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Le futur congrès sort le PS d’un coma profond

Classé dans: Actualités, Parti socialiste

Les socialistes ont entériné la date de leur prochain congrès, en juin 2015. Commence désormais un rituel où devraient s’affronter deux blocs, l’un soutenant l’orientation gouvernementale, l’autre la critiquant. Il reste à connaître le rôle des protagonistes, notamment Jean-Christophe Cambadélis, Martine Aubry, Benoît Hamon et Emmanuel Maurel, ainsi que l’impact des élections départementales de mars annoncées comme calamiteuses.

Éléphants dans la brume. Entraîné dans un délitement paraissant jusqu’ici inéluctable, le parti socialiste voit son appareil déliquescent s’ébranler de façon inattendue. Samedi, son conseil national (en tout cas, un peu moins de 200 de ses membres, sur 330) a bouleversé la donne de son épuisement programmé. En décidant de façon inattendue d’organiser un congrès début juin 2015, le PS tente de se replacer au centre du jeu politique d’une gauche de gouvernement à la dérive, sans autre cap que celui d’une hypothétique amélioration de la situation économique.

Signe de sagesse ou de faiblesse, selon les points de vue, l’exécutif s’est finalement laissé imposer un calendrier plus rapide qu’il ne le souhaitait. Les proches de Manuel Valls et François Hollande plaidaient pour un congrès en 2016, mais la haute autorité du PS a réaffirmé la nécessité pour un parti démocratique de respecter ses statuts

Désormais, chez les récalcitrants d’hier, on s’accommode tant bien que mal de la situation d’aujourd’hui. « C’est décidé, alors il faut faire avec », explique le ministre Stéphane Le Foll. Quitte à choisir l’année 2015 et non 2016, il regrette même que le congrès n’ait pas lieu dès février prochain! Pour ce fidèle de longue date du président, qui anime le courant “hollandais” au sein du PS, il s’agit désormais de se lancer dans un exercice de« clarification, mais sans se déchirer ». Il estime que le parti doit avant tout éviter « de se retrouver comme à Liévin (en 1994), quand le parti s’est marqué à gauche pour appeler dans le même temps Jacques Delors à se présenter à la présidentielle ».

Pour le député Carlos Da Silva, suppléant et proche du premier ministre, « il faut espérer que la tonalité de ces derniers mois change, que la responsabilité et le respect permettent d’arriver au rassemblement à la fin des débats du congrès ». Lui, comme d’autres dans la majorité actuelle du parti, se dit « rassuré », mettant en avant les états-généraux portés par Jean-Christophe Cambadélis.« Ça a apaisé les esprits, la discussion s’est libérée, les militants se sont remis au boulot », dit Da Silva.

Pour autant, si la remobilisation de la base militante fait l’unanimité dans le parti, la proposition de charte issue de ces états-généraux, qui semble « ancrée à gauche »,« bien écrite » ou « généreuse » aux dires mêmes des responsables les plus critiques de l’orientation gouvernementale, suscite déjà des réserves. « Cela pose tout de même un sérieux problème entre le dire, en l’occurrence l’écrit, et le faire », souligne Emmanuel Maurel, chef de file de l’aile gauche du parti. D’autres redoutent que le « molletisme ne gagne le PS », claironnant à gauche quand sa pratique du pouvoir ne cesse de dériver à droite.

Ce projet de charte, écrit par le n°2 du parti Guillaume Bachelay (également député et suppléant de Laurent Fabius), ne définit finalement pas le « nouveau progressisme » souhaité par Cambadélis (terme abandonné devant l’hostilité majoritaire au BN). Il a été adopté par le bureau national du PS par 24 voix et 9 abstentions, mardi soir. Le texte (lire ici), qui doit être adopté par les militants le 3 décembre, affirme le« primat du politique sur l’économisme », souligne « l’objectif du plein emploi » et considère que « la fiscalité doit favoriser le réinvestissement des bénéfices plutôt que la distribution de dividendes aux actionnaires… ». « C’est le cadre du débat du congrès, juge Carlos Da Silva, porte-parole du parti. On peut avoir un consensus sur les frontières de ce cadre. »

Le congrès doit justement permettre de lever ces ambiguïtés, même si sa perspective enfin claire semble avoir refroidi les ardeurs de chacun. Il y a des rites à respecter à nouveau, après des initiatives critiques tous azimuts et les désirs de ruptures relatives qui se sont exprimés à l’assemblée ou sur les tréteaux des universités d’été. Se réunir entre diverses sous-sensibilités d’ici la fin de l’année, envisager le dépôt d’une contribution commune, tout en faisant campagne pour les départementales de mars… Puis envisager le grand saut du dépôt d’une motion, peu après ce scrutin local qui a tout du grain de sable potentiel dans la mécanique graissée d’un congrès du PS. Voilà le nouvel horizon des responsables socialistes.

 

  • Les élections départementales comme préalable

D’ores et déjà, les prévisions catastrophiques circulent à Solférino, à propos du futur scrutin départemental, sans que l’on ne sache si elles relèvent de l’intox, afin de relativiser la déroute à venir, ou de réelles études approfondies. La perte d’une quarantaine de départements et un score national entre 10 et 13 % sont évoqués.

Une telle sanction électorale pourrait déboucher sur un congrès cathartique, où pour la première fois de son histoire, un exécutif socialiste ne serait pas soutenu par son parti. Cette hypothèse n’est pas évidente, tant elle dépend aussi de la réalité de l’effectif militant du PS, comme de la capacité de son appareil en ruines à contrôler encore les votes internes. « Cela dépendra de l’état d’esprit des militants encore présents, explique le député Pascal Cherki. Soit ils sont tétanisés, se replient sur eux-mêmes et font bloc comme dans un congrès de crise du PCF. Soit ils expriment leur colère et se révoltent. »

Des départementales aux airs de débandade – ce qui apparaîtrait comme une victoire pour Nicolas Sarkozy chef de parti – pourraient provoquer un « troisième temps inattendu du quinquennat », pronostiquent certains. Ceux-là imaginent alors un changement de premier ministre, plus compatible avec un retour à gauche, comme Martine Aubry ou Claude Bartolone. « Dans un tel cas, ça changerait tout et il faudrait repartir à zéro, d’un point de vue stratégique », explique un député PS critique. « Ce congrès devient le levier principal pour faire pression sur le président de la République, estime le député critique Laurent Baumel. La question de l’inflexion à gauche du gouvernement redevient centrale, là où le débat est devenu difficile au parlement. »

Cette incertitude face aux événements est clairement à l’avantage de Jean-Christophe Cambadélis, expert-tacticien dans la maîtrise des circonstances aléatoires depuis qu’il a pris la tête du parti. Mais son leadership est tout aussi fragile que le pouvoir aux pieds d’argile qu’il tente, bon an mal an, d’accompagner.

Jean-Christophe Cambadélis, Martin Schulz et Manuel Valls, lors de la campagne européenne, en mai 2014Jean-Christophe Cambadélis, Martin Schulz et Manuel Valls, lors de la campagne européenne, en mai 2014 © Reuters
  • Cambadélis, haut, bas, fragile

Il a aujourd’hui autant de chances de se succéder à lui-même que de rejoindre Harlem Désir, Michel Rocard ou Henri Emmanuelli au panthéon des premiers secrétaires éphémères du PS. Pour l’heure, « Camba » la joue à mi-distance de Valls et de l’aile gauche. « Son attitude dépendra de Valls, s’il reste ou s’il part, ou de quelle façon il part », croit savoir un de ses amis.

Si le premier ministre reste à Matignon après les départementales, il saura le tenir à l’écart du congrès, tout en espérant réunir ses proches avec les hollandais, et en profitant au maximum de son amitié parfois surjouée avec Martine Aubry. Enéquilibriste d’un PS sur le fil, il entend rester le seul dénominateur commun possible entre première gauche, deuxième gauche et après-gauche… « Mon objectif n’est pas de faire un congrès sur la politique gouvernementale, mais de faire en sorte qu’il soit utile à la fin du quinquennat, se contente-t-il pour l’heure d’affirmer. On doit montrer que les socialistes sont capables de se rassembler sur une position. Certes en faisant l’inventaire de ce qui a fonctionné ou pas, mais surtout en faisant des propositions. »

Cambadélis se fait stratège avant tout, pour conserver la direction d’un parti qu’il a mis tant de temps à conquérir (il était déjà le n°2 de Lionel Jospin en 1995). Il ne répond pas aux questions sur la ligne politique, mais souligne que « la clé de la vie politique française passe, aux yeux de nos adversaires ou concurrents, par un éclatement du PS ». Or, estime-t-il, les militants ne feront pas ce cadeau aux autres forces politiques, et il appelle dès maintenant ses « camarades » à « avoir en tête la radicalisation de la droite et la façon dont l’extrême droite affine son modèle ».

Sa position centrale dans un parti aussi démonétisé n’est toutefois pas si confortable qu’elle en a l’air. L’homme n’a pas vraiment de troupes à lui, en dehors de son réseau militant essentiellement parisien et francilien, issu de l’Unef et de la Mnef des années 1990. « Il est soutenu par qui, en vrai ?!, relativise ainsi un cadre du courant hollandais “Répondre à gauche”. Il n’est là que parce qu’il est connaisseur du parti, qu’il est disponible et qu’il ne pouvait pas faire pire que Harlem. » Il n’est d’ailleurs pas sûr que le choix de la date de juin 2015 pour le congrès ait remonté sa cote auprès de l’exécutif. Deux concurrents se sont pour l’instant dressés face à lui, Benoît Hamon et Emmanuel Maurel. « Pourquoi faudrait-il sauver le soldat Camba ? s’interroge ce même cadre hollandais. C’est une des questions à trancher dans ce congrès… »

Du côté de l’opposition interne à la politique gouvernementale, on s’interroge aussi sur l’avenir du premier secrétaire. « Ses efforts et ses critiques ne sont audibles que pour les journalistes et une partie de l’appareil du parti, explique un responsable des “frondeurs” du collectif Vive la gauche. S’il veut s’imposer, il faudrait qu’il parvienne à vraiment faire plier le gouvernement sur un sujet fort d’ici le congrès. Mais est-il capable de le faire ? »

Pour l’heure, l’intéressé fait comme si de rien n’était, bien décidé à s’avancer dans le congrès comme un sortant souhaitant être reconduit sans discuter. Samedi, il a annoncé qu’« il y aura une contribution et une motion Cambadélis », sur l’air du qui m’aime me suive, et en plus vous n’avez pas le choix. Réplique, « à titre personnel », du député Christian Paul, proche de Martine Aubry et l’un des meneurs de la contestation au parlement : « Il n’y a pas d’hostilité vis-à-vis de Cambadélis, mais il n’y a pas d’automaticité à le soutenir non plus. » À ses yeux, « le parti a plus que jamais besoin de vitalité démocratique, et surtout pas de voir le débat tué avant de commencer : on n’est pas condamné à devoir choisir entre Manuel et Valls ».

 

  • Aubry, combien de divisions ?

Au début de l’été, à la buvette de l’Assemblée, François Lamy avait annoncé la couleur à Bruno Le Roux, président du groupe PS et fidèle de François Hollande : « J’ai reçu une lettre me demandant d’ouvrir le placard et de sortir les fusils. » La saynète, rapportée par une députée présente à proximité de l’échange, illustre la volonté de la maire de Lille de ne plus se tenir à distance des débats internes socialistes. Après une succession de« cartes postales » adressées à l’exécutif, puis une « sortie du bois » fracassante il y a un mois (lire ici), Aubry est de retour.

Nouveau signe inquiétant pour ses contempteurs : l’annonce samedi – le même jour que le conseil national – de l’implantation militante de François Lamy, son plus fidèle lieutenant, sous le beffroi nordiste. Si une place sur la liste aux prochaines régionales, ou la succession de Bernard Roman, député hollandais et meilleur ennemi d’Aubry à Lille, sont évoquées à son sujet, c’est aussi la perspective du congrès qui se cache derrière ce rapprochement géographique. Dans le même temps, d’autres de ses fidèles, comme les députés Christian Paul ou Jean-Marc Germain, participent à l’animation du collectif “Vive la gauche”, qui entend, lui, s’adresser aux autres partis en rupture avec le pouvoir.

Depuis septembre, Martine Aubry a déjà réuni deux fois en un mois ses relais dans le parti. « Plus que durant les deux dernières années », note un député aubryste de longue date, pour qui « il faut arriver à tracer un chemin entre les vallsistes et les frondeurs, pour réoccuper le cœur du parti ». Alors, elle incite clairement ses proches à se structurer en vue du congrès, pour y peser de façon décisive.

Car Aubry est bien l’une des clés du congrès qui s’ouvre, dont on saura en décembre dans quelle ville il se tiendra (Avignon, Nantes, Metz, Lourdes ou Douai sont évoqués). Soutiendra-t-elle un candidat, ou mettra-t-elle « ses œufs dans divers paniers », comme l’imaginent beaucoup ?

Un soutien à son ami Cambadélis, qui l’a aidée à prendre le parti lors du congrès de Reims, lui ferait courir le risque d’être « débordée sur sa gauche », comme l’estime un pilier de sa sensibilité : « La base des élus est dans la logique d’en découdre, et les militants ne suivront pas pour se ranger derrière Camba… » Un soutien à son ancien protégé Benoît Hamon est aussi envisagé. Plus proche idéologiquement, elle entretient avec lui des relations complexes et parfois tendues, comme chien et chat, héritées de leur collaboration au ministère du travail, où l’ancien président du MJS était conseiller de la ministre des 35 heures. 

Benoît Hamon et Martine Aubry
Benoît Hamon et Martine Aubry © Reuters
  • Hamon, un boulevard semé d’embûches

Il se veut éloigné des stratégies à plusieurs bandes, oscille entre la table renversée (comme quand il évoque la « menace pour la République » que constitue l’orientation gouvernementale) et le recentrage par rapport à une aile gauche qu’il a patiemment reconstruite puis délaissée (lire notre reportage).

Au conseil national de samedi, Benoît Hamon est arrivé et reparti par une porte dérobée, évitant les médias désireux de parler congrès. Et à la tribune, il a choisi de ne parler que de la reconnaissance de la Palestine, lui qui a été l’un des instigateurs de la proposition de résolution de reconnaissance de l’Etat palestinien à l’Assemblée (lire ici). C’est un symbole, à ses yeux, de l’utilité dont peuvent faire preuve les parlementaires socialistes pour aider à être de gauche malgré lui ce gouvernement, qu’il a quitté avec fracas à la fin du mois d’août. C’est une façon de « se placer au-dessus de la mêlée » pour les uns, le signe qu’« il ne sait pas encore quoi raconter » pour les autres… Le nouveau député prend le temps et se garde bien d’attaquer bille en tête le quartier général.

Au congrès de Reims, Martine Aubry l’avait un temps soutenu comme solution de sortie de crise, alors que la nuit des résolutions était bloquée. Il a été finalement porte-parole du PS, après avoir recueilli 25 % du vote militant. Puis en 2012, Hollande l’avait nommé au gouvernement, à la surprise générale, façon de l’empêcher de lorgner la direction du parti. Il va désormais devoir cheminer jusqu’au vote du congrès, montrer qu’il peut être l’alternative à Cambadélis. Sur le papier, un boulevard s’offre à lui. Dans la réalité, il est semé d’embûches.

En premier lieu, il voit se dresser devant lui Emmanuel Maurel. Héraut de l’aile gauche du parti, dont il a contribué à entretenir la flamme quand Hamon et les siens s’étaient rangés au gouvernement et dans la majorité de Harlem Désir, Emmanuel Maurel entend pouvoir « poser toutes les questions qui fâchent lors de ce congrès ». Peu désireux de se mettre en retrait après deux ans passés à structurer “à l’ancienne” son courant “Maintenant la gauche” (avec Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj et Gérard Filoche), il ne pardonne pas encore vraiment à Hamon d’avoir joué, avec Montebourg, le marchepied de Manuel Valls à Matignon (lire ici).

« Les hommes parfaits sont des hommes morts », relativise Pascal Cherki, l’un de ses proches, qui estime que “Benoît” « a une meilleure force de pénétration dans le parti ». Un autre ami, plus cash, avance de son côté : « On a mis des années à faire émerger un leader crédible à la gauche du parti, qui en plus est devenu ministre, ce n’est pas pour se ranger derrière un nostalgique de Jean Poperen. »

Dans un premier temps, Hamon espère rassembler au centre du parti. « L’idée, ce serait de retrouver le socle de NPS (le courant Nouveau parti socialiste créé en 2002 par Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et lui), même si tout le monde a roulé sa bosse depuis », explique un jeune député aubryste. En vertu de leur amitié gouvernementale, Montebourg pourrait soutenir son collègue co-démissionnaire, en attendant Martine Aubry. « Tout est possible dans ce congrès, dit un hamoniste. On peut gagner sans Aubry, comme perdre avec. »

Cette opposition interne débouchera-t-elle sur un scénario à deux grosses motions concurrentes, entre un « pôle gauche » et un « pôle droit », sur plusieurs petites motions à côté d’une grosse (hypothèse la moins probable, même si beaucoup imaginent que« Cambadélis va sûrement “inventer” ») ? S’agira-t-il d’une réédition du congrès de Metz de 1979, théâtre de l’affrontement entre première et deuxième gauche, où François Mitterrand avait fait alliance en deux temps avec l’aile gauche du Cérès de Jean-Pierre Chevènement, face à Michel Rocard ? Le congrès ne fait que commencer.

STÉPHANE ALLIÈS – mediapart.fr

 

Pour les fans du commissaire Montalbano avec une recette de son plat préféré en bonus !

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Les trois miracles du commissaire Montalbano

Après avoir fait la fortune de son auteur, le flic bougon des romans d’Andrea Camilleri a contribué à celle des producteurs de l’adaptation télévisée et ressuscité l’activité touristique sur les lieux de tournage en Sicile

 

  Le commissaire Salvo Montalbano déteste le mauvais temps. Et ce jour-là,  » le ciel était entièrement couvert de nuages où menaçait la pluie « , comme il est écrit à la page  12 du Voleur de goûter (Pocket, 2004), le quatrième des romans d’Andrea Camilleri consacré au policier le plus célèbre d’Italie. On était venu pour raconter une success storyensoleillée, l’heureux mariage à trois du polar, de son adaptation télévisée et du tourisme culturel, et nous voilà déambulant dans les rues de Scicli sous un parapluie. Entre deux haltes, les collines des Monte Iblei(monts Hybléens), où Montalbano trimballe sa vieille Fiat Tipo noire – dont il ne parvient jamais à se faire défrayer les pleins d’essence –, étaient hachées par les essuie-glaces.Andrea Camilleri, 89 ans depuis le 6  septembre, n’est déjà plus un gamin lorsqu’il entreprend d’écrire les aventures de son commissaire. Metteur en scène pour le théâtre (il sera le premier à monter Beckett en Italie) et pour la télévision (on lui doit en partie l’adaptation italienne de  » Maigret « ), ce fils unique d’un couple de la bourgeoisie sicilienne hésite à se lancer dans l’écriture romanesque. Il a pourtant remporté un prix de poésie avec les encouragements de Leonardo Sciascia, en battant Pier Paolo Pasolini en finale. Un filo di fumo (Un filet de fumée), en  1980, lui permet de faire surgir de son imagination et de ses souvenirs la ville qui deviendra le décor principal de tous les autres romans, Vigàta, mélange de Porto Empedocle, sa ville natale, et d’Agrigente.Mais il faudra quatorze ans encore pour que naissent, lors de longues heures passées au chevet de son père mourant à qui il raconte des histoires, les contours de son commissaire, ainsi nommé en hommage à l’écrivain de polars espagnol Manuel Vazquez Montalban. Camilleri a presque 70 ans. Paru en  1994, La Forme de l’eau est son premier succès. Depuis, 15  millions de lecteurs suivent les aventures du flic le plus médiatique de la Péninsule. » La saveur de la langue «  » Montalbano sono. Che fù ? «  ( » Montalbano, je suis. Qu’est-ce qu’il fut ? « ) Ces mots-là valent une signature. A les lire, dans leur typique inversion du verbe et du sujet, et ce passé simple qui font du sicilien un dialecte incroyablement littéraire – et un casse-tête pour ses traducteurs –, c’est tout un monde qui se déplie. Dans l’ordre : Vigàta donc, où ce flic bougon, misanthrope à ses heures, retrouve chaque jour ses adjoints Mimi Augello, le séducteur, Carmine Fazio, le méthodique et Agatino Catarella, l’homme à tout faire, brouillon et obséquieux ; Marinella ensuite, où il vit face à la mer et où il retrouve par intermittence sa fiancée Livia ; les restaurants enfin, où il se gave de rougets grillés (un kilo ne lui fait pas peur), d’arancini(boulettes de riz), de pasta alla norma (ricotta et aubergine).Le travail ne manque pas à Vigàta. En 34 volumes, Salvo Montalbano a résolu l’énigme d’autant de meurtres, d’enlèvements, de trafics, de corruption de politiciens, de rackets et de crimes divers. L’ordinaire de la Sicile gangrené par le crime organisé ? Oui, mais à cette différence près qu’il faut en général 250 pages à Camilleri, rédigées en à peine un mois, pour boucler une enquête, quand la justice italienne se traîne.  » C’est une vision idéale et très folklorique de la Sicile, admet Attilio Bolzoni, spécialiste de l’île et de ses coutumes criminelles au quotidien La RepubblicaMais ce flic est tellement sympathique et acharné qu’on ne peut s’empêcher de l’aimer. «  Serge Quadruppani, traducteur en français de la plupart des volumes, ajoute dans chacune de ses préfaces un autre ingrédient à ce succès :  » Au moment même où la télévision menaçait de réaliser ce que l’école n’avait pu obtenir, que tous les Italiens parlent la même langue, Camilleri leur restitue la saveur de la langue de ses pères, l’italo-sicilien des environs d’Agrigente (…) : la truculence généreuse et raffinée d’un peuple très ancien. « Mais tout cela n’explique pas que nous nous trouvions, un dimanche d’octobre, dans les rues désertes de Scicli qui se vante d’être la  » quatrième ville la plus ensoleillée d’Italie « , sous un parapluie. Un peu de patience… Un écrivain prolifique, des intrigues calquées sur le réel, des décors pris sur le vif, des dialogues si bien écrits qu’ils font avancer l’histoire toute seule comme un train électrique : la télévision italienne n’a pas été longue à se rendre compte du profit qu’elle pourrait tirer d’un tel gisement. Encore fallait-il un producteur qui y croie :  » A la fin des années 1990, se souvient Carlo Degli Esposti, directeur de la société Palomar, qui produit la série, je suis allé trouver une amie éditrice en Sicile. C’est elle qui m’a fait lire les romans de Camilleri. J’ai immédiatement prévenu la RAI - la télévision publique – de l’énorme potentiel de ces livres. Deux mois passent. Pas de réponse. Je suis allé sonner directement à la porte d’un dirigeant pour le convaincre. Un quart d’heure après, on signait le contrat. « 

C’est le deuxième miracle du commissaire Montalbano. Ayant fait la fortune de son auteur, il fera celle de la télévision, dès la diffusion du premier téléfilm, en  1999. Chaque printemps, acteurs, machinistes, réalisateur retrouvent leurs habitudes sur la côte sud-est de la Sicile pour y mettre en boîte quatre nouveaux épisodes. Toujours les mêmes : le réalisateur, Alberto Sironi, ancien assistant de Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan, et Luca Zingaretti, dans le rôle du commissaire. On dit qu’il serait l’acteur le mieux payé d’Italie (400 000  euros par épisode). Il est aussi l’un des plus discrets, semblant avoir fait sien le mode de vie de son personnage : modestie et efficacité. Il a, comme son modèle de papier, l’air taciturne et le regard doux. Seule différence : Zingaretti est chauve comme un œuf alors que, dans les romans, la lointaine et épisodique Livia ne déteste pas passer sa main dans la tignasse du commissaire. Ses acolytes Mimi, Carmine et Agatino, eux non plus n’ont pas changé. Les téléspectateurs regardent vieillir ce petit monde d’année en année. Une ride de plus par ci, un rictus d’amertume par là. Ça crée des liens.

Chaque nouvelle saison (il y en a eu neuf, la dixième en cours de préparation sera retransmise en  2015) réunit près de 10  millions de téléspectateurs. L’été, les rediffusions des vieux épisodes battent à plates coutures n’importe quelle autre émission. Mais plus que les répliques ou le dénouement d’une enquête, ce sont les paysages qui attirent l’œil comme un phare. Selon une étude détaillée des pointes d’audience, il apparaît que les téléspectateurs sont plus nombreux et attentifs dans les scènes tournées en extérieur :  » Après Zingaretti, la Sicile est l’autre vedette « , explique Alberto Sironi. La Sicile de Camilleri ? Pas vraiment.  » Au cours des premiers repérages, continue Sironi, nous nous sommes rendus dans la région d’Agrigente et de Porto Empedocle, pensant y retrouver les paysages qui avaient inspiré l’auteur. Mais tout était enlaidi par les constructions récentes. La Sicile de Camilleri n’existe plus, hélas. Nous avons donc décidé de tourner dans des paysages plus intacts comme les environs de Scicli, Modica et Ragusa Ibla. « 

Pélerinage

En grande partie rasée par le tremblement de terre de 1693 et reconstruite selon les canons architecturaux du XVIIIe  siècle espagnol, la province de Raguse est en soi un décor cinématographique. Eglises baroques, rues bordées de palais aux balcons de fer forgé sont devenues les héros de cette série télévisée made in Sicily.  » Nous avons délibérément choisi de faire apparaître les personnages dans des lieux presque vides, explique Alberto Sironi, afin que le décor exprime toute sa puissance. «  La Vigàta de la télévision a pris ses aises avec le réel, recréant un lieu imaginaire avec des éléments pris ici où là. Ce mur de pierre sèche près duquel on découvre un cadavre, l’église San Giorgio d’Ibla qui se dresse au haut d’une rue en pente comme un couple de mariés sur une pièce montée, et le château néogothique de Donnafugata où il rend parfois visite à un mafieux pour d’étranges tractations, sont en réalité distants de plusieurs kilomètres. Magie du montage et de la lumière uniforme, ils sont désormais imbriqués les uns dans les autres.

Et c’est ici que se produit le troisième miracle de Montalbano. Maintenant on comprend mieux ce que nous faisons à Scicli sous un parapluie. Le succès des livres de Camilleri entraînant celui de la série télévisée, ce dernier a à son tour engendré un troisième phénomène qui vaut à Salvo Montalbano d’être définitivement le  » sauveur de la Sicile « . Alors que l’activité touristique, sous l’effet de la crise, s’est ralentie sur toute l’île, elle renaît dans la province de Raguse. On comptait à peine une centaine d’hôtels de charme et de chambres d’hôtes il y a dix ans, ils sont près de 3 000 aujourd’hui. Désormais diffusée dans une soixantaine de pays, dont la France, la série attire des centaines de milliers de touristes en pèlerinage. Ryan Air, à l’affût des nouvelles tendances, a ouvert une dizaine de lignes depuis Londres ou Berlin sur l’aéroport tout proche de Comiso.

 » Chaque semaine, je reçois environ 80 demandes « , explique Francesca Giannone propriétaire de l’agence GFG Travel. Et elle n’est pas la seule : toutes les agences de tourisme proposent leur  » Montalbano Tour « Adjoint au tourisme de Scicli, Giampaolo Schillaci se frotte les mains :  » Même si la ville est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, j’estime que 75  % des visiteurs viennent d’abord pour voir les décors de Montalbano. « 

Cet été, pourtant, l’idylle entre Montalbano et la province de Raguse a bien failli tourner court. La société Palomar a menacé d’abandonner la Sicile pour les Pouilles. Motif ? La région n’aurait pas tenu sa promesse d’accorder quelques faveurs fiscales à la production. Eût-on décidé de déménager la fontaine de Trevi de Rome à Naples que la polémique n’aurait pas été moindre. Finalement tout est rentré dans l’ordre.  » Montalbano appartient à ce coin de Sicile, et nous en sommes tous prisonniers « , s’amuse Alberto Sironi. Une Sicile façon puzzle, à la fois reconstituée et authentique.

Devant la maison du commissaire à Punta Secca, les touristes prennent des selfies. Montalbano voudrait-il piquer une tête pour chasser ses idées noires de son crawl puissant et stylé ? Possible dans la fiction, impossible dans la vraie vie. Si la caméra recule un peu et élargit le plan, les téléspectateurs pourront lire le panneau  » baignade interdite « . Et, puis, de toute façon, il pleut…

Philippe Ridet – lemonde.fr

 

 

La région de Scicli, en Sicile, est devenue, au fil des romans d’Andrea Camilleri, un personnage à part entière des enquêtes du commissaire Montalbano. Depuis 1999, ses intrigues ont été déclinées en une série télévisée, désormais l’une des plus suivies en Italie. Le photographe italien Gianni Cipriano a exploré la région de Scicli, entre décors d’une série policière à succès et héritage culturel de la Sicile.

 

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Arancini  : c’est la spécialité sicilienne préférée du commissaire Montalbano

 

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temps de préparation : 30 minutes

temps de cuisson : cinq minutes

ingrédients :

  • 1 œuf
  • de la farine
  • de la chapelure
  • de l‘huile
  • 300 g de riz pas trop cuit
  • 50 g de petits pois cuits dans du beurre
  • 50 g de jambon cru
  • 50 g de mozzarella
  • Coupez en dés la mozzarella et le jambon, mettez-les ensemble dans un bol. Ajoutez les petits pois et mélangez bien.
  • Modeler avec le riz 16 sphères est faite d’un chacune une cavité ; remplissez-
  • la avec  la mozzarella, le jambon et les petits pois et refermer les sphères.
  • Passez-les dans la farine, dans la battue avec le sel et dans la chapelure.
  • Faites frire dans l’huile bien chaude.

Égouttez-les et servez.

Buon appetito

 

 

 

 

Enregistrer gratuitement la musique jouée en streaming

Lorsque vous écoutez la radio sur Internet ou que vous écoutez des musiques en streaming sur Deezer, Jiwa ou un autre site du genre vous n’avez pas la possibilité d’enregistrer les morceaux qui vous intéressent sur votre ordinateur.

Nous avons déjà vu comment enregistrer n’importe quel flux qui passe par votre carte son et vos enceintes avec le logiciel AD Sound Recorder. Si ce logiciel fonctionne parfaitement bien, sa version d’évaluation ne vous permet par d’enregistrer plus de 60 secondes par morceaux. Pour ne plus avoir de limite, vous devez enregistrer le logiciel pour une vingtaine d’euros.

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Activer le mixage stéréo

Le mixage stéréo est une fonctionnalité de Windows 7 et de Windows 8.1 qui permet d’enregistrer le flux qui sort par vos enceintes directement au niveau de l’ordinateur.

  1. Cliquez avec le bouton droit de la souris sur l’icône Haut-Parleurs dans la barre des tâches.
  2. Cliquez sur Périphériques d’enregistrement.
  3. Cliquez avec le bouton droit de la souris sur un espace vide de la fenêtre et cliquez sur Afficher les périphériques désactivés.
  4. L’option Mixage stéréo apparaît alors à la suite.
  5. Cliquez dessus avec le bouton droit de la souris et choisissez la commande Activer.
  6. Si vous écoutez actuellement de la musique, vous constatez la barre d’activité qui bouge. Validez par OK.

 

Télécharger et installer Audacity

Le logiciel gratuit Audacity va vous permet d’enregistrer au format MP3 la musique jouée à l’ordinateur via la fonction Mixage Stéréo. Audacity est un logiciel gratuit que vous pouvez télécharger sur PC Astuces.

  1. Rendez-vous sur la fiche d’Audacity dans la logithèque PC Astuces.
  2. Cliquez sur le lien Télécharger gratuitement.
  3. Enregistrez le fichier sur votre disque dur.
  4. Une fois le téléchargement terminé, exécutez-le.
  5. Cliquez sur Exécuter.
  6. Sélectionnez la langue Français et cliquez sur OK.
  7. Cliquez 4 fois sur Suivant.
  8. Cliquez sur Installer.
  9. Une fois la copie des fichiers finie, cliquez sur Suivant puis sur Terminer.

 

 

Ajouter le support du MP3

Par défaut, l’encodage d’une musique en MP3 n’est pas supporté par l’éditeur audio Audacity. Vous pouvez facilement installer l’encodeur MP3 gratuit LAME pour l’utiliser avec Audacity et exporter ainsi les musiquesque vous enregistrez en MP3.

  1. Rendez-vous sur la page de téléchargement de LAME.
  2. Cliquez sur le lien libmp3lame-win-3.xx.zip de la rubrique For Audacity on Windows.
  3. Téléchargez alors le fichier sur votre ordinateur.
  4. Une fois le téléchargement terminé, cliquez sur le bouton Exécuter.
  5. Confirmez le lancement de l’installation de LAME en cliquant sur Exécuter.
  6. Suivez alors les instructions de l’assistant pour installer LAME.
  7. Sélectionnez l’option I accept the agreement puis cliquez deux sur le bouton Next puis sur Install.
  8. Cliquez enfin sur le bouton Finish.

 

Enregistrer la musique jouée

Maintenant que la fonctionnalité Mixage stéréo est activée et qu’Audacity est installé, vous allez pouvoir enregistrer la musique jouée sur votre ordinateur que cela soit sur un site de streaming, à la radio, dans un film, une conversation, un jeu ou un logiciel spécifique.

  1. Si cela n’est pas déjà fait, lancez Audacity en double cliquant sur son raccourci sur le Bureau.
  2. Dans la fenêtre qui s’affiche, cochez la case Ne plus montrer au démarrage et cliquez sur OK.
  3. Audacity utilise automatiquement par défaut le mixage stéréo que vous avez activé. Vérifiez tout de même qu’il est bien sélectionné en cliquant sur le menu Edition puis sur Préférences.
  4. Dans la zone Enregistrement, vérifiez que le périphérique Mixage stéréo est bien sélectionné. Validez par OK.
  5. Lorsque ce que vous souhaitez enregistrer est joué dans vos haut-parleurs, cliquez sur le bouton Enregistrement.
  6. L’enregistrement commence alors.
  7. Lorsque le morceau est terminé, cliquez sur le bouton Stop.
  8. Cliquez ensuite sur le menu Fichier puis sur Exporter.
  9. Déroulez la liste Type et sélectionnez l’option Fichiers MP3.
  10. Cliquez sur le bouton Options.
  11. Déroulez le champ Qualité et sélectionnez l’option 192 kbps pour améliorer la qualité sonore du fichier MP3. Cliquez surOK.
  12. Donnez un nom au fichier MP3, choisissez un dossier où l’enregistrer sur votre disque dur et cliquez sur Enregistrer.
  13. Complétez alors les étiquettes avec les informations sur le morceau. Cliquez sur OK.
  14. Le fichier est alors exporté en MP3.
  15. Vous pouvez alors le lire quand vous le voulez sur votre ordinateur, sur votre baladeur MP3, etc.
Couper la musique enregistrée
Si vous ne souhaitez conserver qu’une partie de la piste sonore enregistrée, vous pouvez le faire avec Audacity.Suivez pour cela les indications de cette astuce.

 

 

Isoler le passage à utiliser

Le morceau que vous avez extrait faisant plusieurs minutes, vous allez devoir isoler seulement le passe qui vous intéresse, l’intro ou un solo de guitare par exemple.

  1. Lancez Audacity en double cliquant sur son icône sur le Bureau.
  2. Cliquez sur le menu Fichier puis sur Ouvrir.
  3. Sélectionnez sur votre disque dur (dossier Ma Musique dans Mes documents) le fichier WAV qui a été créé avec le LecteurWindows Media puis cliquez sur le bouton Ouvrir.
  4. Le fichier est alors ouvert avec Audacity. Cliquez sur le bouton Lecture pour jouer la musique.
  5. Cliquez alors sur le début du segment de musique à isoler puis, tout en maintenant le bouton de la souris enfoncée, déplacez le pointeur jusqu’à sa fin. Le passage doit faire une trentaine de secondes, par exemple pour votre sonnerie de portable).
  6. Le segment apparaît alors en grisé. Cliquez sur le menu Edition puis sur Ne garder que la sélection.
  7. Cliquez sur le bouton Lecture pour écouter le résultat. S’il ne vous convient pas, choisissez la commande Annuler dans le menu Edition, et recommencez la manipulation.
  8. Vous pouvez alors enregistrer l’extrait dans un nouveau fichier. Cliquez pour cela sur le menu Fichier puis sur Exporter en WAV.
  9. Choisissez un nom à votre fichier, pinkfloyd par exemple, choisissez un dossier plus cliquez sur le bouton Enregistrer.

 

pcastuces.com

 

Alexandre Grothendieck, le plus grand mathématicien du XXe siècle, est mort dans l’Ariège

Classé dans: Actualités, Sciences
A Grothendieck avec Laurent Schwartz à l'Institut.<br /><br />
A Grothendieck avec Laurent Schwartz à l’Institut. | IHÉS

Considéré comme le plus grand mathématicien du XXe siècle, Alexandre Grothendieck est mort, jeudi 13 novembre, à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège), non loin de Lasserre, le village où il s’était secrètement retiré au début des années 1990, coupant tout contact avec le monde. Il était âgé de 86 ans. Apatride naturalisé français en 1971, également connu pour la radicalité de son engagement pacifiste et écologiste, ce mathématicien singulier et mythique laisse une œuvre scientifique considérable.

Il naît le 28 mars 1928 à Berlin, dans une famille atypique. Sascha Schapiro, son père, est russe de confession juive, photographe et militant anarchiste. Egalement très engagée, Hanka Grothendieck, sa mère, est journaliste. En 1933, Sascha quitte Berlin pour Paris, où il est bientôt rejoint par Hanka. Entre 1934 et 1939, le couple part pour Espagne où il s’engage auprès du Front populaire, tandis que le petit Alexandre est laissé en Allemagne, à un ami de la famille.

SON PÈRE MEURT À AUSCHWITZ

A la fin de la guerre civile espagnole, au printemps 1939, Alexandre retrouve ses parents dans le sud de la France. Dès octobre 1940, son père est interné au camp du Vernet. Il en part en 1942 pour être transféré à Auschwitz, où il sera assassiné. Alexandre et sa mère, eux, sont internés ailleurs. « La première année de lycée en France, en 1940, j’étais interné avec ma mère au camp de concentration, à Rieucros près de Mende », raconte-t-il dans Récoltes et Semailles, un texte autobiographique monumental jamais publié, tiré à 200 exemplaires, mais qui circule désormais sur Internet.

« C’était la guerre, et on était des étrangers – des “indésirables”, comme on disait. Mais l’administration du camp fermait un œil pour les gosses, tout indésirables qu’il soient. On entrait et sortait un peu comme on voulait. J’étais le plus âgé, et le seul à aller au lycée, à 4 ou 5 kilomètres de là, qu’il neige ou qu’il vente, avec des chaussures de fortune qui toujours prenaient l’eau. »

14 PROBLÈMES MATHÉMATIQUES RÉSOLUS EN QUELQUES MOIS

En 1944, son bac en poche, l’adolescent de 16 ans n’a pas encore été identifié par ses professeurs comme le génie qu’il est. Il s’inscrit en maths à l’université de Montpellier puis, à l’orée de la thèse, est recommandé à Laurent Schwartz et Jean Dieudonné.

L’histoire, célèbre, a contribué à forger son mythe : les deux grands mathématiciens confient au jeune étudiant une liste de quatorze problèmes qu’ils considèrent comme un vaste programme de travail pour les années à venir, et lui demandent d’en choisir un. Quelques mois plus tard, Alexandre Grothendieck revient voir ses maîtres : il a tout résolu.

Dans cette première période de production mathématique, Grothendieck se consacre à l’analyse fonctionnelle, domaine de l’analyse qui étudie les espaces de fonctions. Ses travaux révolutionnent le domaine, mais demeurent moins connus que ceux qu’il conduira dans la deuxième partie de sa carrière.

UN INSTITUT FINANCÉ POUR LUI

Dès 1953, le jeune mathématicien se retrouve confronté à la nécessité d’obtenir un poste dans la recherche et l’enseignement. Apatride, il ne peut accéder à la fonction publique et, rétif au service militaire, il ne veut demander pas la naturalisation française. Il part enseigner au Brésil, à Sao Paulo, et aux Etats-Unis, à Lawrence (Kansas) et à Chicago (Illinois).

Deux ans plus tard, à son retour en France, industriel et mathématicien, Léon Motchane, fasciné par l’intuition et la puissance de travail du jeune homme – il n’a que 27 ans – décide de financer un institut de recherche exceptionnel, conçu sur le modèle de l’Institut d’études avancées de Princeton : l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) à Bures-sur-Yvette. Le lieu est imaginé pour servir d’écrin au mathématicien qui va y entamer une deuxième carrière.

UNE NOUVELLE GÉOMÉTRIE

Jusqu’en 1970, entouré d’une multitude de talents internationaux, il dirigera son séminaire de géométrie algébrique, qui sera publié sous la forme de dizaines de milliers de pages. Sa nouvelle vision de la géométrie, inspirée par son obsession de repenser la notion d’espace, a bouleversé la manière même de faire des mathématiques. « Les idées d’Alexandre Grothendieck ont pour ainsi dire pénétré l’inconscient des mathématiciens », dit Pierre Deligne (Institut des études avancées de Princeton), son plus brillant élève, lauréat de la médaille Fields en 1978 et du prix Abel en 2013.

Les notions qu’il a introduites ou développées sont aujourd’hui encore au cœur de la géométrie algébrique et font l’objet d’intenses recherches. « Il était unique dans sa façon de penser, affirme M. Deligne, très ému par le décès de son ancien maître. Il lui fallait comprendre les choses du point de vue le plus général possible et une fois que les choses étaient ainsi comprises et posées, le paysage devenait si clair que les démonstrations semblaient presque triviales. »

IL S’ÉLOIGNE DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE

En 1966, la médaille Fields lui est décernée, mais il refuse pour des raisons politiques de se rendre à Moscou pour recevoir son prix. La radicalité avec laquelle il défendra ses convictions ne cessera jamais. Et c’est à partir de la fin des années 1960 qu’il s’éloigne de la communauté scientifique et de ses institutions. En 1970, il fonde avec deux autres mathématiciens – Claude Chevalley et Pierre Samuel – le groupe Survivre et Vivre, pacifiste, écologiste et très marqué par le mouvement hippie. A la même époque, il découvre que l’IHES est partiellement financé, bien que de manière très marginale, par le ministère de la défense. Il quitte l’institut. Alexandre Grothendieck est naturalisé français l’année suivante.

Le Collège de France lui offre alors un poste temporaire, qu’il utilise largement comme tribune politique. Il quitte bientôt le Collège. En 1973, il devient professeur à l’université de Montpellier  – qui, selon une enquête de Libération publiée en juillet 2012, conserve encore des milliers de pages inédites du grand mathématicien. Puis il rejoint le CNRS en 1984, jusqu’à sa retraite, en 1988. Cette année-là, il reçoit le prix Crafoord, doté d’une forte somme d’argent. Il refuse la distinction et s’en explique dans une lettre au Monde et publiée le 4 mai 1988.

Le texte témoigne d’une profonde amertume, d’un divorce avec ses pairs et le projet même de la recherche scientifique. Pourquoi un tel ressentiment ?« Il n’y a pas de raison unique », explique Pierre Deligne. Le fait que la société ait ignoré ses idées sur l’enjeu écologique n’y est pas étranger. « Sur cette question, il avait l’impression que le fait de prouver la réalité des problèmes ferait bouger les choses, comme en mathématiques », raconte son ancien élève. Ce ne fut pas le cas.

En 1990, il quitte son domicile pour une retraite gardée secrète. A ceux avec qui il garde contact, il demande que ses écrits non publiés soient détruits. Brouillé avec ses proches, sa famille, avec la science et le monde entier, il s’installe dans un petit village pyrénéen. Il y restera, coupé de tous, jusqu’à sa mort.

 

 

 

Stéphane Foucart et Philippe Pajot – lemonde.fr

 

L’Albert Einstein des mathématiques du XXe siécle est décédé

 

Alexandre Grothendieck (1928-2014) est une légende dans le milieu des mathématiciens. Doué d’une phénoménale capacité d’abstraction et de travail, il pouvait voir des connexions profondes entre des domaines différents des mathématiques comme l’algèbre, la topologie, l’arithmétique et la géométrie. Ses travaux lui ont valu la médaille Fields de mathématique en 1966, mais il n’est pas allé la chercher en Russie en raison de son engagement politique. C’était aussi un écologiste radical proche de la contre-culture dans les années 1970. © Images des Mathématiques, CNRS

Alexandre Grothendieck (1928-2014) est une légende dans le milieu des mathématiciens. Doué d’une phénoménale capacité d’abstraction et de travail, il pouvait voir des connexions profondes entre des domaines différents des mathématiques comme l’algèbre, la topologie, l’arithmétique et la géométrie. Ses travaux lui ont valu la médaille Fields de mathématique en 1966, mais il n’est pas allé la chercher en Russie en raison de son engagement politique. C’était aussi un écologiste radical proche de la contre-culture dans les années 1970. © Images des Mathématiques, CNRS 

 

« Un effrayant génie », l’expression de Chateaubriand pour caractériser Blaise Pascal est bien connue. Elle s’applique tout autant à un mathématicien français dont on vient d’apprendre le décès. Alexandre Grothendieck s’est éteint en effet le matin du 13 novembre 2014 à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège) à l’âge de 86 ans. Son nom est probablement inconnu du grand public. Pourtant Grothendieck faisait partie de l’élite mondiale des lauréats de la médaille Fields, tels Cédric Villani et Artur Avila. Son influence sur la conception de l’espace et de la géométrie, via l’algèbre et la topologie, dans l’esprit des mathématiciens est telle que certains le considèrent comme l’Einstein des mathématiques du XXe siècle. À l’instar de ce dernier, il était un esprit rebel et anticonformiste dont la vie a été marquée par les grands événements du siècle dernier. Profondément pacifiste et écologiste avant l’heure, au début des années 1970, il a fini par largement tourner le dos à la communauté des mathématiciens, allant jusqu’à refuser le prixCrafoord tout comme Grigori Perelman, autre génie de la géométrie et de la topologie, qui déclinera plus tard la médaille Fields et le prix Clay.


Bande-annonce d’un documentaire consacré à Alexandre Grothendieck. © Catherine Aira, YouTube

Le parcours d’Alexandre Grothendieck, et surtout de ses parents, semble tout droit sorti d’un roman. D’origine russe et d’ascendance très probablement hassidique par son père, Alexandre Shapiro, il est né en 1928 à Berlin d’une mère allemande, Hanka Grothendieck. Ses deux parents émigreront en France avant la Seconde Guerre mondiale pour fuir le régime nazi. Son père mourra en déportation à Auschwitz. Au sortir de la guerre, Grothendieck entreprendra des études de mathématiques à l’université de Montpellier. Très indépendant d’esprit et déçu par l’enseignement qu’il reçoit, et tout comme le jeune Pascal est sensé avoir retrouvé presque par lui-même la géométrie d’Euclide, Grothendieck redécouvre la puissante théorie de l’intégration qu’Henri Lebesgue avait bâtie vers 1900. Soupçonnant son potentiel, l’un de ses professeurs va lui permettre d’entrer en contact avec le grand mathématicien Henri Cartan, à Paris, lequel va l’orienter vers deux légendes des mathématiques françaises d’alors, très impliquées dans le célèbre groupe Bourbaki puisqu’il s’agissait de Jean Dieudonné et de Laurent Schwartz.

Six thèses de mathématique en un an

En poste à Nancy, les deux hommes sont au cœur des problématiques de l’époque en analyse fonctionnelle, c’est-à-dire le domaine des mathématiques qui traitent des équations, principalement différentielles et aux dérivées partielles (comme celles de Navier-Stokes), où les inconnues ne sont pas des nombres, mais des fonctions. Laurent Schwartz a d’ailleurs décroché, en 1950, la médaille Fields de mathématique pour ses travaux sur les distributions, une puissante théorie issue en partie, à l’origine de certaines idées que le physicien Paul Dirac avait introduites pour formaliser les équations de la toute jeune mécanique quantique.

Dieudonné et Schwartz butaient alors sur 14 problèmes liés à l’analyse fonctionnelle dont la seule résolution de quelques-uns aurait suffi pour occuper un étudiant moyennement doué en mathématique pendant quelques années pour une thèse de doctorat. Le génie et les impressionnantes capacités de Grothendieck vont alors apparaître au grand jour. Dieudonné et Schwartz lui avaient proposé de choisir quelques-uns de ces problèmes pour un travail de thèse, mais Grothendieck va stupéfier ses maîtres en revenant un an plus tard avec les solutions aux 14 problèmes et l’équivalent de six thèses rédigées.

Médaille Fields de mathématique, le grand mathématicien Laurent Schwartz (1915-2002) était aussi très engagé, et il a été membre du Tribunal Russell. Ses talents d'enseignants étaient légendaires, comme en témoigne son cours d'analyse de l'École polytechnique. Il était un des membres de Bourbaki
Médaille Fields de mathématique, le grand mathématicien Laurent Schwartz (1915-2002) était aussi très engagé, et il a été membre du Tribunal Russell. Ses talents d’enseignants étaient légendaires, comme en témoigne son cours d’analyse de l’École polytechnique. Il était un des membres de Bourbaki. © École polytechnique

De la géométrie algébrique à l’écologie

De l’analyse fonctionnelle, Grothendieck va bientôt passer à la géométrie algébrique, un domaine des mathématiques qui s’est constitué une première fois avec la géométrie analytique deDescartes. Il va lui faire subir toute une série de transformation à partir de la fin des années 1950 et surtout pendant qu’il occupe, dans les années 1960, un poste à l’IHÉS, l’Institut des hautes études scientifiques, fondé et financé à Bures-sur-Yvette par Léon Motchane. C’était un riche industriel et mathématicien français, issu d’une famille russe et helvétique, qui avait entrepris de créer en France un institut comparable à l’IAS de Princeton pour regrouper des mathématiciens et des physiciens de haut niveau. Il avait bénéficié pour cela de l’aide du physicien américain Robert Oppenheimer et du soutien financier de plusieurs grandes entreprises privées. Appelé à être à la tête de cet institut, Dieudonné acceptera le poste à condition que Grothendieck en soit membre lui aussi.

Antimilitariste et marqué par les mouvements de mai 1968, Grothendieck en démissionnera quand il apprendra que l’IHÉS recevait des subsides du DRET (un organisme de financement de la recherche militaire). Hanté en cette période troublée par le spectre d’une nouvelle guerre mondiale et les risques pesant sur le futur de l’humanité du fait de la surpopulation, de la pollution et des problèmes écologiques qu’il voyait venir avec d’autres à cette époque, il se coupera de plus en plus de la communauté scientifique. Il finira par devenir un ermite, retiré pendant des décennies dans le sud de la France dans un lieu dont le secret était bien gardé. Comme d’autres esprits d’exception à l’âme et à la sensibilité délicatement accordées, tels Kurt Gödel et John Nash, Grothendieck va voir sa santé mentale se détériorer, trop doué et trop intègre pour accepter les imperfections des hommes et de la réalité. Il vient finalement de quitter ce monde en laissant un héritage mathématique impressionnant dont une partie reste encore à décrypter.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur la vie et l’œuvre d’Alexandre Grothendieck qui ne peuvent être abordées dans cet article. Aussi nous vous renvoyons à deux excellentes références surinternet qui permettent d’en savoir plus : le site Images des mathématiques du CNRS et l’article que lui a consacré son ami et collègue, le mathématicien Pierre Cartier.

Les dérives de la  » science officielle

 

Lettre d’Alexandre Grothendieck – LE MONDE |

« Je suis sensible à l’honneur que me fait l’Académie royale des sciences de Suède en décidant d’attribuer le prix Crafoord pour cette année, assorti d’une somme importante, en commun à Pierre Deligne (qui fut mon élève) et à moi-même. Cependant je suis au regret de vous informer que je ne souhaite pas recevoir ce prix (ni d’ailleurs aucun autre), et ceci pour les raisons suivantes.

1. Mon salaire de professeur, et même ma retraite à partir du mois d’octobre prochain, est beaucoup plus que suffisant pour mes besoins matériels et pour ceux dont j’ai la charge ; donc je n’ai aucun besoin d’argent. Pour ce qui est de la distinction accordée à certains de mes travaux de fondements, je suis persuadé que la seule épreuve décisive pour la fécondité d’idées ou d’une vision nouvelles est celle du temps. La fécondité se reconnaît par la progéniture, et non par les honneurs.

2. Je constate par ailleurs que les chercheurs de haut niveau auxquels s’adresse un prix prestigieux comme le prix Crafoord sont tous d’un statut social tel qu’ils ont déjà en abondance et le bien-être matériel et le prestige scientifique, ainsi que tous les pouvoirs et prérogatives qui vont avec. Mais n’est-il pas clair que la surabondance des uns ne peut se faire qu’aux dépens du nécessaire des autres ?

3. Les travaux qui me valent la bienveillante attention de l’Académie royale datent d’il y a vingt-cinq ans, d’une époque où je faisais partie du milieu scientifique et où je partageais pour l’essentiel son esprit et ses valeurs. J’ai quitté ce milieu en 1970 et, sans renoncer pour autant à ma passion pour la recherche scientifique, je me suis éloigné intérieurement de plus en plus du milieu des scientifiques. Or, dans les deux décennies écoulées l’éthique du métier scientifique (tout au moins parmi les mathématiciens) s’est dégradée à un degré tel que le pillage pur et simple entre confrères (et surtout aux dépens de ceux qui ne sont pas en position de pouvoir se défendre) est devenu quasiment une règle générale, et il est en tout cas toléré par tous, y compris dans les cas les plus flagrants et les plus iniques.

Sous ces conditions, accepter d’entrer dans le jeu des prix et récompenses serait aussi donner ma caution à un esprit et à une évolution, dans le monde scientifique, que je reconnais comme profondément malsains, et d’ailleurs condamnés à disparaître à brève échéance tant ils sont suicidaires spirituellement, et même intellectuellement et matériellement.

C’est cette troisième raison qui est pour moi, et de loin, la plus sérieuse. Si j’en fais état, ce n’est nullement dans le but de critiquer les intentions de l’Académie royale dans l’administration des fonds qui lui sont confiés. Je ne doute pas qu’avant la fin du siècle des bouleversements entièrement imprévus vont transformer de fond en comble la notion même que nous avons de la “science”, ses grands objectifs et l’esprit dans lequel s’accomplit le travail scientifique. Nul doute que l’Académie royale fera alors partie des institutions et des personnages qui auront un rôle utile à jouer dans un renouveau sans précédent, après une fin de civilisation également sans précédent…

Je suis désolé de la contrariété que peut représenter pour vous-même et pour l’Académie royale mon refus du prix Crafoord, alors qu’il semblerait qu’une certaine publicité ait d’ores et déjà été donnée à cette attribution, sans l’assurance au préalable de l’accord des lauréats désignés. Pourtant, je n’ai pas manqué de faire mon possible pour donner à connaître dans le milieu scientifique, et tout particulièrement parmi mes anciens amis et élèves dans le monde mathématique, mes dispositions vis-à-vis de ce milieu et de la “science officielle” d’aujourd’hui.

Il s’agit d’une longue réflexion, Récoltes et Semailles, sur ma vie de mathématicien, sur la création (et plus particulièrement la création scientifique) en général, qui est devenue en même temps, inopinément, un “tableau de mœurs” du monde mathématique entre 1950 et aujourd’hui. Un tirage provisoire (en attendant sa parution sous forme de livre), fait par les soins de mon université en deux cents exemplaires, a été distribué presque en totalité parmi mes collègues mathématiciens, et plus particulièrement parmi les géomètres algébristes (qui m’ont fait l’honneur de se souvenir de moi). Pour votre information personnelle, je me permets de vous en envoyer deux fascicules introductifs, sous une enveloppe séparée. »

Des Australiens la tête dans le sable pour se moquer de leur premier ministre climatosceptique

 

AUSTRALIA-G20-ENVIRONMENT-CLIMATE-PROTEST-BONDI-OFFBEAT

Les Etats-Unis et la Chine se sont engagés cette semaine à baisser leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2), chaque pays se fixant des objectifs considérés comme ambitieux. En octobre, l’Union européenne avait promis une diminution des émissions de gaz à effet de serre d’« au moins » 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Et l’Australie ? Pas grand-chose depuis que son premier ministre, Tony Abbott, a supprimé la taxe carbone, faisant de l’Australie le premier pays a revenir sur une telle mesure environnementale. « Je ne vais pas m’intéresser à ce qui pourrait se passer dans 16 ans, je me concentre sur ce qu’on peut faire maintenant. On ne parle pas, on agit« , a-t-il lancé lorsqu’on lui a demandé si la question climatique allait être abordée lors du sommet du G20 qui s’ouvre sur son sol ce week-end. La priorité, a-t-il martelé, est la croissance et l’emploi.

 

A group of around 400 demonstrators participate in a protest by burying their heads in the sand at Sydney's Bondi Beach

Pour dénoncer l’attitude de leur premier ministre, près de 400 personnes se sont rassemblées sur une plage de Sydney, jeudi, et ont mis leur tête dans le sable, symbolisant l’autruche qui refuse de voir les choses en face (même si ce geste n’est pas si simple). Reuters raconte :

« Des gens avec des bébés, des enfants et des cadres bien habillés ont creusé des trous dans la plage pour y mettre leur tête. Pat Norman, un des organisateurs, criait dans un mégaphone : ‘Obama a signé, Xi Jinping a signé, tout le monde a signé, sauf un homme.’ ‘Tony Abbott’, ont répondu les manifestants en criant. »

Il faut dire que Tony Abbott n’a jamais été un grand fan de la lutte contre le réchauffement climatique. En 2009, alors dans l’opposition, il avait qualifié ce phénomène de « connerie », ajoutant que le charbon, dont l’Australie est le deuxième exportateur mondial, était « bon pour l’humanité ». Arrivé au pouvoir, il est non seulement revenu sur la taxe carbone mais a aussi largement réduit le budget de nombreuses agences et fonds environnementaux.

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le blog de bigbrowser – lemonde.fr

Sarkozy-Kadhafi: des experts valident l’authenticité du document de Mediapart

Les juges chargés d’enquêter sur le document publié par Mediapart concernant les financements libyens de Nicolas Sarkozy en 2007 ont désigné un collège d’experts en écritures. Rendue le 6 novembre, la conclusion des trois graphologues est formelle : la signature figurant sur le document est « de la main de Moussa Koussa », l’ancien chef des services secrets du régime libyen.

s experts judiciaires ont tranché. Sans réserve. Saisis collégialement, en septembre, par les juges René Cros et Emmanuelle Legrand, trois experts en écritures ont conclu le 6 novembre que la signature figurant sur un document libyenpublié par Mediapart, fin avril 2012, est « de la main de Moussa Koussa », l’ancien chef des services secrets du régime Kadhafi.

Ils valident ainsi l’authenticité de ce document, rédigé en décembre 2006, qui signalait le déblocage par le régime libyen d’une somme de 50 millions d’euros en faveur de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007. Nicolas Sarkozy a déposé deux plaintes contre Mediapart pour « faux et usage de faux » en 2012 et 2013, à la suite de la publication de ce document. Mais l’ancien président est parallèlement visé par une enquête sur le fond des faits présumés eux-mêmes, confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman. L’instruction porte notamment sur des faits de « corruption ».

Moussa Koussa, l&#039;ancien chef des services secrets extérieurs de Kadhafi.
Moussa Koussa, l’ancien chef des services secrets extérieurs de Kadhafi. © Reuters

Entendu au mois d’août, au Qatar, où il est réfugié depuis la chute du régime libyen, Moussa Koussa avait contesté sa signature, tout en déclarant que « le contenu » du document n’était « pas faux », et en attribuant la paternité du document au secrétaire général du comité populaire général, alors premier ministre, Baghdadi el-Mahmoudi.

Le 7 juillet dernier, les gendarmes de la section de recherches de Paris chargés de l’enquête avaient déjà signalé dans un rapport de synthèse que « de l’avis unanime des personnes consultées » (diplomates, militaires, agents de service de renseignements…), le document publié par Mediapart « présente toutes les caractéristiques de forme des pièces produites par le gouvernement libyen de l’époque, au vu de la typographie, de la datation et du style employé ».

Selon le rapport graphologique consulté par Mediapart, les experts, Christine Jouishomme, Jean-Louis Lebrave et Claude Toffart, ont procédé de leur côté à l’analyse de plusieurs signatures de Moussa Koussa : celle apparaissant sur le document publié par Mediapart, celles figurant sur deux demandes de titre de séjour déposées en France, et enfin celles apposées devant les juges, sur les 13 pages de son procès-verbal d’audition du 5 août.

« Après avoir effectué séparément puis conjointement » l’expertise et « procédé à toutes les vérifications requises », ils concluent ainsi :

  • « Les signatures
    . Q1 figurant sur le document daté du 10 décembre 2006 publié par le site d’information Mediapart,
    . Q2 figurant sur un formulaire CERFA de demande de titre de séjour daté du 23 juin 2008,
    . Q3 figurant sur un formulaire CERFA de demande de titre de séjour daté du 10 juin 2011, 
    sont de la main de M. Moussa Koussa. »

Les experts, qui se sont rendus au cabinet des juges le 15 octobre, pour y effectuer les clichés des différentes signatures à l’aide d’un “Miscope”, se sont réunis le 23 octobre afin de « confronter » leurs résultats, constatant la « parfaite convergence de leurs analyses ». Ils ont en outre sollicité une traductrice et experte en langue arabe, Sylvana Kattar Monseur, qui a « validé les éléments relevant de l’écriture dans l’alphabet arabe », selon le rapport définitif.

Lors de son audition par les juges le 5 août dernier, l’ancien chef des services secrets libyens avait pourtant contesté les signatures figurant sur ses demandes de carte de séjour, avant de déclarer au sujet du document publié par Mediapart : « La signature n’est pas la mienne. » « Il s’agit d’un faux car la signature est fausse », avait-il observé.

Mais lors de son audition, Moussa Koussa, qui semblait lire un document préparé à l’avance, avait été rappelé à l’ordre par les juges. « Pourquoi avez vous besoin d’un document pour répondre à nos questions ? », ont demandé les magistrats. « Ce sont des idées point par point. Des points de mémoire », s’est excusé Koussa.

Les experts en écritures ont analysé très précisément la signature du Libyen sur le document relatif au financement de Sarkozy. « La signature est effectuée en deux séquences, notent-ils. Inclinée par rapport à la ligne de base, elle traverse la mention tapuscrite. Le geste graphique est spontané et ample, avec une grande aisance de réalisation. Le rythme d’exécution est rapide. La dimension de l’ensemble est grande. On ne note ni hésitation, ni tremblements. De forme semi-anguleuse, la signature s’apparente à une pince. »

Les experts analysent ensuite toutes les signatures en leur possession. Et ils comparent celle figurant sur le document avec les signatures laissées par l’intéressé sur son procès-verbal. « Les concordances relevées tant sur le plan général que sur le plan du détail permettent de dire que les signatures Q1 (du document – ndlr) et MK (des procès-verbaux) sont de la même main », écrivent-ils.

« Le contenu de ce document, c’est ça qui est dangereux »

Le bureau de Moussa Koussa à la chute du régime Kadhafi, en septembre 2011.
Le bureau de Moussa Koussa à la chute du régime Kadhafi, en septembre 2011. © Reuters

L’experte en langue arabe valide les conclusions de ses collègues : « Au vu des trois signatures et des signatures de comparaison de la main de M. Moussa Koussa qui m’ont été présentées, je peux attester que celles-ci respectent la mouvance de l’écriture arabe qui part de droite à gauche », relève-t-elle notamment. Au terme de leur rapport, les trois experts concluent, catégoriques, que les trois signatures visées par la demande d’expertise sont « de la main » de l’ancien dignitaire libyen.

Lors de son audition, Moussa Koussa, tout en contestant sa signature, avait accrédité le contenu du document.

- « Vous avez indiqué que le document était un faux car ce n’était pas votre signature mais que le contenu du document n’était pas faux, qu’est-ce qui n’est pas faux dans ce document ? », avaient interrogé les juges.

- « Son origine, son contenu, c’est ça, répond-il. Le contenu de ce document, c’est ça qui est dangereux. C’est à vous de savoir si c’est un faux ou un vrai. Je ne vous ai pas dit que c’était faux ou pas. Il y a ce qui est mentionné dans ce document et quelqu’un qui a mis une fausse signature en dessous, à vous d’enquêter. »

L’ancien chef des services spéciaux avait affirmé que l’ancien premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi était « à l’origine » de ce document. « Vous me demandez si je dispose d’éléments pour le mettre en cause : oui, j’en ai, mais ne m’introduisez pas dans cette histoire », a ajouté Koussa. Actuellement détenu en Libye, l’ancien premier ministre libyen a indiqué à la justice tunisienne avoir coordonné le paiement d’une partie des fonds destinés à Nicolas Sarkozy.

En 2013, Moftah Missouri, diplomate et ancien traducteur de Mouammar Kadhafi, avait déjà authentifié ce document, et souligné sa conformité, lors d’une interview dans l’émission Complément d’enquête sur France 2, en 2013.

Depuis, différents experts ont aussi été entendus par les gendarmes chargés de l’enquête. Le 25 mars, Patrick Haimzadeh, ancien officier et deuxième conseiller de l’ambassade de France à Tripoli (2001-2004) chargé des questions militaires, a signalé qu’il était « d’usage » en Libye « d’apporter un certain nombre de soutiens financiers à d’autres pays, entités, président ou groupes d’opposition, notamment africains ». « Je ne suis donc pas surpris en ce qui concerne la partie libyenne, mais ne peux me prononcer sur la réception d’un tel soutien de la part de la partie française », a-t-il estimé, tout en livrant son analyse circonstanciée du document :

• « La couleur verte est typiquement celle de la Jamarahirya libyenne ainsi que le logo et la typographie utilisée pour le corps du texte. Il s’agit de “coufique” (style de calligraphie arabe) en ce qui concerne le destinataire ainsi que le titre du signataire. La première date est celle du calendrier grégorien avec un symbole “f” correspondant au sigle en vigueur en Libye depuis 2000 pour désigner le calendrier chrétien. La deuxième correspond au calendrier libyen en vigueur depuis 2000, c’est un calendrier solaire comprenant le même nombre de jours que le calendrier grégorien. Les numéros des mois et des jours sont donc les mêmes, seul change le numéro de l’année puisque ce calendrier débute à la mort du prophète Mohamed d’où les deux lettres figurant après la date 1374, qui sont les abréviations “d’après la mort du prophète”. »

• « Je confirme que les dates sont cohérentes de par leur correspondance et l’évocation des deux calendriers. Tous les documents de ce type ne possèdent que ces deux dates (…). Les documents à usage interne libyens étaient systématiquement revêtus de ces deux dates. Vient ensuite le numéro d’enregistrement qui me semble cohérent. Je précise que dans le bas à droite de la feuille figurent des symboles et initiales désignant probablement des destinataires internes au service. »

Première conseillère d’ambassade à Tripoli entre 2005 et 2008, la diplomate Véronique Vouland-Aneini a jugé lors de son audition, le 21 mars, que l’arabe utilisé semblait« d’un très bon niveau technique » et « correspondait à un document administratif de cette nature ».

L’ancien commissaire divisionnaire Jean-Guy Pérès, qui fut attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de Tripoli (2005-2008), et le lieutenant-colonel de l’armée de l’air Bruno Vrignaud, ancien attaché de défense à Tripoli (2004-2007), ont tous deux jugé le document« ressemblant » aux documents officiels qu’ils avaient pu manipuler lorsqu’ils étaient en poste.

Depuis 2012, plusieurs officiels libyens ont confirmé les faits. En février dernier, Mediapart a révélé des extraits du manuscrit de Mohamed el-Megarief, premier chef de l’État libyen après la chute de Kadhafi, évoquant lui aussi les financements de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Mohammed Ismail, l’ancien directeur de cabinet de Saïf al-Islam Kadhafi, a décrit pour la première fois le circuit bancaire utilisé par le régime en direction des Français. Il cite la North Africa Commercial Bank (NACB), à Beyrouth, ainsi qu’un compte de l’intermédiaire Ziad Takieddine, en Allemagne – des commissions rogatoires internationales sont actuellement en cours sur ces faits, selon nos informations.

L’intermédiaire lui-même avait, via son avocate de l’époque, partiellement confirmé auprès de Mediapart l’engagement pris par les autorités libyennes. « Votre document reflète un accord signé par Moussa Koussa pour soutenir la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et Brice Hortefeux a été effectivement là-bas à cette date ainsi qu’à d’autres dates, ça, c’est sûr,avait-il indiqué. Ce document prouve qu’on est en présence d’une affaire d’État, que ces 50 millions d’euros aient été versés ou non. L’enquête sera difficile parce que beaucoup d’intervenants sont morts pendant la guerre en Libye, mais c’est déjà important de rendre public ce document. »

FABRICE ARFI ET KARL LASKE – mediapart.fr

Boite noire :

Mediapart est à l’origine des révélations sur les soupçons d’un financement occulte libyen sous le règne de Mouammar Kadhafi à l’occasion de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007, lesquels soupçons sont aujourd’hui au centre des investigations judiciaires visant le premier cercle de l’ancien président de la République 

Après plusieurs mois d’une enquête commencée à l’été 2011 et ayant donné lieu à de nombreux articles sur les relations entre les proches entourages de Nicolas Sarkozy et de Mouammar Kadhafi, Mediapart a ainsi publié, le 28 avril 2012, un document officiel libyen évoquant ce soutien financier du régime de Tripoli au candidat Sarkozy au moment de l’élection présidentielle de 2007.

L’ancien chef de l’État français, qui n’a pas poursuivi une seule fois Mediapart en diffamation, a contourné le droit de la presse en nous attaquant pour « faux et usage de faux » au printemps 2012, tandis que nous ripostions en l’accusant de « dénonciation calomnieuse » . L’enquête préliminaire menée par la police judiciaire ne lui ayant évidemment pas donné raison, Nicolas Sarkozy a déposé plainte avec constitution de partie civile à l’été 2013, procédure qui donne automatiquement lieu à l’ouverture d’une information judiciaire pour « faux et usage de faux ».

Mediapart, à travers son directeur de la publication Edwy Plenel et les deux auteurs de cette enquête, Fabrice Arfi et Karl Laske, a été placé fin 2013 sous le statut de témoin assisté dans ce dossier. Nous n’avons pas manqué de contester une procédure attentatoire au droit de la presse et de faire valoir le sérieux, la consistance et la bonne foi de notre enquête.

De fait, nos révélations sont au cœur de l’information judiciaire ouverte un an plus tard, en avril 2013, pour « corruption » sur le fond des faits de cette affaire franco-libyenne qui inquiète grandement Nicolas Sarkozy et ses proches. L’instruction a été confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman.

 

Le retour du besoin de balais

Avais-je tort de proposer un « bon coup de balai » cette année-là alors qu’on n’en était qu’à l’affaire Cahuzac ? « Mélenchon veut faire la “Purification éthique” » avait abjectement titré « Libération ». Et combien d’autres premiers prix de bonnes manières et bon langage avaient joué le grand numéro des effarouchés. Des centaines de balais furent pourtant bien brandis dans la rue ! A mesure que le temps passe, de Thévenoud en Jouyet, Balkany et à présent des sénateurs de l’UMP, on mesure combien le pronostic était le bon. La crise morale de l’entre soi et de l’impunité est le cœur de la crise qui finira par jeter à terre tout l’édifice. Raison de plus pour que les chiens de garde médiatiques redoublent d’énergie pour assurer la promotion du refrain « Ca va profiter à madame Le Pen ». L’autre matin, sous prétexte de lutte contre le « tourisme social », expression qui est déjà en soi une ignominie, les médiacrâtes se sont déchainés. Ils ont fait dire à la décision de la Cour de Justice européenne ce qu’elle n’a pas dit sur la « préférence nationale » avant de faire semblant de s’affliger : « voilà qui va servir madame Le Pen ». Jours noirs et sombres d’un automne incertain.

Le 15 nous marchons dans la rue contre le pouvoir de Hollande et Valls et leur politique d’austérité cruelle et sans horizon qui détruit le pays et tous ses liens sociaux. Tout un arc de forces s’est élargi au fil du temps, rassemblant dans un combat commun des syndicats et des organisations et regroupements politiques de l’extrême gauche à l’écologie politique. C’est notre point d’appui. Le futur est en construction. A présent aussi pour la première fois, sur le projet sixième République, des convergences concrètes et militantes se mettent en mouvement. L’arrivée de « socialistes affligés » et d’autres bientôt comme les 65 000 signatures récoltées montrent que ce chemin est le bon, même si c’est un chemin de crête ou peut-être à cause de cela. Le succès de la votation citoyenne pour le référendum révocatoire, puis celui de la manifestation en ligne du mouvement sixième république, tout cela montre que le chemin existe, largement ouvert sur les contenus du niveau le plus élevé. 

Ceux qui refusent de couper les ponts avec le PS se condamnaient déjà à devoir non seulement assumer l’ignominie de sa politique au service du MEDEF et des banques. Mais à présent il leur faut encore assumer la honte de l’entre-soi Jouyet/Fillon. Et pire que tout, il leur faut se taire sur l’abjection de l’affaire de la mort de Rémi Fraisse. Car on sait dorénavant ce que valent les protestations de Bernard Cazeneuve et sa façon de se défausser sur les gendarmes en action ce jour-là. Sa démission est le prix à payer pour ramener un peu de dignité à l’exercice du pouvoir par le PS. Bien sûr ils ne veulent pas. Ce refus d’assumer peut ruiner jusqu’au fondement toute autorité publique. Mais que leur importe ? Et Nous ? Le 15 on marche, mes amis. Tant que nous sommes là rien n’est fini, rien n’est perdu. Tout reste possible.

Junker c’est un bon résumé de l’Europe actuelle !

L’affaire Jouyet battait encore son plein quand on apprit par un groupe de « journalistes d’investigation » (!) que Junker avait mis au point un super système d’accords préférentiels et bien discrets pour que les grosses multinationales viennent se gorger au Luxembourg avec l’argent des impôts qu’elles ne paieraient pas dans les États voisins. A vrai dire, ce n’est pas une révélation car nous tous qui avons voté contre l’investiture de Junker, nous avons dit qu’il était le fondateur d’un paradis fiscal. Sur ce blog comme celui où je consigne mon travail de député européen, il en fut de même. Et ceux qui ont voté pour lui le savaient aussi. Et peut-être même est-ce pour ça qu’ils l’ont élu. Car il faut se souvenir de l’ambiance d’alors. Le sujet de la fraude fiscale en Europe tenait le haut du pavé. Il s’agit de deux mille milliards d’euros, tout de même ! D’aucuns ont pu se dire qu’avec un tel personnage, les risques de débordement de l’inquisition fiscale seraient mieux maitrisés… Bref, le Luxembourg et le grand capital se sont empiffrés en volant les États voisins dans le cadre de « l’Europe qui nous protège », cela va de soi ! « Oui, mais c’était légal » pleurniche maintenant Junker. Excellent ! Le discrédit est total.

Car cet homme-là préside la commission européenne avec les votes de la droite et des socialistes. Lesquels prétendent lutter contre la fraude et l’évasion fiscale. Cet écœurant spectacle jouait à guichet fermé cette semaine à Bruxelles à l’occasion de la session. Comme l’ordre du jour et les horaires ont changé sans cesse, et comme Junker a décidé à la dernière minute (midi pour quinze heures) de se présenter devant le Parlement, j’ai raté son discours. Je ne suis pas le seul. Je suis arrivé au pas de course tandis que Moscovici parlait. Ce qu’ils ont dit l’un et l’autre n’a aucune importance, bien sûr. Il s’agissait de sauver les apparences. Junker, mordant, s’est défaussé sur les 22 pays qui pratiquent aussi le dumping fiscal et annoncé un énième plan d’harmonisation des bases fiscales et ainsi de suite. Ce qui sera naturellement sans effet car l’harmonisation fiscale est interdite par les traités européens.

Notre groupe, la GUE, voulait déposer une motion de censure. Hélas nous ne sommes pas assez nombreux. Ni les Verts ni le PS n’ont voulu prendre la main que la présidente de notre groupe leur a tendue.La sociale-libérale Pervenche Berès a donc eu beau jeu d’encenser son camarade Moscovici dans un de ces blablas sirupeux dont elle a le secret. Elle l’a même qualifié « d’oreille gauche » du président de la Commission. Mais oui, ces gens-là sont fiers de Moscovici ! Il nous manquait donc 25 signatures en plus de celles de notre groupe pour atteindre le nombre prévu par le règlement pour pouvoir déposer cette motion de censure. Pas de censure possible dans ces conditions. On voit après cela ce que valent maints bavardages. Une occasion qui se présentait au Parlement de faire autre chose que la chambre d’enregistrement est passée. Reste la chambre d’enregistrement, l’évasion fiscale, le mensonge et les simagrées gesticulatoires. C’est-à-dire l’Europe réelle.

Hollande évaporé en 48 heures ?

C‘est à peine croyable. Annoncée pourtant à son de trompe et commenté par avance dans maints éditoriaux, le show du président de la république sur TF1 aura disparu du paysage politique sans laisser de traces en moins de quarante-huit heures. Il est vrai que l’on avait eu droit à un spectacle si pitoyable que la plupart des commentateurs n’avaient ensuite rien à dire puisque rien – ou presque – ne s’était dit. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet. Mon commentaire a été diffusé sur trois chaînes d’information en continu. Je ne consacrerai donc pas une ligne de plus à un tel non-événement, sommet de la riquiquisation du Hollandisme réel. Je ne sais quel génie de la communication a pu concevoir un numéro aussi pitoyable de conseiller de Pôle Emploi puis de passe plat d’une patronne grossièrement anti-syndicat et aussi apatride que son fric. Alors seul le Medef, tout au fil de la soirée, a été gavé de bonnes nouvelles et de délicieux reculs des acquis sociaux. 150 ans d’Histoire de la gauche pour en arriver là ! Quelques heures ont passé et elles auront suffi à montrer, avec l’affaire Jouyet-Fillon, la profondeur des liens qui unissent les divers secteurs de la droite et l’entourage immédiat du président de la République. Sur cela non plus il n’y a rien à ajouter.

C’est un épisode à l’intérieur d’une séquence qui mène à l’effondrement de tout ce petit monde de l’entre-soi. Le commun des mortels se sera juste souvenu à cette occasion que le numéro un parmi les collaborateurs du président de la République, et son meilleur ami, est un ancien ministre de François Fillon et Nicolas Sarkozy, une figure de la grande bourgeoisie d’alliance. La trahison et le mensonge dans la bonne foi tranquille des dominants s’incarnent dans cet homme. Mais que peut-on lui reprocher que le reste de ces gens-là ne pratique déjà usuellement ! Ce genre d’épisode, les faits de corruption ou de déchéance morale s’ajoutant les uns aux autres de Cahuzac à Thévenoud en passant par Balkany, sont des enchaînements caractéristiques qui conduisent au point de non-retour que j’ai baptisé dans le passé « qu’ils s’en aillent tous », que les Tunisiens appellent « dégage ! », que les Espagnols, les Grecs, les Portugais ont déjà chacun nommés à leur façon. C’est à cette aspiration qu’a voulu répondre l’action du Parti de gauche avec sa votation citoyenne pour le droit de révoquer les élus en cours de mandat.

Les quatre jours de vote pour le referendum révocatoire

Dans les rues et sur les marchés, ils ont été une formidable occasion de prendre le pouls de larges secteurs de la société, au hasard des rencontres. Cinq cent urnes mises en place, des dizaines de milliers de discussions et même des files pour voter sont des signaux importants. Voici ce dont je puis attester à présent, après avoir pris le temps d’écouter ou de lire de nombreux comptes rendus faits par mes camarades. Il est absolument certain que le grand nombre de nos concitoyens comprend l’importance de la règle du jeu et des institutions dans la situation qui nous accable ! L’écho médiatique de cette initiative, le succès tout de même remarquable compte tenu du fait que nous n’étions pas présents partout, la violence des réactions hostiles des élus UMP et FN, la méfiance et parfois même l’hostilité visible des caciques du PS qui ont croisé les groupes de camarades qui organisaient la votation, tout cela a bien prouvé que le doigt été mis sur la plaie ! Le sondage publié par le gratuit « Vingt minutes » a montré qu’une majorité de sondés s’est dite intéressée par le sujet et partisane d’offrir cette possibilité de révoquer les élus. Je crois que le mouvement pour la sixième République devrait reprendre à son compte ce type d’initiative. C’est ce que nous propose Raquel Garrido qui est l’organisatrice et la porte-parole de cette action pour le PG. Et pour ma part, je pense que ce serait vraiment une bonne idée que de se déployer tous sur le terrain pour une action de ce type. En tout cas, la dynamique est là. L’objectif des 100 000 signatures est donc en bonne voie de réalisation. D’autant que cette semaine nous avons eu le plaisir de recevoir des signatures et des engagements de participation venue de la sphère des partis politiques de gauche. Aujourd’hui je ne vais évoquer que les socialistes.

Des socialistes viennent vers nous

Certes, les petits appareils de la gauche du PS, déjà en concurrence entre eux, sont beaucoup trop inhibés et jaloux de tout ce qui détourne l’attention d’eux pour faire quoi que ce soit de mieux que des paroles. Mais cela ne résume pas la situation dans ce parti. A côté des notables frondeurs, préoccupés d’élection ou de réélection aux divers offices du parti, une base bien plus exaspérée hésite entre le départ silencieux du PS et l’action socialiste publique. Je crois que c’est de là que vient l’arrivée au M6R du groupe des « socialistes affligés » avecl’économiste Liêm Hoang Ngoc, toujours membre du bureau national du PS. Ce groupe est significatif. Il est issu du courant Hamon. Pas seulement il est vrai. Mais il me parait important de signaler parmi les signataires de cette équipe la présence de Sylvain Mathieu, premier secrétaire de la fédération de la Nièvre. C’est l’homme qui avait recueilli 32,8% des voix dans le vote qui l’avait opposé à Jean Christophe Cambadelis pour le poste de Premier secrétaire du Parti socialiste.

Un autre point important et tout aussi significatif est l’arrivée aux côtés de ces socialistes de plusieurs membres dirigeants du Mouvement de la Jeunesse Socialiste au niveau national comme départemental. Ils sont ainsi sept membres du BN du MJS et toute une série d’animateurs départementaux du mouvement. Ceux-là ont fait le choix de participer drapeau et musique en tête au Mouvement pour la Sixième République. Ils y sont accueillis à égalité avec tous les autres participants et ils partageront toutes les responsabilités de la décision et de l’action. Aucune négociation ou je ne sais quoi d’approchant n’a eu lieu. Juste s’est manifesté une volonté commune d’agir pour rendre majoritaire une idée dans la population. Ça c’est de la politique à l’état pur. Elle est tournée vers le grand nombre et sa conquête plutôt que sur l’entre-soi. Cela prouve qu’une idée et une bataille concrète fédèrent bien mieux que n’importe quelle cajolerie diplomatique. D’autres groupements politiques seront annoncés après la marche du quinze novembre. Pourquoi après ? Parce que la marche elle-même est une épreuve de vérité politique. Il y a ceux qui sont dans la rue avec l’opposition de gauche et ceux qui sont nulle part.  

La manif du quinze est un seuil

Cette marche a été préparée avec soin et méthode. Elle est avant tout un acte collectif et la continuité d’un travail commencé depuis les lendemains de l’élection présidentielle. Nous avons voulu projeter dans la résistance à la politique d’austérité la force acquise dans les votes. La méthode a consisté à construire une coalition de forces sociales sur le terrain. C’est ce que nous appelons le « Front du peuple ». Ce n’est pas simple à faire car chacune des composantes a sa propre raison d’agir et ses propres impératifs. Toutes doivent être autonomes et indépendantes de bout en bout si l’on veut que l’attelage soit viable. Ce n’est pas le plus difficile pour les organisations politiques. C’est moins évident avec les organisations syndicales, certaines excluant, en toute hypothèse, une telle convergence dans l’action soit avec les autres syndicats soit davantage encore avec des forces politiques. En vérité, en partant d’un point de vue purement pratique, la plupart d’entre nous s’attendaient à ce que le mouvement syndical marche en tête de cette résistance aux politiques d’austérité. Les forces politiques de l’opposition de gauche seraient venues en soutien. Mais l’état de l’unité syndicale à cette rentrée ne l’a pas permis. Dès lors, les convergences qui se sont construites dans la préparation des premières marches sont devenues cruciales.

Un nouvel espace s’est construit tranquillement. D’autant que les plus amples mobilisations sociales depuis 2012 ont été à l’initiative de ce comité. La confiance mutuelle et la cohésion forgées au fil du temps ont payé. Le collectif d’organisations a maintenu ses réunions régulières. Il porte avec humour dorénavant un nom : « le collectif triple A ». C’est en partant de là qu’Éric Coquerel, après une tournée de contacts exploratoires positive, s’est adressé au nom du Parti de Gauche à tous les membres du comité pour suggérer l’organisation d’une marche. L’idée était que le trimestre ne reste pas dominé par la droite et ses manifestations, déséquilibrant davantage encore le rapport de force déjà dominée par l’appareil médiatico-lepéniste. La proposition a été bien accueillie et le comité « triple A » l’a prise en charge sous sa propre bannière. D’une marche à l’autre, l’arc des forces politiques impliquées s’était élargi. A présent, côté politique c’est très nettement visible. Cette fois-ci le NPA, le POI, Nouvelle Donne et la gauche des Verts seront là avec « les socialistes affligés » et le Front de Gauche au grand complet. Côté associatif, les participations du passé, comme celle du DAL, se sont confirmées ; de nouvelles se sont engagées. Ainsi d’ACRIMED par exemple, et même Attac, qui a intégré l’appel en dernière limite. Côté syndical, le nombre des unions régionales, départementales et des branches entières de l’industrie va en augmentant. De façon très positive, nous avons vu ces organisations faire voter leurs adhérents ou leurs instances sur la participation à la marche du 15 novembre.

De cette façon la démarche globale s’enracine dans la durée. Et l’autonomie de chaque participant se fortifie positivement. Je veux dire que cela se fait non dans l’exacerbation de ce qui différencie ou l’affirmation des frilosités mais dans la recherche de ce qui peut être fait ensemble. Dans ce processus, j’ai adapté ma participation au dispositif de mobilisation. Selon moi, la maturité dans la durée du collectif prouve qu’il n’y a plus besoin de se jeter dans la mobilisation médiatique comme je l’ai fait dans le passé quand rien n’existait. C’est un soulagement pour moi, je ne le cache pas. La personnalisation des marches orchestrée par nos adversaires jouait contre l’élargissement du collectif, je l’ai bien vu. Car la presse sociale-libérale et sous influence FN jouait beaucoup de cette situation, m’imputant comme ralliement personnel toute participation. Bien sûr, cela n’avait pas empêché la démonstration de force de se faire. Mais cela augmentait aussi les moyens de provocations en concentrant les coups sur moi. Vous savez tous comme je suis las de cette vie sous l’acide du parti médiatique, cette peau de Nessus qui est désormais vissée sur moi par une poignée de tiques papelardes. Deux émissions de radio matinales, une diffusion publique de tract, deux post ici et des publications de panneaux d’appel à la marche sur ma page Facebook ont été ma contribution personnelle à la préparation de la marche. Je crois aussi que nous devrions avoir un bon résultat si j’en juge par les échos reçus du terrain. Mais il ne faut pas être naïf, l’éparpillement régional et parfois même départemental va faciliter les manœuvres de minorisation du ministère de l’Intérieur et de ses relais médiatiques. Raison de plus de donner un démenti par les actes.

La « manifestation en ligne » pour la 6e République

Elle a très bien fonctionné ce 12 novembre. C’est une forme d’action nouvelle : il s’agissait de publier et de partager sur les réseaux sociaux du contenu (texte, images, vidéos, etc.) en utilisant systématiquement le mot-clé #6eRépublique. Comme Sonia Rolland, qui a salué une « démarche citoyenne », j’ai participé à l’exercice sur Facebook et sur Twitter pour donner un coup de pouce. Voici quelques points de repères pour évaluer l’action.

Sur Twitter. Ce sont plus de 500 000 personnes qui ont été touchées par le mot-clé #6eRépublique si l’on s’en tient au nombre total d’abonnés des participants. Et ce mot-clé s’est imprimé en tout plus d’un million de fois sur les fils d’actualité Twitter. Impressionnant ! Près de 5 000 tweets ont été publiés ou échangés avec le mot-clé « #6eRépublique ». C’est plus que le nombre de tweets utilisant les mots-clés « #Valls » ou « #Sarkozy ». En temps normal, le sujet « 6e République » aurait été le plus partagé de France. Mais la sonde Philae nous a ravi la vedette. Et on n’en est pas triste ! On fera sournoisement remarquer qu’il lui a fallu 10 ans pour atterrir et la manifestation en ligne seulement 6 jours pour décoller. Attention, je dis ça pour plaisanter !

Sur Facebook. Il y a eu plus de 2 800 inscrits à l’événement. Pour donner un élément de comparaison, il y avait 2 400 inscrits à l’événement Facebook relatif à la marche du 1er décembre à laquelle 100 000 personnes ont ensuite participé « physiquement ». Et le tout en trois fois moins de temps pour la manifestation en ligne que pour la marche du 1er décembre ! Les publications du mouvement pour la 6e République ont connu des records d’audience et de partage qu’on n’avait pas vu depuis le lancement de la page.

Cette manifestation sur les réseaux sociaux a eu d’autres effets encore. Ainsi, on a dépassé le cap des 65 000 signatures ce 12 novembre grâce au coup de fouet apporté par la mobilisation numérique. Sur deux mois, cela signifie que nous avons marché à la moyenne de plus de 1000 signatures par jour ! Pour l’heure, ce jour-là, ce qui est le plus impressionnant, c’est le foisonnement d’images publiées ou envoyées par mail ! Plusieurs centaines ! Le recensement de toutes ces productions est en train d’être fait dans un album en ligne. On peut y voir toute la créativité de celles et ceux qui ont participé à cette manifestation en ligne : dessinateurs, graphistes, photographes, peintres…

Quelle leçon tirer de tout cela ? Je n’en sais rien à vrai dire. Comme nous innovons, nous n’avons pas de repères pour apprécier la portée de l’action. Nous sommes en train de roder des méthodes nouvelles de combat. Le cyberespace ne se substitue pas à la réalité. Il en est une composante aussi concrète que n’importe quelle autre, quoiqu’il soit en capacité de les impacter toutes. Il ne retire pas au réel, il ajoute a sa complexité. Le cyberespace est une dimension supplémentaire de la réalité concrète. Encore faut-il en maîtriser le fonctionnement. C’est ce que nous apprenons à faire. Après quoi il nous reste un deuxième niveau d’apprentissage à acquérir. Celui qui implique la circulation entre virtuel et concret. Comment une action passe du concret au virtuel, ça, on connaît ! Il suffit de voir comment la moindre situation concrète peut donner lieu à des milliers de retour en photos ou en live-tweets ce qui en amplifie l’attrait, la réputation ou l’impact. Comment on passe du virtuel au concret, c’est un thème plus obscur. Une manif virtuelle pourrait-elle devenir concrète dans la rue ? Si je mets de côté les évènements de Tunisie, les exemples récents connaissables de près ne sont pas si nombreux. C’est en partie ce qui s’est passé avec la manif climat. Je vais avancer dans l’analyse de tout cela et je compte bien que le mouvement sixième République soit totalement en pointe et en maîtrise de toutes ces techniques d’action. Gageons que tout ce qui sera appris à ette occasion ne sera pas perdu pour l’avenir de notre combat commun.

Jean – Luc Mélenchon

Sans repères, la société algérienne se réislamise

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Près de deux mois après l’enlèvement et la décapitation d’Hervé Gourdel par le groupe des Soldats du califat, qui se réclament de l’Etat islamique (EI), le corps du guide de haute montagne français de 55 ans n’a toujours pas été retrouvé. L’armée algérienne continue de traquer ses assassins sur plusieurs fronts, en Kabylie et à l’est d’Alger. Depuis le 21 septembre, date de l’enlèvement du touriste français, une dizaine de combattants armés ont été abattus.

Les violences ont considérablement baissé d’intensité ces dernières années en Algérie, mais plusieurs régions, notamment Boumerdès et Tizi Ouzou, restent le théâtre d’attaques régulières contre les forces de sécurité. Les autorités algériennes parlent de  » terrorisme résiduel « . En Kabylie, le banditisme se mêle depuis longtemps à la lutte armée : quelque 80 enlèvements – tous d’Algériens – y ont eu lieu depuis 2006. A l’exception de trois personnes portées disparues, ces prises d’otages se sont soldées par le versement d’une rançon. C’est dire comme le rapt et l’égorgement d’Hervé Gourdel ont provoqué l’horreur et la consternation dans tout le pays.

Spécialiste des mouvements islamistes armés, Hmida Layachi n’a, lui, pas été surpris par cette exécution. Depuis qu’Abdelmalek Gouri, qui se présente comme le chef des Soldats du califat, avait annoncé en août sa scission d’Al-Qaida au Maghreb islamique et son allégeance à l’EI, on pouvait s’attendre à ce qu’il mène une opération-choc,  » pour marquer les esprits, se donner une crédibilité et donner une nouvelle légitimité au djihad « , souligne M. Layachi.  » Daech – acronyme arabe de l’EI – est devenu un label, comme Al-Qaida après le 11-Septembre « , ajoute cet expert, avant de rappeler qu’en septembre 1993, les GIA (Groupements islamiques armés) avaient signé leur apparition en décapitant deux jeunes géomètres français.

Abdelmalek Gouri, le jeune émir de ce nouveau groupe, entend ramener sous sa coupe les groupuscules de la région. Cette réactivation de cellules dormantes dans le nord de l’Algérie, alors que le Sud et tout le Sahel sont déjà le terrain des djihadistes armés, marque-t-elle une nouvelle étape du terrorisme ? Hmida Layachi le pense, mais elle est surtout, dit-il,  » une claque portée à la réconciliation nationale  » annoncée par le président Bouteflika en 2005.

L’EI est loin de susciter de la sympathie au sein de la population algérienne, mais la guerre menée par la coalition internationale en Irak et en Syrie est très critiquée. L’EI est vu comme  » une création des Américains « . Beaucoup doutent de sa réalité.  » On l’interprète comme une nouvelle croisade de l’Occident. C’est ce qu’on dit dans les mosquées,et cela porte d’autant mieux que la société algérienne est minée par le “complotisme” « , explique Hacen Ouali, enquêteur au journal El Watan.

Chacun redoute de voir l’Algérie entraînée dans des conflits extérieurs, en Libye surtout, et la défiance à l’égard de la France est immense. L’ancienne puissance coloniale est soupçonnée d’avoir vendu son âme au président Bouteflika, en échange du survol du territoire algérien dans le cadre de l’opération Serval au Mali, en 2013, et de juteux contrats. On prête à la France des calculs sans fin, dans un climat souvent proche de la paranoïa. Une tendance que la sociologue Fatma Oussedik interprète comme  » le syndrome des gens enfermés « .

Englués dans une ambiance de fin de règne, les Algériens se réfugient dans la religion. Le vendredi, les mosquées sont prises d’assaut. La bigoterie ambiante s’accompagne d’une intolérance grandissante. La pression sociale est de plus en plus forte, y compris au sein de l’élite  » foncièrement conservatrice, et même archaïque, dans la régression depuis le début des années 2000 « , estime le politologue Rachid Tlemçani. Chacun est sommé de se montrer plus musulman que le voisin. Une enseignante à l’université subira des pressions répétées pour porter le voile.  » Le foulard est la norme. On l’offre en guise de cadeau d’anniversaire « , relève M. Tlemçani

 » Flou idéologique « 
Tous les observateurs confirment cette réislamisation de la société, mais beaucoup la considèrent comme superficielle et conjoncturelle. Pour le sociologue Nacer Djabi, les Algériens  » souffrent avant tout du vide « . Crise du nationalisme, crise du FLN et de l’Etat-nation et, aujourd’hui, vacance du pouvoir les ont fait basculer  » dans un flou idéologique extraordinaire. Ils ne croient plus à rien « , remarque cet enseignant à l’université d’Alger. L’un se convertit au protestantisme, l’autre au chiisme, le troisième à l’ibadisme (branche distincte de l’islam). L’engouement pour la médecine parallèle s’accroît. L’influence des chaînes de télé coraniques du Golfe est forte.  » En matière religieuse, nous sommes importateurs nets ! Toutes nos références sont étrangères « , souligne Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et diplomate, passé dans l’opposition.

Le salafisme, version rigoriste de l’islam, a une emprise grandissante, en particulier sur les jeunes. Ziraoui Hamadash, prédicateur vedette, est un invité régulier des plateaux télévisés.  » Pour l’instant, le salafisme est plus sociétal que politique. Il est donc considéré comme inoffensif, mais Ali Belhadj – fondateur de l’ex-Front islamique de salut – l’était lui aussi à ses débuts ! On ne sait pas ce que cela donnera si le vide persiste « , prévient Nacer Djabi.  » Jusqu’à présent, les salafistes sont pacifiques, mais dans des moments de crise, ils pourraient devenir djihadistes. Le terreau existe « , confirme de son côté Hmida Layachi.

Beaucoup contestent l’analyse selon laquelle la société algérienne serait  » vaccinée  » contre la violence, en raison de la guerre civile de la décennie 1990. La jeune génération a peu de souvenirs de ces  » années de sang « . Totalement dépolitisée, elle a été élevée dans la culture de la  » chkara « , (selon laquelle  » tout s’achète « ). On achète le silence, l’allégeance, les médias, les partis politiques… Même le Front des forces socialistes (FFS), parti traditionnel de l’opposition kabyle, est en passe d’être récupéré par le pouvoir.

Dans un tel contexte, tout est possible.  » Je ne sais pas si nous avons atteint un seuil critique ou si la situation actuelle peut encore durer « , avoue Sofiane Djilali, du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération, opposition). Pour lui, la religiosité des Algériens n’est qu’apparente. Elle cache en réalité une énorme culpabilité face au phénomène de sécularisation qui touche l’Algérie, après avoir atteint l’Europe.  » On va à la mosquée chaque vendredi et on le montre, mais on ne fait pas la prière entre-temps. Bref, on en rajoute « , observe-t-il. Paradoxe d’un pays devenu schizophrénique à force de ne plus savoir où il en est.

Florence Beaugé – lemonde.fr

Le Parti de gauche milite pour le droit à révoquer les élus

 

 

 

Laisser aux citoyens la possibilité de révoquer leurs élus en cours de mandat : l’idée n’est pas neuve chez Jean-Luc Mélenchon. Le chef de file du Parti de gauche évoquait déjà cette hypothèse au lendemain des aveux de Jérôme Cahuzac sur son compte en banque caché à l’étranger. La déflagration causée par les révélations de l’ancien ministre délégué au budget permettait alors au tribun de souligner « la crise de régime de la Ve République » en cours selon lui. Le constat de l’eurodéputé n’a pas changé. Depuis la rentrée, il place l’avènement d’une VIe République et la convocation d’une assemblée constituante au centre de son discours. Et tente d’imposer le sujet de la révocabilité dans le débat public.

« Les faits montrent que c’est l’heure de poser cette question. Malgré trois défaites électorales sévères, le gouvernement continue à mener une politique injuste », estime Raquel Garrido, secrétaire nationale du Parti de gauche (PG), qui porte la revendication au nom du parti. « Dans un cas comme celui de Thévenoud, nos institutions ne prévoient pas la possibilité de pouvoir le révoquer. Les élus se sont attribués une liberté absolue à l’égard des citoyens, il faut raccourcir la laisse », poursuit-elle. Un vote permettrait donc de décider d’un éventuel retour des électeurs devant les urnes.

« Votation citoyenne »

Certains pays d’Amérique du Sud (Venezuela, Equateur, Bolivie), tout comme certains Etats des Etats-Unis offrent cette possibilité. François Hollande lui-même préconisait dans un livre publié en 2006 (Devoirs de vérité, Stock) d’instituer « un exercice de vérification démocratique » à mi-mandat. Ce que ne manquent pas aujourd’hui de rappeler les partisans de Jean-Luc Mélenchon.

Décidé à mobiliser sur le sujet, le Parti de gauche organise une « votation citoyenne »du 8 au 11 novembre pour tenter de faire valoir un soutien populaire. Ses responsables ne fixent aucun objectif en matière de mobilisation des électeurs. Pour cause : cette votation est inédite et présente des inconnues d’un point de vue matériel. Les citoyens sont invités à se rendre sur le site du PG pour acheter des urnes au prix de 11 euros l’unité et à les installer ensuite où bon leur semble…« J’aimerais qu’il y ait au moins une urne par département », espère, prudente, Raquel Garrido. Quatre jours de vote ne seront sans doute pas de trop pour faire gonfler les chiffres.

Olivier Faye -lemonde.frhabillageurneHD-530x530