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Ayrault et Hollande, les nouveaux Américains

Fanfares ! Fanfares ! Le mandat de la Commission européenne pour négocier avec les Etats-Unis la formation d’un Grand Marché Transatlantique, ne verra pas le régime des biens culturels inclus dans cette négociation. C’est une bonne nouvelle. Elle prouve que l’on peut bloquer les plus grandes machineries du moment où l’on a une volonté politique claire et affirmée haut et fort comme l’a fait Aurélie Filippetti. Le silence d’Ayrault et son absence de la scène a sans doute aidé à rendre crédible la détermination de la ministre de la Culture. Ceci étant posé, voyons la situation réelle : la France a accepté l’ouverture de la négociation et donc le principe même du Grand Marché Transatlantique ! C’est consternant ! Le candidat Hollande n’en avait jamais parlé dans sa campagne. Le premier ministre ne l’a jamais évoqué dans un de ses discours et notamment pas à l’occasion de celui qu’il a prononcé pour son investiture devant l’Assemblée. L’Assemblée Nationale elle-même n’en a jamais débattu. Cela ne dérange personne parmi les psalmistes de la démocratie et des droits de l’homme. C’est pourtant une bifurcation majeure du cours de l’histoire entre les deux rives de l’Atlantique. C’est l’annonce d’une révision de fond en comble de tout le système des normes commerciales, sociales et écologiques de nos pays. C’est la fin de l’espérance de pouvoir modifier le contenu libéral de la construction de l’Union européenne puisque le deuxième tour de verrou est donné avec les règles du Grand Marché Transatlantique. Tout cela est tellement consternant qu’on comprend mieux pourquoi la sonnerie des trompettes de victoire est si forte ! Elle constitue le stade suprême de l’enfumage ! Cherchez dans la presse la moindre référence au fait que cette négociation est ouverte sans que jamais le moindre mandat à ce sujet n’ai été débattu dans une assemblée française ! Voilà bien une démonstration de ce que dénonce Edwy Plenel : l’habitude de la servitude devient une culture active ! Le système médiatique, par paresse, par acceptation aveuglée de l’idéologie dominante, ne se contente pas de taire : il masque ! Il est vrai que les solfériniens ont joué fin pour tromper tout le monde. Ils savent qu’une partie des députés socialistes n’auraient jamais voté pour que ces négociations existent. Et ils savaient que les députés EELV non plus ne l’auraient pas fait. Donc ils ont tout simplement réservé le débat à la seule question de l’exception culturelle. La droite et les médias ont fait l’autre moitié du travail : enfumer et acclamer. Comprenons-nous bien, Aurélie Filippetti a fait son travail. Elle l’a fait dans le cadre créé par la capitulation décidée par Ayrault et Hollande. Ces deux-là sont responsables de cette première absurdité : la France dos au mur pour défendre son droit à avoir une production culturelle indépendante. Ça commence mal !

 

Ayrault et les retraites, le temps des adjectifs

Le temps des funérailles, ils s’étaient donné des mines d’héritiers de Pierre Mauroy. Certes j’avais bien souri de voir François Hollande, l’homme qui écrivait contre le programme commun et la politique de gauche de Mauroy dans les années 80, faire mourir une deuxième fois l’ancien premier ministre en faisant son éloge pour la politique de rigueur sans dire un mot des conquêtes sociale de 1981. Signé furax : il aurait dû parler de la retraite à soixante ans une semaine avant de l’enterrer elle aussi. Pas un des plumitifs de service ne fit le rapprochement. Quel petit filou ce François ! Depuis cette pantalonnade, le « rapport Moreau » est tombé. Il se confirme avant tout que les pleureurs professionnels n’étaient bien, une fois de plus, que des cyniques sans principes. Mauroy avait été le premier ministre de la retraite à soixante ans. Ayrault sera son fossoyeur. Non seulement il avalise toutes les lois scélérates de la droite en la matière mais il va les aggraver. Pire que Balladur et Fillon : Jean-Marc Ayrault. Pire que Sarkozy : François Hollande. Un gouvernement de « gauche » va pour la première fois en France décider de reculer l’âge du départ en retraite. Voilà la certitude. Le reste est un habillage. Car le gouvernement a beau jouer les Tartuffe en s’abritant derrière le « résultat des négociations entre partenaires sociaux », on sait déjà qu’il compte suivre les grandes lignes de ce « rapport ». En page 18 du « Monde », dans un coin sans importance, ce pauvre Ayrault débite ses habituelles phrases creuses sculptées comme de l’antique. Mais les dés sont jetés. Le rapport Moreau est un rabâchage sans imagination des mantras les plus éculés. Depuis vingt ans surgissent des gugusses de cette sorte qui prétendent « sauver notre système de répartition » en le démolissant. Les vieux refrains sont de retour : accroître la durée de cotisation et baisser les pensions. Une politique absurde et injuste par essence. Absurde car l’âge moyen de cessation d’activité en France étant inférieur à 59 ans ce sera au système de chômage et de pré-retraite de prendre en charge le différentiel toujours plus grand avec celui de départ à la retraite…

Le plan de réforme des retraites est donc aussi un plan de ruine des comptes sociaux. Demain les mêmes menteurs et hypocrites viendront « sauver notre régime d’indemnisation » en supprimant les indemnités et « sauver notre système de santé » en réduisant l’accès aux soins de chacun. Mais en se gardant bien de dire que la principale cause de déséquilibre des comptes est leur politique. Et que le principal bénéficiaire de leur « réforme » est le secteur marchand : retraite par capitalisation, assurances privées, cliniques privées. Quant à la baisse des pensions, elle va mettre dans une situation toujours plus difficile des millions de retraités dont le niveau de vie ne cesse de se détériorer. Tout cela suit la rengaine de la droite : « on vit plus longtemps donc on doit travailler plus longtemps ». Partout où de tels sottises ont été appliqués on observe un recul de l’espérance de vie en bonne santé. Parfois c’est l’espérance de vie tout court qui régresse. Il y aurait pourtant une toute autre logique à mettre en œuvre. D’abord développer l’emploi par une politique de la demande et des grands projets comme l’économie de la mer. Ensuite et à court terme : chercher les ressources là où elles se sont enfuies depuis trente ans c’est à dire dans les profits non investis. Il y a là largement de quoi combler les 20 milliard de déficit prévus d’ici 2020, si l’on accepte l’idée très audacieuse que les prévisions de déficit des soi-disant spécialistes vaillent mieux cette fois-ci que les précédentes. De toute façon l’équilibre du système par répartition est de l’aveu même du premier ministre, assuré dès 2035 en raison du dynamisme de notre démographie. Quelle bonne nouvelle ! Elle ne soulève pourtant guère de curiosité ni de commentaires… Nous y reviendrons le moment venu. Car c’est une bataille de mouvements et de pilonnage qui commence. Déjà le parti médiatique a commencé à asséner en boucle les habituels arguments pour pousser des cris catastrophistes, opposer les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux salariés du privé et ainsi de suite. Ce sont les préparations d’artillerie médiatiques classiques comme nous les avons déjà vécues. Il faut laisser passer ce premier feu. Il n’imprimera pas. Il est au contraire intéressant de laisser la médiasphère se déconsidérer une fois de plus par son embrigadement. Le dégoût et la méfiance sont déjà acquis dans la mesure où tout cela est de la redite. Les gens savent qu’on les prend pour des imbéciles et ils seront mieux disposer à écouter des solutions alternatives. Nous n’aurons aucun mal à les produire puisqu’il n’y a strictement rien de neuf dans le « débat ». Les syndicats vont se mettre en mouvement et nous aussi en charge progressive. Nous aussi, à leur suite. Il est possible que le gouvernement dispose du nombre de godillots suffisant pour faire passer cette nouvelle forfaiture. Mais les syndicats vont agir avant. La CGT, FO et SUD ne vont pas laisser faire. Et il n’est pas assuré que l’UNSA et la CFDT accepte de servir la soupe cette fois-ci. Venant après l’amnistie refusée, les cadres syndicaux vont finir leur décrochage d’avec le PS et ses arnaques et ils se tourneront franchement de notre côté à l’heure des bulletins de vote de représailles en mars et mai prochains. Nous avons un peu de temps devant nous. Pas beaucoup car le gouvernement veut avoir bouclé son affaire en septembre.

Bien sûr Jean Marc Ayrault a déjà pris la pause et sucé longuement ses mots pour annoncer et même exiger une « concertasssssion». Attention pas n’importe quelle « concertassssion» ! Une « concertassssssion » très spéciale. Qu’on en juge ! Le formidable premier ministre de François Hollande qui se prépare à liquider un acquis social historique de la gauche lui attribue quatre adjectifs, pas un de moins. Matin ! Quel haut niveau d’exigence ! Et quelle plume pour le dire ! Certes il est loin le temps ou le premier ministre ou ses séides disposaient de la page une du « Monde »  pour réciter ce genre de balivernes ! Ici ce texte fondateur et inoubliable dans l’histoire du PS au pouvoir doit être recherché page 18 du journal de révérence (quart gauche du haut de la page) ! Bref, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. La concertassssion de monsieur Ayrault, prise en sandwich entre la mauvaise volonté syndicale à se couper la gorge et l’urgence du calendrier parlementaire exige donc une pluie d’adjectifs palliatifs pour cache misère. Ce doit être une concertation : 1) « dense » 2) « construite » 3) « ouverte » et même, soyons fous : 4) « sincère » ! En tous cas l’essentiel est de se manier le train ! Car la loi de finances de la sécurité sociale en cours doit pouvoir intégrer les coupes qu’organisera la « réforme ». Car ne l’oublions pas : tout ceci n’a de sens que par rapport aux exigences de la « Commission européenne » pour les comptes publics de 2014 et 2015. Sinon quel besoin de se hâter de la sorte ? Comme dirait Hollande la Commission n’a pas à nous dire ce que nous devons faire puisque nous le faisons déjà !

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Villeneuve-sur-Lot : duel UMP-FN au second tour, le PS éliminé

Les candidats de l’UMP et du Front national s’affronteront au second tour de l’élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) pour succéder au socialiste Jérôme Cahuzac, selon les résultats définitifs du premier tour publiés dimanche 16 juin.

 

Le candidat PS Bernard Barral, qui espérait sauver le siège de l’ancien ministre du Budget, n’a obtenu dimanche que 23,69 % et n’a pas réussi à atteindre le seuil de 12,5 % des inscrits pour rester en course. L’UMP Jean-Louis Costes devance, avec 28,71 % des voix, le candidat du Front national, Etienne Bousquet-Cassagne (26,04 %).

Jérôme Cahuzac avait démissionné de l’Assemblée nationale après avoir admis détenir un compte clandestin à l’étranger. Il avait longtemps caressé l’idée de se représenter devant les électeurs qui l’avaient élu député en 2007 et réélu en 2012, et dont il a été le maire de 2001 à 2012.

L’abstention a été forte : environ 46 % des électeurs inscrits seulement sont allés voter, contre 57,73% en 2012. Le second tour aura lieu dimanche prochain.

« FAIRE BARRAGE AU FN »

Quelques minutes après l’annonce des résultats, le premier secrétaire du PS Harlem Désir a appelé les électeurs à faire « barrage au candidat du Front national » au second tour dimanche prochain, dans un communiqué cosigné avec Christophe Borgel, secrétaire national aux élections. « Cette élimination est avant tout le produit d’un ‘choc Cahuzac’, et de l’abstention et de la division de la gauche », ajoutent les responsables PS.

« L’éclatement des forces de gauche au premier tour est particulièrement regrettable alors que les élections partielles sont toujours difficiles pour la majorité en place et qu’il est apparu dans les élections partielles récentes que l’électorat de gauche était moins mobilisé que celui de l’opposition et encore moins que celui du FN », ont-ils analysé.

De son côté, le président de l’UMP Jean-François Copé a jugé que les résultats du vote étaient également « un nouveau désaveu cinglant pour François Hollande et sa politique« , dans un communiqué qui ne mentionne pas le Front national. Il « appelle solennellement toutes les électrices et tous électeurs à se mobiliser derrière Jean-Louis Costes (UMP) pour le deuxième tour, dimanche prochain, afin de sanctionner la politique conduite par François Hollande », a-t-il ajouté.

L’élimination du PS est la sanction « d’une majorité sans cap », a renchéri l’ancien premier ministre François Fillon, pour qui une « dynamique républicaine est en marche qu’il faut amplifier ». « C’est la sanction d’une majorité sans cap ni autorité, élue sur des promesses intenables et aujourd’hui incapable d’endiguer une crise économique qu’elle a niée », écrit M. Fillon dans son communiqué où il ne mentionne pas lui non plus le Front national.

lemonde.fr

 

Les Etats-Unis pris la main dans le sac comme d’habitude !

     

http:  www come4news com images users 3100 SNOWDEN jpg Les Etats Unis pris la main dans le sac comme dhabitude !Embusqués derrière un pseudonyme, ils sont de plus en plus nombreux après avoir longtemps rongé leur frein, à se débrider, via leurs propos sur la toile, sur facebook, sur tweeter ou ailleurs. Désinhibées, même des personnes atteintes d’espionnite aigüe auraient rejoint le club de ces mordus des réseaux sociaux. Une cyber mondialisation qui s’est avérée outrageusement perverse pour l‘usager qui à son  corps défendant, se trouve coincé dans un vaste piège tenant lieu de pompe à informations privées, taillables et corvéables à merci ! 

Un  scoop, preuves à l’appui que nous livre Edward Snowden, ex-consultant de l’agence de sécurité nationale américaine (NSA) ; un secret de polichinelle éventé qui a notamment pour avantage de lever les suspicions de nature pathologique attribuées jusque là, aux auteurs de ce type d’allégations. 

PRISM, une traque planétaire, mise en place par Bush en 2007 puis maintenue par son successeur, avec démultiplications de ses antennes : elle lancerait à nos trousses la NSA et la CIA, décortiquant nos moindres faits et gestes, sécurité oblige !  

S’autoproclamer ainsi garant de la sécurité planétaire et prendre en charge tout ce beau monde jugé à la remorque, sans le moindre contrepoids fait craindre le pire, à la longue ! Protégé par un arsenal juridique conséquent, concocté pour la bonne cause, tous les écarts sont permis afin de récolter des applaudissements : pyromanies, cyberattaques, guerres directes, guerres indirectes drones à l’appui… 

L‘islamophobie étant la condition sine qua non pour garder la main, le filon est entretenu avec brio : et de nous dégainer à tout va les sempiternelles arlésiennes sur les redoutables jihadistes en croisade contre l’Occident ; quitte à se moquer du monde et comble du pharisianisme, une bonne partie des attentats déjoués aux USA serait fomentés par des agents du FBI et non par les ambitieux jihadistes, à en croire certains analystes ! D’ailleurs en Syrie, la flagrante collusion entre les gardiens de cette planète et leurs prétendus ennemis vient conforter cette hypothèse. Et à côté, Néron fait bien pâle figure ! 

Avant Edward Snowden, Bradley Manning à l’origine du scandale Wikileaks avait décidé de renverser la table : choqué par ce qu’il appelle « le porno guerrier » en Afghanistan et en Irak, Bradley Manning, ce jeune gradé de l’armée américaine a eu le courage de transmettre des documents militaires classés secret afin de faire réfléchir. Un geste digne qui lui a valu un traitement en détention que l’ONU qualifie de « cruel, inhumain et dégradant«. 

Réfugié à Hong Kong, Edward Snowden à l’avenir désormais incertain, s‘est attiré les foudres du Pentagone. Ce Pentagone qui bafoue ces principes dont il prétend se prévaloir ; qui passe son temps à rappeler à l’ordre les franchiseurs de lignes rouges ; qui demande encore et toujours des comptes sans jamais, jamais en rendre ; qui refuse la liberté à ceux qu’il a taxés « d’ennemis de la liberté » ; qui semble ignorer que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. 

A force d’altruisme et avec cette propension immodérée à vouloir faire le ménage chez les autres, certains hauts fonctionnaires américains en mission à l’étranger ont fini par en oublier les valeurs les plus basiques :  une sale histoire à la sauce Strauss-Kahnienne datant de l’époque où Hilary Clinton était secrétaire d’Etat est venue éclabousser le département d’Etat. De nombreux diplomates et agents opérant à l’étranger seraient impliqués dans des « pratiques jugées endémiques » où se mêlent prostitution, drogues. 

La guerre préventive étant dans l’air du temps, il ne reste plus qu’à imposer la puce pour tous pour que la traçabilité humaine soit parfaite et que se dissipent toutes les dérives. De quoi dormir sur ses deux oreilles…   

https://secure.avaaz.org/fr/stop_prism_global_do/?brnQxbb&v=25863

http://www.01net.com/editorial/597585/prism-edward-snowden-possede-des-preuves-des-cyberattaques-us-contre-la-chine

 

Coquelicot-www.come4news.com

Affaire Guéant : enquête préliminaire ouverte sur les primes perçues entre 2002 et 2004

Selon un rapport, l’ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy a perçu 10 000 euros par mois pendant deux ans.

Claude Guéant, le 2 décembre 2011 à Paris, alors qu'il était ministre de l'Intérieur.

Claude Guéant, le 2 décembre 2011 à Paris, alors qu’il était ministre de l’Intérieur. (BERTRAND GUAY / AFP)

Une enquête préliminaire a été ouverte sur les primes en liquide perçues par Claude Guéant, selon le parquet de Paris, qui a rendu publique l’information vendredi 14 juin.Europe 1 précise que la justice le soupçonne de « détournements de fonds publics ». 

Il est soupçonné d’avoir bénéficié de primes illégales entre 2002 et 2004, époque à laquelle il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Lundi 10 juin, l’Inspection générale de l’administration (IGA) et l’Inspection générale de la police nationale (IGPN, la « police des polices ») chargées d’enquêter sur la question par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, ont confirmé que Claude Guéant avait perçu 10 000 euros de primes par mois entre 2002 et 2004. Ces fonds provenaient « des frais d’enquête et de surveillance ». Or, cette cagnotte dont bénéficie la police n’a pas vocation à financer de telles primes. 

« Il a aggravé son cas », dit Roselyne Bachelot

Dans un premier temps, Claude Guéant a par ailleurs justifié l’origine de ces liquidités par des  »primes de cabinet » qu’il a touchées lorsqu’il travaillait au ministère de l’Intérieur. « C’était de l’argent qui était donné comme ça, qui n’avait pas de statut fiscal [de l'argent non déclaré], c’était quelques milliers d’euros par mois », avait déclaré à France 2 l’ex-secrétaire général de l’Elysée.

Pour l’ancienne ministre Roselyne Bachelot qui, dès le 30 avril, avait qualifié son ancien collègue de « menteur » ou de  »voleur », Claude Guéant « a aggravé son cas ». Lors de l’émission « Le Grand 8″, sur Direct 8 mardi, elle a réagi aux conclusions de l’enquête de la l’IGA et de l’IGPN.  »Il avait dit d’abord qu’il ne touchait que 3 000 à 5 000 euros. Il s’était embrouillé. Effectivement, maintenant, il a bien puisé dans la cagnotte qui était destinée à rémunérer des fonctionnaires de police avec des sommes plus importantes que ce qui avait été annoncé », a-t-elle attaqué. 

Par Francetv info avec AFP

A revoir : « Cash investigation » sur le scandale de l’évasion fiscale

Découvrez les révélations du magazine de France 2 sur cette fraude qui prive la France d’au moins 60 milliards d’euros chaque année.

Par                             

                

                           

  • Les journalistes Valentine Oberti et Wandrille Lanos ont obtenu le témoignage d’Hervé Falciani, l’ex-informaticien de la banque HSBC Genève qui avait quitté l’établissement en 2008, emportant avec lui la liste des clients. Trois disques durs remplis de noms, d’adresses et de numéros de comptes révélant l’identité de tous ceux qui fraudent le fisc en cachant leurs avoirs en Suisse.

Menacé de mort et placé sous la protection de la police, l’homme livre sa vérité sur l’évasion fiscale. Accusé de vol de données par la justice suisse, il avait choisi de partager la liste avec les services fiscaux de Bercy. Mais certains acteurs du dossier accusent le gouvernement français d’avoir fait entrave au bon déroulement de l’enquête. « Cash investigation » revient aussi sur les manœuvres d’ »optimisation fiscale » de certaines grandes entreprises implantées en France.

A voir et revoir, à diffuser!

http://www.francetvinfo.fr/a-revoir-cash-investigation-sur-le-scandale-de-l-evasion-fiscale_345994.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20130613-[lesregions/titre3]-[boostup-tvled]

Hollande :  » L’idéal serait… »

Tout François Hollande semble résumé par cette formule, appelée à devenir culte :  » L’idéal serait… «  Il l’a employée, lors de sa conférence de presse, le 16 mai, à propos de la fiscalité :  » L’idéal serait de ne pas augmenter le taux de prélèvement sur les ménages en 2014. «  Or chacun sait qu’il n’en sera rien : sans même préjuger du prochain budget, le relèvement de la TVA est déjà programmé, et la réforme du quotient familial entraînera une hausse d’impôt pour les ménages aisés.

On peut décliner la formule à l’envi. Ainsi, l’idéal serait d’interdire dès maintenant le cumul des mandats. Le PS en avait massivement approuvé le principe, M. Hollande s’y était engagé, ainsi que chacun des candidats socialistes aux législatives de 2012. Tout indique pourtant que ce ne sera pas le cas avant 2017. De même, l’idéal serait d’instaurer le droit de vote aux élections locales pour les étrangers non communautaires. Promesse ancienne, là encore, mais sans cesse différée.

Le président de la République connaît ses classiques et pourra toujours invoquer le discours de Jean Jaurès à la jeunesse, prononcé à Albi en 1903 :  » Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. «  Et le réel, précisément, résiste, impose ses contraintes et ses complexités. On le constate, à nouveau, avec les deux projets de loi (organique et ordinaire) relatifs à la transparence de la vie publique qui viendront en débat à l’Assemblée nationale à partir du 17 juin.

Sous le choc de l’affaire Cahuzac, il y a deux mois, le chef de l’Etat avait fixé l’idéal en la matière (restaurer  » l’exemplarité de la République « , car elle est  » la condition de son autorité « ). Et il avait annoncé deux initiatives destinées à en faire la démonstration éclatante : après celle du patrimoine des ministres, effective dès le 15 avril, imposer par la loi la publication du patrimoine des parlementaires et des principaux élus locaux ; étendre l’interdiction du cumul d’un mandat parlementaire avec l’exercice de certaines activités professionnelles, en particulier de conseil, pour prévenir tout conflit d’intérêts.  » Je serai intraitable « , avait martelé M. Hollande.

Le problème est que les parlementaires, notamment de la majorité, se sont également montrés intraitables. A peine connues les intentions présidentielles, le tollé a été général, ou presque. Emmenés par un président de l’Assemblée, Claude Bartolone, très remonté contre cette  » démocratie paparazzi «  qui menaçait de les jeter en pâture au  » voyeurisme «  et à la  » démagogie « , ils ont clairement fixé les limites de la transparence qu’ils étaient prêts à accepter. Mesurant que cette fronde menaçait tout bonnement de faire capoter l’ensemble de son dispositif de  » moralisation  » et de lui infliger un inconcevable camouflet politique, le président s’est donc résolu à un compromis.

Pas de publication des patrimoines

A première vue, les parlementaires – et les quelque 6 500 élus concernés – ont gagné la partie, lors de l’examen des textes en commission. Au motif que cela porterait gravement atteinte à leur vie privée et à celle de leurs proches, leurs déclarations de patrimoine, aujourd’hui confidentielles, ne seront pas publiées ; elles seront seulement consultables en préfecture par les citoyens de leur département, mais ces derniers n’auront pas le droit de les divulguer, sous peine de poursuites pénales.

Quant à l’interdiction de cumuler un mandat de parlementaire avec des fonctions de conseil, elle reste suspendue à des tractations qui se poursuivront probablement jusqu’au débat public. Mais elle se heurte à de solides objections juridiques (que le Conseil d’Etat n’a pas manqué de soulever) autant que politiques (veut-on des assemblées composées pour l’essentiel de fonctionnaires ou de retraités, à l’abri de tout risque financier ?).

En réalité, les textes soumis au Parlement sont moins anodins qu’il y paraît. En lieu et place de la Commission pour la transparence de la vie politique, créée en 1988, ils créent une Haute Autorité de la transparence de la vie publique enfin dotée de sérieux pouvoirs de vérification et d’investigation (notamment fiscales), d’injonction aux élus récalcitrants et, si nécessaire, de saisine de la justice. S’il est exercé à l’avenir, ce pouvoir de contrôle constituera un réel bouleversement : les élus ne seront plus protégés par l’opacité dont ils bénéficient aujourd’hui. D’autant que les citoyens, s’ils ont des soupçons sur l’exactitude des déclarations de patrimoine consultées, pourront exercer leur droit d’alerte auprès de cette autorité.

Le second changement, non moins significatif, concerne la déclaration des intérêts détenus par les élus (activités professionnelles, participations financières, participation aux organes dirigeants d’organismes privés ou publics ou de sociétés…). Elles sont, aujourd’hui, reçues par le bureau de l’Assemblée et restent confidentielles ; elles seront demain déposées auprès de la Haute Autorité, qui les rendra publiques et pourra saisir la justice en cas de conflit d’intérêts manifeste.

Bref, si ce n’est pas la révolution annoncée, un pas est franchi. On ne pourra en évaluer l’ampleur qu’à l’usage. Et il évite soigneusement tout ce qui relève de la  » cuisine interne « , des règles et de la déontologie propres à chaque assemblée. Par exemple, l’usage fait par les élus de leur  » indemnité représentative de frais de mandat  » (5 770 euros nets mensuels non imposables), qui s’ajoute à leur rémunération et à leurs frais de secrétariat et a échappé, jusqu’à présent, aux tentatives de contrôle.  » L’idéal serait… « , dirait le président. Le réel, pour l’heure, en décide autrement.

par Gérard Courtois

courtois@lemonde.fr

Claude Guéant et ses primes: le procureur est saisi

Un rapport d’inspection a révélé lundi que Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, a reçu « à partir de l’été 2002 et au plus tard jusqu’à l’été 2004 » quelque 10 000 euros en liquide par mois prélevés sur les frais d’enquête des policiers. Selon Le Figaro, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui répartissait cette somme « à au moins deux ou trois collaborateurs ».

Épinglé pour la découverte d’importants achats en liquide (20 000 à 25 000 euros) lors de perquisitions effectuées chez lui par le parquet de Paris en février 2013, l’ancien secrétaire général de l’Élysée et ex-ministre de l’intérieur de Sarkozy avait d’abord évoqué début mai des « primes de cabinet », puis des « frais de police » pour justifier l’origine de cet argent. Le ministre de l’intérieur Manuel Valls avait alors commandé une enquête aux inspections générales de l’administration (IGA) et de la police nationale (IGPN) « sur l’usage des frais d’enquête et de surveillance » rendue publique lundi 10 juin. Le rapport intégral été transmis dès lundi par Manuel Valls au procureur de la République de Paris.

Créés par un décret de 1926, les frais d’enquête et de surveillance sont censés couvrir des dépenses « que le fonctionnaire peut être appelé à engager pour l’exécution de la mission qui lui est confiée ». C’est-à-dire : le recueil de renseignements, la rémunération d’informateurs, et l’acquisition de matériels ou de moyens d’investigation dans certains cas (urgence ou nécessités de confidentialité), comme l’avait précisé dans une note en février 1998 le directeur général de la police nationale, un certain Claude Guéant. Il spécifiait dans cette même note qu’« en aucun cas, ces crédits ne doivent être considérés comme permettant d’alimenter un régime indemnitaire ».

C’est pourtant exactement ce qu’a fait le haut fonctionnaire à son arrivée à la tête du cabinet de Nicolas Sarkozy, à l’été 2002, après la réforme des primes de cabinets ministériels transformées par la gauche en indemnités déclarées et versées par virement. Selon le rapport d’inspection, le ministère de l’intérieur, qui avait perdu au change dans l’affaire, se serait rattrapé en détournant les frais d’enquête des policiers. La dotation de la place Beauvau« relativement sous-évaluée » a été, « pendant deux à trois ans, complétée par des versements en provenance des fonds d’enquête et de surveillance, à hauteur d’environ 10 000 € par mois remis au directeur de cabinet du ministre », indiquent les deux inspections.

Volant au secours du soldat Guéant, Le Figaro a indiqué lundi soir que cette somme était répartie entre « au moins deux ou trois collaborateurs », révélant au passage que c’est le ministre Nicolas Sarkozy lui-même qui se serait livré à ce petit partage. Une contrepartie, ajoute le quotidien à « l’implication hors norme des équipes du cabinet du suractif Nicolas Sarkozy, surnommé alors par ses troupes “Speedy Gonzales” ». Cette répartition est impossible à vérifier, les archives des frais d’enquête antérieures à 2007 semblant s’être mystérieusement volatilisées du cabinet de la direction générale de la police nationale… « Seules les archives relatives aux années 
2007 à 2012 ont été retrouvées et transmises à la mission », regrettent les auteurs du rapport d’inspection.

Mais selon Edmond Aichoun, du syndicat FO Centrale des personnels du ministère de l’intérieur, les petites mains du cabinet n’ont jamais vu la couleur de cet argent : « Les agents n’ont perçu aucune prime en espèces depuis 2002 », assure-t-il. Son syndicat ainsi que celui des cadres de la sécurité intérieur (SCSI) réclament le remboursement des sommes perçues personnellement par Claude Guéant. Début mai, une ancienne ministre UMP Chantal Jouanno, passée à la même période (2002-2004) par le cabinet du ministre de l’intérieur Sarkozy, avait également démenti dans Le Monde avoir touché des primes en espèces. Contacté par Mediapart, Claude Guéant n’a pas souhaité réagir. « Voici plusieurs semaines déjà que j’ai décidé de ne plus m’exprimer », nous a-t-il répondu.

Gratification

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Au-delà du cas Guéant, la mission lève le voile sur l’utilisation largement dévoyée de ces frais d’enquête, passés de 12,9 millions d’euros en 2002 à 9,7 millions d’euros en 2013. Mis à part la somme de 1,8 million d’euros consacrée à la rémunération des informateurs judiciaires, ces frais d’enquête « sont majoritairement distribués comme gratifications individuelles ou collectives ». Et faute de « système de suivi formalisé » et de « règle de conservation et d’archivage »« les directions et services centraux n’ont dans la majorité des situations aucune visibilité sur les choix locaux de répartition des enveloppes et les bénéficiaires “ultimes” des fonds d’enquête et de surveillance », conclut la mission.

Ainsi en décembre 2012, les membres du cabinet du directeur général de la police nationale ont bénéficié d’une gratification de 32 550 euros puisés dans ces fonds d’enquête. De même qu’en juin 2012 (pour un montant inconnu). Ces fonds d’enquête servent également à verser une « prime de fin d’année » aux membres du cabinet du préfet de police de Paris.

Les services ne manquent pas non plus d’imagination : « frais de bouche » à la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur),« frais de représentation » lors de la réception des délégation étrangères et « dépenses de convivialité interne au service » au Raid,  « cadeaux souvenir lors de départs » à la DCRPN (direction des ressources et des compétences de la police nationale), etc. Dans les directions départementales de la sécurité publique, ces frais peuvent aussi servir à « récompenser des fonctionnaires méritants ou à faire face à des dépenses relatives à la cohésion des services (exemple : repas d’unité, cocktails lors des remises de gratifications, achat de matériels, etc. » 

Dans un communiqué, Manuel Valls a promis lundi que l’usage des frais d’enquête et de surveillance serait désormais « strictement limité aux seuls besoins opérationnels »« Les indemnisations ou gratifications versées aux fonctionnaires de police ne pourront être versées qu’à partir des crédits prévus à cet effet », indique le ministre de l’intérieur. En 2004 déjà, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, avait instauré une prime de résultats exceptionnels (PRE) pour notamment tenter de régulariser les gratifications.

Manuel Valls annonce également la création d’« un dispositif de traçabilité et de contrôle interne de l’usage des fonds » et un examen annuel, mené sous le contrôle de l’IGA et de l’IGPN. La police des polices est elle-même épinglée dans le rapport pour sa« comptabilité sommaire » de ses frais d’enquête qui « ne permettait néanmoins pas d’assurer une traçabilité suffisante »

LOUISE FESSARD -mediapart.fr

 

 

 

 

L’affaire espagnole qui menace la numéro 2 de l’UMP

La secrétaire générale de l’UMP Michèle Tabarot, députée et maire du Cannet, pourrait être visée par l’enquête ouverte en 2008 contre son frère en Espagne. Mis en examen par les juges espagnols de l’Audiencia nacional pour une escroquerie immobilière estimée à 72 millions d’euros, Claude Roch Tabarot a notamment vendu des centaines de maisons à bâtir sur des terrains qui ne lui appartenaient pas. Selon les pièces de l’enquête consultées par Mediapart, son groupe immobilier, Riviera Invest, a aussi opéré des retraits en espèces massifs, à hauteur de 13,5 millions d’euros, et de nombreux virements vers le Maroc, les États-Unis et… la France. 

Des victimes françaises s’apprêtent à réclamer de nouveaux actes d’investigation qui pourraient conduire la justice à vérifier le train de vie et les modalités de financement de l’activité politique de Michèle Tabarot et de son deuxième frère, Philippe, secrétaire national de l’UMP, conseiller général des Alpes-Maritimes et candidat à la mairie de Cannes en 2014.

Michèle Tabarot et ses frères Philippe et Roch Tabarot.Michèle Tabarot et ses frères Philippe et Roch Tabarot.© dr

« Il y a des preuves qu’une partie de l’argent des victimes espagnoles du groupe Riviera est allée en France et que cet argent a été détourné par un membre de la famille de responsables politiques, dans leur campagne électorale », déclare à Mediapart l’avocat de l’association des victimes, Me José Luis Escobar.

 

« L’argent parti vers le Maroc a provoqué l’intervention et le blocage des fonds par la justice marocaine, poursuit-il. Si les Français ne permettent pas l’utilisation d’argent de provenance douteuse par leurs candidats, ils doivent enquêter sur la destination de chaque euro détourné dans notre affaire, à partir des comptes sur lesquels les victimes ont déposé leur argent. Les Français doivent enquêter sur la destination de l’argent détourné vers la France par virements bancaires, et sur l’argent qui a pu être transporté en liquide. »

À ces soupçons s’ajoute le fait que le plus proche conseiller de la secrétaire générale de l’UMP, Frank Mezzasoma, trésorier adjoint de la fédération UMP des Alpes-Maritimes, a en effet été l’un des actionnaires de la holding de Roch Tabarot en Espagne, Riviera Coast invest. Questionné par Mediapart sur la fraude reprochée à Riviera, Frank Mezzasoma a répondu par mail qu’il nous invitait à nous « reporter aux déclarations du juge d’instruction ou du procureur, voire à celle de l’avocat espagnol de la société qui ont toujours été très claires » (sic).

Ce proche collaborateur de Michèle Tabarot assure qu’il a quitté la société en 2007, avant l’ouverture de l’enquête, mais il refuse de s’exprimer sur les malversations et les sorties en espèces, relevées dès 2005, par la police espagnole. En 2008, lorsque l’affaire a éclaté, il avait quitté quelque temps, « pour des raisons privées », le cabinet de la maire du Cannet.

L'article d'El Mundo du 2 juin.L’article d’El Mundo du 2 juin.

Selon le quotidien El Mundo(voir ci-contre son édition du 2 juin), les services de police espagnols vérifient l’hypothèse qu’une partie des fonds soit allée vers un financement politique de l’UMP, ou à un soutien « de la carrière politique de Michèle ».

« Je sais que des fonds, plus de trois millions d’euros, ont été emmenés en voiture dans les Alpes-Maritimes à l’occasion des élections municipales de 2008 », assure Robert Garcia, l’un des Français floués par le groupe Riviera. Naguère proche du clan familial, Garcia a perdu plus de 340 000 euros dans l’achat de dix studios dans une résidence universitaire du groupe Riviera à San Vicente del Raspeig, près d’Alicante.

Ce témoignage est à rapprocher des accusations portées par Jean Martinez, candidat malheureux aux municipales à Cannes en 2008. Le divers droite déclare devant les caméras de France 3 Côte d’Azur qu’il a fait l’objet d’une tentative de subornation par« l’entourage » de Philippe Tabarot, afin qu’il abandonne la course à la mairie. Voici les images (sur lesquelles on aperçoit d’ailleurs Frank Mezzasoma dans le public, derrière Philippe Tabarot) :

 

Ces accusations, mollement démenties par l’intéressé, n’ont donné lieu à aucune plainte malgré leur gravité, et l’allusion au « grand banditisme » par Martinez.

Roch Tabarot lors de son arrestation, en 2008.Roch Tabarot lors de son arrestation, en 2008.© Interviu

Selon les victimes, le groupe Riviera aurait eu recours à plusieurs sociétés off-shore.« Roch m’a dit qu’il avait mis une partie de l’argent aux îles Caïmans, poursuit Robert Garcia. Il m’a promis de me rembourser plus tard, en prétextant que la police le surveillait, et qu’il ne pouvait pas voyager. » Garcia attend toujours. « À San Vicente del Raspeig, l’un des vendeurs des terrains a été payé d’un pot-de-vin de 600 000 euros via une société aux îles Caïmans », témoigne Miguel Cancela, un agent immobilier français, victime lui aussi de l’escroquerie.

Des sorties en espèces d’un total de 13,5 millions d’euros

L’évaporation des fonds collectés auprès des acheteurs floués est l’une des questions posées en mars 2009 par l’un des rapports d’enquête de l’Unité de la délinquance économique et fiscale de la police judiciaire espagnole obtenu par Mediapart.

« Le groupe Riviera a disposé d’un volume très important de fonds entre les années 2005 et 2008, dont la destination a été différente de celle pour laquelle ils ont été confiés, notent les enquêteurs. Une somme supérieure à 8,3 millions d’euros (…) apparaît répartie entre différents pays, le Maroc pour 7 millions d’euros, suivi des États-Unis (772 000 euros) et France (607 043 euros). Ces montants sont suffisamment significatifs pour s’interroger sur l’usage de ces fonds et la logique de cette opération. »

Les sorties en espèces d’un total de 13,5 millions d’euros sur les différents comptes bancaires du groupe (Banco Popular, Deutsche bank, Banco Santander, Banco Valencia, BBVA…) sont analysées comme le moyen « de laisser le moins de traces de leur destination finale ».

L’analyse des comptes bancaires révèle, selon les policiers, « une gestion irrationnelle du grand patrimoine accumulé » :« Paiement par carte bleue pour plus de 700 000 euros au Banco Popular, école des enfants, clubs nautiques, leasing de véhicules de luxe, paiements de compagnie de jets privés, frais d’hôtel élevés, transferts à des proches de M. Tabarot. » Elle montre aussi« la volonté d’occulter la destination d’importantes quantités d’argent, comme le montrent les sorties en espèces (13,5 ME), ou les transferts de fonds à l’étranger (8,4 ME). »

La société Riviera Invest, à Alicante, en 2008.La société Riviera Invest, à Alicante, en 2008.© Google Maps

Le groupe de Roch Tabarot a vendu de nombreux appartements sur plans, pour des programmes de constructions non réalisées à Grenade et Murcie. Il remettait aussi des photocopies couleur de garanties bancaires aux acheteurs, de façon à annuler les originaux sans qu’ils le sachent. « Cette pratique montre que l’on a non seulement falsifié des documents commerciaux, en remettant des photocopies à la place d’originaux, mais qu’on a créé la sensation de sécurité chez les clients », signalent les policiers.

« Il y a des familles qui sont absolument ruinées, des retraités qui ont tout perdu, 60 ans de travail partis en fumée, commente Miguel Cancela. À Murcie, ils ont loué un terrain, mis une cabane en préfabriqué et vendu 2 000 appartements sans être propriétaires. Pour acheter, vous deviez verser 50 %, et vous aviez, soi-disant, votre appartement dans six mois. Mais ils n’ont rien construit des 2 000 appartements vendus ! »

Miguel Cancela détaille une « tactique bien rodée » : « Riviera les rappelait et leur disait : “En fait on ne va pas construire à Murcie, parce que les prévisions immobilières ne sont pas bonnes. Je ne vais pas vous rendre votre argent non plus, mais si vous ne voulez pas tout perdre, je peux vous bifurquer sur la promotion à Alicante, j’ai quelques studios, normalement ils valent 35 000 euros mais là ce sera 90 000 euros parce qu’ils sont en fonctionnement.” Les gens se disaient qu’il valait mieux signer à Alicante, du coup Riviera arrivait à soutirer 55 000 euros en plus ! Ils ont construit sans payer personne, à chaque fois ils changent de promoteur, ils calculent tout. Partout où ils vont, ils le font, ils s’en fichent, ils sont couverts par la justice. Je ne m’explique pas comment une personne qui a détourné autant d’argent à trois banques privées, qui a vendu 4 000 appartements, qui a arnaqué des milliers de familles, puisse sortir de prison comme ça. » En septembre 2008, Roch Tabarot a en effet été remis en liberté moyennant le paiement de 60 000 euros de caution.

Roch Tabarot lors de son arrestation, en 2008.Roch Tabarot lors de son arrestation, en 2008.© Diego fotógrafos

Son arrestation a été une séquence de film. Ayant appris que les dirigeants du groupe allaient partir au Maroc en jet privé, des victimes ont annoncé à la police qu’elles allaient les en empêcher manu militari, compte tenu du risque de fuite. Les policiers acceptent de tendre une souricière à l’aéroport. « Ils les ont laissés monter dans le fourgon qui les conduisait à l’avion et là cinq voitures sont apparues et des policiers sont sortis, armes aux poings », se souvient Miguel Cancela.

La remise en liberté, la faible caution, puis un premier non-lieu, cassé par l’Audiencia nacional en juillet 2011, laissent à penser que les appuis politiques de la famille Tabarot en Espagne n’ont pas été inactifs. Le tribunal de commerce d’Alicante a néanmoins déjà condamné, en première instance, Roch Tabarot à une interdiction de gérer de cinq ans.

La presse souligne l’amitié ancienne de Roch Tabarot et du futur ministre d’Aznar, Eduardo Zaplana

C’est en 1962, après – et à cause – de l’indépendance de l’Algérie, que le clan familial, alors incarné par Robert Tabarot, l’un des chefs de l’OAS à Oran, s’est mis à l’abri à Alicante. Michèle Tabarot est d’ailleurs la seule de la fratrie à être née dans cette ville refuge, avant son départ pour Cannes. Dans les années 1980, après la mise en liquidation judiciaire de sa première société en France, Roch Tabarot revient s’installer à Alicante, alors que le maire socialiste de Benidorm signe le jumelage de sa ville avec Le Cannet, sous l’impulsion de Michèle Tabarot, alors adjointe au maire. Robert, le patriarche du clan, inaugure alors Aqualandia, un parc aquatique à Benidorm.

L'immeuble de la résidence des parents Tabarot à Benidorm, où était domiciliée la société Riviera Invest à sa création.L’immeuble de la résidence des parents Tabarot à Benidorm, où était domiciliée la société Riviera Invest à sa création.© Google Maps

Les Tabarot se rapprochent de deux dirigeants du Parti populaire (PP) : Eduardo Zaplana, successivement maire de Benidorm (1991-94), dirigeant de la Région de Valence (1995-2002), puis ministre du travail et porte-parole du gouvernement Aznar (2003-2004), puis Luis Diaz Alperi, maire d’Alicante (1995-2008) et député régional de Valence, mis en examen à de multiples reprises dans les affaires du PP. La presse souligne l’amitié ancienne de Roch Tabarot et du futur ministre d’Aznar, invité de certaines fêtes familiales sur la Côte d’Azur. « La croissance du groupe Riviera est étroitement liée à l’ascension politique de Zaplana », analyse l’agent immobilier Cancela.

Dans les années 1990, Roch Tabarot investit dans la construction d’un complexe résidentiel de luxe, Golf Bahia, 150 000 m2 de terrains situés à proximité du parc d’attraction Terra Mitica. Il revend l’opération en cours de route. L’enquête judiciaire ouverte pour des malversations sur le parc – qui a coûté 400 millions d’euros – met en cause l’exécutif régional, et révèle que la famille de Zaplana a aussi spéculé sur des terrains voisins.

Le parc d'attraction Terra Mitica (à gauche). Le casino de Villajoyosa (à droite).Le parc d’attraction Terra Mitica (à gauche). Le casino de Villajoyosa (à droite).© DR

Roch Tabarot obtient aussi l’autorisation d’exploiter un casino, le Costa blanca, à Villajoyosa, avant que le fisc découvre des irrégularités de gestion, en particulier le non-paiement des taxes dues à la région, et remette en cause sa licence.

À Alicante, le maire (PP) Luis Diaz Alperi ménage lui aussi le promoteur français. Alors que l’administration communale conteste le projet du groupe Riviera d’installer son siège social dans les locaux de l’ancien lycée français de la ville, Diaz Alperi ferme opportunément les yeux. Les travaux sont réalisés sans permis de construire, ni autorisation d’activité par l’architecte de Tabarot qui n’est autre que celui de la mairie. Coïncidence : Diaz Alperi démissionne d’ailleurs de ses fonctions le jour de l’arrestation de Roch Tabarot.

Depuis, Diaz Alperi et la maire qui l’a remplacé, Sonia Castedo, ont été mis en examen en octobre 2012 pour « trafic d’influence »dans un des volets de l’affaire « Brugal », vaste réseau de corruption régionale impliquant le PP, pour avoir favorisé un promoteur. Mais l’ancien maire d’Alicante est aussi impliqué dans l’affaire « Gürtel », fameux dossier visant le PP retiré à l’ex-juge anticorruption Baltasar Garzón, et il vient d’être mis en cause pour avoir dissimulé deux millions d’euros de revenus au fisc, ainsi que l’achat d’un yacht de 15 mètres de long.

Roch Tabarot (2e en partant de la droite) avec l'ex-cycliste Miguel Indurain et la vedette télé espagnole Norma Duval, en 1991.Roch Tabarot (2e en partant de la droite) avec l’ex-cycliste Miguel Indurain et la vedette télé espagnole Norma Duval, en 1991.© dr

Malgré la communication d’une liste de questions précises, Roch Tabarot et sa sœur Michèle n’ont pas donné suite à nos demandes d’entretien. MePhilippe Amsellem, avocat de la secrétaire générale de l’UMP, nous a indiqué que les virements de Riviera vers la France étaient justifiés pour partie par des paiements de leur participation au Mipim (Marché international des professionnels de l’immobilier) de Cannes. Me Emilio Eiranova Encinas, l’avocat de Roch Tabarot, nous a indiqué, par mail, que nos informations relatives aux sorties en espèces étaient « radicalement fausses ».

Le rapport d’enquête de mars 2009 correspond à l’analyse des opérations bancaires opérées « exclusivement en Espagne », a-t-il souligné. On ne peut pas déduire bien sûr de ce seul document que les fonds décaissés soient partis en France. Mais l’avocat de Roch Tabarot n’a pas été en mesure de nous indiquer le pourquoi, ni la destination finale, de ces sorties de cash. Il n’a pas non plus commenté l’utilisation, par le groupe Riviera, de sociétés off-shore basées aux îles Caïmans.

Questionné sur ces soupçons de financement politique, Philippe Tabarot nous a indiqué par SMS qu’il a « financé (sa) campagne électorale de 2008 par un prêt personnel, une participation de (ses) colistiers et des dons de personnes physiques dans le cadre des montants autorisés par la loi » ; et que son compte de campagne a été « validé par la commission nationale des comptes de campagne ».

De l’affaire Riviera comme des liens de Frank Mezzasoma avec la société, Michèle Tabarot et son frère Philippe n’aiment pas parler. Lors de nos entretiens avec eux en janvier (lire notre boîte noire), les deux élus avaient réagi vivement à l’évocation des soucis judiciaires de leur frère. « Bon, mon frère vit en Espagne oui, vous faites quoi ? (…) C‘est ahurissant ! On va arrêter l’entretien très vite, je ne vois pas où vous voulez aller », s’était énervée la secrétaire générale de l’UMP.

« Ce n’est pas votre boulot ça, avait rétorqué Philippe Tabarot. Il n’y a aucune condamnation là-dessus. Notre frère travaille depuis trente ans en Espagne, il n’y a aucune accointance possible avec nous, c’est gratuit. Je n’ai pas envie de parler de cela. Ce n’est pas correct », s’était agacé l’élu UMP, en expliquant l’affaire par la« crise immobilière » « Il y a des affaires qui ont pu bien fonctionner à une période, et moins bien à une autre période. Des centaines d’entreprises sont en difficulté en Espagne, il a été dans ce lot malheureusement. Cela n’a aucun lien avec la politique française. »

 

KARL LASKE ET MARINE TURCHI (mediapart.fr)

 

 

 

 

 

 

Classement des meilleurs dopés des vainqueurs du Tour de France !

Classé dans: Actualités
 

 » Armstrong ? Presque un petit joueur à côté du roi Miguel « 



CYCLISME | En calculant les puissances développées par les vainqueurs du Tour de France depuis 1983, l’ancien préparateur de Festina et chroniqueur du  » Monde  » sort un classement dominé par Miguel Indurain

 

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Antoine Vayer.DR

 

Depuis le  » Tour du renouveau « , décrété en 1999 après l’affaire Festina, Antoine Vayer passe au crible les performances du peloton en calculant les puissances développées par les coureurs dans les grands cols du Tour de France. Cet été encore, l’ancien préparateur de l’équipe Festina analysera pour Le Monde le relevé des  » radars  » posés sur le parcours de la 100e édition. Et vendredi 7 juin, il publie La Preuve par 21 (AlternatiV Edition, 148 p., 8,90 €), un hors-série qui compile pour la première fois les performances des vainqueurs du Tour depuis 1983. Un guide utile pour la prochaine Grande Boucle.

Vous avez décrypté les performances des vainqueurs du Tour de ces trente dernières années. Aucun n’échappe au soupçon ?

Un seul coureur semble avoir toujours eu des performances  » humaines « , Greg LeMond. Il remporte son premier Tour avec une moyenne de 381 watts en 1986, puis 408 watts en 1989, et 407 watts en 1990. Il reste dans le vert. Tous les autres vainqueurs sont  » flashés  » à un moment ou à un autre de leur carrière au-delà de 410 watts (ce qui représente pour nous le niveau suspect), de 430 watts (miraculeux), voire de 450 watts (mutant). Avec l’arrivée de l’EPO au début des années 1990, un coureur qui pouvait développer 400 watts pendant vingt minutes se met à en développer 440 pendant quarante minutes ! C’est le cas du Danois Bjarne Riis, surnommé  » Monsieur 60 %  » en raison de son hématocrite largement supérieur aux 50 % autorisés, qui, en 1993, stagne à 399 watts mais passe à 449 watts lors de son Tour victorieux en 1996, à 32 ans. LeMond, lui, restera à 410 watts après 1990 et sera lâché par des ânes devenus des pur-sang.

Lance Armstrong a été décrit par l’Agence antidopage américaine comme le sportif ayant bénéficié du  » programme de dopage le plus efficace de l’histoire « . Pourtant, il n’est pas en tête de votre classement des vainqueurs du Tour les plus performants ?

Le  » boss « , avec sa moyenne record de 438 watts sur le Tour 2001, n’arrive en effet qu’en 6e position de notre palmarès. Il apparaît presque comme un petit joueur à côté du  » roi  » Miguel Indurain, cinq Tours dans son escarcelle. L’Espagnol paraît indétrônable avec ses 455 watts de moyenne dans l’édition 1 995. Bjarne Riis, Marco Pantani, Jan Ullrich et même Alberto Contador, avec 439 watts en 2009, fait mieux qu’Armstrong. L’Américain a régné sur sept Tours entre 1999 et 2005 en gérant  » seulement  » entre 428 et 438 watts de moyenne. Le fait que son règne a débuté après l’affaire Festina en 1998 et la mise en place du test de détection de l’EPO l’ont obligé à faire plus  » attention « . Il n’a pas pu prendre de l’EPO à la louche comme ses prédécesseurs et a dû être plus précis, minutieux, réfléchi, organisé, intelligent.

A la différence d’Armstrong, Indurain n’a pourtant jamais été inquiété par des affaires de dopage…

Le  » roi  » Miguel a été contrôlé une fois positif, au salbutamol, en 1994. Mais il a ensuite été blanchi par une formation  » disciplinaire  » de la Ligue nationale de cyclisme. En fait, le médecin d’Indurain, Sabino Padilla, a été meilleur que celui d’Armstrong, Michele Ferrari. Il a fait d’un coureur de 80 kg un grimpeur ailé montant les cols plus vite que Pantani, 56 kg, dont la plupart des performances dépassent les 450 watts, sur le Tour comme le Giro. A l’instar d’Eufemiano Fuentes, quelques années plus tard, Padilla a permis à un marathonien comme Martin Fiz d’être lui aussi un roi d’Espagne.

Un autre coureur qui n’a jamais été contrôlé positif, c’est Laurent Jalabert. Vous rangez pourtant le Français, de par certaines de ses performances, dans la catégorie des coureurs  » mutants  » ?

Quand Armstrong a pris connaissance des déclarations de  » Jaja  » devant la commission d’enquête sénatoriale sur le dopage - le 15 mai - , il m’a demandé si c’était bien  » under oath « , à savoir sous serment.  » Est-ce qu’on était dopé ? Moi, je crois que non « , a répondu Jalabert aux sénateurs. Mais alors comment a-t-il, de meilleur sprinteur, pu se muer en meilleur grimpeur du Tour sous la férule de Manolo Saiz, le mentor de la ONCE et du cyclisme espagnol, qui était récemment sur le banc des accusés à l’occasion du procès Puerto. Lors de la Vuelta, en 1996 et 1997, l’ex-maillot vert a monté le lagos de Covadonga, 8,5 km à 9,18 %, en moins de vingt-cinq minutes, en poussant respectivement 468 et 478 watts. Sur le Tour, nous avons même dû rebaptiser l’ascension du col de Mende  » montée Jalabert « , après ses 495 watts en 1995 ! Il a aussi déclaré, sous serment que son médecin de l’époque était surnommé  » docteur Citroën « par opposition au docteur Ferrari d’Armstrong. Comment se fait-il alors que  » Jalabert  » apparaisse dans les documents saisis par un juge de Bologne au domicile de Michele Ferrari ? Pourquoi son numéro de téléphone figure dans le carnet du  » Dottore «  ? Et pourquoi est-il consigné dans ces fiches que son hématocrite passe de 42 % le 19 janvier 1997 à 54 % le 28 août 1997 ? Si j’avais été sénateur, je lui aurais aussi demandé pourquoi, alors qu’il était 3e au général, il s’est enfui du Tour de France en 1998 en suivant son père spirituel Manolo Saiz après l’intervention de la police. Armstrong a dit récemment qu’il serait le premier à aller tout raconter si une Commission vérité et réconciliation était mise sur pied. Laurent Jalabert devrait aussi s’y précipiter.

A travers l’analyse des performances, vous identifiez quatre ères du dopage ces trente dernières années ? 

Avant 1990, on est dans l’ère pré-EPO : on flirte avec les 410 watts à base de corticoïdes et d’anabolisants. Puis on assiste à un bond à 450 watts avec l’arrivée et l’usage massif d’EPO jusqu’en 1998. Après l’introduction du test EPO, les transfusions sanguines  font leur grand retour : c’est l’ère Armstrong, stabilisée aux alentours de 430 watts. Depuis 2011, on peut parler d’une nouvelle ère  » mixte « , où les performances sont un ton en dessous mais avec des puissances suspectes au-delà de 410 watts. La raison est simple : l’EPO et les transfusions, trop voyantes et détectables, ont fait place à des produits donnant de la  » force  » comme l’Aicar. On joue moins sur l’oxygénation et davantage sur la fibre du muscle. On pousse moins de watts longtemps, mais on peut contracter le muscle plus longtemps.

Vous estimez que les performances sont donc redevenues plus humaines ?

Il n’y a plus de coureurs flashés  » miraculeux  » à nos radars depuis 2011. Cadel Evans est dans le vert, à 406 watts de moyenne cette année-là. En 2012, Bradley Wiggins est jaune à 415 watts avec Christopher Froome et Vicenzo Nibali au-dessus de 410. Cette décroissance des performances permet à des coureurs comme Nibali, à 414 watts de moyenne, de remporter le Giro 2013 avec son équipe Astana, dirigée par Alexandre Vinokourov, un ancien  » mutant « .

Aujourd’hui, la plupart des coureurs et des préparateurs utilisent le calcul des puissances pour évaluer les limites physiques. Pourquoi l’Union cycliste internationale (UCI) n’utilise-t-elle pas cette mesure comme une preuve indirecte du dopage ?

Depuis 2012, l’UCI interdit la télétransmission de ces mesures de puissance qui sont pourtant collectées par plus de la moitié du peloton du Tour. Parce que jouer la carte de la transparence serait dangereux. C’est plus commode de se cantonner à la première partie de la définition du dopage :  » Pratique consistant à absorber des substances ou à utiliser des méthodes interdites « , et d’évacuer la deuxième :  » afin d’augmenter ses capacités physiques ou mentales : ses performances « . Or, comme l’a reconnu lui-même l’ex-patron de l’Agence mondiale antidopage, Dick Pound, déceler les produits est difficile et les contrôles restent facilement contournables. Les performances, elles, ne mentent pas.

Vous faites partie de Change Cycling Now, groupe de pression qui s’est constitué après l’affaire Armstrong. Vous demandiez avec Greg LeMond et son fondateur, Jaimie Fuller, la démission du président de l’UCI, Pat McQuaid. Comment expliquez-vous qu’il soit encore en place et prêt à briguer un nouveau mandat en septembre ?

Pat McQuaid aurait dû démissionner après l’affaire Armstrong. Greg LeMond s’était porté volontaire en décembre 2012 pour assurer un intérim. Mais un chien ne lâche pas une saucisse. J’ai rencontré McQuaid en janvier. Il m’a confié qu’il était sûr d’être réélu. Le mode d’élection qui attribue autant de voix à la France qu’à n’importe quel Etat affilié et ses voyages dans les pays lointains lui ont donné suffisamment de garanties. Développer le cyclisme en Afrique ou à Cuba rapporte plus de voix que lutter contre le dopage. Nous avions proposé à Dick Pound de le soutenir pour prendre la présidence de l’UCI mais il a décliné. Nous allons en Australie rencontrer des personnes impliquées dans la lutte antidopage. Peut-être qu’à notre retour nous aurons trouvé un candidat prêt à affronter McQuaid.

    Antoine Vayer-Propos recueillis par Stéphane Mandard (lemonde.fr)

 

© Le Monde

 

Le lendemain du jour où Clément l’anti fa a été assassiné

Les heures qui ont passé depuis l’assassinat de Clément Méric ont été sidérantes. En moins d’une journée la caste médiatique a réussi a monter un barrage défensif formidable au service des Le Pen et de l’extrême droite. D’abord aucune enquête ni question gênante aux Le Pen sur leurs liens avec les groupes violents. Silence total sur les liens personnels du chef des JNR avec Marine Le Pen elle-même. Silence total sur le lien entre le suicidé de Notre Dame amplement célébré la semaine dernière par Marine Le Pen et les groupes de la prétendue « jeunesse nationaliste révolutionnaire ».

Deuxième volet de la manœuvre : dès le lendemain matin du meurtre, Christophe barbier le médiacrate de « l’Express » qui court derrière le lectorat FN, commence la petite musique « est-ce que Jean Luc Mélenchon n’est pas aussi responsable par sa violence verbale ». Argument copie conforme de ce que dira aussi le chef des JNR ! J’ai donc été immédiatement personnellement ciblé. Je vous demande de comprendre que cela est sérieux. Ceux qui le font savent comment cela pourrait finir. Peut-être le souhaitent-ils. En tous cas à partir des premières prises de positions des gros bonnets médiacrâtes l’argumentaire a été répété en boucle. Ce fut l’exercice stéréotypé de renvoi dos à dos des « extrêmes » qui durera toute la journée dans le but de diluer la signification politique du meurtre.

marche_9_juin_2013Diminuer le sens du meurtre et mettre à l’abri moral le FN c’est aussi le sens de ces prétendues « enquêtes journalistiques » pour faire aboutir à la conclusion que les faits qui ont conduits à la mort de Clément Méric sont « embrouillés ». Au point que certains évoquent la responsabilité des « anti fa » dans la mort de leur camarade ! Une honte déshonorante pour leurs auteurs à supposer qu’ils aient une conscience morale. L’opération va culminer avec les « reportages » sur la manifestation place Saint Michel. Quel meilleur moyen de donner au meurtre une couleur de « faits divers » que de noyer le poisson dans la querelle à propos de « récupération politique ». Ben voyons ! Le meurtre d’un jeune « anti fa » par des skins ce ne serait pas un fait politique. Toute une série de perroquets médiatiques vont donc ânonner cet « angle » pour polariser le comportement des jeunes « anti fa » sur ce point et refermer le piège de la banalisation du meurtre. En réalité, sous prétexte de question sur la « récupération politique » c’est une manipulation de première grandeur qui est réalisée. Il est important de se souvenir du nom de ceux et celles qui ont participé à cette manœuvre dans la sphère médiatique. Cette circonstance me conduit à vous rappeler une nouvelle fois ce que je vous dis sans cesse : la sphère médiatique n’est pas un miroir de la société. C’est une arène. Il n’y vient que des protagonistes. Par conséquent tous ceux et celles qui y prennent part, de ce seul fait, prennent partie. Circonstance aggravante : la condition de la promotion des gens dans ce système dépend entièrement de leur conformité aux commandes qui leur sont passées. Globalement cette situation « fait système ». La sphère médiatique est la deuxième peau de l’ordre établi et ses employés en sont majoritairement ses soldats.

En ce qui concerne le Parti de gauche les provocations contre lui n’auront pas cessé de la journée. Notre parti a pris en main l’organisation des premiers rassemblements. Dans le même temps le syndicat sud et les « anti fa » encadrait la manifestation sur le lieu du meurtre. De ce seul fait, ensemble, nous avons fait échouer quelques petites manœuvres d’infiltrations et de provocations. Nous avons estimé que c’était la bonne façon de faire dans l’urgence. Trop de grouillements suspects se discernaient déjà. Quel cadeau cela aurait été pour les médiacrâtes que des bagarres spontanées ou des violences éparpillées permettant de renvoyer dos à dos les extrêmes sur la base de violences confuses…

Comme notre présence et notre organisation ont rendu impossibles certaines espérances dans ce domaine, nous avons été ciblés toute la journée. Il s’agissait alors de faire sauter le barrage stabilisateur que nous étions. Pour cela, rien de mieux que d’essayer de nous isoler et placer en porte à faux avec ceux que nous protégions. Ce fut donc d’abord la répétition en boucle du fait que Clément Méric aurait été membre de notre parti alors que ce n’est pas le cas et que nous ne l’avons jamais prétendu. Rien de tel pour exciter les querelles et dresser contre nous ceux qui avaient envie de crier à la « récupération ». C’est d’ailleurs ce que fit immédiatement le Parti socialiste et ses émetteur sur la tweetosphère. Mon démenti vint dans l’après-midi le temps que nous discernions la manœuvre. Sans doute un peu trop tard. Mais comment se sortir de ce piège sans donner à l’inverse le sentiment que nous prendrions nos distances avec le jeune Clément Méric? Nous avons fait pour le mieux. L’enjeu numéro un était d’éviter que les provocateurs se livrent aux violences permettant le renvoi dos à dos et les dissolutions dos à dos que réclamaient déjà hier la droite. Je ne vais pas récapituler ici les innombrables petits faits mis en scène dans l’espoir de « mettre le feu aux poudres ». La palme de la manipulation à « France inter » avec son reportage bien bidonné sur la « récupération politique » place Saint Michel. Sans oublier l’impayable Patrick Cohen prétendant que le rassemblement était appelé par le PG (ce qui est vrai comme je viens de le raconter) et… « le PS ». Pourquoi le PS ? Tant d’autres partis et syndicats s’étaient joints à l’appel. On peut dire que tout aura été fait pour exciter les participants. Mais pour finir tout fut maitrisé. Chacun eu la parole et la dispersion se fit sans aucun incident. 140 de nos camarades, garçons et filles maintinrent une parfaite discipline de service d’ordre. Mais je répète pour que cela soit entendu : vigilance ! Il faut prendre de très sérieuses précautions pour les rassemblements à venir. Dans les heures qui viennent nous luttons sur deux fronts : les provocateurs et les médiacrâtes. Je ne sais dire lesquels sont les pires. Leur but est le même. J’invite chacun à bien comprendre que la moindre violence sera immédiatement exploitée par ces derniers. Ils n’attendent que cela pour nourrir leur argumentaire confondant en un tout unique « les extrêmes » qui pour l’instant ne parvient pas à trouver de consistance. Car ne l’oublions jamais : il y a eu mort d’homme. L’un des nôtres a été tué. Les énergumènes du genre Christophe Barbier doivent à tout prix « rétablir l’équilibre ».

Ce matin la musique éditoriale s’efforçait de montrer les rassemblements contre l’assassinat de Clément Méric comme des lieux anti-politiques. La preuve en serait le mauvais accueil réservé à Anne Hidalgo et NKM. Et jusqu’à mon silence sur place fut interprété de la même façon. Je n’entre pas dans le décryptage de cet épisode. Je veux simplement vous mettre en alerte chers lecteurs. Les groupuscules violents d’extrême droite agissent de façon violente depuis des mois et des mois au vu et au su de tous. Sur le terrain nos amis y sont confrontés de toutes les façons possibles. L’attitude actuelle des médias et des renvoyeurs dos à dos sont un encouragement considérable pour les violents. On peut même parler d’une mise en condition délibérée. Comme l’est la présence sur tous les plateaux de télé de Serge Ayoub le chef des JNR. Il faut donc s’attendre à une escalade de la violence de l’extrême droite qui se sait protégée et encouragée. Cette escalade est d’autant plus probable que les groupuscules sont en compétition les uns avec les autres et multiplient les coups de publicité destinés attirer vers eux les excités qu’ils doivent se partager. Nous devons de notre côté ni céder aux paniques espérées ni aux provocations organisées. Et ne faire aucune confiance à la parole médiatique.

Le jour où Clément Méric a été assassiné par l’extrême-droite

La violence sauvage qui a assassiné Clément Méric n’est pas fortuite. C’est une culture méthodiquement inculquée et entretenue par des groupes d’extrême droite. Elle s’exprime à tous propos, en toutes circonstances comme un mode considéré comme admirable par ces groupes. Il a connu un développement particulier du fait de son impunité et de la campagne de dédiabolisation du Parti des Le Pen auxquels ces groupes sont liés. L’impunité est le fait d’un ministre de l’intérieur intéressé à manipuler l’opinion en laissant agir ces groupes pour discréditer les manifestations dans lesquels ils se nichent. La banalisation des Le Pen complaisamment entretenue en même temps que j’ai été continuellement diabolisé, a ouvert un espace de légitimité et d’encouragement à l’extrême droite dans toutes ses composantes. Je sais qu’il ne faudra pas longtemps avant que la machine à calomnier et à insulter se remette en marche dans ce registre pervers. Je note que la première arrestation dont j’ai l’écho ce matin est celle d’un jeune qui aurait menacé madame Le Pen sur internet, coïncidence médiatique qui ne manque pas d’impressionner. Mais il est possible aussi que les nombreux journalistes et photographes présents à Henin Beaumont aux législatives de 2012 retrouvent la mémoire. Il est possible qu’ils se souviennent d’avoir vu les militants des JNR, et leur chef, diffuser sur les marchés. Peut-être même retrouveront-ils la photo de la poignée de main que madame Le Pen leur donna ! D’ici là nous les publierons nous même pour éviter que madame Le Pen puisse être une nouvelle fois complaisamment disculpée de sa responsabilité morale dans les activités de ces groupuscules violents. Le ministère de l’intérieur doit dissoudre ces groupes. La complaisance et la dédiabolisation systématique des Le Pen doit cesser. Nous ne devons plus être si seuls avec les militants « anti-fa » à porter le poids de la résistance pendant que d’autres jouent sans vergogne l’instrumentalisation.

Jean Luc Mélenchon

PS : Un buzz médiatique affirme que Clément aurait été membre de notre parti. Nous en aurions eu beaucoup d’honneur. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons milité ensemble et dans certaines circonstances assez étroitement. Mais Clément Méric avait ses propres engagements, notamment syndical à Sud. Sa mémoire et le devoir de l’honorer s’impose à tous, sans condition ni réserve.

Dimanche, le 9 juin, je participerai à la marche des femmes contre l’austérité. Le départ est prévu à 14h, au métro Palais Royal à Paris. En ce moment la condition féminine réelle est spécialement ciblée. C’est le cas d’une façon générale parce que les politiques d’austérité frappent d’abord les recours des femmes dans la Cité. Mais avec les annonces d’Ayrault sur la « politique familiale », ce qui est détruit en moyens donnés à « la famille » revient à une nouvelle diminution des moyens d’autonomie des femmes. Pour apporter ma contribution à la préparation de la marche du 9, je fais donc un rapide tour d’horizon de l’impact des politiques d’austérité actuelle sur la condition sociale des femmes. Je m’y sens d’autant plus appelé que mon passage sur D8, dans l’émission « Touche pas à mon poste » a déclenché l’intervention d’une intermittente particulièrement significative de la condition des femmes salariées de notre époque. 

Que les socialistes votent ce qu’ils veulent cette semaine à propos de l’Europe à l’occasion de leur Convention Nationale sur le thème ! De toute façon cela ne signifie plus rien. François Hollande a déjà verrouillé tout le dispositif des années à venir avec Angela Merkel. Mais j’invite les militants socialistes à voter un maximum pour les amendements que l’opposition de gauche a réussi à imposer. Ils sanctionneront ainsi les engagements du chef de l’Etat auprès de madame Merkel. Je sais qu’ils ne peuvent mettre la direction en minorité sur ce sujet comme l’avait fait « la gauche socialiste » en 1996. Mais un vote massif hostile à la ligne officielle sonnerait comme un coup de tonnerre montrant que François Hollande doit aussi affronter une opposition dans sa propre famille politique. Il pourrait freiner l’action du gouvernement au moment où il devra faire ratifier les nouvelles dispositions convenues avec la chancelière allemande. C’est elles que mon post explique.

Je dis aussi un mot de mon passage sur D8 dans l’émission « Touche pas à mon poste ». Et je réserve pour ma prochaine parution ma lecture des marches citoyennes auxquelles j’ai participé à Toulouse et Perpignan.

L’austérité cible les femmes

Ayrault et sa politique d’austérité sont actuellement collés sur la politique familiale. Naturellement il n’est pas vraiment question de famille, et encore moins d’enfants. Et surtout pas de la condition des femmes qui est pourtant la variable d’ajustement réelle de tout ce qui se décide dans ce domaine. Non, la logique à l’œuvre est purement comptable. Il ne s’agit pas de construire une politique familiale plus juste, plus efficace et plus émancipatrice. Pour les solfériniens, il faut « réduire le déficit ». Voila comment l’austérité pourrit, une fois de plus, tout débat, empêche tout raisonnement. L’austérité est une réduction de la pensée. Soit vous êtes pour la défense du quotient familial actuel, alors que 46% du bénéfice revient aux 10% de ménages les plus riches, soit vous êtes d’accord avec Ayrault pour réduire le plafond du quotient familial. Ainsi entre conservatisme et austérité, il n’y aurait pas la place pour une politique familiale de gauche ? Je ne marche pas. Si l’on veut débattre de la politique familiale, ne commençons pas avec la règle à calcul. Allons directement aux problèmes posés dans la vie concrète des familles qu’il s’agit « d’aider ».

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Par exemple, parlons de l’accueil de la petite enfance. Question cruciale. D’elle dépend la qualité de la socialisation des enfants, d’une part, et la possibilité d’autonomie professionnelle des femmes, d’autre part. Jean-Marc Ayrault a annoncé la création de 275 000 places d’ici 2017. Cette annonce est censée faire passer la pilule des restrictions budgétaires, de la baisse du plafond du quotient familial, du durcissement des conditions d’accès à la prestation d’accueil du jeune enfant et ainsi de suite. Mais personne n’a demandé à Jean-Marc Ayrault pourquoi il annonçait deux fois moins de créations de places que ce qu’avait promis François Hollande au début de sa campagne présidentielle. Les « journalistes » ont oublié ! Les preuves existent. Il suffit de se reporter au discours de Hollande le 27 avril 2011 à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine. C’était le premier discours de Hollande comme candidat à la primaire du PS. Un événement donc ! Au point que plusieurs articles de presse s’étaient fait l’écho extasiés de ses propositions. Ah ! Le vote utile, comme il était bien amené ! Douce espérance des lendemains sociaux-démocrates qui chantent sans effort : Hollande annonçait la création de « 500 000″ places d’accueil pour la petite enfance. La promesse de Hollande a donc été divisée par deux par Ayrault. Mais c’est encore une entourloupe. Car le chiffre est censé impressionner pour faire la prétendue contre-partie aux sacrifices demandés… Bien sûr, les femmes seront les premières victimes de ce nouveau renoncement. Car elles sont les premières à arrêter le travail salarié pour s’occuper des enfants quand il n’y a pas de place chez la nourrice ou à la crèche.

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Ce n’est pas tout ! La mystification ne s’arrête pas là. Voyons de près ces 275 000 places annoncées. On y trouve 100 000 places de crèches, plus 100 000 chez les assistantes maternelles (les nounous). Ou sont les 75 000 manquantes à cette belle promesse ? … En école maternelle pour les enfants de deux ans ! Les instituteurs seront ravis d’apprendre que leur métier est assimilé à la garde d’enfants au même titre que la crèche ou la nourrice. Attention, je ne dis pas que garder des enfants en crèche ou en tant qu’assistante maternelle ne soit pas un métier qui nécessite une qualification professionnelle de haut niveau. J’ai moi-même rénové le CAP correspondant du temps que j’étais ministre de l’enseignement professionnel. Mais je veux rappeler que c’est un métier totalement différent du métier d’instituteur. On ne saurait donc assimiler des places en crèches avec des places à l’école comme le fait Ayrault. En agissant ainsi, Ayrault ne dit pas autre chose que l’ancien ministre UMP Xavier Darcos qui reprochait en 2008 aux enseignants de maternelle d’être payés pour « faire faire la sieste et changer les couches des enfants« .

Pour ne pas en rester à la seule actualité du moment, je veux envisager la situation en plus grand angle. J’ai fait, avec mon équipe, une petite récapitulation de la situation en partant des mesures prises par le gouvernement du « vote utile ». D’une manière générale, les femmes sont les premières victimes des politiques d’austérité. Ce point échappe à la description de la situation, d’ordinaire. Elles sont d’abord les premières victimes de l’austérité salariale et dans les entreprises. En effet, 80% des salariés qui n’ont vu le SMIC n’augmenter que d’un carambar par jour sont des femmes. Les femmes sont aussi les premières victimes de la précarisation du travail. Elles occupent déjà 80% des emplois à temps partiel. Elles seront encore frappées par l’accord « Made in Medef » imposé par Hollande. En effet, cet accord permettra aux employeurs de salariés à temps partiel de changer jusqu’à huit fois leurs horaires de travail dans l’année. Mais bien sûr, aucune caissière, aucune femme de ménage, aucune intermittente de D8 n’a le pouvoir de changer huit fois l’horaire de l’école ou de la garderie de ses enfants. Face à l’instabilité des horaires ce sont les femmes qui renoncent les premières à leur emploi.

Après la loi « Made in Medef« , Hollande prépare un nouveau mauvais coup contre les salariés avec la contre-réforme des retraites. Encore une fois, les femmes seraient les premières touchées par un nouvel allongement de la durée de cotisation ou un report de l’âge de départ. En effet, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à avoir des carrières incomplètes. C’est notamment dû au fait que les femmes arrêtent de travailler après la naissance d’un enfant plus souvent que les hommes. Au moment du départ à la retraite, les femmes sont donc les plus pénalisées. Soit elles partent une fois atteint l’âge minimum de départ mais elles subissent la décote. Soit elles sont contraintes de repousser leur départ jusqu’à l’âge de départ à taux plein, 65 ans, pour éviter la décote.

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Les femmes seraient aussi plus violemment touchées par la désindexation des pensions. Cette « désindexation » a déjà été exigée et obtenue par le MEDEF pour les retraites complémentaires. Elle fait partie des « recommandations » de la Commission européenne pour le régime général. Et elle a déjà été évoquée dans ce cadre par François Hollande et avant lui par Cahuzac quand il était encore ministre. Cette « désindexation » signifierait une perte de pouvoir d’achat des retraités. Il s’agit d’augmenter les pensions moins vite que les prix. Tous les retraités, actuels et futurs seraient durement frappés. Mais les femmes encore plus que les hommes. Pourquoi ? Parce que les femmes ont déjà une pension moyenne nettement plus faible que les hommes. Aujourd’hui la pension moyenne des femmes est de 899 euros quand on compte la retraite de base et la retraite complémentaire. Celle des hommes est de 1552 euros. Cet écart s’explique par les écarts de rémunération tout au long de leur carrière mais aussi par les effets encore plus violents pour les femmes des précédentes réformes des retraites. Si on ne prend en compte que la retraite du régime général, le montant moyen des pensions est de 665 euros par mois : 727 euros pour les hommes, 609 euros pour les femmes. La désindexation toucherait aussi davantage les femmes pour la simple raison qu’on compte plus de femmes retraitées que d’hommes retraités. Au 31 décembre 2012 parmi les 13,2 millions de retraités, on comptait 5,9 millions d’hommes et 7,3 millions de femmes.

Dans la bataille des retraites qui commence, la situation des femmes est un des talons d’Achille des libéraux. En effet, selon l’INSEE, « en 2012, l’espérance de vie à la naissance n’augmente pas, du fait du grand nombre de décès survenus dans l’année. Elle stagne pour les hommes (78,4 ans) et diminue même de 0,2 point pour les femmes (84,8 ans)« . Vous avez bien lu. L’espérance de vie à la naissance des femmes recule en France. C’est ce que j’appelle le recul de civilisation sous les libéraux.

Et maintenant, Merkhollande

Après l’ère Merkozy, voici celle du Merkhollande. Ce n’est pas seulement l’abaissement permanent des présidents français qui doit être retenu. C’est surtout que l’alliance entre les sociaux-libéraux et la droite en Europe franchit un nouveau cap. Le vote commun de l’UMP et du PS sur les traités européens en 2005, 2008 et en septembre dernier affichait déjà le programme. La conférence de presse de François Hollande le 16 mai puis la « contribution commune » Hollande-Merkel du 30 mai ont marqué un alignement définitif officiellement inscrit dans la durée. Pour les socialistes français c’est une capitulation d’autant plus misérable qu’elle se produit au moment même où est censée avoir lieu une discussion et même un vote sur le sujet dans leurs rangs.

Hollande se rallie à la Merkelisation de l’Europe. « L’offensive européenne » en quatre points qu’il a présentée pompeusement le 16 mai est en réalité une simple copie de Merkozy. L’emballage ne fera illusion qu’auprès des journalistes complaisants ou ignorants, ce qui est souvent la même chose. Ainsi de l’artifice sur « l’emploi des jeunes ». Sur ce point encore une fois, la proposition Hollande-Merkel reprend du vieux pour faire du neuf comme ce fut le cas déjà pour le pseudo plan de croissance. En effet cela n’annonce rien d’autre que l’utilisation en 2014 et 2015 des fonds prévus dans le budget européen pour 2014-2020. Bien sûr, Hollande et Merkel font comme si ce budget était voté, ce qui n’est pourtant pas encore le cas puisqu’il a été rejeté par le Parlement européen. Ces deux-là ne s’encombrent pas des apparences car ils savent bien qui, pour finir, décide. Ils oublient aussi de préciser que dépenser en deux ans une somme d’argent prévue pour six ans ne fait pas dépenser plus d’argent au total. Ils ne précisent pas non plus comment ils comptent financer après 2015 les programmes européens pour l’emploi des jeunes si tout l’argent prévu à déjà été dépensé. De toute façon, Hollande vient faire tapisserie dans cette histoire. Car les Allemands se sont déjà attelés à cette distribution d’argent déjà existant depuis quelque temps déjà. C’est ainsi que les ministres allemand et portugais des finances, Wolfgang Schäuble et Vítor Gaspar, ont déjà conclu un accord le 22 mai dernier « afin de lutter contre le chômage des jeunes dans l’État d’Europe méridionale qui croule sous les dettes ». Et Berlin a aussi signé un accord similaire avec l’Espagne le mois dernier ! Si Hollande veut savoir que penser de cette comédie, il peut écouter ses amis sociaux-démocrates allemands encore dans l’opposition ! Ils qualifient cette opération de « tentative tardive en vue de restaurer l’image de l’Allemagne en Europe méridionale ». Mais aux français, les solfériniens et leurs griots médiatiques font croire qu’il s’agit d’une initiative de leur glorieux chef élyséen…

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Quoi qu’il en soit, le cœur de « l’offensive » est ailleurs. Hollande se rallie donc à l’idée du « gouvernement économique » européen. Que cela soit présenté comme son idée et même le cœur de son « offensive » en dit long sur l’ignorance des commentateurs qui se sont prêtés à ce numéro de cirage de pompes ! Le 16 mai, péremptoire, il a déclaré solennellement  vouloir « instaurer avec les pays de la zone euro un gouvernement économique ». Hollande a cinq ans de retard. L’idée d’un « gouvernement économique clairement identifié » pour la zone euro était déjà avancée par Nicolas Sarkozy en octobre 2008. Pour être précis, voici ce que François Hollande propose pour ce « gouvernement économique » : il « se réunirait, tous les mois, autour d’un véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale« . La « contribution commune » Hollande-Merkel reprend l’idée d’ »un Président à plein temps de l’Eurogroupe des ministres des Finances disposant de moyens renforcés« .

On se pince quand on connait la réalité déjà existante. Mais Hollande la connait-il ? C’est à se le demander. Sur le fonctionnement d’abord. Les ministres des finances de la zone euro se réunissent déjà tous les mois au sein du conseil des ministres de l’Eurogroupe. L’Eurogroupe a déjà un président désigné pour deux ans et demi. Actuellement, c’est le néerlandais Jeroen Dijsselbloem qui est président. Avant lui, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker avait été reconduit pour trois mandats soit six ans et demi. N’est-ce pas une durée longue ? La seule chose nouvelle que proposent Hollande et Merkel est que le président de l’Eurogroupe ne soit plus en même temps le ministre des finances de son pays. Qu’est-ce que ça changerait si c’est pour mettre à la place une bûche du style de la baronne Ashton ou d’Herman Van Rompuy ? Offrir une place à Moscovici après son prochain départ de Bercy ? Tout ça pour ça ?

Hollande comprend-il ce qu’il dit ? Comment peut-il attendre une politique d’harmonisation fiscale et sociale sous la houlette de ce « gouvernement économique » ? Elle est interdite par le traité de Lisbonne ! François Hollande est censé le savoir. Il a voté pour ce traité le 7 février 2008 à l’Assemblée. Et quand bien même ! De toute façon, où a lieu l’essentiel du dumping social et fiscal dans l’Union européenne ? Précisément dans les pays qui ne sont pas non membres de la zone euro : essentiellement à l’Est de l’Europe. Donc l’Eurogroupe n’est pas l’instance efficace pour cela. Enfin notons qu’il est peu crédible de vouloir lutter contre le dumping social et fiscal dans la zone euro, tout en refusant la « confrontation » avec l’Allemagne que proposait Claude Bartolone ! En effet c’est d’abord en Allemagne qu’on trouve des wagons de travailleurs précaires surexploités. Et c’est aussi d’abord l’Allemagne qui a abaissé son impôt sur les sociétés à 15% pour en faire l’un des plus bas de toute l’Union européenne !

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Merkel a donc gagné sur toute la ligne. Pour faire plaisir à Hollande, elle a accepté l’idée de ce « « président à temps plein » pour l’Eurogroupe. Je viens de dire quel petit moins que rien c’est là. Par contre, en échange, Hollande s’est rallié à une des idées les plus violentes défendue par Merkel depuis plusieurs mois. Je prie mon lecteur de m’excuser à partir de cet instant pour la lourdeur de mon exposé. Je suis contraint pour la sincérité de mon récit de faire des citations. Comme on le sait la prose européenne est une des plus pesantes langues de bois du monde. Elle sert autant a désigner les choses qu’a obscurcir leur objet. Ici s’y ajoute la dose de mystification permanente qui est le propre du style du président français. Car ici encore, une fois de plus, c’est à coup de petites phrases calibrées comme un collier de perles que c’est fait le ralliement du si mou président français. Le 16 mai, le quatrième point de « l’offensive européenne » de Hollande consistait en « une nouvelle étape de l’intégration européenne« . Officiellement, il s’agissait d’ »une nouvelle étape de l’intégration européenne avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever l’emprunt« . C’est mal dit et mal écrit mais en lisant deux fois on comprend. Puis le 30 mai suivant à Paris, la déclaration commune Hollande-Merkel a été plus claire, du moins dans le vocabulaire de la novlangue des libéraux. C’est ainsi que les deux bons apôtres proposent la création d’ »arrangements contractuels pour la compétitivité et la croissance« . Ces « contrats de compétitivité » sont défendus par Merkel depuis des mois. Elle en avait en particulier fait la proposition le 7 novembre 2012 devant le Parlement européen. Cette idée a depuis été reprise dans les conclusions du Conseil européen de décembre 2012. Ce n’est donc pas une nouveauté. Mais la « contribution commune » Hollande-Merkel appellent à « mieux définir » ce « concept ». Et elle propose en effet une définition de ces contrats : « Les Etats membres et le niveau européen entreront dans des engagements contractuels. Les deux parties s’engageront à mettre en œuvre les mesures décidées dans le cadre de ces arrangements contractuels. Les Etats non membres de la zone euro sont invités à participer sur une base volontaire. Il conviendrait d’élaborer des mécanismes de solidarité dans ce cadre. Un nouveau système d’incitations financières limitées et conditionnelles spécifique à la zone euro sera mis en place afin de soutenir conjointement les efforts entrepris par les Etats membres concluant des arrangements contractuels dans le cadre d’un ensemble global de dispositions comportant des incitations non financières. La création d’un fonds spécifique pour la zone euro sera utile dans ce contexte. ».

Derrière ce langage abscons, c’est le FMI a domicile, qui se profile. Les « contrats de compétitivité », ce n’est rien d’autre que l’institutionnalisation des « plans d’ajustement structurel » du FMI et de la Troika. Le FMI et la Troika exigent des engagements de réformes brutales en échange d’argent. Mais jusqu’à présent ce chantage odieux ne s’appliquait que dans les pays qui leur demandait de l’argent et pour la période du prêt. La proposition Hollande-Merkel reviendrait en fait à créer un mécanisme permanent et universel. Il s’appliquerait aux Etats de la zone euro sans même le prétexte qu’ils aient besoin « d’aide« . Chaque pays devrait signer un contrat et s’engager sur des réformes structurelles rien que pour pouvoir accéder à des fonds européens ordinaires. Ces « contrats de compétitivité » reviendraient à réserver une partie des fonds européens aux bons élèves du libéralisme et de l’austérité. Et pour les autres ? Rien !

Cette « nouvelle étape de l’intégration européenne » présenté comme une géniale vision du leader minimo est donc en réalité un ralliement de Hollande à l’exigence répétée par Merkel depuis 2011. En effet en novembre 2011, Angela Merkel avait dit très clairement sur le ton du nouveau propriétaire des lieux: « une avancée vers une nouvelle Europe ne pourra se faire que si nous sommes prêts à changer nos traités. Cela peut se limiter aux pays membre de la zone euro. Mais les Etats Membres doivent se préparer à se lier de manière contraignante à la communauté« . Quelques mois plus tard, elle en a remis une couche. En juin 2012, voila ce qu’elle déclarait : « Il n’y aura pas de bonne union économique et monétaire sans union politique, synonyme d’abandon de souveraineté. Je ne peux pas vouloir des euro-obligations et me voir refuser tout contrôle sur les budgets nationaux ». Enfin, l’apothéose a eu lieu le 18 octobre 2012 au Bundestag. Angela Merkel s’est prononcé pour un « droit d’ingérence » et un « droit de véto » de la Commission européenne sur les budgets nationaux. Le président de la République française est au courant de ces propositions. Quelle est sa position sur cette question ? Il ne l’a jamais dit. Il s’est contenté d’essayer de faire croire que ce serait là sa propre idée ! Lamentable !

Merkel est à l’offensive. Elle avait fait cette déclaration dominatrice à peine une semaine après que le Parlement français a ratifié le traité budgétaire Merkozy non renégocié. On voit que sitôt une étape franchie, Merkel passe à la suivante. Elle vient de faire la même chose. Le 30 mai, Hollande avale définitivement les « contrats de compétitivité« . Le 3 juin, dans Der Spiegel, Merkel raccourcit encore la laisse. Dorénavant, elle ne souhaite plus que ce soit la Commission qui voit ses pouvoirs de contrôle renforcés. Elle veut que les Etats se contrôlent mutuellement sous couvert de « coordination« . Dit autrement, elle veut se charger elle-même du contrôle ! Voici ce qu’elle a déclaré : « Je ne vois pas dans l’immédiat la nécessité de transférer dans les années à venir encore plus de prérogatives vers la Commission à Bruxelles. François Hollande et moi sommes beaucoup plus favorables à une meilleure coordination des domaines politiques qui ont un rôle décisif dans le renforcement de notre compétitivité. Nous pensons par exemple aux politiques de l’emploi et des retraites, mais aussi aux politiques fiscales et sociales ». Les naïfs et les libéraux n’ont insisté que sur la première phrase. Oubliant la deuxième et ignorant ce que François Hollande venait d’accepter.

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De toute façon, Hollande a capitulé. Sans condition. C’est une capitulation géopolitique de la France. Et une capitulation idéologique des sociaux-libéraux. Dans sa conférence de presse du 16 mai, François Hollande a reconnu explicitement ce ralliement à l’Europe Merkel. Il est même allé jusqu’à nier la nécessité d’un débat politique sur l’Europe. Voila ce qu’il a dit et que personne n’a relevé : « L’idée européenne exige le mouvement. Si l’Europe n’avance pas, elle tombe ou plutôt elle s’efface ; elle s’efface de la carte du monde, elle s’efface même de l’imaginaire des peuples. Il est donc plus que temps de porter cette nouvelle ambition. L’Allemagne, plusieurs fois, a dit qu’elle était prête à une Union politique, à une nouvelle étape d’intégration. La France est également disposée à donner un contenu à cette Union politique. Deux ans pour y parvenir. Deux ans, quels que soient les gouvernements qui seront en place. Ce n’est plus une affaire de sensibilité politique, c’est une affaire d’urgence européenne« . Le rêve de Merkhollande, c’est la fin du débat sur l’Europe. Nous sommes donc leur cauchemar.

Hollande, prix de la paix. Rire ou pleurer ?

Il ne s’en vantera pas et il est peu probable que les médias évoquent la scène. Mais la fine fleur des présidents de l’Afrique Francophone a été présente le 5 juin à l’UNESCO à Paris pour une petite séance de ridicule post-colonial. Il s’agissait du prix Houphouët Boigny pour la paix qui venait d’être attribué au meilleur ami des pacifistes, François Hollande. Pour le lui remettre, une noble assemblée que je ne me hasarderai pas à qualifier. Notons : Thomas Boni Yayi, Président du Bénin, inventeur d’un complot pour embastiller ses opposants. Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso, élu perpétuel, réélu avec 90% des votants il y a deux ans. Alassane Ouattara, Président de la Côte d’Ivoire, installé par l’armée française. Dioncounda Traoré, Président « intérimaire » du Mali. Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la Mauritanie, pays où l’esclavage continue à sévir. Idriss Déby Itno, Président du Tchad, qui vient de faire arrêter et emprisonner les députés de l’opposition. Mahamadou Issoufou, Président du Niger et Macky Sall, Président du Sénégal. Tous vont « entourer François Hollande lors de la remise par Henri Konan Bédié » le sinistre inventeur de l’ivoirité, du Prix Félix Houphouët-Boigny pour « la recherche de la paix » ! On hésite entre rire et pleurer !

Le Prix Félix Houphouët-Boigny – créé en 1989 – se propose d’honorer des personnes, institutions ou organisations qui ont contribué de manière significative à la promotion, à la recherche, à la sauvegarde ou au maintien de la paix, dans le respect de la Charte des Nations Unies et de l’Acte constitutif de l’UNESCO. Houphouët, qui n’avait vers la fin de sa vie que le mot « paix » à la bouche, voulait certainement faire oublier la cruauté dont il avait fait preuve et continuait à faire preuve contre son opposition. Quoi qu’il en soit, comment François Hollande peut-il recevoir ce prix alors qu’il a engagé une intervention militaire de longue durée au Mali sans aucun mandat international ? Comment peut-il le recevoir alors qu’il est à la pointe du combat pour livrer des armes aux opposants au régime syrien et que la Force Licorne est toujours active en Côte d’Ivoire ? Quel genre de paix sont ces guerres aux yeux du « jury » ? François Hollande qui dans sa politique africaine a renié ses promesses de campagne électorale, va donc recevoir un prix pour sa contribution à la paix au moment où il vient d’endosser de nouveau l’uniforme du gendarme de l’Afrique. Il recevra ce « prix » de la main et en la compagnie d’hommes qu’il disait ne pas vouloir recevoir il y a encore quelques mois. Comme en politique intérieure, le cynisme et le mensonge marchent ensemble. A la fin, c’est la dignité de notre pays qui est humiliée.

Touche pas à mon poste, ma coulisse

Il y a eu un « débat » sur les réseaux sociaux à propos de ma participation à l’émission « Touche pas à mon poste » sur D8. Comme d’habitude, une petite cohorte de soi-disant puristes se sont indignés. Leur comédie ne fait pas de moi leur dupe. Le but réel est de me casser avant même que l’émission ait lieu. Ils fournissent de façon parfaitement programmée le prétexte aux habituels sangsues médiatiques qui viennent aussitôt pomper le bon jus de discorde : « même ses amis désapprouvent : « j’ai honte » déclare sous couvert d’anonymat Jean-Patou ». Une fois la première couche passée arrive la deuxième, le tweet blasé en cours d’émission puis la troisième, le commentaire venimeux. Ainsi ce chroniqueur qui souligne mon silence pendant l’intervention de l’intermittente du spectacle et en déduit finement ma « complicité » avec son exploiteur. Ces trois temps sont devenus des classiques pour chacune de mes interventions médiatiques. En fait, ils me sont très précieux. D’une part je peux repérer les émetteurs ennemis déguisés en « amis » soit disant « déçuuuuus ». D’autre part cela déclenche une vague de répliques qui me semblent très formatrices autant pour ceux qui les écrivent que pour ceux qui les lisent. Enfin l’impact dérisoire de ces sottises confronté à l’impact de ma présence et de mon discours me réjouit dans la mesure où il atteste la pertinence de ma stratégie médiatique en désorganisant mes adversaires médiatiques. En effet, il n’y a en fait qu’une poignée pour lire le chroniqueur Schmoll, et une autre pour lire les sottises des « déççççuuuu ». Par contre un million quatre cent mille personnes me voient, m’entendent, m’écoutent et en tirent les conclusions inverses de celles espérées par les nuisibles que je viens de citer. D’abord en terme d’image, comme l’analyse parfaitement ce papier que je donne en lien.

Mais c’est une nouvelle occasion pour moi d’attirer l’attention de mes lecteurs sur un aspect de la parole politique dans les médias. Je commence par le cœur de ce qui fait problème chez les soi-disant puristes : la présence politique dans une émission de divertissement. D’abord chapeau à ceux qui en prennent le risque. Rappelons que rien n’oblige Ruquier, Ardisson ou Hanouna à inviter une personnalité politique car cette présence peut parfaitement tuer leur audience. C’est particulièrement vrai pour Cyril Hanouna. Aucun politique n’avait mis les pieds jusque-là  dans son émission. Tout le risque était pour lui. Pas pour moi. D’une façon générale nous devons aider ceux qui élargissent l’espace de l’expression politique. Sinon quel est le sens de nos critiques contre le rétrécissement de cet espace partout ailleurs. Ailleurs sur une grande chaine comme TF1 où l’audimat sert de prétexte à un drastique étouffement de l’agora. Ailleurs, dans les espaces publics privatisés interdits à la politique comme les supermarchés, galeries marchandes, boites aux lettres des immeubles à digicode et ainsi de suite. Enfin, répétons-le, les émissions de divertissement traitent avec respect la parole politique et ceux qui la porte. C’est un fait que chacun peut vérifier sans aucune difficulté. Aucune ne comporte une once de la méchanceté et de l’esprit de traquenard qui caractérisent nombre d’espaces médiatiques prétendument dédié à la politique et en réalité voué pour beaucoup d’entre eux (mais pas tous !) à l’auto célébration des journalistes vedettes. Mieux vaut cent fois dire ce que l’on veut dire tranquillement chez Hanouna que d’aller servir la soupe à un nombriliste comme Aphatie qui vous agresse en plateau et vous accable de tweets militants ensuite. Il est d’ailleurs frappant de voir comment parmi les chroniqueurs du plateau de Cyril Hanouna, le seul qui perdit son sang-froid face à moi et reprit immédiatement ses habits de militant politique médiatique fut le journaliste de l’Express. Oubliant où il était, il se lança dans la traditionnelle charge corporative dont ce journal est spécialiste contre moi, influencé qu’il est par la course aux lecteurs d’extrême droite. Mais le premier des résultats de ma présence dans cette émission, n’est-ce pas d’abord l’irruption de cette jeune femme intermittente du spectacle sur le plateau ? Et la réaction tellement ouverte qu’eut Hanouna à son égard au point que je me suis d’abord demandé si c’était une affaire arrangée et où elle mènerait ? Pour clore ce petit chapitre j’invite mes lecteurs à ne pas manquer de lire le récit que fait dans « Les Inrocks » Sophie Tissier, l’intermittente qui a pris la parole sur D8. Et, bien sur, je vous invite tous à vous manifester pour lui apporter votre aide sur la page Facebook ouverte à cette fin. Salut les « déçuuuuus » ! Votre coup est encore tombé à l’eau !

Jean-Luc Mélenchon