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Madame Filippetti : on n’élit pas des députés, pour qu’ils s’abstiennent !

23/11/2014, 14:17 | PAR CITOYENNE57 EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DEHOTELDUNORD51 LE 23/11/2014 À 12:44

Aurélie Filippetti,fidèle à ses convictions et avec le sens des responsabilités qu’on lui connaît ici,s’est bel et bien abstenue lors du vote du budget 2015.Elle a partagé toutes les luttes des Lorrains.Tous mes respects à cette femme courageuse.

23/11/2014, 22:47 | PAR CPATRIAT EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE LANCETRE LE 23/11/2014 À 19:28

Mais d’où Lancêtre tire-t-il son chiffre farfelu sur le montant de l’indemnité touchée par un parlementaire ? La vérité passe par une division par 3! Mais peut-être parle-t-il encore en Francs ?

24/11/2014, 14:59 | PAR ELICAT EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE LANCETRE LE 24/11/2014 À 00:21

excellente réponse à tous les bisounours défenseurs des solfériniens.

NOUVEAU 25/11/2014, 17:53 | PAR GILLIANE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE ELICATLE 24/11/2014 À 14:59

Vous vouliez sans doute dire « défenseurs des députés et sénateurs de tous bords » ?

 

NOUVEAU 25/11/2014, 09:14 | PAR LIONEL MUTZENBERG EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE CPATRIAT LE 23/11/2014 À 22:47

Indemnité de base 7 100.15 en brut, soit, 5388.72 en net; dont une indemnité de fonction de 1420.03 € non imposable. Plus, une indemnité représentative de frais- non imposable, sans justificatif, de 5 770 €. Plus, une indemnité pour rémunérer ses collaborateurs, le téléphone, internet, de 9 804 €, toujours par mois. Enfin, par moi, et par vous, mais cela vous le savez, non ?

Et, cerise sur la gâteau, tout député peut remplir, un autre mandat à concurence, maximum, de 2 757 euros par mois, qui viennent s’additioner à la somme de 5 514.68 €, salaire de base

Une rémunération tout à fait conforme aux salaires moyens de nos compatriotes…bien évidemment.

Source Marianne n° 916 du mois de novembre 2014.

Est-ce là des rémunérations extravagantes par rapports à d’autres secteurs d’activités professionnelles ? Non, bien sur ! Mais elles empêchent de réfléchir aux vraies problèmes des autres; quand son assiette est pleine, l’on a moins faim.Et l’on a vite fait de penser que, si celles des autres est moins pleines, c’est un peu, de leur faute.

NOUVEAU 25/11/2014, 09:35 | PAR PHILIPPE PERRET EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE LIONEL MUTZENBERG LE 25/11/2014 À 09:14

« Est-ce là des rémunérations extravagantes par rapports à d’autres secteurs d’activités professionnelles? »

Contairement à vous, je répondrai, oui bien sur, sachant que le salaire moyen brut des francais est d’environ 2400 € par mois, soit net environ 1900 €, donc par rapport à d’autres secteurs d’activités professionnelles. Et que d’autres gagnent plus, beaucoup plus que les parlementaires, je pense que la plupart des francais s’en fichent.

mediapart.fr

 

Le salut fasciste de l’argentier de Marine Le Pen

Classé dans: Actualités

Ce sont des photos qui font voler en éclats la stratégie de « dédiabolisation » du Front national. Sur deux clichés qu’a obtenus le journaliste Thierry Vincent et que Mediapart publie, le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, Axel Loustau, fait un salut fasciste devant ses amis. À Canal Plus, M. Loustau a affirmé qu’il ne faisait que« saluer l’amitié et la présence » de ses « 150 amis ». Pourtant, de nombreux éléments recueillis par Mediapart montrent les rituels obsessionnels du trésorier de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen, comme de son ami Frédéric Chatillon, anciens membres du Groupe union défense (GUD), qui n’ont cessé de fréquenter la mouvance néofasciste européenne.

Axel Loustau et les responsables de Jeanne sont déjà au cœur d’une information judiciaire ouverte en avril sur des soupçons de « faux et usage de faux », d’« escroquerie en bande organisée », et élargie à de possibles faits d’« abus de biens sociaux »et « blanchiment en bande organisée », concernant le fonctionnement de l’association de financement de Marine Le Pen. Les enquêteurs se penchent notamment sur le système de prêts accordés aux candidats FN et la vente de kits de campagne.

La scène de la photo se déroule sur une péniche près de la tour Eiffel, à l’occasion du 40eanniversaire d’Axel Loustau, en février 2011. Parmi les invités figurent le vieil ami de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, ancien leader du GUD, et Minh Tran Long, ancien de la FANE, un groupuscule violent et ouvertement néonazi dissous dans les années 1980.

Axel Loustau lors de son 40e anniversaire, en 2011, sur une péniche, à Paris.Axel Loustau lors de son 40e anniversaire, en 2011, sur une péniche, à Paris. © Thierry Vincent / Mediapart
Axel Loustau (au centre) devant ses invités, à ses 40 ans, en 2011. À droite, Frédéric Chatillon. À gauche, Minh Tran Long.Axel Loustau (au centre) devant ses invités, à ses 40 ans, en 2011. À droite, Frédéric Chatillon. À gauche, Minh Tran Long. © Thierry Vincent / Mediapart

Mediapart a questionné Frédéric Chatillon et Axel Loustau au sujet de ces photos, ils ont tous deux réagi par l’envoi de « mises en demeure » de leurs avocats, expliquant qu’ils engageraient « sans délai une procédure pour diffamation » et « violation de la vie privée », en cas de publication de notre article (lire notre boîte noire). Notre confrère de Canal Plus a reçu la même mise en demeure de la part d’Axel Loustau. Marine Le Pen a fait savoir le 19 novembre par son chef de cabinet qu’elle « ne souhait(ait) pas réagir à (notre) article ».

Ces photos du trésorier de Jeanne sont révélées dans un documentaire de Canal Plus consacré à la recrudescence des violences à l’extrême droite, qui sera diffusé ce lundi soir dans l’émission Spécial Investigation. Pendant un an et demi, le journaliste Thierry Vincent a enquêté sur des violences ou agressions commises par des groupuscules d’extrême droite à Paris, Lyon, Lille, Clermont-Ferrand (notamment sur la mort du militant antifasciste Clément Méric). L’une des séquences est consacrée à Axel Loustau :

Cet ami et associé de Frédéric Chatillon fait partie du cercle des anciens du GUD, qui occupe une place grandissante auprès de la présidente du Front national. S’ils ne sont pas encartés au FN, ils travaillent avec lui, via leurs sociétés. Frédéric Chatillon a été le prestataire phare de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012. Axel Loustau et sa société Vendôme Sécurité ont assuré à plusieurs reprises la sécurité des Le Pen lors de meetings et événements frontistes. Déjà prestataire de la campagne 2012 de Le Pen, Minh Tran Long travaille avec la plus grande mairie FN, Fréjus. Tous trois sont au cœurdu QG de la rue des Vignes, dans le XVIe arrondissement de Paris, où sont installés les prestataires de confiance de Marine Le Pen, et où elle se rend parfois.

Axel Loustau, à droite de Grégoire Boucher, organisateur avec l'oreillette, lors du «Jour de colère» à Paris le 26 janvier 2014.Axel Loustau, à droite de Grégoire Boucher, organisateur avec l’oreillette, lors du «Jour de colère» à Paris le 26 janvier 2014. © M.T. / Mediapart

Candidat FN aux législatives de 1997, Axel Loustau, 43 ans, apparaît régulièrement dans des manifestations de l’extrême droite la plus radicale, à Paris :au traditionnel défilé du 9 mai ; au « Jour de colère », mobilisation ponctuée de slogans antisémites, en janvier, où Mediapart l’a aperçu aux côtés d’un organisateur ; ou encore à une manifestation des identitaires, en octobre 2010, où il était venu surveiller la nouvelle génération du GUD.

M. Loustau a aussi participé aux débordements en marge de manifestations contre le mariage pour tous, aux Invalides, à Paris, où il a été interpellé le 23 avril 2013. Malgré cela, il a été promu au fil des années. Il a été propulsé, en mars 2012, au poste clé de trésorier de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen. En septembre dernier, il est devenu, d’après Le Monde, le responsable du cercle Cardinal, un nouveau cercle du FN rassemblant des petits patrons.

D’après plusieurs documents et témoignages d’anciens de ce cercle du GUD recueillis par Mediapart, le bras tendu d’Axel Loustau n’est pas un geste anecdotique. De fait, s’ils ne sont plus officiellement aux manettes du groupe radical, les anciens gudards qui entourent Marine Le Pen – Frédéric Chatillon, Axel Loustau et Olivier Duguet (trésorier de Jeanne entre 2010 et 2012, condamné en juin 2012 dans une affaire d’escroquerie au préjudice de Pôle emploi) –, en ont gardé les traditions et le folklore.

Craignant des menaces ou des représailles, plusieurs témoins n’ont accepté de nous livrer leurs récits qu’à condition que leur anonymat soit préservé, mais certains d’entre eux se disent prêts à témoigner devant la justice. Un seul a accepté d’apparaître. Denis Le Moal, militant du GUD entre 1986 et 1995, qui a « beaucoup côtoyé Frédéric Chatillon », a livré en janvier un témoignage inédit, publié sur Mediapart, remis au tribunal de grande instance de Paris par le journaliste Frédéric Haziza, dans le cadre d’une procédure en référé engagée par Chatillon pour faire censurer des passages de son livre. Depuis, l’ancien gudard a donné à Mediapart un grand nombre de détails, malgré les « menaces de mort » qu’il affirme avoir reçues après s’être exprimé.

Marine Le Pen avec Frédéric Chatillon et Axel Loustau (à droite), en novembre 2013, à Paris. Dossier Figaro Magazine (mai 2014).Marine Le Pen avec Frédéric Chatillon et Axel Loustau (à droite), en novembre 2013, à Paris. Dossier Figaro Magazine (mai 2014). © Julien Muguet / IP3 Press / MaxPPP

Il faut dire que les gudards se sont déjà montrés menaçants. L’ancien rédacteur en chef de Minute, Bruno Larebière, a été frappé en public par Frédéric Chatillon, en juin 2010. Un mois plus tôt, nos confrères du Monde avaient raconté les menaces (et crachat) reçus de la part d’Axel Loustau lors du traditionnel défilé de l’extrême droite radicale. Sur Twitter, M. Loustau s’en est aussi pris à Mediapart (ici et ) et s’est amusé à poster la photo de l’auteure de ces lignes la veille d’une manifestation que nous couvrions. Lors de son enquête pour Canal Plus, Thierry Vincent a lui aussi fait l’objet d’intimidations de l’extrême droite.

Contacté par Mediapart, seul Minh Tran Long a accepté de confirmer sa présence à l’anniversaire d’Axel Loustau. « Cette soirée était festive, déclare-t-il, pour ma part aucune allusion et aucun doute possible. Tout sera toujours pris dans le sens qui intéressera vos médias. » « Cela m’étonne qu’une telle photo ait pu paraître, surtout si je suis dessus », ajoute-t-il. Sollicité, Olivier Duguet n’a pas répondu à nos questions.

Des rencontres avec l’ancien Waffen-SS Léon Degrelle

Olivier Duguet et Frédéric Chatillon lors d'un rassemblement pro-Bachar al-Assad, le 30 octobre 2011, à Paris.Olivier Duguet et Frédéric Chatillon lors d’un rassemblement pro-Bachar al-Assad, le 30 octobre 2011, à Paris. © Capture d’écran d’un documentaire de Canal Plus.

Que disent les témoignages recueillis par Mediapart ? Ils évoquent les soirées réunissant la fine fleur du GUD des années 1990, autour du trio Chatillon-Loustau-Duguet, dans leur quartier de prédilection, place Léon-Deubel, dans le XVIearrondissement de Paris, dans un bar ou dans les locaux de la société d’Axel Loustau.

Leurs sujets favoris restent « les juifs, les camps d’extermination »« Hitler, qu’ils appellent « Tonton » », relate un témoin. « Il n’y a pas une soirée où il n’y a pas un salut nazi. Quand ils sont entre eux, ils se lâchent complètement car ils sont en confiance. Et quand ils sont dans un restaurant où il y a du monde, leur blague est de faire des petits saluts, en levant juste la main. Toutes leurs conversations tournent autour de cela. »

Certains rendez-vous restent dans les mémoires. Comme cette soirée organisée chez un ancien du GUD, à deux pas de la place Charles-de-Gaulle, à Paris, pour commémorer la mort de Jörg Haider, leader de l’extrême droite autrichienne décédé en 2008, connu pour ses propos antisémites« Il y avait un portrait d’Haider sur la cheminée avec un ruban noir, pour célébrer la perte d’un grand homme. Ils faisaient des saluts nazis », raconte le même témoin. Ou encore la soirée d’anniversaire d’Olivier Duguet, en 2009, à son domicile dans les Hauts-de-Seine : « Des chants nazis étaient passés. Il y avait une quinzaine de personnes, pratiquement toutes chantaient. »

Par mail ou sur Facebook – sur des comptes où ils figurent parfois sous pseudonymes et dont ils changent souvent les noms –, les « blagues » et allusions au nazisme et aux juifs sont « permanentes », affirme l’un des témoins. Sur Facebook, le compte d’un certain « Alex Soulatu » – anagramme d’Axel Loustau et qui affichait sa photo – enchaînait, avec ses amis, des références implicites à la Shoah, ironisant sur « 6 millions de Franciliens inquiétés par le gaz ». Ces publications, datées du 22 janvier 2013 et que Mediapart s’est procurées, ont depuis été supprimées, ainsi que toute la page.

L’antisémitisme n’est pas seulement au cœur de prétendues « blagues ». « Leur référence, c’est Robert Faurisson (historien révisionniste maintes fois condamné pour avoir nié l’existence des chambres à gaz, ndlr) », affirme l’un des témoins. Au fil des années, Chatillon et certains gudards ont d’ailleurs assuré la protection des négationnistes Robert Faurisson et Roger Garaudy (exemple en 1998 – voir ce documentaire à 45’45) lors de leurs procès.

Frédéric Chatillon (au téléphone), lors du procès de Dieudonné et Robert Faurisson, le 22 septembre 2009, à Paris.Frédéric Chatillon (au téléphone), lors du procès de Dieudonné et Robert Faurisson, le 22 septembre 2009, à Paris. © Reflexes

Ce récit rejoint le témoignage de l’ancien militant du GUD Denis Le Moal, qui détaille dans une attestation de trois pages (à lire sous notre onglet « prolonger ») la « haine maladive des juifs » de Chatillon. Selon lui, « il ne s’agit aucunement d’erreurs de jeunesse », car ses « engagements de jeunesse » et ses « rapports avec les milieux néonazis français ou européens ne se sont jamais démentis ». Frédéric Chatillon, celui qui confectionne le matériel de propagande de Marine Le Pen et l’accompagne dans certains déplacements, connaît bien cette mouvance : il a travaillé lui-même à la principale librairie négationniste de France, Ogmios.

Il raconte ainsi comment, « sous (l’)impulsion » de Frédéric Chatillon, « le GUD prit un tournant antisémite et négationniste ». « Nous militions surtout par anticommunisme. Les juifs, avant l’arrivée de Chatillon, ce n’était pas notre problème », explique-t-il. Cette militance au GUD est parfaitement connue de Marine Le Pen : elle a été l’avocate de membres de cette organisation qui ont envahi les locaux de Fun Radio, en 1994.

F. Chatillon (à droite) et Jean-Pierre Emié, dit  « Johnny le boxeur » (à gauche), aux 25 ans du GUD, à la Mutualité, à Paris.F. Chatillon (à droite) et Jean-Pierre Emié, dit « Johnny le boxeur » (à gauche), aux 25 ans du GUD, à la Mutualité, à Paris.© Les Rats Maudits

Parmi les nombreux épisodes édifiants relatés par Denis Le Moal, le meeting des 25 ans du GUD, à la Mutualité à Paris, le 3 mai 1993. Organisé par Frédéric Chatillon, il « s’est transformé en réunion faisant l’apologie du nazisme lors de l’intervention du délégué allemand Franck Rennicke, se concluant par une série de “Sieg Heil” accompagnés de “saluts nazis” », relate-t-il.

Dans Les Rats maudits, un livre publié« sous la direction de Frédéric Chatillon » en 1995 et qui retrace les trente années du GUD, les auteurs expliquent, à l’occasion de ce meeting, que « le danger rouge n’existe plus » et que « l’ennemi change » « On retrouve aujourd’hui côte à côte les marxistes, les sionistes, et les libéraux alliés contre les défenseurs de l’identité nationale. »

D’après M. Le Moal, Chatillon « organisait » à l’époque, « chaque année », « un dîner le jour de l’anniversaire du “Führer” le 20 avril, pour rendre hommage à “ce grand homme” ». Présent à l’un de ces dîners, « dans un restaurant de Montparnasse », l’ex-gudard explique que Chatillon était venu avec « un portrait peint d’Adolf Hitler », et qu’il le présenta au cours du dîner « en prononçant ces mots “mon Führer bien-aimé, il est magnifique”, avant de l’embrasser ». Il assure aussi que l’ancien président du GUD « organisait, alors qu’il était étudiant, des soirées “pyjamas rayés” en allusion aux tenues de déportés juifs ».

Les activistes ultras n’hésitaient pas à rencontrer d’anciens dignitaires nazis. En 1992, Frédéric Chatillon et ses camarades rendent visite, à Madrid, à l’ancien Waffen-SS Léon Degrelle – ce fondateur du mouvement collaborationniste Rex en Belgique, qui estimaitqu’« Hitler c’était le génie foudroyant, le plus grand homme de notre siècle ». Dans le documentaire « Léon Degrelle ou la Führer de vivre », diffusé sur la RTBF en 2009, Chatillon raconte, filmé de dos, leurs « dîners » et « réunions » avec l’ancien Waffen-SS, qu’il a vu « régulièrement »« Il nous donnait l’envie de combattre, enfin de militer pour nos idées. On revenait de là, on était galvanisés. On avait vraiment envie de continuer dans notre engagement, nos idées, c’était vraiment des moments très très forts », témoigne-t-il :

Dans ce film, on voit également Axel Loustau se faire dédicacer, en 1992, le livre de Degrelle, en lui adressant une poignée de main et un « mon Général, c’est un très grand honneur » :

Axel Loustau (à 21 ans) avec Léon Degrelle lui dédicaçant son livre, en 1992, à Madrid.Axel Loustau (à 21 ans) avec Léon Degrelle lui dédicaçant son livre, en 1992, à Madrid.© Documentaire « Léon Degrelle ou la Führer de vivre »

Frédéric Chatillon se serait également vu offrir, par le général Tlass, « à l’occasion de son premier séjour en Syrie »« un magnifique exemplaire de Mein Kampf en arabe », rapporte Denis Le Moal. Ce qui lui aurait valu d’être « interpellé pour un débriefing par les services français à sa descente d’avion », à Paris.

C’est « après cette visite en Syrie » que les actions du GUD prenant « pour cible des intérêts ou symboles juifs en France » auraient commencé, selon M. Le Moal. D’après lui, elles auraient été organisées par Chatillon « du début à la fin ». Il se souvient notamment d’une « attaque de la manifestation de la communauté juive devant l’ambassade d’Allemagne, par une trentaine de gudards », dont « Frédéric Chatillon, Axel Loustau et Olivier Duguet », au début des années 1990.

La proximité de Frédéric Chatillon avec Soral et Dieudonné

Frédéric Chatillon, Dieudonné et le négationniste Robert Faurisson, au théâtre de la Main d'or, en 2009.Frédéric Chatillon, Dieudonné et le négationniste Robert Faurisson, au théâtre de la Main d’or, en 2009. © Reflexes

Plus récemment, Frédéric Chatillon n’a pas non plus caché sa grande proximité avec les nouveaux « polémistes » antisémites Alain Soral et Dieudonné. À plusieurs reprises, au Zénith et au théâtre de la Main d’Or, il a assisté au spectacle de Dieudonné, « un pote », expliquait-il à Mediapart en 2012. Dans les années 2000, l’ancien leader du GUD est à la confluence du rapprochement des deux hommes avec le Front national. 

Il était notamment présent, ainsi que Jean-Marie Le Pen, au Zénith en décembre 2008, lorsque l’humoriste a remis à Faurisson sur scène un prix de « l’infréquentabilité et de l’insolence », apporté par une personne habillée en déporté juif. Ce proche de Marine Le Pen s’amuse depuis à s’afficher sur les réseaux sociaux faisant des « quenelles », ce geste popularisé par Dieudonné, et considéré par certains comme un « salut nazi à l’envers » :

F. Chatillon s'affichant sur les réseaux sociaux faisant une quenelle en juillet et août 2013 (avec le boxeur Jérôme Le Banner).F. Chatillon s’affichant sur les réseaux sociaux faisant une quenelle en juillet et août 2013 (avec le boxeur Jérôme Le Banner).

Chatillon escorte Alain Soral lorsqu’il est expulsé d’une dédicace mouvementée à Sciences-Po, en 2006 (voir la vidéo à 7’). En 2009, c’est Axel Loustau qui assure la protection de Dieudonné, lors d’une manifestation de soutien à Gaza, comme on le voit sur ces images.

Alain Soral et Frédéric Chatillon à la fin des années 2000. Photo postée sur le Facebook d'Alain Soral.Alain Soral et Frédéric Chatillon à la fin des années 2000. Photo postée sur le Facebook d’Alain Soral.

Soutien du régime syrien, l’ex-président du GUD s’est rendu en Syrie et au Liban avec Dieudonné et Soral en août 2006 (voir les photos de REFLEXes). Encore aujourd’hui, le tandem Chatillon-Loustau soutient implicitement Soral en relayant sur Internet les attaques visant Aymeric Chauprade, le conseiller international de Marine Le Pen, en conflit ouvert avec le polémiste.

Leur ami Minh Tran Long précise lui qu’il n’a « pas pris part à ces élucubrations » évoquées par Mediapart. « S’ils (Frédéric Chatillon et Axel Loustau, ndlr) sont mis en cause, cela les regarde, mais je ne supporterai pas les amalgames à deux balles. » Ancien de la FANE, organisation néonazie, Minh Tran Long « ne regrette rien » de son militantisme, mais le considère comme « passé » et « derrière (lui) ».

Ces photos montrant Axel Loustau en train de faire un salut fasciste relancent en tout cas la question de l’antisémitisme au Front national. Marine Le Pen, arrivée en 2011 à la tête du parti, a plusieurs fois pris ses distances avec les propos polémiques de son père. Jean-Marie Le Pen s’est illustré par ses propos antisémites (sur les chambres à gaz qualifiées, encore en 2009, de « détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale », sur un ministre surnommé en 1987 « M. Durafour-Crématoire » ou, en juin, sur la « fournée » et Patrick Bruel).

En 2008, devant le tollé, Marine Le Pen explique qu’elle « ne partage pas sur ces événements la même vision que (s)on père ». L’année suivante, elle indique qu’elle« ne pense pas » que les chambres à gaz « soient un détail de l’Histoire ». En 2011, après son intronisation, elle déclare au Point : « Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps et dans quelles conditions. Ce qui s’y est passé est le summum de la barbarie. »

Frédéric Chatillon accompagnant Marine Le Pen lors de sa visite en Italie, en octobre 2011.Frédéric Chatillon accompagnant Marine Le Pen lors de sa visite en Italie, en octobre 2011. © Capture d’écran d’un documentaire de Canal Plus.

Néanmoins, Marine Le Pen n’a jamais retiré à son père son titre de président d’honneur du Front national, ni condamné sur le fond ses propos antisémites. Lorsque, en septembre 2013, un futur candidat frontiste aux municipales dans le Nord poste sur Facebook des publications antisémites, la patronne du FN ne le suspend qu’après qu’un député UMP a médiatisé l’affaire.

Surtout, Marine Le Pen continue de faire travailler et de confier les finances de son micro-parti à ce noyau d’anciens du GUD mené par Frédéric Chatillon. Dès 2007, lorsqu’elle dirige la campagne présidentielle de son père, elle s’« appuy(e) sur des personnes de l’extérieur et non sur les cadres maison », rapporte Valérie Igounet, spécialiste de l’extrême droite et du négationnisme, dans sa très documentée Histoire du Front national (Seuil, 2014). L’historienne cite « l’avocat Philippe Péninque, « figure de la droite extrême » et ami de Marine Le Pen », « Frédéric Chatillon, Alain Soral » qui seront « les vrais instigateurs de la campagne « à contre flots » (titre que Marine Le Pen a donné à son livre en 2006, ndlr) ».

 

« Depuis son accession à la présidence, et bien qu’elle s’en défende, Marine Le Pen préserve des contacts avec l’extrême droite traditionnelle, conclut la chercheuse dans son livre, en évoquant « son ami Frédéric Chatillon », qui « reste en relation avec des néofascistes et la mouvance négationniste de Dieudonné M’Bala M’Bala ».

Louis Aliot, numéro deux du FN, avait expliqué dans un entretien avec l’historienne que « la dédiabolisation (du FN, ndlr) ne porte que sur l’antisémitisme » car « c’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous ». En 2013, la direction du FN a de nouveau demandé à ses candidats de « respect(er) la ligne politique du parti » et de ne « pas se laisser aller à des délires personnels ou idéologiques ».

Et pourtant. Une étude de la Fondation pour l’innovation politique (FondaPol), proche de l’UMP, publiée le 14 novembre, démontre que l’antisémitisme reste fort au Front national. Ce que confirme L’Express, qui a exhumé le 18 novembre des publications antisémites de responsables et ex-candidats frontistes, dont des propos sur les juifs tenus en 2013 sur Facebook par le conseiller économique de Marine Le Pen, Bruno Lemaire. « Il n’est pas contraire à la réalité de penser que le lien des juifs aux puissances financières est une vérité historique – et encore actuelle – mais que la persécution qu’ils ont subie au XXe siècle est là encore une vérité historique », avait-il notamment écrit. Le conseiller a dénoncé un « mauvais procès », tout en justifiant : « C’est peut-être maladroit, mais je pense que c’est important de dire les choses telles qu’elles sont. »

MARINE TURCHI – mediapart.fr

Une passion cent bornes

Classé dans: Actualités, Sport

centbornes

 

Par manque de moyens financiers et de visibilité, le 100 kilomètres sur route peine à exister. L’équipe de France, composée d’amateurs, est néanmoins présente aux Mondiaux organisés au Qatar

Ludovic Dubreucq ne cache pas sa joie. En cette fin du mois d’octobre, son visage angulaire affiche un sourire de grand gamin. A 37 ans, un âge synonyme de fin de carrière pour beaucoup de sportifs, il vient de réaliser ce qui n’était même pas un rêve de jeunesse. Dans une chambre au décor monacal du centre d’entraînement d’Andrézieux (Loire), il s’extasie devant son nouvel équipement tricolore. L’encadrement technique a même trouvé un cuissard à sa taille alors que ses quadriceps sont à peine plus épais que ses mollets.  » Quand on m’a appris que j’allais rentrer dans la sélection, j’étais tout fou, résume-t-il. C’est énorme.L’équipe de France, c’était inimaginable. « 

Vendredi 21  novembre, Ludovic Dubreucq prend le départ des championnats du monde du 100 kilomètres sur route, à Doha. La course à pied lui était pourtant presque inconnue il y a huit ans. Il a débuté  » sur un pari, avec mes deux frangins. Je fumais, je n’étais pas fait pour aller courir. On a commencé par un petit cross. Depuis, je ne me suis pas arrêté « . Du 10 kilomètres au marathon, il goûte alors à tout, écume les podiums régionaux, tutoie les 2 h 30 aumarathon. La semaine, il jongle entre les entraînements et ses  » petits boulots « d’intérimaire. Et quand on lui demande pourquoi, à l’automne 2013, il se décide à courir son premier 100 kilomètres à Amiens, où son chrono de 7 h  13 min  05 s lui vaut d’être sélectionné pour aller au Qatar, sa réponse a de quoi surprendre :  » Etant un ancien gros fumeur, je n’ai pas assez de souffle pour être performant sur les distances plus courtes, où le rythme est plus élevé. « 

Des parcours atypiques, l’équipe de France du 100 kilomètres présente au Qatar – six hommes et trois femmes – en compte une ribambelle. A commencer par le doyen des Bleus chez les hommes, Régis Raymond, 43 ans, ouvrier dans une usine de métallurgie de la région de Dijon. Comme beaucoup, ils’est sérieusement mis à la course à pied sur le tard,  » à 25 ans « . Pour se rendre à son travail, à 30  kilomètres de chez lui, il court. Et accumule désormais 200 kilomètres d’entraînement hebdomadaire.

A Andrézieux, le responsable du stage de préparation des  » cent-bornards « , Christophe Buquet, présente lui aussi un CV peu commun. Ancien triathlète de haut niveau, il a découvert le 100 kilomètres  » un peu par hasard « , la trentaine largement passée. Salarié du Moulin-Rouge depuis une quinzaine d’années, il transmet son savoir-faireà une équipe qui manque d’expérience internationale. On pourrait aussi citer la discrète Gwenaëlle Guillou, 44 ans, comptable en Bretagne et auteure de 8 h  18 min  02 s, un chrono international, pour son premier 100 kilomètres cette année, deux ans après son premier marathon.

Le  » 100 bornes « , ainsi que l’appellent souvent les spécialistes de l’ultrafond, apparaît comme une porte d’entrée pour des athlètes qui n’auraient pas eu accès à l’équipe de France sur des distances plus courtes. Beaucoup sont arrivés sur cette épreuve après en avoir disputé des moins longues, ce qui explique la moyenne d’âge élevée, proche des 40 ans. La discipline reste méconnue, loin du succès des épreuves de trail.  » Quand on dit que l’on fait du 100 kilomètres, j’entends souvent en réponse : à vélo ou en voiture ? « , s’amuse Jérôme Bellanca, un ingénieur de 37 ans, champion de France 2013 de la distance et membre des Bleus.

En France, le 100 kilomètres, apparu il y a une quarantaine d’années, demeure assez confidentiel. La première épreuve de ce type vit le jour à Millau, en  1972. Aujourd’hui,  » une douzaine sont organisées en France chaque année, avec quatre ou cinq grosses épreuves, précise Jean-François Pontier, manageur du hors stade à la Fédération française d’athlétisme et présent à Andrézieux pour encadrer le stage. Le 100 bornes est une épreuve difficile à organiser « .

Organisés chaque année depuis 1987, les Mondiaux du 100 kilomètres, qui avaient été prévus en Corée du Sud, n’ont finalement pas eu lieu. Cette année, le Qatar a offert une porte de sortie à l’International Association of Ultrarunners, l’organisateur des championnats internationaux de l’ultrafond, après la défection de la Lettonie, où auraient dû se dérouler les Mondiaux à la fin de l’été.  » Il y a actuellement un vrai souci économique, qui fait que les épreuves moins médiatiques sont touchées en premier « , observe Jean-François Pontier.

La distance n’est pas bling-bling : personne ne vit du 100 kilomètres. Les primes de podium sont rarissimes. Au Qatar, l’enveloppe globale pour récompenser les meilleurs spécialistes mondiaux parmi les quelque 200 participants s’élève à 10 000  dollars (7 980  euros). Certains des athlètes français les plus performants sur la distance arrivent à glaner de menues aides auprès d’un équipementier ou d’une marque de boisson énergisante, mais tous ont un métier à côté. Amateurs, ils doivent apprendre à gérer leurs entraînements avec une rigueur professionnelle.

A Andrézieux, lors du seul stage de l’année réunissant l’équipe de France du 100 kilomètres, les coureurs partagent leurs déjeuners dans un gymnase municipal, juste à côté des enfants d’un centre aéré. Un environnement idéal pour ne pas attraper la grosse tête. Mais le risque apparaît faible chez ces compétiteurs, assure Jean-François Pontier :  » Ce sont des gens humbles. Ils sont attachants et habitués au goût de l’effort. « 

Cette humilité se traduit dans l’approche de l’épreuve, où les meilleurs hommes courent pendant plus de six heures et les meilleures femmes en moins de huit  heures.  » Il faut respecter la distance, explique Ludovic Dubreucq, gérer son parcours et surtout avoir un gros mental. A un moment ou à un autre, cela devient dur pour tout le monde, du meilleur au dernier du peloton. «  Durant le stage à Andrézieux, fin octobre, entre les réunions de sensibilisation sur l’importance des ravitaillements et la préparation optimale de la compétition, le message a été martelé par Christophe Buquet :  » N’essayez pas de surjouer, on vous a pris pour ce qu’on a vu aux précédentes compétitions. Plus que partir prudemment, il faut faire preuve de bon sens. « 

 » Il faut savoir se mettre le frein « , résume Magali Reymonenq. A 45 ans, elle compte 19  sélections sur le 100 bornes, une longévité inhabituelle. Et la vétérane d’expliquer :  » Il faut être capable de résister dans la souffrance et de se dire que ça va revenir. Tu morfles, mais ça va revenir. «  De par sa longueur, l’épreuve offre d’inévitables passages à vide, mais aussi des moments d’euphorie.  » Il faut aimer l’effort d’endurance en lui-même. Au bout d’un certain temps, on est bien dans sa foulée, les kilomètres défilent et on ne s’en rend même plus compte « , décrit Jérôme Bellanca, capable de maintenir une moyenne proche de 15 kilomètres-heure durant toute l’épreuve.

Les cent-bornards rejettent l’étiquette de têtes brûlées. Leurs entraînements ne sont pas beaucoup plus copieuxque ceux des marathoniens de haut niveau. Ampoules, ongles abîmés, problèmes digestifs, les douleurs bénignes sont légion, mais les blessures plus graves ne sont pas plus nombreuses, assure Arthur Brulé, médecin du sport chargé des équipes de 100 kilomètres depuis 2006 :  » Ces épreuves sont physiologiquement très éprouvantes, mais on observe moins de blessures dans les épreuves d’ultra que dans les autres. « «  Il faut être solide. La difficulté de passer du marathon au 100 kilomètres, c’est la destruction musculaire, ajoute Jean-François Pontier. Les coureurs de 100  bornes ne sont pas aussi légers que l’image que l’on se fait du marathonien de haut niveau. Il faut être capable de résister pendant plus de six heures à l’accumulation des chocs. « 

Vendredi  21, au Qatar, il faut aussi se faire à la chaleur potentielle et à l’horaire, inhabituellement tardif : le départ a été programmé à 18  heures pour courir de nuit. Autour d’un parcours de 5 kilomètres intégralement éclairé, les concurrents disposent de trois zones de ravitaillement, de deux brumisateurs et d’une station d’épongeage à chaque boucle pour éviter la surchauffe.

Derrière le Japon, dominateur de la discipline, l’Italie ou les Etats-Unis, l’équipe de France masculine vise un podium par équipes – les temps cumulés des trois meilleurs par nation – qu’elle n’a plus quitté depuis 1999, sauf en  2004. Les femmes n’y prétendent pas. Preuve que la discipline a du mal à susciter de nouvelles vocations, c’est sur une talentueuse  » retraitée « , Laurence Klein, deuxième des Mondiaux de 2007, que reposeront les espoirs de renouveau chez les femmes. A 55 ans et après une parenthèse de plusieurs années, elle a décidé de se remettre au  100 bornes.

Yann Bouchez – lemonde.fr

 

 

Le mythe de la 6 ème république

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Le bon peuple pense et imagine individuellement, dans le même temps où il rumine collectivement, le mortier des fondations de sa maison.

Cristallisant littéralement ses ambitions et ses rejets, il façonne brique après brique, la société. Elle s’organise pour abriter et retenir à l’intérieur d’une enceinte de lois, de coutumes et de routines éprouvées, le développement de chacune et chacun, avec ou contre, mais relié ou liés. Le monde se fait ensemble, quoi qu’il se passe, à l’arrivée de la destinée.

L’humain, on le sait, vit son histoire sans la penser, à l’instant où elle l’étreint. Le décalé obligé entre les évènements et les leçons que l’on en tirera prend du temps, il produit de toute façon une conclusion qui correspond moins à la réalité qu’à des aspirations, anciennes qui disparaissent avec leurs conditions, – nouvelles, elles dessinent déjà les lendemains.

L’image perçue, induit le jugement, elle conviendra simplement à donner aux actions le sens qui paraît nécessaire.

On l’appelle légitimité.

Si l’on considère froidement le capitalisme, le mythe qui le porte, aussi puissant que l’injonction du sacré qui courbe tant d’êtres devant les divinités, donne la réussite et le mérite individuel pour les moteurs du genre humain.

Le milliardaire fait exemple pour ses valets, qui ne rêvent que de l’imiter, retraites chapeaux mirifiques, luxe inouï, puissance indicible, les valets des grands participent à les soutenir, portés par le goût de leur ressembler.

L’enracinement de l’idée traverse toutes les couches de la société, comme une épine dorsale qui s’assouplit aux réussites exemplaires, se renforce de muscles à l’aune des gains inimaginables de quelques uns, qui doublent leurs voisins, grâce à ce qu’on croit de la chance dans la course vers les sommets économiques et financiers, mais c’est un ordre particulier prévu et prévisible.

Chacun peut réussir, voilà le mythe capitaliste, qui ignore soigneusement que d’autres n’ont plus depuis très longtemps ni l’envie, ni l’obligation de participer à la religion de la promotion par la lutte personnelle.

Tout est joué dès la naissance, à 99%, pour 99% des gens, on sait qui va gagner et qui restera derrière, voire disparaitra dans les caniveaux de l’exploitation. Le 1% restera toujours aux commandes.

Le socialisme est une idée qui soutient que la réussite s’établit collectivement, autour de l’égalité et de la solidarité.

Un autre mythe, aussi puissant que le premier, qui porte en avant les facettes particulièrement bien éclairées du meilleur de l’âme humaine, quand elle se tourne vers les victimes des systèmes de l’exploitation, que nous construisons obligatoirement.

La grandeur personnelle est présente autrement, au service du collectif, le mythe du héros fonctionne encore aussi bien qu’il fait marcher le capitalisme.

Il se tourne vers la stabilité et la prospérité du groupe, son action moralement légitimée par le progrès, la loi de la prépondérance du bien-être du grand nombre, au nom de la raison et de la morale de la défense des faibles. Il reste présent, au gré des ans et des changements de l’équilibre des forces, bien qu’à ce jour, ses valeurs soient en révolution.

Les leaders connaissent la force et l’efficacité des mythes.

Ils donnent une vision, une foi, ils font de chacun l’artisan du changement, une fois réunis autour d’un but élevé, qui dépasse l’individu et se sublime dans le groupe, si ce n’est tendu vers l’idéal mythique, au moins dirigé.

Une symbolique sommaire suffit à déclencher des leviers qui basculent le monde et les sociétés.

En France, le sentiment républicain a ouvert au monde une lumière qu’il attendait. Les valeurs de la Révolution ont mêlé et ordonné des idées et leurs morales, ensemençant partout l’imaginaire  qui a produit d’abord en Europe, puis ailleurs, la démocratie moderne. Dans le pays, elle a pris une forme à part, liée à la géographie et à l’histoire des populations, la république nationale, creuset de différences phénoménales, mais mythe unificateur survolant les derniers siècles.

Devant la situation des idéologies, aujourd’hui, et la domination totale du mythe capitaliste, pour le camp de celles et ceux qui veulent du changement, et promouvoir sinon l’anti-capitalisme, au moins la restriction des méfaits du néo-libéralisme, le mythe socialiste étant désormais bien moins partagé, on doit regarder ceux qui restent à disposition. Ils sont des armes dont la contestation ne peut ni ne doit se priver.

Le mythe révolutionnaire a fonctionné partout, appuyé sur la violence et l’élimination physique des adversaires, aujourd’hui il ne peut renverser l’ordre établi.

Par contre, la république, son imaginaire de lois égales pour tous, sa justice impartiale et son ordre parfait, peut effectivement faire beaucoup.

On peut y aspirer sans abandonner d’autres mythes aussi structurant et fondateurs des moteurs de l’âme individuelle et collective.

Elle ne se réalisera jamais, on le sait, au moment même de son installation, la vie et les hommes en feront autre chose que ce qu’ils disent ou ont pensé.

Mais on n’a pas d’autres moyens, aussi définitifs et efficaces que de s’y rallier.

L’avenir est toujours rêvé.

PASSIFOU – mediapart.fr

La Jeanbernatte plébiscitée par ses lecteurs

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Le futur congrès sort le PS d’un coma profond

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Les socialistes ont entériné la date de leur prochain congrès, en juin 2015. Commence désormais un rituel où devraient s’affronter deux blocs, l’un soutenant l’orientation gouvernementale, l’autre la critiquant. Il reste à connaître le rôle des protagonistes, notamment Jean-Christophe Cambadélis, Martine Aubry, Benoît Hamon et Emmanuel Maurel, ainsi que l’impact des élections départementales de mars annoncées comme calamiteuses.

Éléphants dans la brume. Entraîné dans un délitement paraissant jusqu’ici inéluctable, le parti socialiste voit son appareil déliquescent s’ébranler de façon inattendue. Samedi, son conseil national (en tout cas, un peu moins de 200 de ses membres, sur 330) a bouleversé la donne de son épuisement programmé. En décidant de façon inattendue d’organiser un congrès début juin 2015, le PS tente de se replacer au centre du jeu politique d’une gauche de gouvernement à la dérive, sans autre cap que celui d’une hypothétique amélioration de la situation économique.

Signe de sagesse ou de faiblesse, selon les points de vue, l’exécutif s’est finalement laissé imposer un calendrier plus rapide qu’il ne le souhaitait. Les proches de Manuel Valls et François Hollande plaidaient pour un congrès en 2016, mais la haute autorité du PS a réaffirmé la nécessité pour un parti démocratique de respecter ses statuts

Désormais, chez les récalcitrants d’hier, on s’accommode tant bien que mal de la situation d’aujourd’hui. « C’est décidé, alors il faut faire avec », explique le ministre Stéphane Le Foll. Quitte à choisir l’année 2015 et non 2016, il regrette même que le congrès n’ait pas lieu dès février prochain! Pour ce fidèle de longue date du président, qui anime le courant “hollandais” au sein du PS, il s’agit désormais de se lancer dans un exercice de« clarification, mais sans se déchirer ». Il estime que le parti doit avant tout éviter « de se retrouver comme à Liévin (en 1994), quand le parti s’est marqué à gauche pour appeler dans le même temps Jacques Delors à se présenter à la présidentielle ».

Pour le député Carlos Da Silva, suppléant et proche du premier ministre, « il faut espérer que la tonalité de ces derniers mois change, que la responsabilité et le respect permettent d’arriver au rassemblement à la fin des débats du congrès ». Lui, comme d’autres dans la majorité actuelle du parti, se dit « rassuré », mettant en avant les états-généraux portés par Jean-Christophe Cambadélis.« Ça a apaisé les esprits, la discussion s’est libérée, les militants se sont remis au boulot », dit Da Silva.

Pour autant, si la remobilisation de la base militante fait l’unanimité dans le parti, la proposition de charte issue de ces états-généraux, qui semble « ancrée à gauche »,« bien écrite » ou « généreuse » aux dires mêmes des responsables les plus critiques de l’orientation gouvernementale, suscite déjà des réserves. « Cela pose tout de même un sérieux problème entre le dire, en l’occurrence l’écrit, et le faire », souligne Emmanuel Maurel, chef de file de l’aile gauche du parti. D’autres redoutent que le « molletisme ne gagne le PS », claironnant à gauche quand sa pratique du pouvoir ne cesse de dériver à droite.

Ce projet de charte, écrit par le n°2 du parti Guillaume Bachelay (également député et suppléant de Laurent Fabius), ne définit finalement pas le « nouveau progressisme » souhaité par Cambadélis (terme abandonné devant l’hostilité majoritaire au BN). Il a été adopté par le bureau national du PS par 24 voix et 9 abstentions, mardi soir. Le texte (lire ici), qui doit être adopté par les militants le 3 décembre, affirme le« primat du politique sur l’économisme », souligne « l’objectif du plein emploi » et considère que « la fiscalité doit favoriser le réinvestissement des bénéfices plutôt que la distribution de dividendes aux actionnaires… ». « C’est le cadre du débat du congrès, juge Carlos Da Silva, porte-parole du parti. On peut avoir un consensus sur les frontières de ce cadre. »

Le congrès doit justement permettre de lever ces ambiguïtés, même si sa perspective enfin claire semble avoir refroidi les ardeurs de chacun. Il y a des rites à respecter à nouveau, après des initiatives critiques tous azimuts et les désirs de ruptures relatives qui se sont exprimés à l’assemblée ou sur les tréteaux des universités d’été. Se réunir entre diverses sous-sensibilités d’ici la fin de l’année, envisager le dépôt d’une contribution commune, tout en faisant campagne pour les départementales de mars… Puis envisager le grand saut du dépôt d’une motion, peu après ce scrutin local qui a tout du grain de sable potentiel dans la mécanique graissée d’un congrès du PS. Voilà le nouvel horizon des responsables socialistes.

 

  • Les élections départementales comme préalable

D’ores et déjà, les prévisions catastrophiques circulent à Solférino, à propos du futur scrutin départemental, sans que l’on ne sache si elles relèvent de l’intox, afin de relativiser la déroute à venir, ou de réelles études approfondies. La perte d’une quarantaine de départements et un score national entre 10 et 13 % sont évoqués.

Une telle sanction électorale pourrait déboucher sur un congrès cathartique, où pour la première fois de son histoire, un exécutif socialiste ne serait pas soutenu par son parti. Cette hypothèse n’est pas évidente, tant elle dépend aussi de la réalité de l’effectif militant du PS, comme de la capacité de son appareil en ruines à contrôler encore les votes internes. « Cela dépendra de l’état d’esprit des militants encore présents, explique le député Pascal Cherki. Soit ils sont tétanisés, se replient sur eux-mêmes et font bloc comme dans un congrès de crise du PCF. Soit ils expriment leur colère et se révoltent. »

Des départementales aux airs de débandade – ce qui apparaîtrait comme une victoire pour Nicolas Sarkozy chef de parti – pourraient provoquer un « troisième temps inattendu du quinquennat », pronostiquent certains. Ceux-là imaginent alors un changement de premier ministre, plus compatible avec un retour à gauche, comme Martine Aubry ou Claude Bartolone. « Dans un tel cas, ça changerait tout et il faudrait repartir à zéro, d’un point de vue stratégique », explique un député PS critique. « Ce congrès devient le levier principal pour faire pression sur le président de la République, estime le député critique Laurent Baumel. La question de l’inflexion à gauche du gouvernement redevient centrale, là où le débat est devenu difficile au parlement. »

Cette incertitude face aux événements est clairement à l’avantage de Jean-Christophe Cambadélis, expert-tacticien dans la maîtrise des circonstances aléatoires depuis qu’il a pris la tête du parti. Mais son leadership est tout aussi fragile que le pouvoir aux pieds d’argile qu’il tente, bon an mal an, d’accompagner.

Jean-Christophe Cambadélis, Martin Schulz et Manuel Valls, lors de la campagne européenne, en mai 2014Jean-Christophe Cambadélis, Martin Schulz et Manuel Valls, lors de la campagne européenne, en mai 2014 © Reuters
  • Cambadélis, haut, bas, fragile

Il a aujourd’hui autant de chances de se succéder à lui-même que de rejoindre Harlem Désir, Michel Rocard ou Henri Emmanuelli au panthéon des premiers secrétaires éphémères du PS. Pour l’heure, « Camba » la joue à mi-distance de Valls et de l’aile gauche. « Son attitude dépendra de Valls, s’il reste ou s’il part, ou de quelle façon il part », croit savoir un de ses amis.

Si le premier ministre reste à Matignon après les départementales, il saura le tenir à l’écart du congrès, tout en espérant réunir ses proches avec les hollandais, et en profitant au maximum de son amitié parfois surjouée avec Martine Aubry. Enéquilibriste d’un PS sur le fil, il entend rester le seul dénominateur commun possible entre première gauche, deuxième gauche et après-gauche… « Mon objectif n’est pas de faire un congrès sur la politique gouvernementale, mais de faire en sorte qu’il soit utile à la fin du quinquennat, se contente-t-il pour l’heure d’affirmer. On doit montrer que les socialistes sont capables de se rassembler sur une position. Certes en faisant l’inventaire de ce qui a fonctionné ou pas, mais surtout en faisant des propositions. »

Cambadélis se fait stratège avant tout, pour conserver la direction d’un parti qu’il a mis tant de temps à conquérir (il était déjà le n°2 de Lionel Jospin en 1995). Il ne répond pas aux questions sur la ligne politique, mais souligne que « la clé de la vie politique française passe, aux yeux de nos adversaires ou concurrents, par un éclatement du PS ». Or, estime-t-il, les militants ne feront pas ce cadeau aux autres forces politiques, et il appelle dès maintenant ses « camarades » à « avoir en tête la radicalisation de la droite et la façon dont l’extrême droite affine son modèle ».

Sa position centrale dans un parti aussi démonétisé n’est toutefois pas si confortable qu’elle en a l’air. L’homme n’a pas vraiment de troupes à lui, en dehors de son réseau militant essentiellement parisien et francilien, issu de l’Unef et de la Mnef des années 1990. « Il est soutenu par qui, en vrai ?!, relativise ainsi un cadre du courant hollandais “Répondre à gauche”. Il n’est là que parce qu’il est connaisseur du parti, qu’il est disponible et qu’il ne pouvait pas faire pire que Harlem. » Il n’est d’ailleurs pas sûr que le choix de la date de juin 2015 pour le congrès ait remonté sa cote auprès de l’exécutif. Deux concurrents se sont pour l’instant dressés face à lui, Benoît Hamon et Emmanuel Maurel. « Pourquoi faudrait-il sauver le soldat Camba ? s’interroge ce même cadre hollandais. C’est une des questions à trancher dans ce congrès… »

Du côté de l’opposition interne à la politique gouvernementale, on s’interroge aussi sur l’avenir du premier secrétaire. « Ses efforts et ses critiques ne sont audibles que pour les journalistes et une partie de l’appareil du parti, explique un responsable des “frondeurs” du collectif Vive la gauche. S’il veut s’imposer, il faudrait qu’il parvienne à vraiment faire plier le gouvernement sur un sujet fort d’ici le congrès. Mais est-il capable de le faire ? »

Pour l’heure, l’intéressé fait comme si de rien n’était, bien décidé à s’avancer dans le congrès comme un sortant souhaitant être reconduit sans discuter. Samedi, il a annoncé qu’« il y aura une contribution et une motion Cambadélis », sur l’air du qui m’aime me suive, et en plus vous n’avez pas le choix. Réplique, « à titre personnel », du député Christian Paul, proche de Martine Aubry et l’un des meneurs de la contestation au parlement : « Il n’y a pas d’hostilité vis-à-vis de Cambadélis, mais il n’y a pas d’automaticité à le soutenir non plus. » À ses yeux, « le parti a plus que jamais besoin de vitalité démocratique, et surtout pas de voir le débat tué avant de commencer : on n’est pas condamné à devoir choisir entre Manuel et Valls ».

 

  • Aubry, combien de divisions ?

Au début de l’été, à la buvette de l’Assemblée, François Lamy avait annoncé la couleur à Bruno Le Roux, président du groupe PS et fidèle de François Hollande : « J’ai reçu une lettre me demandant d’ouvrir le placard et de sortir les fusils. » La saynète, rapportée par une députée présente à proximité de l’échange, illustre la volonté de la maire de Lille de ne plus se tenir à distance des débats internes socialistes. Après une succession de« cartes postales » adressées à l’exécutif, puis une « sortie du bois » fracassante il y a un mois (lire ici), Aubry est de retour.

Nouveau signe inquiétant pour ses contempteurs : l’annonce samedi – le même jour que le conseil national – de l’implantation militante de François Lamy, son plus fidèle lieutenant, sous le beffroi nordiste. Si une place sur la liste aux prochaines régionales, ou la succession de Bernard Roman, député hollandais et meilleur ennemi d’Aubry à Lille, sont évoquées à son sujet, c’est aussi la perspective du congrès qui se cache derrière ce rapprochement géographique. Dans le même temps, d’autres de ses fidèles, comme les députés Christian Paul ou Jean-Marc Germain, participent à l’animation du collectif “Vive la gauche”, qui entend, lui, s’adresser aux autres partis en rupture avec le pouvoir.

Depuis septembre, Martine Aubry a déjà réuni deux fois en un mois ses relais dans le parti. « Plus que durant les deux dernières années », note un député aubryste de longue date, pour qui « il faut arriver à tracer un chemin entre les vallsistes et les frondeurs, pour réoccuper le cœur du parti ». Alors, elle incite clairement ses proches à se structurer en vue du congrès, pour y peser de façon décisive.

Car Aubry est bien l’une des clés du congrès qui s’ouvre, dont on saura en décembre dans quelle ville il se tiendra (Avignon, Nantes, Metz, Lourdes ou Douai sont évoqués). Soutiendra-t-elle un candidat, ou mettra-t-elle « ses œufs dans divers paniers », comme l’imaginent beaucoup ?

Un soutien à son ami Cambadélis, qui l’a aidée à prendre le parti lors du congrès de Reims, lui ferait courir le risque d’être « débordée sur sa gauche », comme l’estime un pilier de sa sensibilité : « La base des élus est dans la logique d’en découdre, et les militants ne suivront pas pour se ranger derrière Camba… » Un soutien à son ancien protégé Benoît Hamon est aussi envisagé. Plus proche idéologiquement, elle entretient avec lui des relations complexes et parfois tendues, comme chien et chat, héritées de leur collaboration au ministère du travail, où l’ancien président du MJS était conseiller de la ministre des 35 heures. 

Benoît Hamon et Martine Aubry
Benoît Hamon et Martine Aubry © Reuters
  • Hamon, un boulevard semé d’embûches

Il se veut éloigné des stratégies à plusieurs bandes, oscille entre la table renversée (comme quand il évoque la « menace pour la République » que constitue l’orientation gouvernementale) et le recentrage par rapport à une aile gauche qu’il a patiemment reconstruite puis délaissée (lire notre reportage).

Au conseil national de samedi, Benoît Hamon est arrivé et reparti par une porte dérobée, évitant les médias désireux de parler congrès. Et à la tribune, il a choisi de ne parler que de la reconnaissance de la Palestine, lui qui a été l’un des instigateurs de la proposition de résolution de reconnaissance de l’Etat palestinien à l’Assemblée (lire ici). C’est un symbole, à ses yeux, de l’utilité dont peuvent faire preuve les parlementaires socialistes pour aider à être de gauche malgré lui ce gouvernement, qu’il a quitté avec fracas à la fin du mois d’août. C’est une façon de « se placer au-dessus de la mêlée » pour les uns, le signe qu’« il ne sait pas encore quoi raconter » pour les autres… Le nouveau député prend le temps et se garde bien d’attaquer bille en tête le quartier général.

Au congrès de Reims, Martine Aubry l’avait un temps soutenu comme solution de sortie de crise, alors que la nuit des résolutions était bloquée. Il a été finalement porte-parole du PS, après avoir recueilli 25 % du vote militant. Puis en 2012, Hollande l’avait nommé au gouvernement, à la surprise générale, façon de l’empêcher de lorgner la direction du parti. Il va désormais devoir cheminer jusqu’au vote du congrès, montrer qu’il peut être l’alternative à Cambadélis. Sur le papier, un boulevard s’offre à lui. Dans la réalité, il est semé d’embûches.

En premier lieu, il voit se dresser devant lui Emmanuel Maurel. Héraut de l’aile gauche du parti, dont il a contribué à entretenir la flamme quand Hamon et les siens s’étaient rangés au gouvernement et dans la majorité de Harlem Désir, Emmanuel Maurel entend pouvoir « poser toutes les questions qui fâchent lors de ce congrès ». Peu désireux de se mettre en retrait après deux ans passés à structurer “à l’ancienne” son courant “Maintenant la gauche” (avec Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj et Gérard Filoche), il ne pardonne pas encore vraiment à Hamon d’avoir joué, avec Montebourg, le marchepied de Manuel Valls à Matignon (lire ici).

« Les hommes parfaits sont des hommes morts », relativise Pascal Cherki, l’un de ses proches, qui estime que “Benoît” « a une meilleure force de pénétration dans le parti ». Un autre ami, plus cash, avance de son côté : « On a mis des années à faire émerger un leader crédible à la gauche du parti, qui en plus est devenu ministre, ce n’est pas pour se ranger derrière un nostalgique de Jean Poperen. »

Dans un premier temps, Hamon espère rassembler au centre du parti. « L’idée, ce serait de retrouver le socle de NPS (le courant Nouveau parti socialiste créé en 2002 par Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et lui), même si tout le monde a roulé sa bosse depuis », explique un jeune député aubryste. En vertu de leur amitié gouvernementale, Montebourg pourrait soutenir son collègue co-démissionnaire, en attendant Martine Aubry. « Tout est possible dans ce congrès, dit un hamoniste. On peut gagner sans Aubry, comme perdre avec. »

Cette opposition interne débouchera-t-elle sur un scénario à deux grosses motions concurrentes, entre un « pôle gauche » et un « pôle droit », sur plusieurs petites motions à côté d’une grosse (hypothèse la moins probable, même si beaucoup imaginent que« Cambadélis va sûrement “inventer” ») ? S’agira-t-il d’une réédition du congrès de Metz de 1979, théâtre de l’affrontement entre première et deuxième gauche, où François Mitterrand avait fait alliance en deux temps avec l’aile gauche du Cérès de Jean-Pierre Chevènement, face à Michel Rocard ? Le congrès ne fait que commencer.

STÉPHANE ALLIÈS – mediapart.fr

 

Pour les fans du commissaire Montalbano avec une recette de son plat préféré en bonus !

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Les trois miracles du commissaire Montalbano

Après avoir fait la fortune de son auteur, le flic bougon des romans d’Andrea Camilleri a contribué à celle des producteurs de l’adaptation télévisée et ressuscité l’activité touristique sur les lieux de tournage en Sicile

 

  Le commissaire Salvo Montalbano déteste le mauvais temps. Et ce jour-là,  » le ciel était entièrement couvert de nuages où menaçait la pluie « , comme il est écrit à la page  12 du Voleur de goûter (Pocket, 2004), le quatrième des romans d’Andrea Camilleri consacré au policier le plus célèbre d’Italie. On était venu pour raconter une success storyensoleillée, l’heureux mariage à trois du polar, de son adaptation télévisée et du tourisme culturel, et nous voilà déambulant dans les rues de Scicli sous un parapluie. Entre deux haltes, les collines des Monte Iblei(monts Hybléens), où Montalbano trimballe sa vieille Fiat Tipo noire – dont il ne parvient jamais à se faire défrayer les pleins d’essence –, étaient hachées par les essuie-glaces.Andrea Camilleri, 89 ans depuis le 6  septembre, n’est déjà plus un gamin lorsqu’il entreprend d’écrire les aventures de son commissaire. Metteur en scène pour le théâtre (il sera le premier à monter Beckett en Italie) et pour la télévision (on lui doit en partie l’adaptation italienne de  » Maigret « ), ce fils unique d’un couple de la bourgeoisie sicilienne hésite à se lancer dans l’écriture romanesque. Il a pourtant remporté un prix de poésie avec les encouragements de Leonardo Sciascia, en battant Pier Paolo Pasolini en finale. Un filo di fumo (Un filet de fumée), en  1980, lui permet de faire surgir de son imagination et de ses souvenirs la ville qui deviendra le décor principal de tous les autres romans, Vigàta, mélange de Porto Empedocle, sa ville natale, et d’Agrigente.Mais il faudra quatorze ans encore pour que naissent, lors de longues heures passées au chevet de son père mourant à qui il raconte des histoires, les contours de son commissaire, ainsi nommé en hommage à l’écrivain de polars espagnol Manuel Vazquez Montalban. Camilleri a presque 70 ans. Paru en  1994, La Forme de l’eau est son premier succès. Depuis, 15  millions de lecteurs suivent les aventures du flic le plus médiatique de la Péninsule. » La saveur de la langue «  » Montalbano sono. Che fù ? «  ( » Montalbano, je suis. Qu’est-ce qu’il fut ? « ) Ces mots-là valent une signature. A les lire, dans leur typique inversion du verbe et du sujet, et ce passé simple qui font du sicilien un dialecte incroyablement littéraire – et un casse-tête pour ses traducteurs –, c’est tout un monde qui se déplie. Dans l’ordre : Vigàta donc, où ce flic bougon, misanthrope à ses heures, retrouve chaque jour ses adjoints Mimi Augello, le séducteur, Carmine Fazio, le méthodique et Agatino Catarella, l’homme à tout faire, brouillon et obséquieux ; Marinella ensuite, où il vit face à la mer et où il retrouve par intermittence sa fiancée Livia ; les restaurants enfin, où il se gave de rougets grillés (un kilo ne lui fait pas peur), d’arancini(boulettes de riz), de pasta alla norma (ricotta et aubergine).Le travail ne manque pas à Vigàta. En 34 volumes, Salvo Montalbano a résolu l’énigme d’autant de meurtres, d’enlèvements, de trafics, de corruption de politiciens, de rackets et de crimes divers. L’ordinaire de la Sicile gangrené par le crime organisé ? Oui, mais à cette différence près qu’il faut en général 250 pages à Camilleri, rédigées en à peine un mois, pour boucler une enquête, quand la justice italienne se traîne.  » C’est une vision idéale et très folklorique de la Sicile, admet Attilio Bolzoni, spécialiste de l’île et de ses coutumes criminelles au quotidien La RepubblicaMais ce flic est tellement sympathique et acharné qu’on ne peut s’empêcher de l’aimer. «  Serge Quadruppani, traducteur en français de la plupart des volumes, ajoute dans chacune de ses préfaces un autre ingrédient à ce succès :  » Au moment même où la télévision menaçait de réaliser ce que l’école n’avait pu obtenir, que tous les Italiens parlent la même langue, Camilleri leur restitue la saveur de la langue de ses pères, l’italo-sicilien des environs d’Agrigente (…) : la truculence généreuse et raffinée d’un peuple très ancien. « Mais tout cela n’explique pas que nous nous trouvions, un dimanche d’octobre, dans les rues désertes de Scicli qui se vante d’être la  » quatrième ville la plus ensoleillée d’Italie « , sous un parapluie. Un peu de patience… Un écrivain prolifique, des intrigues calquées sur le réel, des décors pris sur le vif, des dialogues si bien écrits qu’ils font avancer l’histoire toute seule comme un train électrique : la télévision italienne n’a pas été longue à se rendre compte du profit qu’elle pourrait tirer d’un tel gisement. Encore fallait-il un producteur qui y croie :  » A la fin des années 1990, se souvient Carlo Degli Esposti, directeur de la société Palomar, qui produit la série, je suis allé trouver une amie éditrice en Sicile. C’est elle qui m’a fait lire les romans de Camilleri. J’ai immédiatement prévenu la RAI - la télévision publique – de l’énorme potentiel de ces livres. Deux mois passent. Pas de réponse. Je suis allé sonner directement à la porte d’un dirigeant pour le convaincre. Un quart d’heure après, on signait le contrat. « 

C’est le deuxième miracle du commissaire Montalbano. Ayant fait la fortune de son auteur, il fera celle de la télévision, dès la diffusion du premier téléfilm, en  1999. Chaque printemps, acteurs, machinistes, réalisateur retrouvent leurs habitudes sur la côte sud-est de la Sicile pour y mettre en boîte quatre nouveaux épisodes. Toujours les mêmes : le réalisateur, Alberto Sironi, ancien assistant de Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan, et Luca Zingaretti, dans le rôle du commissaire. On dit qu’il serait l’acteur le mieux payé d’Italie (400 000  euros par épisode). Il est aussi l’un des plus discrets, semblant avoir fait sien le mode de vie de son personnage : modestie et efficacité. Il a, comme son modèle de papier, l’air taciturne et le regard doux. Seule différence : Zingaretti est chauve comme un œuf alors que, dans les romans, la lointaine et épisodique Livia ne déteste pas passer sa main dans la tignasse du commissaire. Ses acolytes Mimi, Carmine et Agatino, eux non plus n’ont pas changé. Les téléspectateurs regardent vieillir ce petit monde d’année en année. Une ride de plus par ci, un rictus d’amertume par là. Ça crée des liens.

Chaque nouvelle saison (il y en a eu neuf, la dixième en cours de préparation sera retransmise en  2015) réunit près de 10  millions de téléspectateurs. L’été, les rediffusions des vieux épisodes battent à plates coutures n’importe quelle autre émission. Mais plus que les répliques ou le dénouement d’une enquête, ce sont les paysages qui attirent l’œil comme un phare. Selon une étude détaillée des pointes d’audience, il apparaît que les téléspectateurs sont plus nombreux et attentifs dans les scènes tournées en extérieur :  » Après Zingaretti, la Sicile est l’autre vedette « , explique Alberto Sironi. La Sicile de Camilleri ? Pas vraiment.  » Au cours des premiers repérages, continue Sironi, nous nous sommes rendus dans la région d’Agrigente et de Porto Empedocle, pensant y retrouver les paysages qui avaient inspiré l’auteur. Mais tout était enlaidi par les constructions récentes. La Sicile de Camilleri n’existe plus, hélas. Nous avons donc décidé de tourner dans des paysages plus intacts comme les environs de Scicli, Modica et Ragusa Ibla. « 

Pélerinage

En grande partie rasée par le tremblement de terre de 1693 et reconstruite selon les canons architecturaux du XVIIIe  siècle espagnol, la province de Raguse est en soi un décor cinématographique. Eglises baroques, rues bordées de palais aux balcons de fer forgé sont devenues les héros de cette série télévisée made in Sicily.  » Nous avons délibérément choisi de faire apparaître les personnages dans des lieux presque vides, explique Alberto Sironi, afin que le décor exprime toute sa puissance. «  La Vigàta de la télévision a pris ses aises avec le réel, recréant un lieu imaginaire avec des éléments pris ici où là. Ce mur de pierre sèche près duquel on découvre un cadavre, l’église San Giorgio d’Ibla qui se dresse au haut d’une rue en pente comme un couple de mariés sur une pièce montée, et le château néogothique de Donnafugata où il rend parfois visite à un mafieux pour d’étranges tractations, sont en réalité distants de plusieurs kilomètres. Magie du montage et de la lumière uniforme, ils sont désormais imbriqués les uns dans les autres.

Et c’est ici que se produit le troisième miracle de Montalbano. Maintenant on comprend mieux ce que nous faisons à Scicli sous un parapluie. Le succès des livres de Camilleri entraînant celui de la série télévisée, ce dernier a à son tour engendré un troisième phénomène qui vaut à Salvo Montalbano d’être définitivement le  » sauveur de la Sicile « . Alors que l’activité touristique, sous l’effet de la crise, s’est ralentie sur toute l’île, elle renaît dans la province de Raguse. On comptait à peine une centaine d’hôtels de charme et de chambres d’hôtes il y a dix ans, ils sont près de 3 000 aujourd’hui. Désormais diffusée dans une soixantaine de pays, dont la France, la série attire des centaines de milliers de touristes en pèlerinage. Ryan Air, à l’affût des nouvelles tendances, a ouvert une dizaine de lignes depuis Londres ou Berlin sur l’aéroport tout proche de Comiso.

 » Chaque semaine, je reçois environ 80 demandes « , explique Francesca Giannone propriétaire de l’agence GFG Travel. Et elle n’est pas la seule : toutes les agences de tourisme proposent leur  » Montalbano Tour « Adjoint au tourisme de Scicli, Giampaolo Schillaci se frotte les mains :  » Même si la ville est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, j’estime que 75  % des visiteurs viennent d’abord pour voir les décors de Montalbano. « 

Cet été, pourtant, l’idylle entre Montalbano et la province de Raguse a bien failli tourner court. La société Palomar a menacé d’abandonner la Sicile pour les Pouilles. Motif ? La région n’aurait pas tenu sa promesse d’accorder quelques faveurs fiscales à la production. Eût-on décidé de déménager la fontaine de Trevi de Rome à Naples que la polémique n’aurait pas été moindre. Finalement tout est rentré dans l’ordre.  » Montalbano appartient à ce coin de Sicile, et nous en sommes tous prisonniers « , s’amuse Alberto Sironi. Une Sicile façon puzzle, à la fois reconstituée et authentique.

Devant la maison du commissaire à Punta Secca, les touristes prennent des selfies. Montalbano voudrait-il piquer une tête pour chasser ses idées noires de son crawl puissant et stylé ? Possible dans la fiction, impossible dans la vraie vie. Si la caméra recule un peu et élargit le plan, les téléspectateurs pourront lire le panneau  » baignade interdite « . Et, puis, de toute façon, il pleut…

Philippe Ridet – lemonde.fr

 

 

La région de Scicli, en Sicile, est devenue, au fil des romans d’Andrea Camilleri, un personnage à part entière des enquêtes du commissaire Montalbano. Depuis 1999, ses intrigues ont été déclinées en une série télévisée, désormais l’une des plus suivies en Italie. Le photographe italien Gianni Cipriano a exploré la région de Scicli, entre décors d’une série policière à succès et héritage culturel de la Sicile.

 

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Arancini  : c’est la spécialité sicilienne préférée du commissaire Montalbano

 

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temps de préparation : 30 minutes

temps de cuisson : cinq minutes

ingrédients :

  • 1 œuf
  • de la farine
  • de la chapelure
  • de l‘huile
  • 300 g de riz pas trop cuit
  • 50 g de petits pois cuits dans du beurre
  • 50 g de jambon cru
  • 50 g de mozzarella
  • Coupez en dés la mozzarella et le jambon, mettez-les ensemble dans un bol. Ajoutez les petits pois et mélangez bien.
  • Modeler avec le riz 16 sphères est faite d’un chacune une cavité ; remplissez-
  • la avec  la mozzarella, le jambon et les petits pois et refermer les sphères.
  • Passez-les dans la farine, dans la battue avec le sel et dans la chapelure.
  • Faites frire dans l’huile bien chaude.

Égouttez-les et servez.

Buon appetito

 

 

 

 

Enregistrer gratuitement la musique jouée en streaming

Lorsque vous écoutez la radio sur Internet ou que vous écoutez des musiques en streaming sur Deezer, Jiwa ou un autre site du genre vous n’avez pas la possibilité d’enregistrer les morceaux qui vous intéressent sur votre ordinateur.

Nous avons déjà vu comment enregistrer n’importe quel flux qui passe par votre carte son et vos enceintes avec le logiciel AD Sound Recorder. Si ce logiciel fonctionne parfaitement bien, sa version d’évaluation ne vous permet par d’enregistrer plus de 60 secondes par morceaux. Pour ne plus avoir de limite, vous devez enregistrer le logiciel pour une vingtaine d’euros.

Avec Windows 7 / Windows 8.1 et la plupart des cartes et chipsets sonores récents vous pouvez accéder facilement au flux qui sort par vos enceintes et ce, avec la fonctionnalité Mixage Stéréo. Avec un logiciel gratuit comme Audacity, il est alors possible d’enregistrer ce flux au format MP3 et de le découper afin de séparer chaque morceau dans un fichier MP3.

Découvrez dans ce dossier comment exploiter le Mixage Stéréo pour enregistrer gratuitement la musique jouée en streaming, comme vous pouviez le faire avec des cassettes pour la radio. Notez que cela fonctionne également pour la musique des jeux, deslogiciels et des films que vous jouez à votre ordinateur.

Activer le mixage stéréo

Le mixage stéréo est une fonctionnalité de Windows 7 et de Windows 8.1 qui permet d’enregistrer le flux qui sort par vos enceintes directement au niveau de l’ordinateur.

  1. Cliquez avec le bouton droit de la souris sur l’icône Haut-Parleurs dans la barre des tâches.
  2. Cliquez sur Périphériques d’enregistrement.
  3. Cliquez avec le bouton droit de la souris sur un espace vide de la fenêtre et cliquez sur Afficher les périphériques désactivés.
  4. L’option Mixage stéréo apparaît alors à la suite.
  5. Cliquez dessus avec le bouton droit de la souris et choisissez la commande Activer.
  6. Si vous écoutez actuellement de la musique, vous constatez la barre d’activité qui bouge. Validez par OK.

 

Télécharger et installer Audacity

Le logiciel gratuit Audacity va vous permet d’enregistrer au format MP3 la musique jouée à l’ordinateur via la fonction Mixage Stéréo. Audacity est un logiciel gratuit que vous pouvez télécharger sur PC Astuces.

  1. Rendez-vous sur la fiche d’Audacity dans la logithèque PC Astuces.
  2. Cliquez sur le lien Télécharger gratuitement.
  3. Enregistrez le fichier sur votre disque dur.
  4. Une fois le téléchargement terminé, exécutez-le.
  5. Cliquez sur Exécuter.
  6. Sélectionnez la langue Français et cliquez sur OK.
  7. Cliquez 4 fois sur Suivant.
  8. Cliquez sur Installer.
  9. Une fois la copie des fichiers finie, cliquez sur Suivant puis sur Terminer.

 

 

Ajouter le support du MP3

Par défaut, l’encodage d’une musique en MP3 n’est pas supporté par l’éditeur audio Audacity. Vous pouvez facilement installer l’encodeur MP3 gratuit LAME pour l’utiliser avec Audacity et exporter ainsi les musiquesque vous enregistrez en MP3.

  1. Rendez-vous sur la page de téléchargement de LAME.
  2. Cliquez sur le lien libmp3lame-win-3.xx.zip de la rubrique For Audacity on Windows.
  3. Téléchargez alors le fichier sur votre ordinateur.
  4. Une fois le téléchargement terminé, cliquez sur le bouton Exécuter.
  5. Confirmez le lancement de l’installation de LAME en cliquant sur Exécuter.
  6. Suivez alors les instructions de l’assistant pour installer LAME.
  7. Sélectionnez l’option I accept the agreement puis cliquez deux sur le bouton Next puis sur Install.
  8. Cliquez enfin sur le bouton Finish.

 

Enregistrer la musique jouée

Maintenant que la fonctionnalité Mixage stéréo est activée et qu’Audacity est installé, vous allez pouvoir enregistrer la musique jouée sur votre ordinateur que cela soit sur un site de streaming, à la radio, dans un film, une conversation, un jeu ou un logiciel spécifique.

  1. Si cela n’est pas déjà fait, lancez Audacity en double cliquant sur son raccourci sur le Bureau.
  2. Dans la fenêtre qui s’affiche, cochez la case Ne plus montrer au démarrage et cliquez sur OK.
  3. Audacity utilise automatiquement par défaut le mixage stéréo que vous avez activé. Vérifiez tout de même qu’il est bien sélectionné en cliquant sur le menu Edition puis sur Préférences.
  4. Dans la zone Enregistrement, vérifiez que le périphérique Mixage stéréo est bien sélectionné. Validez par OK.
  5. Lorsque ce que vous souhaitez enregistrer est joué dans vos haut-parleurs, cliquez sur le bouton Enregistrement.
  6. L’enregistrement commence alors.
  7. Lorsque le morceau est terminé, cliquez sur le bouton Stop.
  8. Cliquez ensuite sur le menu Fichier puis sur Exporter.
  9. Déroulez la liste Type et sélectionnez l’option Fichiers MP3.
  10. Cliquez sur le bouton Options.
  11. Déroulez le champ Qualité et sélectionnez l’option 192 kbps pour améliorer la qualité sonore du fichier MP3. Cliquez surOK.
  12. Donnez un nom au fichier MP3, choisissez un dossier où l’enregistrer sur votre disque dur et cliquez sur Enregistrer.
  13. Complétez alors les étiquettes avec les informations sur le morceau. Cliquez sur OK.
  14. Le fichier est alors exporté en MP3.
  15. Vous pouvez alors le lire quand vous le voulez sur votre ordinateur, sur votre baladeur MP3, etc.
Couper la musique enregistrée
Si vous ne souhaitez conserver qu’une partie de la piste sonore enregistrée, vous pouvez le faire avec Audacity.Suivez pour cela les indications de cette astuce.

 

 

Isoler le passage à utiliser

Le morceau que vous avez extrait faisant plusieurs minutes, vous allez devoir isoler seulement le passe qui vous intéresse, l’intro ou un solo de guitare par exemple.

  1. Lancez Audacity en double cliquant sur son icône sur le Bureau.
  2. Cliquez sur le menu Fichier puis sur Ouvrir.
  3. Sélectionnez sur votre disque dur (dossier Ma Musique dans Mes documents) le fichier WAV qui a été créé avec le LecteurWindows Media puis cliquez sur le bouton Ouvrir.
  4. Le fichier est alors ouvert avec Audacity. Cliquez sur le bouton Lecture pour jouer la musique.
  5. Cliquez alors sur le début du segment de musique à isoler puis, tout en maintenant le bouton de la souris enfoncée, déplacez le pointeur jusqu’à sa fin. Le passage doit faire une trentaine de secondes, par exemple pour votre sonnerie de portable).
  6. Le segment apparaît alors en grisé. Cliquez sur le menu Edition puis sur Ne garder que la sélection.
  7. Cliquez sur le bouton Lecture pour écouter le résultat. S’il ne vous convient pas, choisissez la commande Annuler dans le menu Edition, et recommencez la manipulation.
  8. Vous pouvez alors enregistrer l’extrait dans un nouveau fichier. Cliquez pour cela sur le menu Fichier puis sur Exporter en WAV.
  9. Choisissez un nom à votre fichier, pinkfloyd par exemple, choisissez un dossier plus cliquez sur le bouton Enregistrer.

 

pcastuces.com

 

Alexandre Grothendieck, le plus grand mathématicien du XXe siècle, est mort dans l’Ariège

Classé dans: Actualités, Sciences
A Grothendieck avec Laurent Schwartz à l'Institut.<br /><br />
A Grothendieck avec Laurent Schwartz à l’Institut. | IHÉS

Considéré comme le plus grand mathématicien du XXe siècle, Alexandre Grothendieck est mort, jeudi 13 novembre, à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège), non loin de Lasserre, le village où il s’était secrètement retiré au début des années 1990, coupant tout contact avec le monde. Il était âgé de 86 ans. Apatride naturalisé français en 1971, également connu pour la radicalité de son engagement pacifiste et écologiste, ce mathématicien singulier et mythique laisse une œuvre scientifique considérable.

Il naît le 28 mars 1928 à Berlin, dans une famille atypique. Sascha Schapiro, son père, est russe de confession juive, photographe et militant anarchiste. Egalement très engagée, Hanka Grothendieck, sa mère, est journaliste. En 1933, Sascha quitte Berlin pour Paris, où il est bientôt rejoint par Hanka. Entre 1934 et 1939, le couple part pour Espagne où il s’engage auprès du Front populaire, tandis que le petit Alexandre est laissé en Allemagne, à un ami de la famille.

SON PÈRE MEURT À AUSCHWITZ

A la fin de la guerre civile espagnole, au printemps 1939, Alexandre retrouve ses parents dans le sud de la France. Dès octobre 1940, son père est interné au camp du Vernet. Il en part en 1942 pour être transféré à Auschwitz, où il sera assassiné. Alexandre et sa mère, eux, sont internés ailleurs. « La première année de lycée en France, en 1940, j’étais interné avec ma mère au camp de concentration, à Rieucros près de Mende », raconte-t-il dans Récoltes et Semailles, un texte autobiographique monumental jamais publié, tiré à 200 exemplaires, mais qui circule désormais sur Internet.

« C’était la guerre, et on était des étrangers – des “indésirables”, comme on disait. Mais l’administration du camp fermait un œil pour les gosses, tout indésirables qu’il soient. On entrait et sortait un peu comme on voulait. J’étais le plus âgé, et le seul à aller au lycée, à 4 ou 5 kilomètres de là, qu’il neige ou qu’il vente, avec des chaussures de fortune qui toujours prenaient l’eau. »

14 PROBLÈMES MATHÉMATIQUES RÉSOLUS EN QUELQUES MOIS

En 1944, son bac en poche, l’adolescent de 16 ans n’a pas encore été identifié par ses professeurs comme le génie qu’il est. Il s’inscrit en maths à l’université de Montpellier puis, à l’orée de la thèse, est recommandé à Laurent Schwartz et Jean Dieudonné.

L’histoire, célèbre, a contribué à forger son mythe : les deux grands mathématiciens confient au jeune étudiant une liste de quatorze problèmes qu’ils considèrent comme un vaste programme de travail pour les années à venir, et lui demandent d’en choisir un. Quelques mois plus tard, Alexandre Grothendieck revient voir ses maîtres : il a tout résolu.

Dans cette première période de production mathématique, Grothendieck se consacre à l’analyse fonctionnelle, domaine de l’analyse qui étudie les espaces de fonctions. Ses travaux révolutionnent le domaine, mais demeurent moins connus que ceux qu’il conduira dans la deuxième partie de sa carrière.

UN INSTITUT FINANCÉ POUR LUI

Dès 1953, le jeune mathématicien se retrouve confronté à la nécessité d’obtenir un poste dans la recherche et l’enseignement. Apatride, il ne peut accéder à la fonction publique et, rétif au service militaire, il ne veut demander pas la naturalisation française. Il part enseigner au Brésil, à Sao Paulo, et aux Etats-Unis, à Lawrence (Kansas) et à Chicago (Illinois).

Deux ans plus tard, à son retour en France, industriel et mathématicien, Léon Motchane, fasciné par l’intuition et la puissance de travail du jeune homme – il n’a que 27 ans – décide de financer un institut de recherche exceptionnel, conçu sur le modèle de l’Institut d’études avancées de Princeton : l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) à Bures-sur-Yvette. Le lieu est imaginé pour servir d’écrin au mathématicien qui va y entamer une deuxième carrière.

UNE NOUVELLE GÉOMÉTRIE

Jusqu’en 1970, entouré d’une multitude de talents internationaux, il dirigera son séminaire de géométrie algébrique, qui sera publié sous la forme de dizaines de milliers de pages. Sa nouvelle vision de la géométrie, inspirée par son obsession de repenser la notion d’espace, a bouleversé la manière même de faire des mathématiques. « Les idées d’Alexandre Grothendieck ont pour ainsi dire pénétré l’inconscient des mathématiciens », dit Pierre Deligne (Institut des études avancées de Princeton), son plus brillant élève, lauréat de la médaille Fields en 1978 et du prix Abel en 2013.

Les notions qu’il a introduites ou développées sont aujourd’hui encore au cœur de la géométrie algébrique et font l’objet d’intenses recherches. « Il était unique dans sa façon de penser, affirme M. Deligne, très ému par le décès de son ancien maître. Il lui fallait comprendre les choses du point de vue le plus général possible et une fois que les choses étaient ainsi comprises et posées, le paysage devenait si clair que les démonstrations semblaient presque triviales. »

IL S’ÉLOIGNE DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE

En 1966, la médaille Fields lui est décernée, mais il refuse pour des raisons politiques de se rendre à Moscou pour recevoir son prix. La radicalité avec laquelle il défendra ses convictions ne cessera jamais. Et c’est à partir de la fin des années 1960 qu’il s’éloigne de la communauté scientifique et de ses institutions. En 1970, il fonde avec deux autres mathématiciens – Claude Chevalley et Pierre Samuel – le groupe Survivre et Vivre, pacifiste, écologiste et très marqué par le mouvement hippie. A la même époque, il découvre que l’IHES est partiellement financé, bien que de manière très marginale, par le ministère de la défense. Il quitte l’institut. Alexandre Grothendieck est naturalisé français l’année suivante.

Le Collège de France lui offre alors un poste temporaire, qu’il utilise largement comme tribune politique. Il quitte bientôt le Collège. En 1973, il devient professeur à l’université de Montpellier  – qui, selon une enquête de Libération publiée en juillet 2012, conserve encore des milliers de pages inédites du grand mathématicien. Puis il rejoint le CNRS en 1984, jusqu’à sa retraite, en 1988. Cette année-là, il reçoit le prix Crafoord, doté d’une forte somme d’argent. Il refuse la distinction et s’en explique dans une lettre au Monde et publiée le 4 mai 1988.

Le texte témoigne d’une profonde amertume, d’un divorce avec ses pairs et le projet même de la recherche scientifique. Pourquoi un tel ressentiment ?« Il n’y a pas de raison unique », explique Pierre Deligne. Le fait que la société ait ignoré ses idées sur l’enjeu écologique n’y est pas étranger. « Sur cette question, il avait l’impression que le fait de prouver la réalité des problèmes ferait bouger les choses, comme en mathématiques », raconte son ancien élève. Ce ne fut pas le cas.

En 1990, il quitte son domicile pour une retraite gardée secrète. A ceux avec qui il garde contact, il demande que ses écrits non publiés soient détruits. Brouillé avec ses proches, sa famille, avec la science et le monde entier, il s’installe dans un petit village pyrénéen. Il y restera, coupé de tous, jusqu’à sa mort.

 

 

 

Stéphane Foucart et Philippe Pajot – lemonde.fr

 

L’Albert Einstein des mathématiques du XXe siécle est décédé

 

Alexandre Grothendieck (1928-2014) est une légende dans le milieu des mathématiciens. Doué d’une phénoménale capacité d’abstraction et de travail, il pouvait voir des connexions profondes entre des domaines différents des mathématiques comme l’algèbre, la topologie, l’arithmétique et la géométrie. Ses travaux lui ont valu la médaille Fields de mathématique en 1966, mais il n’est pas allé la chercher en Russie en raison de son engagement politique. C’était aussi un écologiste radical proche de la contre-culture dans les années 1970. © Images des Mathématiques, CNRS

Alexandre Grothendieck (1928-2014) est une légende dans le milieu des mathématiciens. Doué d’une phénoménale capacité d’abstraction et de travail, il pouvait voir des connexions profondes entre des domaines différents des mathématiques comme l’algèbre, la topologie, l’arithmétique et la géométrie. Ses travaux lui ont valu la médaille Fields de mathématique en 1966, mais il n’est pas allé la chercher en Russie en raison de son engagement politique. C’était aussi un écologiste radical proche de la contre-culture dans les années 1970. © Images des Mathématiques, CNRS 

 

« Un effrayant génie », l’expression de Chateaubriand pour caractériser Blaise Pascal est bien connue. Elle s’applique tout autant à un mathématicien français dont on vient d’apprendre le décès. Alexandre Grothendieck s’est éteint en effet le matin du 13 novembre 2014 à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège) à l’âge de 86 ans. Son nom est probablement inconnu du grand public. Pourtant Grothendieck faisait partie de l’élite mondiale des lauréats de la médaille Fields, tels Cédric Villani et Artur Avila. Son influence sur la conception de l’espace et de la géométrie, via l’algèbre et la topologie, dans l’esprit des mathématiciens est telle que certains le considèrent comme l’Einstein des mathématiques du XXe siècle. À l’instar de ce dernier, il était un esprit rebel et anticonformiste dont la vie a été marquée par les grands événements du siècle dernier. Profondément pacifiste et écologiste avant l’heure, au début des années 1970, il a fini par largement tourner le dos à la communauté des mathématiciens, allant jusqu’à refuser le prixCrafoord tout comme Grigori Perelman, autre génie de la géométrie et de la topologie, qui déclinera plus tard la médaille Fields et le prix Clay.


Bande-annonce d’un documentaire consacré à Alexandre Grothendieck. © Catherine Aira, YouTube

Le parcours d’Alexandre Grothendieck, et surtout de ses parents, semble tout droit sorti d’un roman. D’origine russe et d’ascendance très probablement hassidique par son père, Alexandre Shapiro, il est né en 1928 à Berlin d’une mère allemande, Hanka Grothendieck. Ses deux parents émigreront en France avant la Seconde Guerre mondiale pour fuir le régime nazi. Son père mourra en déportation à Auschwitz. Au sortir de la guerre, Grothendieck entreprendra des études de mathématiques à l’université de Montpellier. Très indépendant d’esprit et déçu par l’enseignement qu’il reçoit, et tout comme le jeune Pascal est sensé avoir retrouvé presque par lui-même la géométrie d’Euclide, Grothendieck redécouvre la puissante théorie de l’intégration qu’Henri Lebesgue avait bâtie vers 1900. Soupçonnant son potentiel, l’un de ses professeurs va lui permettre d’entrer en contact avec le grand mathématicien Henri Cartan, à Paris, lequel va l’orienter vers deux légendes des mathématiques françaises d’alors, très impliquées dans le célèbre groupe Bourbaki puisqu’il s’agissait de Jean Dieudonné et de Laurent Schwartz.

Six thèses de mathématique en un an

En poste à Nancy, les deux hommes sont au cœur des problématiques de l’époque en analyse fonctionnelle, c’est-à-dire le domaine des mathématiques qui traitent des équations, principalement différentielles et aux dérivées partielles (comme celles de Navier-Stokes), où les inconnues ne sont pas des nombres, mais des fonctions. Laurent Schwartz a d’ailleurs décroché, en 1950, la médaille Fields de mathématique pour ses travaux sur les distributions, une puissante théorie issue en partie, à l’origine de certaines idées que le physicien Paul Dirac avait introduites pour formaliser les équations de la toute jeune mécanique quantique.

Dieudonné et Schwartz butaient alors sur 14 problèmes liés à l’analyse fonctionnelle dont la seule résolution de quelques-uns aurait suffi pour occuper un étudiant moyennement doué en mathématique pendant quelques années pour une thèse de doctorat. Le génie et les impressionnantes capacités de Grothendieck vont alors apparaître au grand jour. Dieudonné et Schwartz lui avaient proposé de choisir quelques-uns de ces problèmes pour un travail de thèse, mais Grothendieck va stupéfier ses maîtres en revenant un an plus tard avec les solutions aux 14 problèmes et l’équivalent de six thèses rédigées.

Médaille Fields de mathématique, le grand mathématicien Laurent Schwartz (1915-2002) était aussi très engagé, et il a été membre du Tribunal Russell. Ses talents d'enseignants étaient légendaires, comme en témoigne son cours d'analyse de l'École polytechnique. Il était un des membres de Bourbaki
Médaille Fields de mathématique, le grand mathématicien Laurent Schwartz (1915-2002) était aussi très engagé, et il a été membre du Tribunal Russell. Ses talents d’enseignants étaient légendaires, comme en témoigne son cours d’analyse de l’École polytechnique. Il était un des membres de Bourbaki. © École polytechnique

De la géométrie algébrique à l’écologie

De l’analyse fonctionnelle, Grothendieck va bientôt passer à la géométrie algébrique, un domaine des mathématiques qui s’est constitué une première fois avec la géométrie analytique deDescartes. Il va lui faire subir toute une série de transformation à partir de la fin des années 1950 et surtout pendant qu’il occupe, dans les années 1960, un poste à l’IHÉS, l’Institut des hautes études scientifiques, fondé et financé à Bures-sur-Yvette par Léon Motchane. C’était un riche industriel et mathématicien français, issu d’une famille russe et helvétique, qui avait entrepris de créer en France un institut comparable à l’IAS de Princeton pour regrouper des mathématiciens et des physiciens de haut niveau. Il avait bénéficié pour cela de l’aide du physicien américain Robert Oppenheimer et du soutien financier de plusieurs grandes entreprises privées. Appelé à être à la tête de cet institut, Dieudonné acceptera le poste à condition que Grothendieck en soit membre lui aussi.

Antimilitariste et marqué par les mouvements de mai 1968, Grothendieck en démissionnera quand il apprendra que l’IHÉS recevait des subsides du DRET (un organisme de financement de la recherche militaire). Hanté en cette période troublée par le spectre d’une nouvelle guerre mondiale et les risques pesant sur le futur de l’humanité du fait de la surpopulation, de la pollution et des problèmes écologiques qu’il voyait venir avec d’autres à cette époque, il se coupera de plus en plus de la communauté scientifique. Il finira par devenir un ermite, retiré pendant des décennies dans le sud de la France dans un lieu dont le secret était bien gardé. Comme d’autres esprits d’exception à l’âme et à la sensibilité délicatement accordées, tels Kurt Gödel et John Nash, Grothendieck va voir sa santé mentale se détériorer, trop doué et trop intègre pour accepter les imperfections des hommes et de la réalité. Il vient finalement de quitter ce monde en laissant un héritage mathématique impressionnant dont une partie reste encore à décrypter.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur la vie et l’œuvre d’Alexandre Grothendieck qui ne peuvent être abordées dans cet article. Aussi nous vous renvoyons à deux excellentes références surinternet qui permettent d’en savoir plus : le site Images des mathématiques du CNRS et l’article que lui a consacré son ami et collègue, le mathématicien Pierre Cartier.

Les dérives de la  » science officielle

 

Lettre d’Alexandre Grothendieck – LE MONDE |

« Je suis sensible à l’honneur que me fait l’Académie royale des sciences de Suède en décidant d’attribuer le prix Crafoord pour cette année, assorti d’une somme importante, en commun à Pierre Deligne (qui fut mon élève) et à moi-même. Cependant je suis au regret de vous informer que je ne souhaite pas recevoir ce prix (ni d’ailleurs aucun autre), et ceci pour les raisons suivantes.

1. Mon salaire de professeur, et même ma retraite à partir du mois d’octobre prochain, est beaucoup plus que suffisant pour mes besoins matériels et pour ceux dont j’ai la charge ; donc je n’ai aucun besoin d’argent. Pour ce qui est de la distinction accordée à certains de mes travaux de fondements, je suis persuadé que la seule épreuve décisive pour la fécondité d’idées ou d’une vision nouvelles est celle du temps. La fécondité se reconnaît par la progéniture, et non par les honneurs.

2. Je constate par ailleurs que les chercheurs de haut niveau auxquels s’adresse un prix prestigieux comme le prix Crafoord sont tous d’un statut social tel qu’ils ont déjà en abondance et le bien-être matériel et le prestige scientifique, ainsi que tous les pouvoirs et prérogatives qui vont avec. Mais n’est-il pas clair que la surabondance des uns ne peut se faire qu’aux dépens du nécessaire des autres ?

3. Les travaux qui me valent la bienveillante attention de l’Académie royale datent d’il y a vingt-cinq ans, d’une époque où je faisais partie du milieu scientifique et où je partageais pour l’essentiel son esprit et ses valeurs. J’ai quitté ce milieu en 1970 et, sans renoncer pour autant à ma passion pour la recherche scientifique, je me suis éloigné intérieurement de plus en plus du milieu des scientifiques. Or, dans les deux décennies écoulées l’éthique du métier scientifique (tout au moins parmi les mathématiciens) s’est dégradée à un degré tel que le pillage pur et simple entre confrères (et surtout aux dépens de ceux qui ne sont pas en position de pouvoir se défendre) est devenu quasiment une règle générale, et il est en tout cas toléré par tous, y compris dans les cas les plus flagrants et les plus iniques.

Sous ces conditions, accepter d’entrer dans le jeu des prix et récompenses serait aussi donner ma caution à un esprit et à une évolution, dans le monde scientifique, que je reconnais comme profondément malsains, et d’ailleurs condamnés à disparaître à brève échéance tant ils sont suicidaires spirituellement, et même intellectuellement et matériellement.

C’est cette troisième raison qui est pour moi, et de loin, la plus sérieuse. Si j’en fais état, ce n’est nullement dans le but de critiquer les intentions de l’Académie royale dans l’administration des fonds qui lui sont confiés. Je ne doute pas qu’avant la fin du siècle des bouleversements entièrement imprévus vont transformer de fond en comble la notion même que nous avons de la “science”, ses grands objectifs et l’esprit dans lequel s’accomplit le travail scientifique. Nul doute que l’Académie royale fera alors partie des institutions et des personnages qui auront un rôle utile à jouer dans un renouveau sans précédent, après une fin de civilisation également sans précédent…

Je suis désolé de la contrariété que peut représenter pour vous-même et pour l’Académie royale mon refus du prix Crafoord, alors qu’il semblerait qu’une certaine publicité ait d’ores et déjà été donnée à cette attribution, sans l’assurance au préalable de l’accord des lauréats désignés. Pourtant, je n’ai pas manqué de faire mon possible pour donner à connaître dans le milieu scientifique, et tout particulièrement parmi mes anciens amis et élèves dans le monde mathématique, mes dispositions vis-à-vis de ce milieu et de la “science officielle” d’aujourd’hui.

Il s’agit d’une longue réflexion, Récoltes et Semailles, sur ma vie de mathématicien, sur la création (et plus particulièrement la création scientifique) en général, qui est devenue en même temps, inopinément, un “tableau de mœurs” du monde mathématique entre 1950 et aujourd’hui. Un tirage provisoire (en attendant sa parution sous forme de livre), fait par les soins de mon université en deux cents exemplaires, a été distribué presque en totalité parmi mes collègues mathématiciens, et plus particulièrement parmi les géomètres algébristes (qui m’ont fait l’honneur de se souvenir de moi). Pour votre information personnelle, je me permets de vous en envoyer deux fascicules introductifs, sous une enveloppe séparée. »

Des Australiens la tête dans le sable pour se moquer de leur premier ministre climatosceptique

 

AUSTRALIA-G20-ENVIRONMENT-CLIMATE-PROTEST-BONDI-OFFBEAT

Les Etats-Unis et la Chine se sont engagés cette semaine à baisser leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2), chaque pays se fixant des objectifs considérés comme ambitieux. En octobre, l’Union européenne avait promis une diminution des émissions de gaz à effet de serre d’« au moins » 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Et l’Australie ? Pas grand-chose depuis que son premier ministre, Tony Abbott, a supprimé la taxe carbone, faisant de l’Australie le premier pays a revenir sur une telle mesure environnementale. « Je ne vais pas m’intéresser à ce qui pourrait se passer dans 16 ans, je me concentre sur ce qu’on peut faire maintenant. On ne parle pas, on agit« , a-t-il lancé lorsqu’on lui a demandé si la question climatique allait être abordée lors du sommet du G20 qui s’ouvre sur son sol ce week-end. La priorité, a-t-il martelé, est la croissance et l’emploi.

 

A group of around 400 demonstrators participate in a protest by burying their heads in the sand at Sydney's Bondi Beach

Pour dénoncer l’attitude de leur premier ministre, près de 400 personnes se sont rassemblées sur une plage de Sydney, jeudi, et ont mis leur tête dans le sable, symbolisant l’autruche qui refuse de voir les choses en face (même si ce geste n’est pas si simple). Reuters raconte :

« Des gens avec des bébés, des enfants et des cadres bien habillés ont creusé des trous dans la plage pour y mettre leur tête. Pat Norman, un des organisateurs, criait dans un mégaphone : ‘Obama a signé, Xi Jinping a signé, tout le monde a signé, sauf un homme.’ ‘Tony Abbott’, ont répondu les manifestants en criant. »

Il faut dire que Tony Abbott n’a jamais été un grand fan de la lutte contre le réchauffement climatique. En 2009, alors dans l’opposition, il avait qualifié ce phénomène de « connerie », ajoutant que le charbon, dont l’Australie est le deuxième exportateur mondial, était « bon pour l’humanité ». Arrivé au pouvoir, il est non seulement revenu sur la taxe carbone mais a aussi largement réduit le budget de nombreuses agences et fonds environnementaux.

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