Paris. Métallos, cheminots, étudiants, soignants, agriculteurs bio, antifascistes, militants pour l’égalité… Autant d’”insoumis” selon le terme en vigueur au meeting de “la France insoumise”, le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon, qui lançait en bonne et due forme sa campagne pour la présidentielle de 2017. Celui-ci, qui a proposé sa candidature en février dernier, entendait bien montrer qu’il n’est pas “seul”, comme certains lui ont reproché alors que le Front de gauche est en lambeaux. Mission accomplie : sur la scène, des centaines de personnes l’ont précédé, pancartes à la main et poing levé, témoignant de la diversité des soutiens qu’il engrange.

Les “insoumis” ont rangé les drapeaux (ou presque)

 

Dans la foule compacte, qui a réuni 10 000 personnes selon les organisateurs, un sentiment de déjà vu flottait : comme en 2011, il y a presque cinq ans jour pour jour, le co-fondateur du Parti de gauche a choisi cette place pour faire sa première démonstration de force. A quelques différences près. Les “insoumis” ont en effet rangé leurs drapeaux : quelques étendards du Front de gauche, du Parti de gauche (PG), de la CGT et du PCF – car il y a des “communistes insoumis” même si le parti a remis son choix de candidat à début novembre – sont bien de sortie, mais ils sont rares. Alors que le PCF clôturait le jour-même son 37e congrès à Aubervilliers, certains de ses militants ont eu le temps de rejoindre le meeting, comme Marie-George Buffet.

Après quelques messages de soutien diffusés par vidéo sur grand écran – dont celui de l’ex-présidente du Parlement grec Zoé Konstantopoúlo, et du scientifique anti-nucléaire Jean-Marie Brom (ex-membre d’EE-LV) –, le député européen dont tout le monde attend le discours fait son entrée. Soucieux de ne jamais apparaître en état de déréliction, il est accompagné sur scène de dizaines de soutiens membres d’Ensemble, de la Nouvelle gauche socialiste, du PG ou encore de quelques “communistes insoumis” comme Brigitte Dionnet (membre du Conseil national du PCF).

“La loi El Khomri et le monde qui va avec”

Le public n’a pas oublié les réflexes de la campagne de 2012 : il clame “Résistance !” plutôt qu’un quelconque slogan autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Dans un discours d’environ une heure, il a commencé par rendre hommage à la mobilisation contre la loi El Khomri, et aux “grévistes qui perdent leur salaire et se dévouent pour le bien public”, appelant les députés à “cesser les postures parlementaires” et à voter la motion de censure. Empruntant un mot d’ordre en vogue depuis le début du mouvement Nuit debout, que l’on a beaucoup entendu dans la bouche de l’économiste Frédéric Lordon, il précise : “Ce n’est pas que la loi que nous rejetons, c’est le monde qui va avec cette loi”.

“Le monde de la loi El Khomri est un monde sans règles. Ils appellent ça la liberté. Mais entre le patron et l’ouvrier, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui protège.”

Le verbe haut, l’orateur qui s’était fait remarquer en 2012 par ses meetings à ciel ouvert sur les places de France, a également pourfendu le“productivisme” et le “capitalisme” qui ont rendu la planète irrespirable :

“Il faut tout changer car nous sommes d’abord et avant tout des êtres humains et l’humanité s’est mise elle même en danger sous les coups du productivisme et du capitalisme”.

Voir l'image sur Twitter

JLM: « À bas le temps court du capital, vive le temps long de la démocratie, de l’écologie! »

 

“Ce n’est pas le temps des programmes minimum”

Le candidat, qui a déclaré vouloir faire de l’écologie “la trame” de son programme, s’est engagé pour la sortie du nucléaire, et pour passer au 100% énergies renouvelables pour “changer la civilisation humaine”.

Voir l'image sur Twitter

JLM: « Il faut sortir du nucléaire! Le changement climatique nous met en danger »  

“Ce n’est pas le temps des programmes minimum, ce n’est pas le temps des candidats champignons qui surgissent après la rosée médiatique. […] Il faut du caractère, de la volonté contre ces lobbys immenses”, a ajouté le tribun.

Comme il le déclarait aux Inrocks, Jean-Luc Mélenchon estime qu’il est bien placé pour remporter la victoire lors de cette élection. Alors qu’il ne partait qu’avec 3% des intentions de vote en 2011, il est à 12% dans les sondages actuels. Il l’a réaffirmé ce dimanche, sous un ciel gris : “Je vous appelle à une campagne qui n’est pas simplement faite pour témoigner, je vous appelle à une campagne pour conquérir le pouvoir !”

“La marche est haute, précise-t-il, mais j’ai trouvé l’audace de m’avancer dans les 4 millions de voix qu’il a été possible de fédérer une première fois il y a 5 ans. Nous avons été 4 millions, nous devons être 8 millions !”

Il a conclu son discours par la lecture d’un poème de la brésilienne Martha Medeiros, “Il meurt lentement”, qui se termine par cette injonction : “Vis maintenant, agis tout de suite. Ne te laisse pas mourir lentement, ne te prive pas d’être heureux.”

  – les inrocks.com

Jean-Luc Mélenchon espère profiter de la fronde sociale

Jean-Luc Mélenchon, le 5 juin place Stalingrad à Paris.

Pari réussi pour Jean-Luc Mélenchon. Celui qui se présente comme le candidat de « la France insoumise » a réuni plusieurs milliers de personnes – 10 000 selon les organisateurs –, dimanche 5 juin, place Stalingrad à Paris. De quoi ravir son entourage, qui enrageait d’entendre parler de la candidature « en solo » de leur champion. « A tous ceux qui disent que Jean-Luc est seul, c’était le dernier signal qu’on attendait, celui de la concrétisation de l’occupation d’une place », savoure Eric Coquerel, coordinateur du Parti de gauche.

12 % des intentions de vote

Le député européen avait choisi de revenir à l’endroit où tout avait commencé, en 2011, et où tout s’était terminé, un an plus tard. Mais, contrairement à ce 22 avril 2012 où la pluie s’était mêlée à la déception de n’avoir fait « que » 11,1 % des voix, le ciel était certes gris, mais sec. Et c’est un Jean-Luc Mélenchon offensif qui s’est présenté à la foule. « Je vous appelle à une campagne qui n’est pas simplement faite pour témoigner, je vous appelle à une campagne pour conquérir le pouvoir, victorieuse ! », a-t-il lancé. S’il a reconnu que« la marche est haute », il entend mobiliser ses troupes. « C’est en portant nos idées et en convainquant un par un, une par une, que nous allons avancer et gagner, a-t-il affirmé. Et tout le monde est bienvenu dans cette bataille. »

Une main tendue, notamment au PCF, qui ne souhaite pas s’inscrire pour le moment dans une démarche qu’ils jugent trop « présidentialisée ». M. Mélenchon en a profité pour saluer les communistes venus le soutenir à peine le congrès de leur parti achevé, comme l’ex-secrétaire nationale du parti, Marie-George Buffet. Fustigeant les « programmes minimums », les « plates-formes convenues entre les états-majors », il a cependant dit respecter « ceux qui croient qu’il existerait je ne sais quelle martingale, que l’on trouverait dans les obscurs conciliabules de je ne sais quelle primaire ».

Incarner la rupture ?

Lui a refusé cette idée dès janvier, et « proposé » sa candidature le mois suivant, pour être rapidement identifié. Pour symboliser la rupture qu’il prétend incarner, il a choisi de mettre à distance tout ce qui s’apparente aux partis politiques. Fini le rouge et le vert du Parti de gauche, place au bleu et orange de la « France insoumise ». Et à ceux qui lui reprochent une trop grande personnalisation de sa campagne, M. Mélenchon a vanté le « poids de l’expérience », celle de 2012 et des « 4 millions de voix » d’alors. « Mieux vaut avoir des porte-parole rusés et malins plutôt que des poulets de l’année », a-t-il lâché.

Pour l’heure, cette stratégie se révèle payante. L’ancien socialiste est donné autour de 12 % des intentions de vote, à quelques points seulement derrière François Hollande. « La force de Mélenchon, c’est sa cohérence, estime Alexis Corbière, son porte-parole de campagne. C’est une tête dure, mais il a fondamentalement raison, et il n’a pas lâché. »

« NE VOUS SOUCIEZ PAS DE L’ARGENT, JE M’EN DÉBROUILLE »
JEAN-LUC MÉLENCHON

Mais le fondateur du PG est bien placé pour le savoir, lui qui n’a de cesse de critiquer les sondages : ces derniers ne font pas une élection. L’absence des communistes lui complique sérieusement la tâche, notamment pour réunir les 500 parrainages nécessaires pour pouvoir se présenter. Son équipe assure que 151 maires lui ont déjà promis le leur. Quant au financement de sa campagne, il a balayé le sujet d’un revers de la main : « Ne vous souciez pas de l’argent, je m’en débrouille », a-t-il expliqué au micro.

Appel aux électeurs Verts

Le candidat espère capitaliser sur la mobilisation contre la loi El Khomri. Dans le public, quelques drapeaux de la CGT étaient présents, et des syndicalistes ont précédé le député européen à la tribune. « Avec un mouvement social ou un mouvement citoyen comme Nuit debout, on est dans notre élément, appuie M. Coquerel. Ça nous renforce dans l’idée qu’il faut un rassemblement des insoumis. »

Dans son discours, M. Mélenchon a appelé à amplifier la manifestation du 14 juin, et critiqué un texte « dont personne ne veut, ni le peuple ni les parlementaires ». « Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que la lutte est notre dignité », a-t-il jugé.

Autre axe stratégique de sa campagne, l’écologie. « Règle verte » – « nous ne prendrons pas plus à la Terre que ce qu’elle est capable de reproduire » –, agriculture paysanne, « planification écologique ». M. Mélenchon cherche à s’adresser aux électeurs d’Europe Ecologie-Les Verts en grande difficulté. Débarrassé des compromis qui le liaient aux communistes, le député européen trace désormais son chemin. Sur le nucléaire, il appelle clairement à « sortir » de cette énergie pour passer au « 100 % renouvelable ». Idem sur l’Europe : le candidat souhaite « sortir des traités » et continuer son combat contre le traité transatlantique.

Veste noire sur chemise blanche, Jean-Luc Mélenchon a laissé tomber sa traditionnelle cravate rouge pour ce premier meeting de campagne. Il n’en oublie pas moins ses classiques et conclut son discours de trois quarts d’heure par un appel à entonner « le chant des premiers insoumis », La Marseillaise, et « celui du monde du travail », L’Internationale. Le poing levé, comme d’habitude.


 Raphaëlle Besse Desmoulières – lemonde.fr