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Les socialistes préparent l’omerta sur la vie des affaires

C’est une proposition de loi liberticide que les députés du groupe socialiste ont déposée le 16 juillet 2014, sur le bureau de l’Assemblée nationale : sous le prétexte de lutter conte l’espionnage dont les entreprises peuvent être victimes et de défendre leurs intérêts économiques, le texte, qui est une variante de la réforme envisagée par la droite sous Nicolas Sarkozy, constituerait, s’il était adopté – et même si ses auteurs s’en défendent –, une grave menace pour la liberté de la presse, et pour les lanceurs d’alerte ayant connaissance de dérives au sein d’un établissement industriel ou d’un groupe financier. Alors que dans le monde entier, de nombreuses grandes démocraties entérinent des législations progressistes pour accroître la transparence sur les questions d’intérêt public, la France avance, elle, à reculons, et protège le vieux capitalisme opaque qui est, de longue date, l’un de ses signes distinctifs.

Cet inquiétant projet visant à organiser l’omerta sur la vie des affaires n’est, certes, pas récent. Voilà des lustres que le patronat et les milieux financiers parisiens en rêvent. Faute d’obtenir la dépénalisation de la vie des affaires qu’ils ont longtemps espérée, ils ont fait de cette réforme visant à instaurer un délit de violation du secret des affaires l’un de leurs chevaux de bataille. Et sous le quinquennat précédent, celui de Nicolas Sarkozy, la croisade a bien failli aboutir. Comme l’a fréquemment chroniqué Mediapart (lire en particulier Une proposition de loi pour organiser l’omerta sur l’économie), un élu de l’UMP, Bernard Carayon, s’est longtemps fait remarquer en bataillant pour obtenir une telle loi sur le secret des affaires. Après avoir écrit un rapport en 2003 (on peut le télécharger ici), à la demande du premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, il a souvent mené campagne pour l’adoption de dispositions liberticides, protégeant les entreprises de la curiosité légitime des citoyens et donc des journalistes.

Et il a été à deux doigts d’y parvenir. Le 23 janvier 2012, l’Assemblée nationale a en effet voté, avec les seules voix des députés de l’UMP, une proposition de loi dont il avait pris l’initiative, avec le soutien du ministre de l’industrie de l’époque, Éric Besson, et qui avait pour objet d’instaurer un nouveau délit, celui de violation du secret des affaires. Rendant compte de cette délibération des députés (lire L’Assemblée nationale vote l’omerta sur les entreprises), ma consœur de Mediapart en pointait tous les dangers. Elle signalait d’abord que la notion même de secret des affaires, telle qu’elle était définie dans la proposition de loi, était dangereusement extensive.

Ce secret des affaires était en effet ainsi défini :« Constituent des informations protégées relevant du secret des affaires d’une entreprise, quel que soit leur support, les procédés, objets, documents, données ou fichiers, de nature commerciale, industrielle, financière, scientifique, technique ou stratégique, ne présentant pas un caractère public, dont la divulgation non autorisée serait de nature à compromettre gravement les intérêts de cette entreprise en portant atteinte à son potentiel scientifique et technique, à ses positions stratégiques, à ses intérêts commerciaux ou financiers ou à sa capacité concurrentielle, et qui ont, en conséquence, fait l’objet de mesures de protection spécifiques destinées à informer de leur caractère confidentiel et à garantir celui-ci. »

Pour mémoire, cette proposition de loi de Bernard Carayon peut être téléchargée iciou consultée ci-dessous :

Du même coup, c’est le droit à l’information des citoyens qui s’en trouvait menacé. Et ma consœur le montrait également, en s’interrogeant sur les enquêtes que Mediapart n’aurait pas pu publier dans le passé, sans enfreindre la loi, si une telle législation répressive avait à l’époque existé. Au diable l’enquête sur le scandale Adidas-Crédit lyonnais ! À la poubelle, les enquêtes sur les ramifications luxembourgeoises du groupe Bolloré ! À la poubelle aussi, nos enquêtes sur toutes les dérives de ce qu’il est convenu d’appeler le « private equity », c’est-à-dire le secteur particulièrement opaque des fonds d’investissement qui spéculent sur le dos des PME non cotées ! Et à cette liste d’entreprises dont il serait devenu défendu de parler, il aurait fallu bien d’autres noms : Elf, Vivendi, BNP Paribas… Au diable, en somme, l’investigation économique indépendante qui, en France, n’est pourtant guère florissante…

Les journalistes sommés d’être « de bons patriotes »

Les sanctions prévues par cette proposition de loi étaient en effet très lourdes. « Le fait de révéler à une personne non autorisée à en avoir connaissance, sans autorisation de l’entreprise (…) une information protégée relevant du secret des affaires (…) est puni d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende », prévoyait le texte. Et Bernard Carayon ne manquait jamais une occasion de rappeler que les journalistes devraient bientôt se dispenser d’être trop curieux.  Dans un entretien auNouvel Observateur, il faisait en effet valoir que « les professionnels de l’information [seraient] appelés à être aussi de bons patriotes »

Mais pendant un temps, on a pu penser que les choses allaient en rester là. Pour le plus grand déplaisir de ces milieux d’affaires, mais pour la plus grande satisfaction des citoyens attachés à l’indispensable transparence sur les sujets d’intérêt public. L’élection présidentielle a, en effet, monopolisé toutes les attentions. Et le débat parlementaire autour de cette sulfureuse proposition n’a pas dépassé l’examen du texte en première lecture devant l’Assemblée.

Résultat : après l’élection présidentielle et l’accession de François Hollande à l’Assemblée, la réforme a paru définitivement enterrée. Cela semblait d’autant plus probable que, dans les mois précédent le scrutin, la proposition de Bernard Carayon avait déchaîné une vive polémique. Tous les syndicats de journalistes l’avaient dénoncé. Même l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), qui n’est pourtant pas réputée pour être rebelle, avait dit son indignation par la bouche de son président, Serge Marti : « Il est à craindre que quelques scandales récents (Mediator, implants mammaires…) n’auraient pas éclaté avec une telle loi », s’était-il à juste titre insurgé.

Mais voilà ! En ce domaine comme en tant d’autres, il n’a pas fallu attendre beaucoup pour que les dirigeants socialistes tournent casaque. Dans le cas présent, c’est l’éphémère ministre des finances, Pierre Moscovici, qui s’est surtout distingué à Bercy pour son empressement à devancer les moindres désirs des milieux patronaux, qui a tombé le masque le premier. Dès le 1er octobre 2012, il a ainsi organisé au ministère des finances une première réunion interministérielle pour examiner la possibilité d’exhumer cette réforme en faveur du secret des affaires (Lire Moscovici exhume le secret des entreprises).

Pendant quelques temps, on a pu, cependant, rester incrédule, pensant que Pierre Moscovici conduisait de dérisoires intrigues pour essayer de séduire les milieux d’affaires mais que cela ne préjugeait en rien des intentions réelles du gouvernement.

Et pourtant si, tout est là ! Car depuis plusieurs mois, les choses se sont soudainement accélérées. Et les menaces sur le droit à l’information des citoyens se sont renforcées.

D’abord, une très inquiétante jurisprudence a commencé à s’installer, venant consolider ce secret des affaires, avant même qu’il n’ait force de loi. Dans le courant du mois de mars 2014, le site marseillais d’information Tourmag (adhérent, comme Mediapart, du Spiil, le Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne) a ainsi été condamné par la Cour de cassation, pour avoir brisé le secret des affaires et révélé un plan social qui concernait 484 personnes et que comptait mettre en œuvre le tour opérateur TUI (groupe Nouvelles frontières). On peut se reporter aux informations sur ce sujet de nos confrères de Marsactu, également implanté à Marseille.

A l’époque, le Spiil avait très vivement réagi, dans un communiqué (que l’on peut consulter ici): « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression et de l’information, garantie par la loi sur la presse de 1881, est mise en danger par des décisions de justice au plus haut niveau, celui de la Cour de cassation. Les incursions de droits spéciaux — protection de la vie privée, responsabilité civile (article 1382 du Code civil), par exemple — dans le droit de la presse se font de plus en plus fréquentes. Ce mouvement s’accélère. Ces derniers jours, Atlantico (écoutes Sarkozy) et Mediapart (affaire Bettencourt) ont été sanctionnés sur le fondement de la protection de la vie privée. Mais aussi il prend de l’ampleur. TourMaG, site de presse spécialisé dans l’actualité économique du secteur du tourisme, vient d’être condamné pour avoir publié des informations économiques et sociales incontestées concernant TUI, un opérateur économique majeur de ce secteur. Pour la première chambre civile de la Cour de cassation, il s’agirait d’une violation du Code du Travail et de la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Demain, quel autre droit spécial viendra ainsi fragiliser l’autonomie du droit de l’information ? »

Et puis au même moment, les partisans d’une réforme instaurant une chape de plomb sur les entreprises, pour les mettre à l’abri de toute curiosité, sont repartis à la charge. D’abord, comme Mediapart s’en est fait l’écho (Lire Secret des affaires : un projet de directive organisera l’omerta), la Commission européenne a mis au point dès le moins de novembre 2013 une proposition de directive européenne en ce sens.

Pour mémoire, voici ce projet de directive. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous :

De fausses garanties pour la presse

Et puis, sans attendre que cette directive aboutisse, un groupe de travail informel s’est constitué peu après, autour de Jean-Jacques Urvoas, président socialiste de la commission des lois à l’Assemblée nationale, pour élaborer une nouvelle proposition de loi, transposant sans attendre le futur texte européen.

C’est donc ce groupe de travail qui a fini par accoucher de la nouvelle proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée

Cette proposition de loi, on peut la télécharger ici ou la consulter ci-dessous :

Preuve que ce n’est pas une initiative solitaire, elle porte la signature de son principal concepteur, Jean-Jacques Urvoas mais aussi celle de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, ou encore de Pierre Moscivici. Traduisons : le danger d’une nouvelle loi liberticide s’est brutalement rapproché.

Dans l’exposé des motifs, les signataires s’appliquent certes à rassurer et prétendent que le secret des affaires sera juste une protection pour sauvegarder les intérêts économiques ou technologiques des entreprises, mais ne pèsera pas sur le droit à l’information des citoyens. Ils soulignent que le secret des affaires ne sera pas opposable «  à toute personne dénonçant une infraction, à l’image des journalistes ou des lanceurs d’alerte ». « Avec ces nouvelles dispositions législatives, la dénonciation de violation de la loi demeurerait possible et rien ne s’opposerait au dévoilement d’un scandale tel que celui du Mediator, les médias ne risqueraient aucune condamnation. Comme l’a parfaitement établi la Cour européenne des droits de l’Homme, la presse joue un rôle fondamental dans notre vie démocratique, ce texte n’y changera rien », explique l’exposé des motifs.

Mais on comprend sans peine que cette garantie n’en est pas une, pour de très nombreuses raisons.

D’abord, pour les journalistes qui conduisent des investigations économiques, la recherche d’informations ne se limite évidemment pas à celles qui ont trait à des infractions pénales. Il y a ainsi beaucoup d’informations qui sont à l’évidence d’intérêt public tout en portant sur des faits qui ne sont entachés d’aucune illégalité mais que la direction d’une entreprise souhaite cachée. Comme dans l’affaire Tourmag, la préparation d’un plan social entre précisément dans ce cas de figure : les journalistes pourraient-ils donc être poursuivis pour violation du secret des affaires s’ils révèlent une information de cette nature ? Même interrogation : la presse pourrait-elle toujours dévoiler les généreux plans de stock-options ou autres golden parachute que les figures connues du CAC 40 s’octroient périodiquement et qui choquent à bon droit l’opinion ? Si certaines de ces rémunérations font l’objet d’obligations légales de transparence, ce n’est pas le cas pour toutes…

En clair, une loi instaurant un secret des affaires aurait pour effet d’installer progressivement une jurisprudence interdisant, de facto, à la presse de faire son office.

Et pour les lanceurs d’alertes, l’effet serait tout aussi dissuasif. Car pour beaucoup d’entre eux, qui alertent la presse, ils n’ont pas toujours connaissance du caractère délictueux des faits qu’ils veulent dénoncer. Ou alors, ils n’ont connaissance que d’une partie de ces faits, sans savoir précisément l’incrimination pénale dont ces faits pourraient faire l’objet. Avec une loi sur le secret des affaires, ils seraient donc vivement conviés, par prudence, à se taire.

La loi risquerait de jouer un rôle d’inhibition d’autant plus fort que la proposition socialiste prévoit aussi des sanction très lourdes, en cas d’infraction. « Le fait pour quiconque de prendre connaissance ou de révéler sans autorisation, ou de détourner toute information protégée au titre du secret des affaires au sens de l’article L. 151-1 du code de commerce, est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. La peine est portée à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende lorsque l’infraction est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts économiques essentiels de la France », édicte-t-elle.

De surcroît, les contrevenants pourraient être passibles de « l’interdiction des droits civiques, civils et de famille », de « l’interdiction, suivant les modalités prévues par l’article 131-27 du code pénal, soit d’exercer une fonction publique ou d’exercer l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de laquelle l’infraction a été commise, soit d’exercer une profession commerciale ou industrielle, de diriger, d’administrer, de gérer ou de contrôler à un titre quelconque, directement ou indirectement, pour son propre compte ou pour le compte d’autrui, une entreprise commerciale ou industrielle ou une société commerciale. »

Tollé parmi les syndicats de journalistes

Avec un tel arsenal répressif, on comprend qu’un potentiel lanceur d’alertes y regarderait à deux fois avant de jouer son rôle citoyen. La décision du groupe socialiste de reprendre à son compte la proposition de loi que le Medef avait dictée à l’UMP, à quelques petites variantes qui ne changent pas grand-chose, est donc d’autant plus stupéfiante que dans le même temps, la grande loi promise par François Hollande pendant sa campagne présidentielle sur le secret des sources des journalistes – et offrant un statut protecteur aux lanceurs d’alertes – est sans cesse différée (Lire La loi sur le secret des sources des journalistes est de nouveau reportée). Alors que le projet de loi devait être examiné le 16 janvier, le débat a été repoussé au 14 mai avant d’être de nouveau différé sine die.

Dès le premier report, en janvier, les syndicats de journalistes avaient fait part de leurs très vives inquiétudes. Le SNJ s’était dit « surpris et choqué » (on peut lire son communiqué ici). De son côté, le SNJ-CGT avait interpellé « le gouvernement pour connaître les raisons inavouées (inavouables ?) à ce jour, de cette décision aussi soudaine qu’intolérable et qui constitue un très grave retour en arrière malgré les engagements au plus haut sommet de l’État ».

Quelles raisons inavouables ? Sans doute sont-elles aujourd’hui un peu plus transparentes : contre le droit à l’information des citoyens, les dirigeants socialistes semblent privilégier l’omerta souvent défendue par les entreprises. Et ce choix est d’autant plus préoccupant que le capitalisme français est, parmi les grandes démocraties, l’un des plus opaques; et le journalisme d’investigation sur les entreprises est sans doute, en France, l’une des formes de journalisme parmi les plus sous-développées.

Que l’on veuille bien examiner en effet les règles de fonctionnements du capitalisme français. Il a importé du modèle anglo-saxon tout ce qui a trait à l’enrichissements des mandataires sociaux (stock-options…) et les principales règles de gouvernance, et surtout celles du profit pour l’actionnaire (« share holder value ») Toutes les règles… mais pas celles de la transparence, auxquelles les marchés financiers accordent beaucoup d’importance. Sur ce plan, les milieux d’affaires parisiens ont gardé les règles d’opacité qui étaient la marque du vieux capitalisme français, truffé de passe-droits et de conflits d’intérêts. Le secret des affaires, s’il devait être instauré, viendrait donc conforter ces mauvais penchants.

Et dans cette culture française assez peu démocratique, celle de la monarchie républicaine, la presse a souvent été placée dans une situation de dépendance, croquée qu’elle a été, titre après titre, par les grands oligarques du système parisien. Et le résultat est celui que l’on sait : alors qu’il existe une forte tradition de journalisme d’investigation économique dans la plupart des grands pays anglo-saxons, la France ne peut pas en dire autant. L’enquête en économie est peu fréquente ; et les journaux économiques se limitent, le plus souvent, a être une presse de « services » et très peu – ou pas du tout – d’investigation.

Le résultat,  c’est qu’il est difficile de pratiquer l’investigation. Et que l’on s’y expose souvent à de très fortes rétorsions. Si peux m’autoriser à citer ma propre expérience, voici ce dont je peux moi-même témoigner : pour avoir conduit une longue et difficile enquête prémonitoire sur les Caisses d’épargne, j’ai été mis en examen douze fois en 2009 (comme Edwy Plenel en sa qualité de directeur de la publication), avant de gagner cette confrontation judiciaire et de faire condamner la banque pour poursuites abusives. Si une loi sur le secret des affaires avait alors existé, sans doute aurais-je été à l’époque condamné à ce titre, car j’avais révélé de nombreux faits sur la banque, qui n’étaient pas illégaux, mais qui ont conduit à la crise gravissime de la banque.

Et cette « judiciarisation » du travail journalistique est constante. Pour ne parler que de la période récente, j’ai encore fait l’objet voici quelques semaines de deux plaintes en diffamation, initiée par la Société nationale immobilière (SNI – filiale de la Caisse des dépôts), et par son président André Yché, visant pas moins de six articles apportant de nombreuses révélations sur les dérives du premier bailleur social français. Dans le contexte présent, je sais que Mediapart et moi-même pourrons lors du procès apporter les preuves nombreuses du sérieux de nos enquêtes en même temps de leur bonne foi. Mais avec une loi sur le secret des affaires, nous irions tout droit vers une condamnation, aussi séreuse que soient nos enquêtes.

Voici l’effet pernicieux auquel cette loi pourrait conduire, si un jour elle devait être adoptée : elle renforcerait encore davantage l’opacité du capitalisme français et l’anémie de la presse économique. De tous les grands pays, la France est déjà celui qui avait déjà la conception la plus extensive du « secret défense », auquel se heurte périodiquement la justice, quand elle cherche à faire le jour sur des contrats de corruption ; elle va maintenant avancer en éclaireur pour organiser le secret des affaires. C’est, en somme, une proposition de loi très dangereuse pour les libertés publiques et le droit de savoir des citoyens, qui est pourtant un droit fondamental, garanti par la Déclaration des droits de l’homme.

LAURENT MAUDUIT - mediapart.fr

En vidéo : d’où vient ce trou géant découvert en Sibérie ?

Classé dans: Actualités, Environnement

Il mesure 80 m de diamètre, il est très profond et récent : le « trou géant » découvert par des chercheurs russes au nord de la Sibérie, dans la péninsule du Yamal, a de quoi étonner. Enfin, pas tant que cela…

 

Un trou au bord bien net s'est formé récemment. L'effondrement du toit d'une cavité souterraine ou une explosion dans un sous-sol gorgé de gaz sont les deux explications possibles de ce phénomène. © Konstantin Nikolaev

Un trou au bord bien net s’est formé récemment. L’effondrement du toit d’une cavité souterraine ou une explosion dans un sous-sol gorgé de gaz sont les deux explications possibles de ce phénomène. © Konstantin Nikolaev

 

Mais quelle est donc l’origine de cette perforation de quelque 80 m de diamètre, aux parois bien verticales, qu’a découverte une équipe volant en hélicoptère à l’extrême nord de la Sibérie. L’ingénieur Konstantin Nikolaev l’a filmée et la chaîne de télévision Zvesda a diffusé ces images, maintenant passées en mode autoreproduction sur le Web. Le trou est étonnamment net et sa profondeur impossible à estimer puisque le fond n’est pas distinguable. L’endroit est désolé : c’est lapéninsule du Yamal, c’est-à-dire « le bout du monde » en dialecte local, par environ 70° delatitude nord et 70° de longitude est.

Les images et les détails de l’histoire sont publiés en anglais par le journal Siberian Times. On y apprend qu’un représentant du gouvernement a insisté pour expliquer qu’il ne s’agit pas d’un cratère d’impact créé par la chute d’une météorite. Il a omis d’ajouter que l’atterrissage raté d’un vaisseau extraterrestre était très peu probable, ce qui libère les imaginations sur le Web.


Le survol du trou découvert dans la péninsule du Yamal, en Sibérie, dans une région au sol gelé. Le diamètre est d’environ 80 m. © Konstantin Nikolaev

Une explosion ou un écroulement dans le pergélisol

Une scientifique interrogée, Anna Kurchatova, géologue, penche pour une explosion souterraine, provoquée par la fonte de ce sol gelé dont la glace pouvait contenir du gaz, du méthane par exemple. Le réchauffement de l’atmosphère aurait libéré ce gaz. La terre est en effet d’ordinaire gelée en permanence : c’est un pergélisol (ou permafrost en anglais), la glace ne fondant que lors de périodes plus chaudes. C’est dans le sol de cette région qu’avait été découvert en 2007 un bébé mammouth remarquablement conservé.

Non loin de ce trou se trouvent de généreuses réserves de gaz découvertes en 1972 et exploitées par Gazprom depuis 2012. Une autre explication avancée est celle du « pingo ». Un grand bloc de glace se forme (lentement) dans le sol gelé, repoussant la terre autour de lui, puisque le volume augmente quand l’eau gèle, finissant par former une petite colline. S’il vient à fondre, l’eau s’écoule et la partie supérieure s’écroule.

De tels trous, résultant d’un effondrement, pour des raisons diverses, ou d’une explosion souterraine, apparaissent de temps à autre. En 2010, au Guatemala, la tempête Agatha avait tant gorgé d’eau le sous-sol de la capitale que le toit d’un karst (grotte souterraine dans un massif calcaire) s’était écroulé, engloutissant une maison avec lui. En 2013, en Floride, c’est une doline dont le toit s’est affaissé qui a emporté une maison, hélas habitée Les autorités sibériennes promettent une expédition pour aller tirer cette affaire au clair.

Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

Aubry dézingue la réforme territoriale et tacle le gouvernement

La maire de Lille a organisé une conférence de presse à Paris pour s’en prendre à la fusion entre le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, votée par les députés. 

La  conférence de presse a été décidée au tout dernier moment. Dans un café parisien, vendredi 18 juillet, la maire de Lille et ancienne première secrétaire du PS, très discrète depuis deux ans, a éreinté la réforme territoriale de Manuel Valls et François Hollande. Et s’est aussi – une nouveauté – permis quelques petites piques contre le gouvernement.

Alors que la fusion entre le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie a été votée hier par les députés, Martine Aubry ne décolère pas. La première carte de 14 régions, dévoilée par l’Élysée début juin, préconisait le rattachement de la Picardie à Champagne-Ardenne. Martine Aubry avait obtenu des garanties de Manuel Valls que le Nord-Pas-de-Calais resterait dans ses frontières actuelles. Mais cette semaine, les députés PS ont choisi de le fusionner avec la Picardie. Un choix soutenu par les élus du Pas-de-Calais, mais majoritairement rejeté par ceux du Nord. Il y a deux jours, ceux-ci ont dénoncé dans un communiqué une « aberration économique et sociale », car cette fusion est celle de deux régions « parmi les moins riches de la métropole ».

Vendredi, la maire de Lille, entourée de quelques élus nordistes, a dénoncé la méthode gouvernementale. « Nous voulons avoir le temps de nous préparer. On n’est pas en train de faire du Monopoly, ni de jouer à Sim City. On touche aux identités », a-t-elle dit, ajoutant : « J’ai défendu chez le premier ministre le fait que la Picardie devait rester seule le temps que l’on puisse se préparer. Et puis mardi dernier, patatras. Je n’ai jamais vu ça, ni sur le plan républicain, ni sur le plan démocratique. »

Jusqu’ici avare de critiques publiques, la maire de Lille en a aussi profité pour épingler le gouvernement. « On a fait de belles choses, on en a loupé d’autres », a-t-elle dit. « Il n’est pas trop tard pour réussir le quinquennat. (…) Si, depuis deux ans, on avait eu plus de vision et de méthode, on aurait eu moins de problèmes. » L’ancienne candidate à la primaire socialiste contre François Hollande s’est toutefois défendue de « mettre des bonnets rouges », allusion à la contestation bretonne.

Le 27 juin, la maire de Lille, ancienne haut fonctionnaire au ministère du travail entre 1984 et 1987, a vu invalidée sa mise en examen pour « homicides et blessures involontaires » dans le dossier de l’amiante de l’usine de Condé-sur-Noireau.

C’est la première fois depuis 2012 que l’ancienne première secrétaire du PS se permet une critique aussi frontale de l’action gouvernementale. Ces dernières semaines, elle a observé avec bienveillance la contestation d’une partie des députés PS (dont certains de ses proches) au sujet des mesures d’économie et du pacte de responsabilité de François Hollande. La maire de Lille a de toute évidence décidé de se faire entendre davantage. Des aubrystes évoquent ainsi une possible intervention de l’élue lilloise, à la rentrée, par exemple sous forme de tribune.

Mediapart.fr

Israël n’a pas su être un Etat normal

Classé dans: Actualités, International

Même l’Afrique du Sud s’est débarrassée de son héritage raciste et colonial, alors que l’Etat hébreu s’enfonce dans l’impasse, écrit ce quotidien libanais. Un éditorial radical qui reflète la colère de la rue arabe.

Dessin de StephffDessin de StephffDroits réservés

Israël ne veut pas d’un Etat palestinien viable, avec un territoire et des frontières clairement définies. Mais Israël ne veut pas non plus être l’Etat de tous ses habitants, [y compris les Palestiniens]. Il n’est ni capable de se séparer des Palestiniens, ni de les englober. Son problème, c’est l’existence même des Palestiniens. Le seul fait qu’ils existent rend impossible la réalisation de « l’Etat juif ».

Si la Nakba ["catastrophe"] des Palestiniens a été la création de l’Etat d’Israël en 1948, la Nakba d’Israël aujourd’hui réside dans l’existence des Palestiniens, non pas en tant qu’êtres humains et habitants dont on n’arrive pas à se défaire, mais en tant que réalité nationale d’un peuple et de son territoire. 

Deux évolutions inverses

Ce fut un tournant historique [dans les années 70] quand les Palestiniens ont pris acte de l’existence de l’Etat d’Israël. Jusque-là, ils avaient en tête [la reconquête de l'intégralité de] la Palestine historique, idée qu’ils ont ensuite abandonnée pour tenter d’établir un Etat palestinien [à côté d'Israël]. Tout en affirmant qu’au cas où il n’y aurait pas de solution à deux Etats, ils n’auraient pas d’opposition de principe à la création d’un Etat binational, juif et arabe, garantissant l’égalité démocratique.

L’Etat israélien a connu une évolution inverse, avec une régression vers un projet racisto-religieux, misant sur la colonisation et ne comptant que sur l’occupation, la force militaire et l’oppression pour assurer sa pérennité. Ce n’est plus une lutte entre deux visions opposées du « droit », c’est-à-dire le droit des Palestiniens à leur terre et le droit des juifs à leur Etat. Fini également le slogan [arabe] « on jettera les Juifs à la mer », tout comme le mythe de la « terre sans peuple ». [Slogan sioniste du XIXème siècle présentant la Palestine comme une terre sans peuple pour un peuple sans terre].

Israël s’enfonce dans l’impasse

Là où les Palestiniens ont intégré ce changement dans leur raisonnement, les Israéliens sont restés bloqués dans un imaginaire biblique. Israël n’a pas su être un Etat normal. Même l’Afrique du Sud, exemple s’il en est d’une création colonisatrice et raciste, s’est débarrassée de cet héritage. Au lieu de chercher une solution, Israël s’enfonce dans l’impasse. Son erreur consiste à nier la réalité et à s’enferrer dans des mensonges idéologiques. Malgré sa toute-puissance et sa férocité, il est prisonnier d’un projet non-viable. Or en se piégeant lui-même, il emprisonne en même temps les Palestiniens.

Toutes les négociations entre Israéliens et Palestiniens depuis 1991 et jusqu’à aujourd’hui se sont déroulées entre, d’un côté, les Palestiniens qui cherchaient désespérément une solution, et de l’autre les Israéliens qui cherchaient désespérément la « victoire » définitive. La seule fois où Israël a clairement voulu une « paix des braves », les Israéliens eux-mêmes [un militant juif d'extrême droite] y ont aussitôt mis un terme, par l’assassinat du Premier ministre de l’époque Yitzhak Rabin [1995].

Depuis, les Israéliens sont engagés dans une fuite en avant et se laissent aller au délire qui consiste à refuser tout à la fois la solution de deux Etats [israélien et palestinien côte à côte] et la solution d’un seul Etat pour Juifs et Arabes. Leur seule perspective, c’est toujours plus d’occupation et de spoliations. Israël a décidé de vivre dans la guerre permanente. De ne pas s’accorder la paix à soi-même, ni de donner leurs droits aux Palestiniens.

Libérer les Israéliens de leur propre prison

Les Palestiniens sont prisonniers de l’occupation, mais les Israéliens eux-mêmes sont prisonniers du sionisme et des illusions de la colonisation. Le drame des Palestiniens est donc double, puisqu’ils doivent, avant de pouvoir se débarrasser de l’occupation, libérer les Israéliens de leur propre prison. Ainsi, la lutte israélo-palestinienne est devenue une lutte pour la liberté de tous.

Aujourd’hui, Israël n’est plus en mesure de faire accréditer sa thèse de « guerre contre le terrorisme », galvaudée par les dictatures arabes [les régimes égyptiens et syriens appellent leur combat contre leurs opposants "guerre contre le terrorisme"]. De même, les Palestiniens n’accepteront plus de vivre sans liberté. Cette guerre ne ressemble donc pas aux précédentes guerres israélo-palestiniennes. Elle ressemble en revanche à toutes les autres qui éclatent actuellement au Moyen-Orient : soit la liberté, soit la tyrannie. Soit des cantons racio-ethnico-religieux, soit des Etats démocratiques pluralistes. Soit des Etats-croupions de la peur et des minorités opprimées, soit des républiques ouvertes, citoyennes et égalitaires.

Jean – Luc Mélenchon : le système n’a pas peur de la gauche il a peur du peuple

Le nouvel âge des luttes

Chaque jour, je reçois des nouvelles des luttes qui ont cours, soit qu’on veuille m’informer, soit qu’on me sollicite, soit que le parti décide de s’exprimer et que je sois appelé comme les autres dirigeants à donner mon avis sur un communiqué. SNCM, Hôpital de Garches, intermittents, ferme des mille vaches, Notre-Dame-des-Landes, Lyon-Turin, et ainsi de suite, la liste n’est pas aussi courte que certain se le disent. Je ne m’exagère pas la force de contagion de ces actions. Je vois bien l’émiettement du tableau. Cela n’enlève rien à chacune d’elle. Aussi bien, dans tous les cas, chacune a sa propre dynamique et son propre rythme. Mais toutes attestent une forme de combativité dont certains aspects ont directement à voir avec la sphère politique. Dans chaque cas, quel que soit le sujet, vient le moment où le choc implique le gouvernement et le PS. Dès lors, chaque combat porte comme leçon cette confrontation, souvent odieuse. C’est ici ce qu’on doit appeler une machine à détricoter. Car avant l’ère solférinienne, chaque lutte apportait sa quantité de liens créés ou renforcés avec ce qui était alors la gauche politique. Ici ce n’est plus le cas. Pas seulement parce que la lucidité des combattants leurs apprend que le PS est leur adversaire. Mais parce que, en conséquence de cela, viennent alors toutes les questions que cette prise de conscience créé. « La gauche et la droite c’est pareil ! », « Pourquoi êtes-vous alliés avec eux dans les élections ? », « Ils sont pires que les autres parce qu’ils font semblant, pourquoi ne les dénoncez-vous pas ? ». Comme on le sait, il y a bien des réponses possibles à ces questions. Elles ne sont pas convergentes, loin de là. A la fin, reste donc un goût d’inachevé et de leçon de choses incomplète. Les luttes ne produisent plus une conscience politique claire en ce qui concerne leur lien avec le champ des partis et des stratégies. On ne se rassurera pas en se disant que cela peut apporter de l’eau à notre moulin. Bien sûr, cela en apporte. Les adhésions sont là, n’en déplaisent à ceux qui se délectent des démissions. Surtout des adhésions de syndicalistes ou de citoyens très engagés dans un combat. Ceux qui entrent et ceux qui sortent ne sont pas du même bois.

Mais le fond de l’affaire est ailleurs. Pour le très grand nombre, la gauche, c’est le PS, ses alliés réels ou supposés et le gouvernement. Par conséquent, à échelle de masse, la perte est permanente, comme une hémorragie sans fin. Toute la sphère de gauche entre alors en dépression comme le montrent les dernières élections. Mais ce processus émollient fonctionne également dans une toute autre direction. Car ce qui progresse aussi à grands pas, c’est le rejet du système en général. Le système économique et le système politique. Ce rejet est un programme commun implicite. Un programme qui se croit sans parti ni état-major puisque aucun signal clair lui est envoyé qui le démentirait. Sauf, pour certains, le signal du Front National. De son côté, le Front de Gauche est inaudible, non parce qu’il manque de comités de base ni d’adhésion directe mais parce qu’il a été instrumentalisé pour des alliances et accords qui le situent dans le camp du système. Les sénatoriales n’arrangent rien, bien au contraire ! Suivez mon regard. De son côté, l’extrême-gauche incarne le sectarisme et donc l’impuissance. Une fois posée cette observation du terrain, il faut en tirer des leçons et des programmes d’action. Ce n’est pas mon sujet ici d’y entrer alors même que mes amis sont en pleines réflexion sur le sujet. Mais on sait quelle leçon essentielle nous en avons tirée : une mise à distance concrète et sans concession avec le système ! C’est-à-dire avec le gouvernement et ceux qui le soutiennent. Cela conduit à une ligne stratégique : « le système n’a pas peur de la gauche il a peur du peuple ». Ce qui est bien davantage qu’un slogan simple à manier !

Jean -Luc Mélenchon

Le cerveau face à lui-même

Classé dans: Actualités, Informatique

Avec la révolution numérique, le flot d’informations qui s’offre à nous ne cesse de croître. Y résister requiert un effort. Ainsi, une véritable compétition s’engage entre la volonté de préserver notre milieu mental interne afin de rêvasser, réfléchir au passé ou planifier le futur, et l’attraction exercée par les stimuli présents, les personnes, les objets et notamment tous les petits et grands écrans qui nous entourent.

Les chercheurs se sont interrogés sur ces états de conscience centrés tantôt sur des contenus endogènes, tantôt sur des événements extérieurs. Longtemps considéré comme un bruit diffus à soustraire de l’activité cérébrale induite par la fonction cognitive étudiée, le vagabondage mental génère au sein de notre cortex, nous le savons aujourd’hui, tout un ensemble de fluctuations spontanées et très organisées résultant de processus d’activation et de désactivation conjoints des réseaux pariéto-frontaux.

Mais combien de fois notre cerveau bascule-t-il dans ce mode de fonctionnement  » par défaut  » au cours de la journée ? Et apprécions-nous vraiment ces dialogues en tête-à-tête avec nous-mêmes ? A première vue, on pourrait penser que nous, Homo sapiens, trouvions particulièrement plaisant de pouvoir laisser libre cours à la méditation et à la rêverie. Or ce noble idéal du philosophe sommeillant en chacun de nous semble contredit par les résultats de la psychologie expérimentale. Dans le but de créer une base des données sur la distribution journalière de nos activités mentales, Matthew Killingsworth, de l’université de Harvard, a développé une application sur smartphone (www.trackyourhappiness.org) qui permet de contacter des participants volontaires et leur poser des questions précises sur ce qu’ils font à différents moments de la journée.

Les résultats, publiés en  2010 dans la revue Science, montrent que les sujets rêvassent souvent mais considèrent cette activité désagréable, comparée aux moments durant lesquels ils sont occupés à des tâches précises, et cela, indépendamment du contenu de leurs pensées solitaires. Que celles-ci soient positives ou négatives, elles semblent entraîner un coût émotionnel qui assombrit l’humeur des sujets. Ces résultats viennent d’être confirmés par une étude parue dans la même revue le 4  juillet, où des centaines de sujets ont été testés dans plus de dix expériences différentes par Timothy Wilson et ses collègues de l’université de Virginie.

Les volontaires, placés seuls dans une pièce vide et privés de leurs objets personnels pendant six à quinze minutes devaient rester assis, éveillés, et juste  » penser « . La plupart des participants ont rapporté des difficultés de concentration  alors que  leur attention n’était pas en compétition avec d’autres stimuli et beaucoup ont trouvé l’expérience très déplaisante. Dans une variante étonnante de ce test, les auteurs montrent que, dans une situation d’isolement mental, 67  % des hommes et 25  % des femmes préféraient s’infliger un choc électrique plutôt que rester dans leurs seules pensées ; alors que dans un contexte autre, les mêmes individus étaient prêts à payer pour éviter cette stimulation douloureuse ! Cet été à la plage, quelle cause, de la chaleur brûlante ou de la démangeaison cérébrale, vous poussera la première à quitter votre transat et à chercher le marchand de glace ?

 

Angela Sirigu (Neuroscientifique,directrice de rechercheCentre de neurosciencecognitive(CNRS-université Lyon-I)) -lemonde.fr

ISRAËL Un climat de haine raciale

Classé dans: Actualités, International

Un jeune palestinien, assassiné apparemment en représailles au meurtre de trois jeunes Israéliens, a été enterré vendredi. Des appels au meurtre, voire au génocide, sur les réseaux sociaux sont alimentés par des déclarations incendiaires d’hommes politiques citant la Bible.

Des manifestants d'extrême-droite israéliens durant un rassemblement dans le sud de la ville de Sderot, le 3 juillet - AFP PHOTO / JACK<br /><br /><br />
GUEZDes manifestants d’extrême-droite israéliens durant un rassemblement dans le sud de la ville de Sderot, le 3 juillet – AFP PHOTO / JACK GUEZ
Le 9 mars 1933, les chemises brunes des Sturmabteilung [SA, sections d'assaut du parti nazi] semaient la terreur dans la capitale allemande. « Dans plusieurs quartiers de Berlin, de nombreuses personnes – vraisemblablement juives pour la plupart – ont été attaquées en public dans la rue. Certaines ont été gravement blessées », écrit Walter Gyssling un journaliste de l’époque, non juif, dans son journal. Je sais, vous vous étranglez déjà d’indignation : « Comment ose-t-il comparer des incidents isolés en Israël aux activités de l’Allemagne nazie ?! » Et vous avez parfaitement raison. Loin de moi l’idée d’établir un parallèle entre ces événements. Mes deux parents ont perdu leur famille dans la Seconde Guerre mondiale, et je n’ai pas besoin qu’on me rappelle que l’Holocauste est un crime d’une monstruosité tellement unique qu’il reste sans égal dans les annales des génocides prémédités. 

Mais je suis juif, et, même si je n’étais pas né à l’époque, il est des scènes de l’Holocauste qui sont irrémédiablement gravées dans ma mémoire. 

Ils hurlent « Mort aux Arabes ! »

Aussi, lorsque j’ai vu les vidéos et les photos de divers gangs de Juifs d’extrême droite parcourant les rues de Jérusalem, hurlant « Mort aux Arabes ! » et pourchassant au hasard et en plein jour des passants ayant le malheur de ne pas avoir la bonne tête ou le bon accent, les poursuivant la bave aux lèvres comme des bêtes sauvages pour les tabasser avant l’arrivée de la police, l’association d’idées a été automatique. C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit. Et je pense que c’est la première chose qui devrait venir à l’esprit de n’importe quel Juif. 

Il va de soi que l’Etat hébreu en 2014 n’est pas « le jardin de la bête » décrit par [l'écrivain américain] Erik Larson dans son livre sur l’Allemagne de 1933. Le gouvernement israélien n’encourage pas ces patrouilles criminelles comme ont pu le faire les nazis (jusqu’à ce que les Allemands se plaignent du désordre occasionné et s’inquiètent de la réputation de leur ville). 

Je ne doute pas non plus une seconde que les forces de police feront tout leur possible pour retrouver les assassins du jeune Palestinien dont le corps calciné a été retrouvé dans une forêt de Jérusalem. Je prie même pour qu’ils découvrent qu’il ne s’agissait pas d’un crime motivé par la haine raciale. 

Une explosion de haine

Mais qu’on ne s’y trompe pas : le spectacle de ces bandes criminelles pourchassant des Arabes n’a rien d’exceptionnel. Il ne s’agissait pas d’un simple accès de rage incontrôlable à la suite de la découverte des corps des trois jeunes Israéliens enlevés. 

Cette explosion de haine n’est pas un phénomène isolé : elle est présente en permanence, elle grandit de jour en jour et elle se diffuse dans la société, nourrie par le mécontentement, l’isolement et la victimisation, encouragée par les responsables politiques et les experts – cyniques ou sincères – qui, lassés de la démocratie, souhaiteraient en gros qu’Israël ne soit qu’un Etat, une nation et finalement un leader. 

Au cours des dernières vingt-quatre heures, une page Facebook appelant à « venger » les trois jeunes adolescents kidnappés a suscité des dizaines de milliers de mentions « J’aime », ainsi que des centaines d’appel explicites à tuer des Arabes où qu’ils se trouvent.

Une page qui réclame l’exécution des « gauchistes extrémistes »

Toujours sur Facebook, en deux jours, près d’une dizaine de milliers d’utilisateurs ont « aimé » la page, réclamant l’exécution des « gauchistes extrémistes ». Le tout accompagné – ainsi que d’innombrables articles en ligne et sur les médias sociaux – de commentaires répandant le pire des venins racistes et appelant à la mort, à la destruction et au génocide. 

Ces appels ont d’ailleurs été repris ces derniers jours – de façon légèrement plus subtile – par des membres de la Knesset [le Parlement israélien] faisant référence au Dieu vengeur évoqué dans certains passages de la Torah et au destin des Amalécites, tribu hostile aux Hébreux. 

David Rubin, ancien maire de la colonie de Shiloh, s’est montré plus direct : dans un article publié par le site Israel National News, il écrit qu’un « ennemi est un ennemi, et la seule façon de gagner cette guerre est de détruire notre ennemi sans trop se soucier de faire la différence entre les soldats et les civils. Nous, Juifs, viserons toujours en priorité des cibles militaires, mais il est parfaitement inutile de se sentir coupables de perturber, de blesser ou de tuer des civils ennemis dont la quasi-totalité soutient le Hamas et le Fatah. »

Jaurès en Avignon

Un siècle, voilà un siècle que Jaurès est mort, le 31 juillet 1914, la veille de la Première guerre mondiale, et avec lui sont morts les espoirs d’une action internationale capable d’empêcher le massacre. Mais il ne s’agit pas aujourd’hui simplement de commémorer ce triste anniversaire. Lire Jaurès, réfléchir sur l’héritage intellectuel et politique de Jaurès, sont d’un secours essentiel pour notre présent, pour tenter de répondre à la situation actuelle de désarroi profond de la société française en général et de la gauche en particulier.

 Le nom de Jaurès a été maintes fois cité depuis son assassinat, mais son œuvre et sa pensée ont rarement été examinées en tant que telles, elles ont subi de multiples tentatives de les déformer et de les instrumentaliser. A l’issue de la Grande guerre, sa mémoire s’est surtout centrée sur l’image du martyr de la paix, qui a vite effacé celle que les autorités avaient essayé d’imposer durant le conflit, d’un Jaurès qui se serait rallié sans réserve à l’« union sacrée ». Après 1918, c’est son combat ultime contre la guerre qui a fixé son image. L’important courant pacifiste au sein de la société française a surtout retenu son hostilité au conflit. Y compris ceux qu’on appelait les « pacifistes intégraux » des années 1930, favorables à « la paix, même avec Hitler », dont certains deviendront en 1940 partisans de la Collaboration, tel Alexandre Zévaès qui a publié en 1941 un livre intitulé Jean Jaurès, un apôtre du rapprochement franco-allemand. Son livre plus complexe de 1911, L’Armée nouvelle, n’était pas réédité. En même temps, une vive mémoire jaurésienne, autour de ses écrits sur la laïcité, l’école et la jeunesse, s’est maintenue parmi les instituteurs, pour lesquels il avait beaucoup écrit. Et, durant le Front populaire, la référence à Jaurès a fonctionné comme un symbole de l’unité de la gauche, celle d’avant la fracture impitoyable entre les socialistes intervenue en 1920 au Congrès de Tours sous l’influence de la révolution bolchévique.

Une Association des amis de Jaurès avait été fondée en 1916, qui avait annoncé son intention de publier ses œuvres, mais, dépourvue du soutien des partis politiques de la gauche, elle avait cessé ses activités vers 1930 sans avoir commencé à le faire. Dans l’entre-deux-guerres, le parti communiste a très vite pris ses distances avec la pensée de Jaurès, il a supprimé son nom sous le titre de l’Humanité, tandis que la revue des intellectuels communistes Clarté écrivait en 1924, « Ne lisez pas Jaurès ! Lisez Lafargue ! », et « Vous le voulez ? Prenez-le donc et gardez-le ! ». La SFIO y faisait référence, mais sans publier ses œuvres et en oubliant certaines de ses idées, comme, dans le fort climat de « pacifisme intégral », celles de son livre L’Armée nouvelle, favorables à l’idée de défense nationale, par une armée de soldats citoyens, au service de la démocratie quand celle-ci est menacée. Bien isolés ont été les efforts d’un Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’homme, qui a fait poser une plaque en 1923 sur la façade du Café du croissant où Jaurès a été tué, obtenu l’année suivante le transfert de ses cendres au Panthéon, mais a eu ensuite bien du mal, dans les années 1930, à alerter sur la terrible nécessité de se préparer à faire la guerre au nazisme.

De même, après 1945, il y a avait très peu de place pour la lecture et la publication des œuvres de Jaurès. Il faudra attendre le moment, à la fin des années 1950, où la gauche française s’est trouvée profondément en crise, en raison, d’une part, de la répression de Budapest et des premières critiques de Staline en Union soviétique, et, d’autre part, de l’enlisement de la SFIO dans la guerre d’Algérie, pour que l’intérêt pour l’ensemble de l’œuvre de Jaurès soit relancé. Un colloque organisé en 1959 à la Sorbonne par Daniel Mayer, démissionnaire de la SFIO et nouveau président de la Ligue des droits de l’homme, a débouché sur la création de la Société d’études jaurésiennes. Son premier président était Ernest Labrousse, un intellectuel marxiste en marge du PCF et de la SFIO, engagé contre la guerre d’Algérie et qui faisait partie comme Daniel Mayer du parti socialiste autonome (PSA) puis du PSU. Etudiant, il avait assisté en février 1914 au « discours à la jeunesse » de Jaurès lors des obsèques du président de la LDH Francis de Pressensé, où Jaurès, en s’adressant aux jeunes, avait eu cette formule qui deviendrait célèbre : « Qu’allez-vous faire de vos vingt ans ? » Labrousse s’est consacré à cette œuvre de ressourcement jaurésien, avec des personnalités d’horizons divers, comme les anciens résistants Robert Debré, Jacques Madaule et Léo Hamon, les intellectuels communistes Salacrou et Aragon. Ou encore Madeleine Rebérioux, pas encore exclue du PCF mais déjà suspecte aux yeux de sa direction pour son engagement pour l’indépendance de l’Algérie, qui était particulièrement intéressée par la critique que Jaurès avait faite de la colonisation. C’est elle qui a succédé à Labrousse, de 1982 à 2005, à la présidence de la Société d’études jaurésiennes.

Ce qui suscite aussi aujourd’hui de l’intérêt pour Jaurès, c’est son attachement profond à la justice sociale, son internationalisme, qui n’excluait pas le patriotisme, son humanisme. Jaurès était résolument du côté des ouvriers parce qu’ils étaient victimes d’un système capitaliste injuste, son engagement socialiste était avant tout un engagement profondément moral. Jaurès en est venu aussi à attaquer vivement la politique coloniale, persuadé que ceux qu’on appelait les « indigènes » étaient des hommes comme les autres en en avaient donc tous les droits.

Utile aussi pour nous aujourd’hui est de nous reporter à sa conception de la laïcité, fondée sur la liberté, qu’il a fait prévaloir lors du vote de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Une conception qui impliquait le respect des pratiques religieuses, même si cela lui a valu bien des attaques. On lui a reproché la première communion de sa fille Madeleine en 1901. Il a subi une campagne de caricatures le représentant avec une fiole d’« eau du Jourdain », sur la foi d’une rumeur mensongère lui attribuant le recours à ce liquide pour le baptême de son petit fils… Car il n’était pas, par principe, antireligieux. Il avait une grande admiration pour le monde arabe et l’islam, dont il a dit : « deux tendances inverses s’y trouvent : il y a des fanatiques, oui, il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux, Il y a toute une élite qui dit : l’Islam ne se sauvera qu’en se renouvelant, qu’en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix ». Il avait de même une vision ambivalente du christianisme, qui associait, selon lui, « la douce lueur du matin et la flamme sinistre du bûcher ». L’historien Gilles Candar relate que, dans la même semaine d’octobre 1896 où il chantait la Carmagnole, debout sur la table du banquet marquant l’inauguration de la Verrerie ouvrière d’Albi, il récitait « de sa voix très forte », dans la petite église du Blan, une cinquantaine de kilomètre plus au sud de ce même département du Tarn, le Credo au baptême de sa nièce dont il avait accepté d’être le parrain. D’où le fait que les radicaux l’ont qualifié de « socialo-papalin », qu’en 1908, à Paris, ils l’ont empêché de parler lors d’un meeting en chantant par dérision l’Ave Maria à tue-tête et sans s’arrêter[1].

Sa manière de faire de la politique avait de particulier qu’il accordait une grande importance à la sincérité des convictions que chacun défendait, y compris chez ses adversaires. Sa préoccupation essentielle était de transmettre ses idées et d’en convaincre ses auditeurs et non l’état de l’opinion à leur sujet. Adversaire de la peine de mort, il a continué à plaider pour son abolition quand les hommes au gouvernement tiraient argument du retournement de l’opinion après un crime exploité par la grande presse pour renoncer à leurs promesses électorales abolitionnistes. Il n’était pas hanté par sa réélection. Quand il a été battu aux élections législatives, il s’est consacré à des tâches qui le passionnaient tout autant : son enseignement à l’université et l’écriture de son Histoire socialiste de la Révolution française. Il s’est engagé en politique sans jamais chercher à bénéficier personnellement d’une position de pouvoir. Il a toujours vécu de ses salaires, sans jamais être propriétaire de ses logements. Même s’il n’a pas exercé de responsabilités gouvernementales, sa manière de parler, de faire de la politique a durablement marqué les esprits, elle contraste avec les comportements des responsables d’aujourd’hui. La dame qui, à Carmaux, a dit à François Hollande « Jaurès, il ne parlait pas comme vous » a, au-delà de son interlocuteur du moment, mis le doigt sur cette question cruciale de notre vie politique d’aujourd’hui.

 

 

Jaurès au Festival d’Avignon

 

 

C’est pour réfléchir à tout cela que, pendant toute la durée du festival d’Avignon, la Ligue des droits de l’homme, la Société d’études jaurésiennes, la Fondation Jean Jaurès et la mairie d’Avignon ont organisé deux expositions et des débats.

Expositions du 9 au 26 juillet 2014

Bibliothèque municipale Ceccano, 2 bis, rue du Laboureur

« Jaurès : le parcours » : l’itinéraire de Jaurès et sa place dans la mémoire collective. Conçue par Marion Fontaine, maître de conférence à l’Université d’Avignon, auteur de Ainsi nous parle Jean Jaurès, anthologie (Fayard/Pluriel, 2014), secrétaire générale de la Société d’études jaurésiennes

Hôtel de ville, Place de l’Horloge

« Jaurès vu par la caricature »: réalisée à partir de caricatures, dessins de presse, cartes postales, journaux satiriques, affiches, chansons illustrées et extraits d’articles de presse et d’ouvrages d’époque, elle montre comment, à partir de 1894, Jaurès a affronté une presse satirique de droite et d’extrême droite mais aussi les moqueries de dessinateurs syndicalistes révolutionnaires et anti religieux. Exposition réalisée par le Salon International de la caricature, du dessin de presse et d’humour, 7 route du château d’eau, 87590 St Just le Martel.

Débats

Bibliothèque municipale Ceccano 2 bis, rue du Laboureur

à 15h

• jeudi 10 juillet (15h) : Jaurès et la question sociale, de l’affaire Dreyfus à l’affaire Durand. Avec Charles Silvestre, auteur de La victoire de Jaurès (Privat, 2013) ; Marion Fontaine ; Marc Hédrich, Association Jules Durand ; Mano Siri, présidente de la commission culture de la Licra ; Antoine Spire, rédacteur en chef du Droit de Vivre, revue de la Licra ; Gilles Manceron, co-auteur avec Madeleine Rebérioux de Droits de l’Homme. Combats du Siècle (Seuil, 2003).

• vendredi 11 juillet :Jaurès, la laïcité et la religion. Avec Jean-Paul Scot, auteur de L’État chez lui, l’Église chez elle : Comprendre la loi de 1905 (Seuil, 2005) et Jaurès et le réformisme révolutionnaire (Seuil, à paraître en 2014) ; Eric Vinson et Sophie Viguier-Vinson, auteurs de Jaurès, le Prophète. Mystique et politique d’un combattant républicain(Albin Michel, 2014) ; Gilles Manceron ; Mano Siri ; Antoine Spire.

• mardi 15 juillet :Jaurès et la colonisation. Avec Alain Ruscio, auteur de Le credo de l’homme blanc (Complexe, 2002) ; Marion Fontaine, co-directrice de Le pluralisme culturel, Jaurès, Œuvres, t. 17 (Fayard, à paraître en septembre 2014) ; Gilles Manceron, auteur de Marianne et les colonies (La Découverte, 2003) et 1885, le tournant colonial de la République (La Découverte, 2006)

• mercredi 16 juillet : Les photographies de Jaurès et la mémoire collective. Avec Eric Lafon, directeur du Musée de l’Histoire vivante (Montreuil) ; Frédéric Cépède, responsable des archives à l’Office universitaire de recherche socialiste ; Emmanuel Naquet, rédacteur à Histoire@Politique, auteur de Pour l’humanité. La Ligue des Droits de l’Homme, de l’affaire Dreyfus à la défaite de 1940 (PUR, à paraître en 2014).

• vendredi 18 juillet :Jaurès et le rejet de l’antisémitisme dans le mouvement socialiste. Avec Jaqueline Lalouette ; Daniel Lindenberg, auteur (avec Pierre-André Meyer) de Lucien Herr, le socialisme et son destin  (Calmann-Lévy, 1977) et Le procès des Lumières (Seuil, 2009). Philippe Oriol, auteur deL’Histoire de l’affaire Dreyfus (Stock, 2008) (sous réserves) ; Mano Siri ; Emmanuel Naquet.

• samedi 19 juillet : Jaurès et Péguy. Avec Jérôme Pellissier, auteur de la pièce « Rallumer tous les soleils. Jaurès ou la nécessité du combat » qui sera créée le 31 juillet par la compagnie Aigle de sable, au Théâtre de l’Epée de bois à la Cartoucherie de Vincennes ; Gilles Manceron ; Géraldi Leroy, auteur de Péguy entre l’ordre et la révolution (Presses de Sciences-Po, 1981) et deCharles Péguy (Armand Colin, 2014)

• mardi 22 juillet : Jaurès, le pacifisme et la défense nationale. Avec Emmanuel Jousse, rédacteur à Histoire@Politique, Fondation Jean Jaurès ; Gilles Manceron ; Dominique Ziegler, auteur et metteur en scène dePourquoi ont-ils tué Jaurès ?, joué du 5 au 27 juillet par le Théâtre Le Poche de Genève, au Théâtre du Chêne noir, à 12h30.

Exposition et conférences au Panthéon

L’exposition « Jaurès contemporain, 1914-2014 » au Panthéon du 25 juin au  11 novembre 2014 est accompagnée d’un cycle de douze conférences « Connaître Jaurès », coordonné par Vincent Duclert, commissaire de l’exposition, avec le soutien de la LDH et de la Société d’études jaurésiennes. Parmi elles : mardi 22 juillet, « Jaurès et le monde », par Gilles Candar ; lundi 28 juillet, « Jaurès et la colonisation », par Gilles Manceron[2].

[1] Gilles Candar et Vincent Duclert, Jean Jaurès, Fayard, 2014.

[2] L’ensemble des événements autour de Jaurès se trouve sur le site www.jaures2014.fr

GILLES MANCERON - mediapart.fr

Ce qui menace Israël NOUS menace.

Classé dans: Actualités, International

Après avoir reçu des centaines de missiles sur son territoire, après avoir subi des actes terroristes incessants, Israël a décidé de frapper ceux qui empêchent ses habitants de vivre. Des roquettes tombent plus au Nord, sur le centre d’Israël menaçant le cœur du pays. Quel Etat supporterait une situation pareille sans cesse renouvelée? Quel Etat pourrait accepter sans coup férir que son sol reste sous la menace d’un feu ennemi discontinu? Quel peuple pourrait accepter de supporter cette menace sans réagir?

De bons esprits indignés avaient déjà dénoncé en 2006 la disproportion de la riposte israélienne dans une précédente offensive qui avait déjà pour objet de riposter à une précédente agression terroriste. Ces indignés minimisaient l’action du Hamas au prétexte que ses armes artisanales faisaient face à l’hyper puissance de l’armée d’Israël. Ainsi le mensonge factuel vise à transformer l’agresseur en victime comme si les fusées iraniennes fournies au Hamas correspondaient à ces armes que les pauvres inventent par désespoir. Cette stratégie, les Etats arabes puis les groupes palestiniens l’ont répétée inlassablement depuis soixante ans. Elle a fait long feu.

Israël s’est totalement désengagé de la bande de Gaza en 2005. Depuis cette date ce territoire est libre et le blocus dont il est l’objet aurait cessé du jour au lendemain si une volonté de paix s’était affirmée et s’il ne s’était pas plutôt transformé en base terroriste. Ce départ, non négocié par Ariel Sharon, du seul fait de la décision d’Israël s’avère avoir été une erreur parce que il n’obligeait en aucune manière une responsabilité palestinienne. De ce territoire libéré de toute présence juive, qu’est ce qu’en ont fait les palestiniens ? Ont ils choisi de construire un embryon d’Etat ? Après un coup d’Etat sanglant contre l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas en juin 2007 le Hamas fait de la charia et de sa charte la matrice de son projet. Cela n’interdira pas à Stéphane Hessel de lui trouver bien des charmes, au cours d’une visite en 2010. Pour l’indigné au grand cœur la cause était déjà entendue. Tout le monde peut prendre aujourd’hui la mesure de cette fable.

Il fut un temps, jusqu’à la fin des années 80, où le mouvement nationaliste palestinien disait combattre pour fonder une patrie. Avec les accords d’Oslo l’illusion d’une paix de compromis avait irrigué les espoirs de tous ceux pour qui la perspective de deux Etats pour deux peuples apparaissait la solution possible de cette guerre de cent ans ou de mille ans pour peu qu’on en lise l’histoire dans la politique ou bien dans la bible. Les paroles de paix étaient prononcées en anglais tandis que la guerre sainte se disait en arabe pour enflammer la rue arabe si friande d’exaltations furieuses. En Occident pour tous les borgnes idéologiques les révolutions arabes réactivaient le signal pavlovien qui fait se gaver d’illusions : l’avenir radieux se profilait à nouveau de Tunis au Caire sans voir que sous les pavés c’était la charia qui se profilait et non pas la plage. La fin de Kadhafi loin de porter la démocratie a mis en évidence un concept que l’on croyait oublié : c’étaient les tribus qui menaient la danse.

Pour avoir négligé de lire le monde arabe et celui né de l’islam sans tenir compte de ce que l’ethnologie avait pu révéler de ses constantes, la lecture progressiste a un réveil plutôt douloureux au constat de ses erreurs et se ses illusions idéologiques. Tous les islamologues avertis sont sensés connaître ce partage dans l’imaginaire politique de l’islam entre la sphère musulmane où règnent la paix et l’harmonie de la charia, parce que majoritairement peuplée de musulmans et la sphère de la guerre, celle qui est à conquérir, celle qui est polluée par les mécréants, les Croisés et les Juifs, c’est à dire l’Europe et la Palestine du Jourdain à la mer. Ne pas vouloir voir que la haine des Juifs est matricielle dans la lecture que le Hamas fait de l’islam est une considérable erreur d’appréciation de son idéologie. Elle est au cœur de la pensée islamiste et de ses épigones organisationnels. Le nazisme sans l’antisémitisme n’aurait été qu’un fascisme parmi d’autres. Tous les divers attendus de la stratégie de cet islam ont déjà été pensés et exprimés : la takia conseille d’avancer masqué pour dissimuler la réalité de son projet. Arafat était un virtuose de cette pratique : les mots de la paix dits en anglais et le jihad dit en arabe. Depuis douze ans le Hamas pratique une alternance de trêves et d’agressions, la hudna, conseille cette tactique de guerre qui permet de se réarmer en simulant la paix.

L’idéologie du Hamas, son programme, écrit en toutes lettres dans sa charte n’a qu’un seul but : l’anéantissement d’Israël et l’assassinat des juifs. Le Hamas n’est pas une organisation de résistance mais le bras armé de l’offensive islamiste planétaire dont Israël constitue la ligne de front. Il ne vise pas à l’établissement d’un Etat pour le peuple arabe de Palestine, il vise à la reconquête par l’islam d’un espace dont il estime être le légitime propriétaire de droit divin. Tant que les européens n’intègreront pas ces catégories dans leur grille de lecture de ce que les Frères musulmans ont irrigué dans l’espace musulman et celui du monde arabe ils n’en comprendront pas les enjeux réels. Ils continueront à voir dans la Palestine la cause d’un Tiers-Monde désespéré là où il faudrait voir le fer d’une lance dirigée contre eux mêmes.

Le malheur arabe est réel, le malheur palestinien est réel, mais qui en est responsable depuis plus de soixante ans? Une constante du discours arabe motivant son désir de revanche trouve ses racines dans cette humiliation tant invoquée dont les arabes seraient les victimes. Mais de qui et de quoi sont-ils les victimes sinon prioritairement de ce que des arabes ont fait aux arabes? Que s’est-il passé pour que des Saddam Hussein, Bachar Assad ou Bouteflika aient pris le relais de l’émir Abdel Khader, de Nasser, de Bourguiba ou de Mohamed V? Si il y a des raisons d’être humilié, n’est pas dans ce que le monde arabe a fait de sa propre histoire et de son glorieux passé qu’il faut les chercher ? Qui tue qui en Syrie aujourd’hui ? Qui tuait qui en Algérie durant la décennie sanglante de la fin des années 80 ? Qui kidnappe qui au Nord du Nigéria ? Qu’est ce que ces pays gorgés de pétrole ont fait de leur fortune ? Ont-ils aidé au développement de leurs sociétés, à leur éducation ? Qui a tué qui dans le conflit Iran – Irak, au Koweït, au Soudan, au Liban ? La liste est trop longue des massacres arabo-arabes ou islamo-islamiques pour en dresser l’inventaire. En projetant sur Israël l’unique raison de leur enfermement psychique les arabes évitent tout travail critique sur leur propre histoire et les musulmans font l’économie de toute réflexion sur ce que l’islam est en train de devenir sous la férule islamiste.

A quelques exceptions admirables près, l’espace arabo musulman jubile dans cet enfermement. On se prête à rêver devant ce film (visible sur you tube) montrant le colonel Nasser se moquant des Frères musulmans et leur projet de mise sous voile des femmes égyptiennes. La salle rit et applaudit son raïs et on ne peut que rétrospectivement déplorer aujourd’hui l’aveuglement d’Israël au cours des années 70, quand il avait favorisé les islamistes pour lutter contre l’OLP. C’était au temps de la Guerre Froide et Nasser et l’OLP étaient dans le mauvais camp. L’effondrement des tentatives laïques, (islamo-progressistes aurait dit Le Monde) des divers Baas a cédé la place devant la puissance de la révolution islamique en Iran de 1979. L’effondrement du communisme n’a pas seulement définitivement sifflé la fin de partie de l’affrontement Est-Ouest, celle du choc des blocs, elle a introduit le choc de deux projets de civilisations annoncé par Huntington: celui des islamistes, troisième grand totalitarisme du XXIe siècle et celui d’un monde libéral. « Nous adorons la mort autant que les américains aiment la vie » énonçaient les jihadistes du 11 septembre 2001.

Le pronostic erroné de fin de l’histoire de Francis Fukuyama a fait long feu. 
Peut-on négocier quoi que se soit avec un monde qui a fait de la bombe humaine la figure héroïque de ses soldats ? Peut on négocier avec celui qui a fait de l’éducation à la haine la vertébration de son système éducatif ? Peut on négocier une paix avec celui qui a fait de la négation du droit de l’autre à l’existence et de sa destruction l’âme de son projet ? Cette pensée mortifère nous la voyons désormais à l’œuvre chez nous, en France et en Europe. C’est la même idéologie qui inspirait Mohamed Merah et ses clones promus héros douteux de certaines banlieues. C’est cet islam tueur autant que suicidaire qui a frappé à Londres, Madrid, New York, Paris, Bruxelles. C’est lui qui est en train de déplacer un front au nord du Mali, au Nord du Nigéria, au Tchad, au Soudan. En Egypte ce sont les chrétiens Coptes qui sont rejettes, au Liban, en Irak, ce sont les chrétiens qui sont grignotés et dans tous les cas ce sont les femmes qui sont les victimes premières des nouveaux califes. Faut-il être aveugle pour ne pas prendre conscience de cette menace globale?

Avec un courage inouï, certains intellectuels issus de ce monde arabo musulman, s’insurgent contre cette fatalité. Comprenant que le pire avenir et que le pire à venir résidait dans cette dérive ils ont pris le parti de le dire et de le dénoncer. L’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, avec une autre délégation de religieux musulmans, est allé en Israël, de briser ce carcan. Il vient présenter le visage d’un autre islam, celui des Lumières. Il n’est pas le seul. Déjà en mai 2011, Boualem Sansal s’était rendu en Israël à l’invitation du salon international des écrivains. Fraternellement l’auteur du village de l’allemand a lancé un appel pour la paix et le dialogue avec David Grossman. Depuis longtemps déjà Fethi Benslama, Malek Chebel, Abdenour Bidar, Abdelwahab Medeb ont dénoncé le ferment psychique de l’enfermement arabe qui fait de la vengeance d’une humiliation fictive sa raison d’être. Ils proposent une lecture éclairée de la spiritualité de l’islam. Loin de libérer les arabes et les musulmans, l’islamisme du Hamas et autres Hezbollah les condamne à la régression, à l’enfermement.

Ne pas prendre la mesure des enjeux du conflit actuel consiste pour la énième fois à se voiler la face devant ce que cet affrontement représente. Par intérêt à court terme l’Occident a fait du Qatar son allié privilégie en feignant de ne pas voir que ses pétrodollars servent à acheter les banlieues françaises autant que des armes pour les futurs martyrs d’Allah. La diplomatie française gagnerait beaucoup en lucidité si elle comprenait que l’émir du Qatar est aussi notre meilleur ennemi ou notre pire ami. Les américains ont fait et font la même erreur avec l’Arabie des Saoud. Il n’est pas trop tard pour ouvrir les yeux.

Ce conflit ne constitue pas qu’un affrontement lointain, il n’est pas qu’une guerre de plus sur laquelle nous projetons en France ou en Europe des éléments de nos propres imaginaires et de nos histoires enfouies. Il est aussi un révélateur, un dévoilement. Ce sont d’autres comptes qui se règlent sous couvert d’analyses géopolitiques savantes ou d’indignations sélectives. Plus de cent cinquante mille morts en Syrie n’émeuvent guère, ils n’intéressent personne dans la sphère de la bienpensance. Sous nos latitudes la muflerie sous le vernis de la mode et le mensonge dans les habits de la vérité constituent les paradigmes du quatrième pouvoir. C’est une constante de la genèse de la pensée totalitaire que dissimuler sous des masques émancipateurs une réalité qui l’est moins. Cette mécanique est connue, elle est une constante dans le regard porté sur le conflit israélo palestinien désormais devenu israélo-islamiste. Seuls les gestes d’Israël excitent les attentions et seuls les monstrueux supposés crimes qui lui sont attribués viennent interpeller les consciences. Depuis les années 2000 la nazification d’Israël est le plus sûr moyen pour tous les « indignés » d’éponger le passé de l’Europe et pour les arabes de faire passer le goulag islamiste pour le paradis pour tous.

Dans l’affrontement présent Israël est dans son droit le plus légitime. Il combat son agresseur. Il lutte pour défendre son territoire et sa population. Il ne fait pas que cela. En affrontant la figure avancée de l’islamisme, qui utilise la population de Gaza comme bouclier humain, Israël la libère en même temps d’une secte terroriste qui l’a prise en otage. Le malheur qui lui est imposé n’est pas le fait d’Israël mais la conséquence de la mainmise du Hamas sur cette population. Installer des rampes de missiles à côté d’une école ou d’un hôpital ne constitue pas un camouflage héroïque mais obéit à une effroyable stratégie de mort. Il ne faut pas être grand expert pour comprendre cela et comprendre qu’au delà de ce qui se joue au Proche Orient c’est probablement notre avenir, ici même, qui se joue. Pour qui se bat Israël ? Il se bat pour lui, il se bat aussi pour nous. Ce qui menace Israël NOUS menace.

  – huffington post.fr